03/11/2014
Il est triste de ne se servir de sa bouche que pour parler
...Je ne vous ferai pas l'injure de vous donner tous ses autres usages , je vous souhaite de les connaître également .

Firefox ?
« A Jean-Robert Tronchin
à Lyon
17 octobre [1759]
Les acteurs et les actrices remercient très humblement monsieur Tronchin et monsieur Camp . On doit tous nos embellissements à leurs bontés . Dieu nous favorise, il nous donne l'été au milieu d’octobre, il traite notre troupe beaucoup mieux que nos troupes de terre et de mer . Dans les malheurs publics, il faut toujours se réjouir un peu . C'est le cordial des malades .
Cinquante grosses bouteilles de Malaga, soit, mon cher correspondant . Cela est beau à moi car je n'en bois pas 1. Je ne joue pas mon rôle à table si bien que sur le théâtre de Tournay . Il est triste de ne se servir de sa bouche que pour parler .
Votre très humble et très obéissant serviteur .
V. »
1 Voir lettre du 12 octobre 1759 à Tronchin et Camp : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/10/28/je-ne-suis-pas-le-chien-du-jardinier-5477946.html
16:30 | Lien permanent | Commentaires (0)
J'estime beaucoup Jérémie
... Pour autant qu'il cesse ses jérémiades car il a fait des émules parmi les opposants au gouvernement français qui se font mousser à propos de la mort du jeune Rémi Fraisse (barrage de Sirvens).
J'attends avec curiosité (enfin pas tant que ça ! ) leurs diatribes contre le hockey sur glace cause de la mort d'Hugo . Mélenchon le cornichon va encore demander une démission ou deux, en toute logique d'un politique qui vit de la crédulité de concitoyens et de l'argent de l'Etat, (Patrick Kanner et Thierry Braillard , ministre et secrétaire d'Etat au Sport), s'il veut être le vrai grand donneur de leçons qu'il se prétend .

« A François Tronchin
[vers octobre 1759 ?] 1
J'estime beaucoup Jérémie 2. J'ai plus de bois que lui . Je remercie tendrement monsieur Tronchin . Je présente mes respects à Monsieur et à Madame.
V. »
1 Manuscrit olographe sur carte à jouer, sans date . Ce billet semble avoir été écrit quand V* faisait couper du bois à Tournay . Voir lettre du 25 octobre 1759 à Balleidier : « […] le 17 et 19 et autres jours du mois courant le sieur Girod notaire de Gex est venu dans les bois troubler les frères Jordanet employés par le dit sieur Voltaire [...] »
2 Allusion au prophète ; voir : http://saintebible.com/jeremiah/2-27.htm
14:38 | Lien permanent | Commentaires (0)
Je suis las d'être dupe au pays de Gex , j'ai tout acheté au poids de l'or
... Constance de faits due à la constance de la richesse helvétique .
Hormis l'alimentation et les produits de première nécessité qui sont à des tarifs ordinaires et en quantité abondante (grosse concentration de grands surfaces), se loger au pays de Gex coûte un bras, une jambe et un oeil pour le moins . Devenir propriétaire est désormais réservé aux Suisses, fonctionnaires internationaux, travailleurs frontaliers, et nouveaux riches russes, arabes et tutti quanti .
Et pourtant, c'est un beau pays que celui où a vécu Voltaire

