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23/09/2021

Les deux insensés ...ont répondu, dans leurs interrogatoires, qu’ils avaient puisé leur aversion pour nos saints mystères dans les livres des encyclopédistes et de plusieurs philosophes de nos jours

... C'est ce que je sens d'avance . Pour ceux qui ont du temps à perdre, ce soir à la télé, le tête à tête Mélenchon / Zemmour, parfaitement inutile, puisque étant extrémistes tout deux, leurs idées (si on peut parler d'idées ) et leurs programmes (qui tiennent sur un ticket de métro ) qui sont au fond identiques, sont entachés de nullité . Et ce n'est pas une raison, puisque plus de 50% des Français ne croient plus en Dieu, qu'on se jette dans les bras des deux inutiles sus nommés .

CHAUNU on Twitter: "Mon #dessin publié aujourd'hui dans @ouestfrance et  @unionardennais #zemmour #melenchon #debat #presidentielle2022 #actu  #politique #dessindepresse @ZemmourEric @JLMelenchon…  https://t.co/PUdNnb9d1M"

https://twitter.com/EmmanuelChaunu/status/144093626815474...

 

 

« A Etienne-Noël Damilaville

1er juillet 1766 1

On me mande, mon cher frère, une étrange nouvelle. Les deux insensés 2, dit-on, qui ont profané une église en Picardie ont répondu, dans leur interrogatoire, qu’ils avaient puisé leur aversion pour nos saints mystères dans les livres des encyclopédistes et de plusieurs philosophes de nos jours. Cette nouvelle est sans doute fabriquée par les ennemis de la raison, de la vertu et de la religion. Qui sait mieux que vous combien tous ces philosophes ont tâché d’inspirer le plus profond respect pour les lois reçues ? Ils ne sont que des précepteurs de morale, et on les accuse de corrompre la jeunesse. On cherche à renouveler l’aventure de Socrate ; on veut rendre les Parisiens aussi injustes que les Athéniens, parce qu’on croit plus aisé de les faire ressembler aux Grecs par leurs folies que par leurs talents.

Ne pourriez-vous pas remonter à la source d’un bruit si odieux et si ridicule ? Je vous prie de mettre tous vos soins à vous en informer.

Est-il vrai qu'on va jouer la tragédie de Barnevelt ?3 Si elle est imprimée , je vous supplie de me l'envoyer .

J’ai reçu la visite d’un homme de mérite qui vous a vu quelquefois chez M. d’Olbac . Son nom est, je crois, Bergier . Il m’a paru en effet digne de vivre avec vous.

Je m'affaiblis plus que jamais, mon cher frère, mais puisque Fréron et Omer se portent bien, je dois être content .

On dit que Mlle Clairon a rendu le pain bénit, et que toute la paroisse a battu des mains.

M. le prince de Brunswic vient bientôt honorer mon désert de sa présence. Je ne sais comment je pourrai le recevoir dans l’état où je suis.

Je vous embrasse avec la plus tendre amitié. Écr. l’inf. »

1 La copie contemporaine Darmstadt B. omet les trois derniers mots et dans le quatrième paragraphe précise M. le baron d'Holbach ; l'édition de Kehl suivant la copie Beaumarchais, et les éditions suivantes ; omet le troisième paragraphe, déplace le cinquième et supprime deux fois je crois dans le quatrième .

3 Barnevelt : tragédie de Antoine-Marin Le Mierre : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k48313w/f1.vertical

Il vous est toujours très tendrement attaché, et conservera ces sentiments jusqu’au dernier jour de sa vie

... Oui, Mlle Sarah Knafo, Eric, modèle de fidèlité s'il en est, -demandez à Mme son épouse-, tient et tiendra à vous jusqu'à ce que ses intérêts vous séparent . Combien comptez-vous demander à Paris-Match ? Vous avez d'ores et déjà un avocat à titre gracieux : Eric Naulleau qui fait un gros caca nerveux face à l'exposition de votre image impudiquement dévoilée par un paparazzo . François Hollande, lui, avait eu plus de cran, sinon de  finesse .  Mais, chez Zemmour l'élégance n'existe pas , la vanité seule le fait vivre .

https://www.linternaute.com/actualite/biographie/2571832-sarah-knafo-qui-est-la-conseillere-d-eric-zemmour-dont-parle-paris-match/

S'il brigue la place de président, je souhaite bon vent à ses électeurs .

