02/02/2016
la raison est préférable à l'éloquence
... Ne l'oublions pas quand un marchand de soupe nous fait l'article . Beaux parleurs, nous décortiquerons vos paroles, nos impôts sont trop précieux pour être mis en de mauvaises mains ; les exemples ne manquent pas .

« A Jean Lévesque de Burigny
Au château de Ferney près de Gex 1
par Genève [janvier-février 1761 ?]2
Tout ce que je puis vous dire, monsieur, c'est que feu M. Secousse m'écrivit 3, il y a quelques années, à Berlin, que son oncle avait réglé les droits et les reprises de Mlle des Vieux, fondés sur son contrat avec M. Bossuet . C'est une chose que je vous assure sur mon honneur . Au reste c'est à vous à voir si vous croyez possible 4 qu'un homme aussi éclairé que lui, ait toujours été de bonne foi, surtout en accusant M. de Fénelon d'une hérésie dangereuse, tandis qu'on ne devrait l'accuser que de trop de délicatesse et de beaucoup 5 de galimatias . Je serais très affligé si le panégyriste de Porphyre 6 et de l'ancienne philosophie, donnait la préférence à certaines opinions sur cette philosophie . M. de Meaux était un homme éloquent, mais la raison est préférable à l'éloquence . Vous me ferez beaucoup d'honneur et de plaisir de m'envoyer votre ouvrage . Mais vous me feriez un très grand tort si vous m'accusiez d'avoir dit que l'éloquent Bossuet ne croyait pas ce qu'il disait . J'ai rapporté seulement qu'on prétendait qu'il avait des sentiments différents de la théologie 7, comme un sage magistrat qui s'élèverait quelquefois au-dessus de la lettre de la loi , par la force de son génie . Il me paraît qu’il est de l'intérêt de tous les gens sensés que Bossuet ait été dans le fond plus indulgent qu'il ne le paraissait .
Je me recommande à vous, monsieur, comme à un homme de lettres et un philosophe pour qui j'ai toujours eu autant d'estime que d'attachement pour votre famille . Si vous voulez bien me faire parvenir votre ouvrage 8 par M. Jannel ou M. Bourret, ce sera la voie la plus prompte, et j'aurai plus tôt le plaisir de m’instruire .
Je vous présente mes remerciements et tous les sentiments respectueux avec lesquels je serai toujours, monsieur, votre etc. »
1 Près de Gex, par Genève , seulement dans l'édition de Kehl .
2 Le manuscrit original qui était entre les mains de la famille Noiron, à Reils, a été acheté par Michelmore à la vente Philips le 24 juin 1919 ; l'édition Jean-Vincent Genet est incomplète mais basée sur l'autographe . Pour la date proposée, le 12 septembre, V* dira au même avoir « reçu fort tard » l’ouvrage sur Bossuet qu'il demande ici, voir lettre du 12 septembre 1761 à Burigny : http://www.monsieurdevoltaire.com/article-correspondance-annee-1761-partie-38-122359402.html
3 Pour la correspondance avec Denis-François Secousse, né en 1691 et mort en 1754 à Paris sa ville natale, voir lettre du 5 août 1752 à d'Argental : page 149 : https://books.google.fr/books?id=wkEaAAAAYAAJ&pg=PA14...
lettre du 1er septembre 1752 à d'Argental : page 162 ; lettre du 3 octobre 1752 : page 193 .
4 Possible seulement dans l'édition de Kehl .
5 De beaucoup n'est pas dans l'édition de Kehl .
6 Porphyre, écrivain grec du IIIè siècle avait écrit quinze livres contre le christianisme . Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Porphyre_de_Tyr
7 Dans le « Catalogue[...] des écrivains français » du Siècle de Louis XIV, article Bossuet : « […] on a prétendu que ce grand homme avait des sentiments philosophiques différents de sa théologie, à peu près comme un savant magistrat qui, jugeant selon la lettre de la loi, s'élèverait quelquefois en secret au dessus d'elle par la force de son génie. »
8 De Burigny : Vie de M. Bossuet, évêque de Meaux, 1761 : https://books.google.fr/books?id=DlMAAAAAMAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false
01:09 | Lien permanent | Commentaires (0)
je mourrai au lit d'honneur
... Le lit, ce lieu de tous les dangers ....
