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11/06/2023

Vous êtes assurément un plus aimable enfant que je ne suis un aimable papa . C'est ce que toutes les dames vous certifieront, depuis les portes de Genève jusqu'à Ferney

... Voyez comme se font les réputations ! Le poids des mots suffit, même sans le choc des photos . Quoique ...

La Pucelle d’Orléans

 

 

 

« A Michel-Paul-Guy de Chabanon de

l'Académie des sciences

rue du Doyenné Saint-Louis-du-Louvre

à Paris

20è novembre 1767 à Ferney

Vous êtes assurément un plus aimable enfant que je ne suis un aimable papa . C'est ce que toutes les dames vous certifieront, depuis les portes de Genève jusqu'à Ferney. Vous allez faire à Paris de nouvelles conquêtes; mais j'espère que vous n'abandonnerez pas l'Empire romain et les Vandales.

Je sais que le tripot de la Comédie est tombé comme cet empire. Il n'y a plus ni acteurs ni actrices . Mais vous travaillez pour vous-même. Un bon ouvrage n'a pas besoin d'un tripot pour se soutenir, et vous le ferez jouer à votre loisir quand la scène sera un peu moins délabrée. Je voudrais être assez jeune pour jouer le rôle de l'ambassadeur vandale sur notre petit théâtre , mais vous avez assez d'acteurs sans moi, car j'espère toujours vous revoir ici. Je suis comme toutes nos femmes; elles n'ont qu'un cri après vous, et Mme de La Harpe sera une très bonne Eudoxie.

Mon cher confrère en tragédies, avez-vous vu M. de La Borde, votre confrère en musique ? Amphion 1 ne doit pas l'avoir découragé. Je ne sais si je me trompe, mais il me semble que dans sa Pandore il y a bien des morceaux qui vont à l'oreille et à l'âme. Ranimez, je vous prie, sa noble ardeur; il ne faut pas qu'il enfouisse un si beau talent. Il me paraît surtout entendre à merveille ce que personne n'entend ; c'est l'art de dialoguer. Vous ferez quelque jour un bien joli opéra avec lui, mais je ne prétends pas que Pandore soit entièrement sacrifié.

Nos dames, sensibles à votre souvenir, vous écriront des lettres plus galantes; mais je vous avertis que je suis aussi sensible qu'elles, tout vieux que je suis. Ma santé est détestable, mais je suis heureux autant qu'un vieux malade peut l'être. Votre façon d'être heureux est d'une espèce toute différente.

Adieu; je vous souhaite tous les genres de félicité, dont vous êtes très digne. »

 

1 Opéra de Thomas, musique de La Borde, joué le 13 novembre 1767 : http://jean-claude.brenac.pagesperso-orange.fr/LA_BORDE_AMPHION.htm

vous sentez bien que je ne peux être juge dans ma propre cause

... Pour les gens pressés de savoir, TikTok est là pour vous sauver de l'ignorance  : https://www.francetvinfo.fr/bac/bac-2023-quatre-comptes-t...

et https://www.tiktok.com/@carolinegiraudphi?referer_url=bo-...

La Communication NonViolente : Qu'est-ce que c'est ? Développement  personnel • ParcoursduLoupBlanc.com

 

 

 

« A Louise-Suzanne Gallatin Vaudenet

à Prégny

Voici l'état des choses, madame ; Monpitan m'est venu trouver avec la copie d'un billet par lequel j'ai cédé à un maître maçon nommé Guillot la carrière de Tournay pour ma vie . Il n'est point dit par ce billet par quel chemin Guillot doit passer . Je lui ai toujours recommandé verbalement, et il m'a toujours promis de ne jamais passer par le petit chemin détourné que l'on a fait raccommoder, mais il n'y a nulle promesse par écrit 1.

Guillot a cédé son droit à Monpitan, et Monpitan en abuse . Je vois que je ne puis le réprimer, n'ayant point de titre contre lui . Si la cession dont il m'a montré la copie est énoncée telle qu'il me l'a fait voir, je n'ai d'autre recours contre lui que la voie de la représentation .

J'ai toujours cru que le chemin détourné qui conduit à votre maison, et à celle de M. Pallard, était interdit à tous les voituriers lesquels sont tenus de passer devant les bureaux . Je le crois encore ; et je pense que la seule voie pour réprimer Monpitan, est de présenter requête à M. l’intendant . C'est sur quoi il faudra consulter M. Fabry car vous sentez bien que je ne peux être juge dans ma propre cause 2.