Pas de photo ici, il est trop moche .

 

 

« A François Achard Joumard Tison, marquis d'Argence

Brigadier des armées du roi etc.

À Angoulême

1er juillet 1766

Je puis vous assurer, monsieur, que ceux qui imputent à M. des Barres 1 et à son camarade d’extravagances le discours qu’on leur fait tenir à M. Pasquier 2, ont débité l’imposture la plus odieuse et la plus ridicule. De jeunes étourdis que la démence et la débauche ont entraînés jusqu’à des profanations publiques ne sont pas gens à lire des livres de philosophie. S’ils en avaient lu, ils ne seraient pas tombés dans de pareils excès ; ils y auraient appris à respecter les lois et la religion de notre patrie. Toutes les nouvelles qu’on a débitées dans votre pays sont extrêmement fausses. Non-seulement l’arrêt n’a pas été exécuté, mais il n’a pas été signé, et il n’a passé qu’à la majorité de trois voix. On a pris le parti de ne point faire signer cet arrêt, pour prendre à loisir les mesures convenables qui en empêcheront l’exécution 3. La peine n’aurait pas été proportionnée au délit. Il n’est pas juste de punir la démence comme on punit le crime.

M. Boursier compte vous faire incessamment un petit envoi. Il vous est toujours très tendrement attaché, et conservera ces sentiments jusqu’au dernier jour de sa vie. »

1 Sic , pour de La Barre .

2 Denis-Louis Pasquier , conseiller au parlement de Paris, rapporteur de l'affaire La Barre . « La figure de Denis-Louis Pasquier, « tête de veau » ou « bœuf-tigre », déjà rapporteur dans l’affaire Lally, devient l’incarnation d’un certain Parlement dont Voltaire dénoncera les agissements jusque dans l’Histoire du Parlement de Paris rédigée à la même époque. » ; voir : https://www.fabula.org/actualites/journees-voltaire-2016-autour-de-l-affaire-la-barreappel-communications_71412.php

Et voir : https://books.google.fr/books?id=fR8IAnqvM1EC&pg=PA76&lpg=PA76&dq=Denis-Louis+Pasquier+:+1766&source=bl&ots=8oAJBSAggm&sig=ACfU3U38SuzSUt1z5dQonBlSNO912mp2Jg&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwjU_43bw5PzAhVy5eAKHdC9B_IQ6AF6BAgMEAM#v=onepage&q=Denis-Louis%20Pasquier%20%3A%201766&f=false

Et voir : Le Procès du chevalier de La Barre, de Marc Chassaigne, 1920 : https://archive.org/details/leprocsducheva00chas/page/n15/mode/1up

3 On peut juger par cette phrase de quel étonnement, de quelle fureur sera saisi Voltaire quand il apprendra le sanglant dénouement. (Georges Avenel.)

22/09/2021

Je fais bien pis ; je crois que j’ai raison

... Est-il pire défaut ?

https://www.youtube.com/watch?v=GCTuXHW5vl4

Descartes au lycée : Complots et manipulations

 

 

 

« A Jean Le Rond d'Alembert

1er juillet [1766] 1

Ignis ubique latet, naturam amplectitur omnem,

Cuncta parit, renovat, dividit, unit, alit.2

 

Oui, mon cher philosophe, ces deux, mauvais vers sont de moi. Je suis comme l’évêque de Noyon 3, qui disait dans un de ses sermons : « Mes frères, je n’ai pris aucune des vérités que je viens de vous dire ni dans l’Écriture, ni dans les pères ; tout cela part de la tête de votre évêque. »

Je fais bien pis ; je crois que j’ai raison, et que le feu est précisément tel que je le dis dans ces deux vers. Votre Académie n’approuva pas mon idée, mais je ne m’en soucie guère. Elle était toute cartésienne alors, et on y citait même les petits globules de Malebranche : cela était fort douloureux. Je vous recommande, mon cher frère et mon maître, les Vernet dans l’occasion.

