Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

22/10/2020

il a oublié un autre devoir . Je vous prie de m'adresser la réponse afin que j’avertisse le malade d'être plus attentif

... Non seulement il ne respecte pas le couvre-feu, se ballade sans masque, et fait la teuf n'importe où avec n'importe qui, mais en plus il se croyait invulnérable jusqu'à ce que son test soit covid + . Qu'a-t-il oublié ? Que faire ?

 

 

« A Théodore Tronchin

[1765 ?]1

Ce cadre est galant 2 mon cher Esculape, mais en vérité on ne peut border de noir les lettres qu'on vous écrit .

Je vous dépêche un paquet que je reçois pour vous et je ne sais qui me l'envoie . Apparemment il a oublié de mettre dans le paquet l'avis qu'il m'en donnait .

Il me parait aussi qu'il a oublié un autre devoir . Je vous prie de m'adresser la réponse afin que j’avertisse le malade d'être plus attentif .

Tout ce qui est à Ferney embrasse notre divin Esculape 3. »

1 Édition Jean-Daniel Candaux : « Trois billets inédits de Voltaire »

2 La lettre est écrite sur une petite feuille de papier pliée qui possède une bordure ornementale rouge et verte de chaque côté .

3 Il semble que la lettre a été remise de la main à la main, présumée écrite alors que Tronchin est à Ferney ; V* étant à Ferney depuis fin 1764, et T. Tronchin partant début 1766, on propose la date 1765 .

21/10/2020

si je puis résister à ce dernier orage, je ne veux pas perdre entièrement l'espérance

... A l'heure où je mets en ligne cette note, le président n'a pas encore prononcé son discours, mais je pense que s'il donnait à sa conclusion le ton de Voltaire, ce ne serait pas mal .

 

 

« A Cosimo Alessandro Collini, Secrétaire intime et

Historiographe de Son Altesse Électorale de l'académie de

Manheim

à Manheim

Ah ! mon cher ami, que je voudrais voir opérer le miracle dont Son Altesse Électorale daigne vouloir m'honorer . Mais j'irai bientôt dans un pays où l'on n'a plus besoin de miracles . J'ai été si mal que presque toute ma famille est venue de Paris pour me consoler dans ma retraite et dans mes maux . Elle m'a trouvé très résigné ; mais je vous assure que je ne le suis guère quand je songe que je ne vous reverrai plus . Cependant si je puis résister à ce dernier orage, je ne veux pas perdre entièrement l'espérance . Consolez-moi en me mettant aux pieds de monseigneur . L'état où je suis à présent ne me permet guère de vous en dire davantage .

A Ferney 29è juin 1765. »

C'est bien le moins que je puisse faire pour les peines qu'il a prises en ma faveur

...

 

« A François-Louis Jeanmaire, Receveur des domaines de

S.A.S. Monseigneur de Duc de Virtemberg

à Montbéliard

Au château de Ferney

par Genève 28 juin 1765 1

Je vous prie, monsieur , de vouloir bien donner de ma part dix louis d'or à M . Dupont . C'est bien le moins que je puisse faire pour les peines qu'il a prises en ma faveur . Vous avez dû déjà lui donner un honoraire . Ainsi j'espère que tous mes devoirs seront remplis .

Vous me marquâtes par votre dernière lettre que vous pouviez me donner des lettres de change sur Lyon pour le second paiement qui sera échu au 1er juillet . Je les accepterai, et j'espère qu'elles ne seront pas à une trop longue échéance . J'ai l'honneur d'être monsieur votre très humble et très obéissant serviteur .

Voltaire . »

1 Edition vicomte Emmanuel-Henri de Grouchy : « Lettres de Voltaire », Le Carnet historique et littéraire, 1900.

20/10/2020

Je suis très persuadé que si on peut s'entendre et se donner un peu de peine, la tolérance sera regardée dans quelques années comme un baume essentiel au genre humain

... Oui, ami Voltaire, encore faut-il que la bonne volonté soit là, dans tous les camps !