« A Jean Vasserot de Châteauvieux
[vers octobre 1759]
Mon cher Cicéron, je n'ai que des grâces à vous rendre . Les juges ont bien senti que cette affaire ne pouvait être de leur compétence . Tout doit se faire en France pour les fonds de France . Cela est indubitable . Je ne demande pas mieux que de voir tout accommodé, mais comment faire ? La maison est tombée en échute 1, il y a des saisies ; les champs que Pasteur réclame et qui m'ont été vendus sont au milieu du domaine, et auprès de la maison ; s'ils sont distraits, l'acquisition ne vaut pas le quart de son prix , c'est comme si on revendiquait le jardin des Délices . Que vaudrait alors la maison ? Il faut encore mettre en ligne de compte les dépenses que j'ai faites . Je suis las d'être dupe au pays de Gex , j'ai tout acheté au poids de l'or . Je suis mal payé d'avoir tiré Betens de prison . Trois créanciers font subhaster 2 ce qui fait mon hypothèque . La justice s'engraisse à Gex . Betens 3 meurt de faim, ses créanciers aussi, excepté Mme de Donop 4. Perrin Dandin 5 disait qu'on ne pouvait accommoder les hommes que quand ils étaient las de plaider .
Je vous embrasse bien tendrement .
V. »
1Terme d'ancien droit : http://fr.wiktionary.org/wiki/%C3%A9chute
2 Vendre par autorité de justice : http://www.littre.org/definition/subhaster
3 Voir : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/09/11/c-est-un-lambin-qui-ne-m-etait-bon-a-rien-non-plus-qu-a-lui-5445205.html
4 Voir : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/09/20/le-patient-sera-encore-quelques-jours-en-prison-cela-ne-le-r-5451426.html
5 Voir Pantagruel, III, XLI, de Rabelais . Voir : http://www.gutenberg.org/files/8168/8168-h/8168-h.htm
13:45 | Lien permanent | Commentaires (0)
02/11/2014
Êtes-vous gens à braver l'inquisition ?
... "Yes , we can ! même pas peur ! "
Tel devrait être le crédo de tout être humain face aux dogmes absurdes de toutes religions, sectes et partis .

« A Gabriel et Philibert Cramer
[vers octobre 1759]
Eh bien donc pourquoi ne pas m'envoyer copie de la lettre du marquis de Bordéon 1 sur les droits des compagnies supérieures . Je suis très curieux de voir cet ouvrage instructif ; vous me feriez un vrai plaisir de me l'envoyer .
Un Italien a traduit Candide 2. Êtes-vous gens à braver l'inquisition ? »
1 On ne connait pas ce marquis, allusion obscure .Voir page 33 : http://books.google.fr/books?id=bp0DOrSvtd8C&pg=PA33&lpg=PA33&dq=marquis+de+bord%C3%A9on&source=bl&ots=7TFafUb-ai&sig=5SSjB6Kqjh9WoCWZ9zbPXFiOINE&hl=fr&sa=X&ei=oldWVNCUGcjAOYTzgaAP&ved=0CCMQ6AEwAA#v=onepage&q=marquis%20de%20bord%C3%A9on&f=false
17:19 | Lien permanent | Commentaires (0)
ce petit coin de terre est le meilleur des mondes possibles
... Pour moi il se situe au château de Voltaire à Ferney .

« A François Tronchin
[octobre 1759] 1
A demain vendredi, carrosse à l'hôtel de ville . Mon Dieu que votre terrasse sera agréable ! On s'y promène déjà . Mon cher ami, ce petit coin de terre est le meilleur des mondes possibles . »
1 Date déterminée par le fait que le travail de la terrasse n'est pas terminé et que les grands froids n'ont pas commencé .
16:59 | Lien permanent | Commentaires (0)
malgré mes maux et mes occupations
... Je me moque de cette fichue semaine de 35 heures et du RTT (Rêve, Travaille Tranquille ).

Jour de la fête des défunts, les T T ci-dessus me rappellent furieusement un cimetière, celui-du plein emploi sûrement
« A Gabriel Cramer
[octobre 1759]
Le mauvais temps m'a privé du plaisir d'entretenir monsieur Cramer .
Les premiers tomes de Pierre 1 sont prêts malgré mes maux et mes occupations .
Je prie monsieur Cramer de m'envoyer une douzaine d'exemplaires du présent rogaton 2. Il sera bon à fourrer dans sa petite édition . »
1 Sans doute les exemplaires d'auteur adressés en hommage et pourvus de dédicaces .
2 La Berthiade ? Voir lettre précédente : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/10/02/je-compte-sur-votre-amitie-sur-votre-discretion-et-sur-les-i.html
16:32 | Lien permanent | Commentaires (0)
01/11/2014
ma sono un uomo libero, amo la verità, la dico, o credo di dirla / je suis un homme libre, j'aime la vérité, je la dis, ou crois la dire
... Voltaire dixit ! et moi itou !
Avouons qu'il est des coincidences sympathiques, trouver un correspondant de Voltaire se nommant Paradisi pour édition le jour de la Toussaint, difficile de faire plus en raccord .
http://www.youtube.com/watch?v=8FMFxaT-n7U
Pas radis