Vous m’enchantez de me dire que Mlle Clairon a rendu le pain bénit ; on aurait bien dû la claquer à Saint-Sulpice. Je m’y intéresse d’autant plus, moi qui vous parle, que je rends le pain bénit tous les ans avec une magnificence de village que peut-être le marquis Simon Lefranc n’a pas surpassée. Je suis toujours fâché que le puissant auteur de la belle Préface 4 ait pris martre pour renard, en citant saint Jean 5. Les pédants tireront avantage de cette méprise, comme Cyrille se prévalut de quelques balourdises de l’empereur Julien ; et de là ils concluront que les philosophes ont toujours tort.

Nous aurons incessamment dans notre ermitage un prince 6 qui vaut un peu mieux que le protecteur 7 de Catherin Fréron.

Êtes-vous homme à vous informer de ce jeune fou nommé M. de La Barre, et de son camarade, qu’on a si doucement condamnés à perdre le poing, la langue, et la vie, pour avoir imité Polyeucte et Néarque ?8 On me mande qu’ils ont dit, à leur interrogatoire, qu’ils avaient été induits à l’acte de folie qu’ils ont commis par la lecture des livres des encyclopédistes.

J’ai bien de la peine à le croire ; les fous ne lisent point, et assurément nul philosophe ne leur aurait conseillé des profanations. La chose est importante. Tâchez d’approfondir un bruit si odieux et si dangereux.

M. le chevalier de Rochefort m’a bien consolé de tous les importuns qui sont venus me faire perdre mon temps dans ma retraite. Dieu merci, je ne les reçois plus ; mais quand il me viendra des hommes tels que M. le chevalier de Rochefort, qui me parleront de vous, mes moments seront bien employés avec eux. Je viens de voir aussi un M. Bergier 9, qui pense comme il faut ; il dit qu’il a eu le bonheur de vous voir quelquefois, et il ne m’en a pas paru indigne.

N’oubliez pas, je vous en supplie, Polyeucte et Néarque ; mais surtout mandez-moi si vous êtes dans une situation heureuse, et si vous vous consolez des niches qu’on fait tous les jours à la philosophie. »

2 Le feu est partout caché, il embrase toute nature, il donne naissance à tout, renouvelle, divise, unit, nourrit toute chose ; ces vers latins sont en épigraphe à l'Essai sur la nature du feu et sur sa propagation, 1738 ; voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Essai_sur_la_nature_du_feu_et_sur_sa_propagation/%C3%89dition_Garnier/Avertissement

3 François de Clermont-Tonnerre , , né en 10-29, mort le !5 février 1701, membre de l'Académie française, et dont le malin d'Alembert a fait l'Apologie. (Beuchot.) ; voir la note : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome26.djvu/559

4 Voir lettre 6252 du 1er février 1766 à Frédéric II, roi de Prusse : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2021/05/18/sans-justesse-il-n-y-a-ni-esprit-ni-talent-6316581.html

5 Frédéric a signalé comme apocryphe la passage de Saint Jean I, v, 7-8 alors qu'il s'agit seulement d'une inerpolation .

6 Le prince de Brunswick.

7 Le prince de Deux-Ponts : https://journals.openedition.org/crcv/16148

9 Le traducteur Claude-François Bergier, frère du théologien  : https://data.bnf.fr/fr/12268357/claude-francois_bergier/

21/09/2021

Cesse d'admirer la fumée, les richesses et le bruit de l'heureuse Genève

... A Genève, de philosophes : point, des financiers : prou, et seul l'automne sera fidèle au rendez-vous .

 

 

« A Pierre-Michel Hennin

Mardi [juin-juillet 1766]

Omitte mirari beatae

fumum et opes strepitum que Geneve .1

 

Monsieur le Résident et M. le chevalier de Taulès sont-ils assez bons pour venir demain mercredi dîner avec les solitaires de Ferney ? Il n'y aura que des philosophes . »

1 Horace, Odes, III, 11-12 : Cesse d'admirer la fumée, les richesses et le bruit de l'heureuse Genève .

oserai-je vous présenter une requête pour cent bouteilles du meilleur l'automne prochain

... Il faut voir le sourire béat du négociant à qui vous faites cette commande à l'une des Foires aux vins actuelles . Que modération aille se faire voir ! Cent bouteilles, six mois d'autonomie , à vue de nez (rouge) . Il faut soutenir les viticulteurs qui ont tant souffert [sic] cette année ( mais qui ont l'art de se rattraper en gonflant leurs prix, bien entendu, seule la vigne souffre réellement ) .