« A Gabriel Cramer
[janvier-février 1761]
Je ne demande que huit jours pour commencer l'Histoire générale, je suis bien malade, mais je mourrai au lit d'honneur ; la tête me tourne actuellement, j'ai une humeur de goutte qui me tue, et une humeur de prêtres qui m'achève, mais je suis un peu soutenu par l’amitié de Messieurs Cramer, et par l'espérance qu'il y aura plus d'une voix pour les galères en faveur du curé .
Il faudrait que je visse ces jours-ci un Cramer quelconque, sans quoi, point d'Histoire, point de Pucelle ; il y a pourtant un chant qui fait pleurer . »
00:51 | Lien permanent | Commentaires (0)
01/02/2016
demandée en mariage, puis refusée
... L'Amour est dans le pré ? Bachelor ?
That's life folks !
« [Destinataire inconnu] 1
[janvier-février 1761]
[La jeune fille dont il a la garde, Mlle Corneille, a été demandée en mariage, puis refusée à cause d'un libelle publié contre son père, et parce qu'elle vit chez V* et reçoit son éducation d'un contempteur de la foi .]
1 Ce pourrait être une des lettres mentionnées par V* à la fin de sa lettre du 31 janvier 1761 à Damilaville et Thieriot : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/01/31/j-ai-une-pension-du-roi-je-rougirais-de-la-recevoir-tant-qu-5753138.html
09:09 | Lien permanent | Commentaires (0)
Tous les curés sont en campagne pour justifier leur confrère
... Le contraire est plus que rare, beaucoup plus rare encore que l'excommunication qui menacerait à juste titre le prêtre fautif . Esprit de corps pour un corps sans esprit (surtout pas sain, ni Saint ! ) .
« A Jean Vasserot de Châteauvieux
à Genève
[janvier-février 1761] 1
Mon cher Cicéron plus j'y réfléchis, plus j'admire l'insolence du petit scribe de la petite juridiction . Je vois la profondeur de toutes ces iniquités . Vous avez dû recevoir la lettre de Croze . Voilà le sacrilège joint à l'assassinat . On a de plus séduit une sœur grise pour lui faire déposer sur le danger réel où le fils de Croze a été pendant quinze jours, et pour lui faire en quelque sorte rétracter sa première déclaration . Tous les curés sont en campagne pour justifier leur confrère 2 . Il a des appuis, mais nous avons pour nous Dieu et le parlement . Aidez-moi de vos conseils . Cette affaire est [ho]rrible, et digne de l'attenti[on] d'un […] co[mm]e vous . »
1 Le bas du feuillet étant manquant, environ une ligne de texte n'est pas restituée .
2 Peut-être pour parer l'effet de cette campagne, V* engagea Mme Denis à écrire à l'évêque d’Annecy, Deschamps de Chaumont ; la première lettre est du début de février, puis la correspondance se poursuivit pendant un mois à peu près . L'évêque résume l'affaire dans une lettre à un inconnu qui serait du début mars 1761 .
08:00 | Lien permanent | Commentaires (0)
faire venir cinq jésuites de plus à Ornex . C'est au conseil à voir s'il lui convient d'avoir un tel voisinage
... Voltaire s'est fait fort d'aider ses voisins spoliés, dont voici l'un d'eux
Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_%C3%89tienne_Philibert...
« A François-Jean Turrettini
[janvier-février 1761] 1
Monsieur, je vous supplie de lire au conseil la lettre du sieur Croze touchant la subornation sacrilège du frère Fessy jésuite, dont il demande justice à Gex . Il est important pour la république de connaître les jésuites vos voisins .