Je vous prie, madame, de communiquer ce billet à M. Cramer . Vous sentez bien que je suis prêt à faire tout ce qui dépendra de moi pour vous marquer mon respect et mon zèle .

V.

19è novembre 1767 à Ferney. »

10/06/2023

Il fait une très grande impression dans tous les pays où l'on aime à raisonner

... Ce serait tout à fait extraordinaire et pour tout dire inespéré s'il s'agissait d'un chef d'Etat ou de gouvernement ! Qui peut correspondre à ce constat ?

La vérité sur les notes à l'école : pourquoi elles sont biaisées - Parents  du 21ème siècle

 

 

 

« A Etienne-Noël Damilaville

18 novembre 1767 1

Mémoires ou Campagnes du maréchal de Luxembourg 2, il n’importe, mon cher ami, on y trouve des faits et des dates, j'en ai un besoin pressant, et je vous réitère mes supplications de m'envoyer cet ouvrage par la poste . Il n'y a qu'à en faire deux paquets s'il est trop gros .

On a imprimé en Hollande des lettres au Père Malebranche l'ouvrage est intitulé Le Militaire philosophe 3 ,il est excellent, le Père Malebranche n'aurait jamais pu y répondre. Il fait une très grande impression dans tous les pays où l'on aime à raisonner.

On m'assure de tous côtés que l'on doit assurer un état civil aux protestants, et légitimer leurs mariages il est étonnant que vous ne m'en disiez rien.

Bonsoir mon très cher ami, je vous embrasse bien fort. »

3 Première mention du Militaire philosophe , sous la plume de V*. Il s'agit, d'une version abrégée et déformée par Naigeon, dans un sens athée, des Difficultés sur la religion proposées au P. Malebranche, manuscrit , édité en 1971 par M. Roland Mortier, dans la collection de l'université libre de Bruxelles . Ce manuscrit n'est lui-même qu'un remaniement complet pour la matière, mais presque toujours résumé dans le détail, d'un ouvrage de Robert Challe, composé vers 1710 , dont le manuscrit primitif et le texte original ont disparu . On connaît celui-ci dans ses grandes lignes par le manuscrit édité par R. Mortier , et, de façon beaucoup plus exacte dans le détail, mais très incomplète dans la mesure où des morceaux considérables ont été supprimés, par divers manuscrits dont le plus fidèle, d'où dérivent deux autres manuscrits, a été établi par l'abbé Seffert et se trouve conservé à la Bibliothèque historique de Leningrad . Les deux versions figurent dans l'édition suivante : Robert Challe, Difficultés sur la religion proposée au père Malebranche, édition critique par F. Deloffre et M. Menemencioglu, The Voltaire Fondation, Oxford, et Jean Touzot, 38, rue Saint-Sulpice, Paris, 1982.

Je n'ai pas le temps d'attendre, et j'ai bien la mine de mourir avant d'avoir obtenu de quoi vivre

... Combien de millions d'humains, "les migrants"  comme on dit, en sont réduits à faire ce constat quand ils décident de s'exiler .

Tous migrants ! - 60 dessins de presse de Benjamin Stora - Grand Format -  Livre - Decitre

 

 

 

 

« A Sébastien Dupont Avocat au

Conseil souverain d'Alsace

à Colmar

Mon cher ami, j'écris quand je peux, et les lettres arrivent aussi quand elles peuvent . La vôtre du 7 novembre m'apprend qu'il y a encore un usurier qui me coupe l'herbe sous le pied . Je ne sais si cet usurier est juif ou chrétien . Vous me ferez plaisir de m'apprendre son nom. Le royaume des cieux est souvent comparé à l'usure dans saint Matthieu 1, dont le premier métier était d'être usurier.

Je vois que le sieur Jeanmaire s'est toujours moqué de moi, et ne m'a jamais dit un mot de vérité. J'ai écrit à la chambre des finances de Montbéliard 2. Je lui ai fait proposer de me payer moitié comptant, et de me donner pour le reste des délégations irrévocables sur des fermiers ou régisseurs, bien acceptées, bien autorisées, et bien légalisées . Je n'ai pas le temps d'attendre, et j'ai bien la mine de mourir avant d'avoir obtenu de quoi vivre.

J'ai fort à cœur que votre baron banquier n'ait rang et séance qu'après moi au conseil souverain de Colmar, pour l'article des dettes. Quand il s'agira d'une diète de l'Empire, il peut passer devant moi tant qu'il voudra.