SAQ - Foire aux vins français - TV, Prints. on Behance

Actualisé : 48è anniversaire des foires au vin

 

 

« A Antoine-Jean-Gabriel Le Bault

[1766 ?] 1

Monsieur, permettez que je me joigne à mon gendre adoptif . Vous voyez que mes remerciements ne sont pas toujours pour du vin ; mais s'il est permis de joindre l’agréable à l'utile, oserai-je vous présenter une requête pour cent bouteilles du meilleur l'automne prochain . Il faut encore que j'implore vos bontés pour un petit tonneau de provins ou chapons . Pardon de mêler ainsi Bacchus avec Thémis 2, mais ce sont deux grandes divinités .

Madame Le Bault veut-elle bien recevoir mon respect, ainsi que vous, monsieur, qui honorez de vos bontés votre très humble et très obéissant serviteur

Voltaire. »

1Edition Mandat-Grancey . On a ici le post scriptum d'une lettre de Dupuits à Le Bault que l'éditeur signale, mais sans en donner le texte .

20/09/2021

Il serait à souhaiter que le public donnât dans le même panneau, et qu’il relût nos auteurs du bon temps, au lieu de se gâter le goût par les misérables nouveautés dont on nous accable

...  Les éditeurs, et plus particulièrement leurs lecteurs qui doivent faire un tri, sont bien du même avis . Le recherche de la perle dans le fumier n'est vraiment pas rigolote . La saison des prix littéraires arrive quand tombent les feuilles, notre ministresse de la culture va pouvoir papillonner .

Antoine Chereau Cartoonist auf Twitter: "#edition #auteur #critique #Humour  #humour #livres #libraires #librairie @antoinechereau1 @le_Parisien  @lemondefr @librairiefrance @librairie Mollat @lagrandelibrairie…  https://t.co/nbTucuH0Nz"

https://twitter.com/jokesmanager/status/903637924327047168

 

 

 

« A Nicolas-Claude Thieriot

Mon cher et ancien ami, j’aurais plus de foi à votre régime qu’à l’eau de M. Vyl. La véritable eau de santé est de l’eau fraîche, et tous ceux qui prétendent faire subsister ensemble l’intempérance et la santé sont des charlatans. Une meilleure recette est celle qu’on vous envoie de Brandebourg tous les trois mois 1. Votre arrangement me paraît très bien fait et très adroit : il n’y a personne auprès de votre correspondant qui puisse l’avertir qu’on lui donne du vieux pour du nouveau. Il serait à souhaiter que le public donnât dans le même panneau, et qu’il relût nos auteurs du bon temps, au lieu de se gâter le goût par les misérables nouveautés dont on nous accable.

Vous êtes sans doute informé du nouveau livre qui paraît sous le nom de Fréret ; c’est un excellent ouvrage qui doit déjà être connu en Allemagne. Les citations sont aussi fidèles que curieuses, les preuves claires, et le raisonnement si vigoureux qu’il n’y a qu’un sot qui puisse y répliquer. Les Lettres sur les miracles 2 de Beaudinet et de Covelle ne sont point encore connues en France.

Si je trouve dans mes paperasses quelques petits morceaux qui puissent figurer dans vos envois, je ne manquerai pas de vous en faire part ; mais à présent je suis si occupé de l’édition in-4° que les Cramer font de mes anciennes sottises, je suis si enseveli dans des tas de papiers, que je ne peux rien débrouiller . Mais quand je serai défait de cet embarras désagréable, je chercherai tous les matériaux qui pourront vous convenir. Nous comptons avoir incessamment un des neveux de votre correspondant. J’aime bien autant les voir chez moi que de les 3 aller chercher chez eux. Nous avons eu l’abbé Morellet ; c’est un homme très aimable, très instruit, très vertueux. Voilà comme les vrais philosophes sont faits, et ce sont eux qu’on veut persécuter ! Adieu, mon cher ami ; vivez tranquille et heureux.

V.

26 juin [1766].4 »

1 Le payement de ce que lui donnait le roi de Prusse, dont il était le correspondant littéraire.

3 Le manuscrit écrit d'une main non identifiée ( voir fin de la lettre du 22 juin 1766 à d'Argental : ) porte ici des pour de les .