 

 

« A Claude-Adrien Helvétius

26 juin [1765] 1

Je vous ai toujours dans la tête et dans le cœur, mon cher philosophe, quoique vous m'ayez entièrement oublié . Vous m’avez affligé en ne venant point dans mes déserts libres au retour d'une cour despotique ; ma douleur redouble quand j'apprends que vous désespérez de la cause commune . Un général tel que vous doit inspirer de la constance aux armées . Je vous conjure de prendre courage, de combattre, et je vous réponds de la victoire . Ne voyez-vous pas que tout le Nord est pour nous, et qu'il faudra tôt ou tard que les lâches fanatiques du Midi soient confondus ? L'impératrice de Russie, le roi de Pologne ( qui n'est pas un imbécile, faisant de mauvais livres avec un secrétaire ex-jésuite ) , le roi de Prusse, vainqueur de la superstitieuse Autriche, bien d'autres princes arborent l'étendard de la tolérance et de la philosophie . Il s'est fait depuis douze ans une révolution dans les esprits, qui est sensible . Plusieurs magistrats dans les provinces font amende honorable pour l'insolente hypocrisie de ce malheureux Omer, la honte du parlement de Paris . D'assez bons livres paraissent coup sur coup . La lumière s'étend certainement de tous côtés . Je sais bien qu'on ne détruira pas la hiérarchie établie puisqu'il en faut une au peuple . On n'abolira pas la secte dominante ; mais certainement on la rendra moins dominante et moins dangereuse . Le christianisme deviendra plus raisonnable et par conséquent moins persécuteur . On traitera la religion en France comme en Angleterre et en Hollande, où elle fait le moins de mal qu'il soit possible . Nous de sommes pas faits en France pour arriver les premiers . Les vérités nous sont venues d'ailleurs ; mais c'est beaucoup de les adopter . Je suis très persuadé que si on peut s'entendre et se donner un peu de peine, la tolérance sera regardée dans quelques années comme un baume essentiel au genre humain . Le nom d'Omer Joly sera aussi odieux et aussi ridicule que celui de Fréron . C'est à vous à soutenir vos frères et à augmenter leur nombre . Vous savez qu'il est aisé d'imprimer sans se compromettre, la Gazette ecclésiastique 2 en est une belle preuve . Est-il possible que des sages ne puissent parvenir dans Paris à faire avec prudence ce que font les fanatiques avec sécurité ? Quoi ! ces malheureux vendront des poisons et nous ne pouvons pas distribuer des remèdes ? Nous avons à la vérité des livres qui démontrent la fausseté et l'horreur des dogmes chrétiens ; nous aurions besoin d'un ouvrage qui fit voir combien la morale des vrais philosophes l'emporte sur celle du christianisme , cette entreprise est digne de vous ; il vous serait bien aisé d'alléguer un nombre de faits très intéressants qui serviraient de preuves . Ce serait un amusement pour vous et vous rendriez un service au genre humain . Éclairez les hommes mais soyez heureux ; vous méritez de l'être et vous avez de quoi l'être . Personne ne s'intéresse plus que moi à votre félicité ; mais je tiens qu'elle sera plus parfaite lorsque sans vous compromettre, vous aurez contribué à confondre l'erreur . Le secret témoignage qu'on se rend alors à soi-même est une des meilleures jouissances . Votre lâche Fontenelle ne vivait que pour lui ; vivez pour vous et pour les autres . Il ne songeait qu’à montrer de l'esprit, servez-vous de votre esprit pour éclairer le genre humain . Je vous embrasse dans la communion des fidèles .

V. »

1 Le manuscrit a été écrit par un secrétaire occasionnel, avec des fautes que V* a corrigées de sa main ; sur quoi il a ajouté, en bas de première page « pardon pour l'imbécile qui écrit sous ma dictée . »

2 Interdites les Nouvelles ecclésistiques continuent à paraître sous le manteau .

19/10/2020

afin que mon petit ex-jésuite leur donne le coup de grâce

... faisons appel au pape François,  (ex-jésuite, si on peut être ex- chez les jésuites ). Mais qui peut rendre la raison à des fous religieux, et qui plus est, musulmans bornés ?