Si l'indigente chambre des finances de monseigneur ne me fait pas une réponse catégorique, j'enverrai certaine grosse en vertu de laquelle Simon Magius instrumentera vigoureusement inte[re] a patitur justus 3.

Adieu, mon cher ami on ne peut vous aimer ni vous regretter plus sincèrement que l'ermite de Ferney.

V.

17è novembre 1767 .»

1 Évangile selon Matthieu chapitre XXV, 14-30 : https://matthieu.retraitedanslaville.org/les-talents

3 Entre temps le juste pâtit .

09/06/2023

On ne songe dans ce moment qu'à soi-même, et tout au plus aux affaires majeures, dont on ne dit qu'un mot en passant

... Ce me semble bien être l'attitude des politiciens de tous bords après le drame d'Annecy , la boîte de Pandore des citations boiteuses est largement ouverte.

 

 

« A Etienne-Noël Damilaville

[vers le 15 novembre 1767] 1

Je présume, mon cher ami, qu'on vous a donné de fausses alarmes. Il n'est point du tout vraisemblable qu'un conseiller d'État, occupé d'une décision du roi qui le regarde, ait attendu un autre conseiller d'État à la porte du cabinet du roi, pour parler contre vous. On ne songe dans ce moment qu'à soi-même, et tout au plus aux affaires majeures, dont on ne dit qu'un mot en passant. Si mon amitié est un peu craintive, ma raison est courageuse. Je ne me figurerai jamais qu'un maréchal de France, qui vient d'être nommé pour commander les armées, attende un ministre au sortir du Conseil pour lui dire qu'un major d'un régiment n'est pas dévot . Cela est trop absurde. Mais aussi il est très possible qu'on vous ait desservi, et c'est ce qu'il faut parer.

J'ai imaginé d'écrire à Mme de Sauvigny 2, qui est venue plusieurs plusieurs fois à Ferney. Je ferai parler aussi par monsieur son fils. Je saurai de quoi il est question, sans vous compromettre. »



1 L'édition de Kehl amalgame une partie de la lettre du 18 novembre à la présente : http://www.monsieurdevoltaire.com/2015/06/correspondance-annee-1767-partie-55.html

2 Cette lettre n'est pas connue.

08/06/2023

Cette pièce soutient fortement l'incompétence de messieurs des requêtes, et la nullité de leur arrêt

... LIOT , groupuscule qui se fait mousser, est heureusement renvoyé à juste titre sur la touche par l'article 40 . Hurler que la démocratie est bafouée simplement parce qu'on applique des articles légaux , faire du clientélisme  de la plus stupide des manières, voila ce qui est vraiment insupportable . LIOT rime évidemment avec idiots  : https://www.20minutes.fr/politique/4040071-20230606-refor... ***

*** "cauchemar" mot à la mode inutilement utilisé dans la presse en mal de publicité .

CHAUNU on Twitter: "✏️ dessins du jour ! #reformedesretraites #liot  #decourson #actu #dessindepresse #PPLLiot https://t.co/reDxFKOB36" / Twitter

Faute ! Double faute !! Retour au vestiaire ...

https://twitter.com/EmmanuelChaunu/status/1663786614928166912

 

 

« A Daniel-Marc-Antoine Chardon

Monsieur,

Il paraît que le Conseil cherche bien plus à favoriser le commerce et la population du royaume qu'à persécuter des idiots qui aiment le prêche, et qui ne peuvent plus nuire 1. Dans ces circonstances favorables, je prends la liberté de rappeler à votre souvenir l'affaire des Sirven, et d'implorer votre protection et votre justice pour cette famille infortunée. On dit que vous pourrez rapporter cette affaire devant le roi. Ce sera, monsieur, une nouvelle preuve qu'il aura de votre capacité et de votre humanité. Il s'agit d'une famille entière qui avait un bien honnête, et qui se voit flétrie, réduite à la mendicité, et errante, en vertu d'une sentence absurde d'un juge de village.

Il n'y a pas longtemps, monsieur, qu'on a imprimé à Toulouse 2, par ordre du parlement, une justification de l'affreux jugement rendu contre les Calas. Cette pièce soutient fortement l'incompétence de messieurs des requêtes, et la nullité de leur arrêt. Jugez comme la pauvre famille Sirven serait traitée par ce parlement si elle y était renvoyée après avoir demandé justice au Conseil. Vous êtes son unique appui, je partage son affliction et sa reconnaissance.

J'ai l'honneur d'être avec beaucoup de respect,

monsieur,

votre très humble et très obéissant serviteur

Voltaire .