« A Agostino Paradisi 1
Au château de Ferney, par Genève
[vers le 15 octobre 1759]
Son venuto rauco col gridare a j miei Francesi che tutta l'Europa fu istrutta nelle buone arti dagli Italiani : ho intronato le parisine orecchie con questa verita . La vostra cortesia me ne rende ampia mercede . Si digna di tradurre una tragedia d'un vostri discepoli . Fate conoscere al mundo che tutti j letterati sono dal medesimo poete, anzi della medesima famiglia .
Ho letto col più gran piacere j vostri versi ; n'ero tanto trasportato che mi scordavo a chi erano indirizzati ; a ll' legger' del moi nome jo arrosi : all' legger' del foglio ammirai . La ringrazio umilmente, e de' suoi leggiadri versi, e della sua lettera, et della sua empresa . Viva sempre in Italia la bella poesia ! Siate encora j nostri maestri, risorga il teatro dalle sue ruine ; non sia piu Melpomene schiava della musica . Riverisco i castrati ; ma mi sia lecito d'anteporre a j loro trilli j virtuosi che hanno … e buon gusto, a questi convien' di rappresentare Cesare, Augusto e Catone . L'opera e una bella cosa . Ella e figlia della tragedia ma la figlia ha svenato la madre . La mia querela e forze la zotichessa d'un zwizzero, ma sono un uomo libero, amo la verità, la dico, o credo di dirla ; et sono certo di dire il verso quando vi assicuro che saro sempre , mio signore, co j piu vivi sensi di stima, di gratitudine, di rispetto,2
Votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire
gentilhomme ordinaire de la chambre
du roi de France »
1 Paradisi , gentilhomme de Reggio et poète, venait d'envoyer à V* une traduction en italien qu'il avait faite de La Mort de César, en la faisant précéder d'une épître à l'auteur [page 7 : http://books.google.fr/books?id=WapNDON95RMC&pg=PA7&a... ]. Voir la lettre d'introduction d'Algarotti à V* du 10 septembre 1759 . La lettre de Paradisi ne nous est pas connue . La date de cette réponse est proposée d'après une lettre de Paradisi à Algarotti du 27 septembre 1759 ; il dit avoir reçu la réponse de V* ; tout en admirant l'élégance du style et la vivacité des sentiments, il lui répondra en français pour obtenir de lui une lettre en cette langue où se manifestera le mieux la vivacité de ses pensées.
2« Je me suis enroué à force de crier à mes Français que toute l'Europe a été instruite des beaux-arts par les Italiens ; j'ai rabattu les oreilles des Parisiens de cette vérité . M'en voilà amplement récompensé par votre générosité . Vous daignez traduire une tragédie d'un de vos disciples . Faites connaître au monde que tous les lettrés sont du même pays, ou plutôt de la même famille . J'ai lu vos vers avec le plus grand plaisir ; j'étais si transporté que j'en oubliais à qui ils étaient dédiés . À la lecture de cette page je fus émerveillé . Je vous rends grâce humblement et de vos vers charmants et de votre lettre et de votre entreprise . Que la belle poésie vive toujours en Italie ! Soyez encore nos maîtres, relevez le théâtre de ses ruines ; que Melpomène ne soit plus l'esclave de la Musique . J'honore les castrats ; mais qu'il me soit permis de préférer à leurs trilles les virtuoses qui ont … et bon goût : c'est à eux qu'il convient de représenter César, Auguste et Caton . L'opéra est une belle chose . Il est enfant de la tragédie, mais l'enfant a tué la mère . Ma plainte vient peut-être de la rusticité suisse, mais je suis un homme libre, j'aime la vérité, je la dis, ou crois la dire ; et je suis certain de dire la vérité quand je vous assure que je serai toujours, monsieur, avec les plus vifs sentiments d'estime, d gratitude, de respect ... »
23:45 | Lien permanent | Commentaires (0)