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

et à Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental

25 [juin 1765]1

Mes divins anges, j'attends les Roués afin que mon petit ex-jésuite leur donne le coup de grâce . On me mande que Lekain veut son congé . Je ne sais si c'est tout de bon . Pour Mlle Clairon il parait décidé quelle donne la préférence à M. Tronchin sur M. le maréchal de Richelieu, et malgré les défenses sévères du docteur, elle daignera peut-être étaler ses talents sur notre théâtre de marionnettes que maman Denis a fait réédifier presque malgré moi . Il paraît que la philosophie est si mal accueillie à présent qu'il faut se réduire à avoir du plaisir .

Vous avez envoyé une lettre à M. de Chabanon . Permettez que je vous adresse la réponse .

Pardonnez à ce billet écourté, mes yeux souffrent beaucoup . Je me mets toujours à l'ombre de vos ailes et des montagnes de la Suisse .

V."

 

18/10/2020

Il faut que le petit troupeau des gens qui pensent, se tienne serré contre les loups

... Tout attentat doit mettre en colère et non pas donner sujet à réflexion et propos oiseux : fallait-qu'on, on-aurait-dû, fallait-pas, on-aurait-pas-dû . Marre de savoir que les réseaux sociaux sont le vecteur des lâches et des assassins, marre de savoir qu'on prend des gants pour ne pas risquer de choquer ces chers élèves qui se prétendent bons pratiquants et qui déversent, impunément, des ordures à tire larigot sur le dos de qui leur déplait .

Un rassemblement d'enseignants, ce samedi à Conflant-Saint-Honorine dans les Yvelines, près du collège où travaillait ce professeur.

Qui est capable de les remplacer ?

 

 

« A Michel-Paul-Guy de Chabanon

de l'Académie des belles-lettres

à Paris

25 juin 1765

Les gens de lettres doivent s'aimer monsieur, car en vérité les gens du monde et les gens d’Église ne les aiment guère ; le refus de la pension due à M. d'Alembert et le libelle du gazetier 1, font également lever les épaules. Il faut que le petit troupeau des gens qui pensent, se tienne serré contre les loups . Je ne savais pas devant qui je parlais quand je m'avisai de dire ce que je pensais de vous en présence de M. de La Chabalerie 2. Vos lettre m'avaient inspiré une estime et une amitié que j'aurais témoignées devant vos ennemis, s'il était possible que vous en eussiez .

M. de La Harpe a un feu céleste qu'il ne doit qu'à lui, mais il n'y fait encore rien cuire et vous aurez achevé votre Virginie 3 avant qu'il n'ait fait la plan de sa pièce 4. C'est dommage que nous n'ayons eu depuis Pharamond 5 de prince ni de ministre qui ait violé des filles . On demande actuellement des sujets français . Vous serez réduits messieurs à Louis VIII qui aima mieux, dit-on, mourir que de coucher avec une fille de quinze ans . Ce sujet est la converse de Virginie . Vous voulez apparemment vous en tenir à l'impression, parce que Mlle Clairon a pris congé . On dit que Lekain en fait autant . Vous plaiderez par écrit faute de bons avocats qui plaident, mais le public aime l'audience et il y a plus de spectateurs que de lecteurs . Pour moi monsieur je voudrais vous lire et vous entendre et jouir de votre conversation qu'on dit aussi aimable que vos mœurs .

Agréez monsieur les sentiments de la véritable estime qu'a pour vous votre très humble et obéissant serviteur .