14è novembre 1767 à Ferney.»

1 Des mesures pratiques d'apaisement ont été prises en faveur des protestants ainsi d'ailleurs que les juifs ; voir lettre du 18 novembre 1767 à Damilaville ( lettre 7070 de https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k411361p/texteBrut )

2 On n'a trouvé aucune trace de cet imprimé auquel V* fait encore allusion dans les lettres du 25 décembre 1767 (et non 23 ) à Moultou  et du 25 décembre 1767 à Olivier des Monts : 7105 et 7107 de https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k411361p/texteBrut

07/06/2023

il a eu la conduite d'un coquin avec le style d'un sot

... Ce qui n'excuse pas la violence de ceux qui, au fond tout autant répréhensibles , ne sont pas des saints , et se croient justiciers envers Adrien Quatennens : https://actu.orange.fr/france/lille-en-plein-concert-la-s... *

Je déteste ce politicien , mais je déteste aussi les petits donneurs de leçons qui recourent à la violence lâchement . Ils ont la même imbécilité que des supporters saouls .

* Cauchemar est exagéré !

Affaire Quatennens: LFI face à ses contradictions - l'Opinion

Pour mémoire !

 

 

« A Etienne-Noël Damilaville

11 novembre 1767 1

J'ai aussi, mon cher ami, une très ancienne colique. Je suis à peu près de l'âge de M. de Courteilles 2, et beaucoup plus faible et plus usé que lui. Je dois m'attendre à la même aventure au premier jour. Que cette dernière facétie soit jouée dans mon désert ou demain, ou dans six mois, ou dans un an, cela est parfaitement égal entre deux éternités qui nous engloutissent, et qui ne nous laissent qu'un moment pour souffrir et pour mourir.

Je vous plains beaucoup d'avoir perdu votre protecteur; mais vous ne perdrez pas pour cela votre emploi. Vous vous soutiendrez par vos propres forces, et d'ailleurs vous avez des amis. Plût à Dieu que vous pussiez, au lieu de votre emploi, avoir un bénéfice simple, et venir philosopher avec moi sur la fin de ma carrière !

Mandez-moi, je vous prie, si M. Marmontel est revenu à Paris. Le voilà pleinement victorieux; et il le serait encore davantage si les chats fourrés de la Sorbonne étaient assez fous pour lâcher un décret. Vous m'avez envoyé deux exemplaires des Pièces relatives à Bélisaire 3 ; dans l'un il manquait le dernier cahier et dans l'autre il manquait le premier 4.

Il n'est pas juste de m'attribuer L’Honnêteté théologique quand je ne l'ai pas faite. Il faut que chacun jouisse de sa gloire. Ceux qui font ces bonnes plaisanteries sont trop modestes de les mettre sur mon compte. J'ai bien assez de mes péchés, sans me charger encore de ceux de mon prochain.

Je ne suis point du tout fâché qu'on ait imprimé ma lettre à Marmontel 5. J'y traite Coger de maraud ; et j'ai eu raison, car il a eu la conduite d'un coquin avec le style d'un sot. On peut même imprimer cette lettre que je vous écris, je le trouverai très bon.

Je vous ai prié, mon cher ami, de me faire avoir par Briasson ou un autre, les Mémoires du maréchal de Luxembourg ; ils me sont d'une nécessité indispensable . Je vous prie d'ajouter au plaisir que vous me ferez, en me les envoyant, celui de me les faire tenir promptement ; je vous aurai une véritable obligation . Je vous embrasse de toutes les forces qui me restent. »

1 Copies contemporaines : Darmstadt B., B.H. ; l'édition de Kehl ajoute le second paragraphe mais omet en revanche le dernier à l'exception de la dernière phrase .

2 Dominique-Jacques Barberie, marquis de Courteilles, est mort le 3 novembre 1767, à soixante-et-onze ans : https://data.bnf.fr/fr/16642179/jacques-dominique_de_barberie_de_courteilles/

Voir lettre du 15 décembre 1766 : https://artflsrv04.uchicago.edu/philologic4.7/grimm/navigate/5/20

3 Sur ces Pièces relatives à Bélisaire, voir lettre du 16 mai 1767 à Marmontel : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2022/12/05/il-ne-s-agit-plus-ici-de-plaisanter-il-faut-ecraser-ces-sots-6415489.html

4 Dans l'édition Garnier ,1877-1885, il y a simplement : mais elles ne sont pas complètes.