Le conseil est intéressé à savoir que leur supérieur Fabré nous dit à ma nièce et à moi il y a plusieurs mois qu'il comptait faire venir cinq jésuites de plus à Ornex . C'est au conseil à voir s'il lui convient d'avoir un tel voisinage .
J'ai l'honneur de certifier au conseil magnifique, que les jésuites ayant obtenu du roi subrepticement permission d'acquérir le domaine des Mlles Balthazar, qu'ils ne peuvent avoir, puisque c'est un bien de mineurs, ils ont fait insérer dans cette permission illégale et surprise, que c'est une récompense des services secrets qu'ils ont rendus dans Genève .
Je suis persuadé que M. de Chapeaurouge en qualité de conseiller et secrétaire d’État se portera de lui-même avec le plus grand zèle à rompre le funeste marché qu'il a fait avec les jésuites en leur vendant ce domaine aux portes de Genève, et à celles de Ferney et de Tournay ; et que le magnifique conseil entrera dans les vues si utiles à tout le pays, de ne pas permettre que les jésuites s'agrandissent ici aux dépens des vrais propriétaires . Je me flatte qu'il exhortera M. de Chapeaurouge à suivre ses inclinations nobles et patriotiques , et à rendre aux propriétaires naturels le bien Balthazar, soit celui qui était engagé par antichrèse, soit celui qui était libre ; le tout au même prix qu'il l'avait vendu aux jésuites . Rien n'est plus juste ni plus convenable , et cela seul peut prévenir un procès ruineux pour lui dans lequel on verrait avec douleur le secrétaire d’État de Genève réuni avec les jésuites contre des pupilles qui redemandent le bien de leurs pères . J'attends tout de la sagesse et du zèle du magnifique conseil . J'ai l'honneur d'être avec respect
monsieur
votre très humble et très obéissant serviteur .
Voltaire . »
1 La date est fixée par référence à Fessy et aux jésuites d'Ornex . De la même époque date un Mémoire endossé par V* « ferme du Jonc » ; cette ferme n'appartenant pas au père Fesse [Fessy ?] , était demandée à la fois par la ville de Gex pour son collège et par le curé de Ferney pour « être en état d'avoir un vicaire »
07:12 | Lien permanent | Commentaires (0)
Point de nouvelles d'Afrique . On me traite fort mal à Alger
... Enfin je le suppose, à tort peut-être, car l'esprit de Voltaire ne connait pas d'autre frontière hostile que celle dressée par les sots et les fanatiques . En est-il plus là-bas qu'ici ? c'est à craindre mais pas sûr .
L'histoire et la géographie réservent parfois de curieuses surprises : Voltaire s'est trouvé en Algérie , la preuve : https://fr.wikipedia.org/wiki/A%C3%AFn_Lechiekh

« A Gabriel Cramer
[janvier-février 1761] 1
J'envoie à M. Cramer le C corrigé, et copié .
Point de nouvelles d'Afrique . On me traite fort mal à Alger .
1 Cette date est proposée par l'édition Crowley selon son hypothèse que « l' Afrique » représente Tancrède et « Alger » Genève , ce qui reste douteux quand même .
06:15 | Lien permanent | Commentaires (0)
Quomodo valent os et culum ?
... A ceux qui dénient toute valeur au latin, et au grec ancien, j'affirme que souvent leur "os" ne parle pas mieux que leur "culum" , ad eundem gradum, ad nauseum . Pour autant, je ne demande pas spécialement de réponse à la question-titre , vous pouvez en être sûrs, ni stomatologue ni proctologue ne suis .
Voir : http://www.johndesq.com/lq/
« A Gabriel Cramer
Arrêtez, arrêtez, ne faites pas tirer la seconde feuille de Tancrède, il me vient des idées . Si elles éclosent la pièce sera plus digne de vos soins . Quomodo valent os et culum 1?
Samedi [31 janvier 1761 ?] »
1 Comment se portent ta bouche et ton cul ?
01:14 | Lien permanent | Commentaires (0)