V. »

1Abbé Louis Guidi : Lettre à un ami, sur un écrit intitulé : « Sur la destruction des jésuites en France » . Sur son exemplaire , V* ajoute « impertinent » après Lettre et « imaginaire par un sot fanatique » après à un ami, et à côté du titre de d'Alembert « écrit excellent de M. d'Alembert »

2 La Chabalerie va épouser la sœur de Chabanon .

3 Virginie sera imprimée en 1767 , mais jamais représentée .

4 Le Pharamond de La Harpe ne sera représenté que le 11 juillet 1786 .

5 Pharamond, premier roi de France plus ou moins mythique à qui on attribue la loi salique : https://fr.wikipedia.org/wiki/Pharamond

Je prie Hubert de dessiner saint Paul, il en fera un portrait fort ressemblant d'après l'idée qu'en donnent de vieux auteurs qui ont été en tiers avec lui et sainte Tècle . Ce sera une bonne caricature

... Citez-moi un seul catholique qui ait alors attenté à la vie du peintre Huber et de son commanditaire Voltaire ! Et pourtant à cette époque l'Eglise était souverainement présente et redoutable . Le dieu des chrétiens et ses prophètes sont-ils moins sanguinaires qu'Allah et Mohammed, ou ont-ils plus d'humour que les musulmans ?

Lire les Actes des Apôtres

 

 

 

« A Charles Michel , marquis de Plessis-Villette

24 juin [1765]1

J'ai reçu, monsieur, votre lettre du 12 juin et je dois supposer par le dessus de la lettre que vous me l'avez adressée en droiture . Je crois vous avoir déjà dit que certaines lettres de Paris à Genève sont souvent ouvertes et que si vous n'adressez pas vos lettres au Sieur Wagnière chez monsieur Souchay à Genève sous le couvert de M. Tabareau, vous courrez risque d'avoir plus d'un confident de vos secrets .

Ce que vous me dites du prélat harangueur m'a étonné et affligé car on m'avait flatté que dans une espèce de sermon à son assemblée il avait prêché la tolérance . Sa sortie contre les philosophes est plus dangereuse qu'on ne croit . On n'en veut déjà que trop aux partisans de la raison et vous avez dû vous en apercevoir au refus que M. d'Alembert essuie jusqu'à présent d'une petite pension à laquelle il a un droit incontestable et que l'Académie des sciences demandait pour lui . Il me semble qu'il n'est pas bien honorable pour la France qu'on prive de douze cents livres de rente un homme si supérieur qui a fait un sacrifice de cent mille livres d’appointements pour rester dans son pays qu'il honore . C'est une réflexion que sans doute tout le monde a faite et qui vaut la pension .

J'avais raison comme vous voyez de ne point envoyer ce brimborion de frère Oudin, qu'on ne peut avoir fait courir que très défiguré . On ne doit parler du porc de saint Antoine et du chien de saint Roc pendant l'assemblée du clergé, qu'avec un profond respect . Vous avez beau me dire qu'on lèvera l'excommunication si justement fulminée par ceux qui jouent des farces latines, contre ceux qui jouent des pièces françaises ; je connais trop l’Église . Elle ne peut pas plus se relâcher qu'elle ne peut errer, les comédiens trouveront plus d'indulgence au Parlement dans quelque occasion favorable où ils plaideraient contre l'archevêque .

M. de La Harpe est à Ferney mais il n'a pas encore beaucoup travaillé . J'espérais qu'il ferait à Ferney quelque petit Warwick . Il n'y a que Mme Dupuits qui se mettre chez nous à faire des enfants . Pour moi je mène toujours la même vie . Je lis avec édification les Pères de l’Église . Je prie Hubert de dessiner saint Paul, il en fera un portrait fort ressemblant d'après l'idée qu'en donnent de vieux auteurs qui ont été en tiers avec lui et sainte Tècle . Ce sera une bonne caricature .

Dieu soit loué que vous soyez toujours dans le dessein d'aller voir votre terre de Bourgogne et de visiter en passant des reclus qui vous sont bien tendrement attachés .

Voulez-vous permettre que je glisse ce petit billet dans mon paquet ? Il est pour un homme qui doit sentir tout ce que vous valez et par conséquent vous aimer autant que je vous aime .

V. »

1 L'édition Œuvres du marquis de Villette, 1784, donne une version incomplète, peu soignée et non datée .