4 Manuscrit original avec initiale et date autographes, année ajoutée par Thieriot . La lettre à laquelle répond V* est du 16 juin 1766

Il examine d’abord de sang-froid, ensuite il argumente avec force, et il conclut en foudroyant

... Non, il ne s'agit pas de notre président, quand bien même certains le nomment Jupiter .

Je ne connais aucun homme politique qui raisonne comme l'aime Voltaire . Ils ne savent que critiquer en ânonnant, geais parés des plumes du paon (même le déplumé Ciotti, que je trouve assez puant, il ne foudroie pas , il n'émet que des pets  ).

 

 

 

« A Etienne-Noël Damilaville

26 juin 1766 1

Je suis enchanté de l’abbé Morellet, mon cher frère. En vérité, tous ces philosophes-là sont les plus aimables et les plus vertueux des hommes ; et voilà ceux qu’Omer veut persécuter ! Il n'y a qu’un homme infiniment instruit dans la belle science de la théologie et des pères qui puisse avoir fait l’examen critique des apologistes 2. J’avoue que le livre est sage et modéré : tout critique doit l’être ; mais je ne pense pas qu’on doive blâmer le lord Bolingbroke d’avoir écrit avec la fierté anglaise, et d’avoir rendu odieux ce qu’il a prouvé être méprisable 3. Il fait, ce me semble, passer son enthousiasme dans l’âme du lecteur. Il examine d’abord de sang-froid, ensuite il argumente avec force, et il conclut en foudroyant. Les Tusculanes de Cicéron et ses Philippiques ne doivent point être écrites du même style.

Les Sirven et moi, mon cher frère, nous vous aurons une égale obligation de presser notre Élie . Je suis sûr qu'il se fera plus d'honneur par cette cause que par celle de M. de La Luzerne . L'aventure des Sirven est liée aux plus grands objets ; elle tient à l'intérêt public, aux mœurs et aux lois de notre nation . J'attends tous les jours les lettres de Beaudinet et de Covelle qui sont imprimées à Neuchâtel . Je vous suis bien obligé de m'avoir envoyé quatre exemplaires de la justification du président de Thou . J'aurais souhaité que Merlin, qui probablement a imprimé ce petit ouvrage, y eût apporté plus de soin, et y eût mis plus de correction ; il y a des fautes qui ne sont pas pardonnables . Il faudrait surtout qu'il fit corriger à la main le vers d'Horace qui est à la page 7, et qu'un homme qui sait son latin et son Horace voulût bien s'en donner la peine . Ce vers est si ridiculement défiguré qu'il peut faire grand tort à l'ouvrage .

Vous me faites bien plaisir, mon cher frère, de me dire que Mlle Sainval 4 a réellement du talent. Il est à souhaiter qu’elle soutienne le théâtre, qui tombe, dit-on, en langueur. Mais quand aurons-nous des hommes qui aient de la figure et de la voix ?

J’ai écrit à M. Grimm . Il s’agit 5 de me faire savoir les noms des principales personnes d’Allemagne que je pourrai intéresser à favoriser les Sirven 6. Je vous supplie de lui en écrire un mot, et de le presser de m’envoyer les instructions que je lui demande. Les Sirven et moi, nous vous en aurons une égale obligation 7. Adieu, mon cher frère : s’il n’y a point de nouveauté à présent, le livre attribué à Fréret doit en tenir lieu pour longtemps . Il fait honneur à l’esprit humain.

Comme je vous embrasse, vous et les vôtres ! »

1 Copie contemporaine Darmstadt B. Copie Beaumarchais-Kehl dont le texte a été adopté avec addition du deuxième paragraphe qui y est omis en entier ainsi que dans toutes les éditions ; voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1766/Lettre_6376

2 Voir lettre du 1er avril 1766 à Damilaville : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2021/07/06/m-6325583.html

3 L’Examen important de milord Bolingbroke a donc déjà été envoyé en manuscrit à Damilaville ; il ne sera publié qu'en août ; voir lettre du 25 août 1766 à Frédéric II landgrave de Hesse-Cassel : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1766/Lettre_6473

5 Le manuscrit Darmstadt ajoute ici actuellement .

7 Dans le manuscrit Darmstadt ces deux phrases sont remplacées par : Je vous supplie de m'envoyer au plus tôt les instructions dont j'ai besoin.