30/03/2022
J'embrasse tendrement le ministre de paix . Je lui souhaite un bel olivier pour l’année
... Mais qui est-il ? qui sera-t-il ?
« A Pierre-Michel Hennin
[vers le 25 décembre 1766]
J'embrasse tendrement le ministre de paix . Je lui souhaite un bel olivier pour l’année 1767 . A l'égard des myrtes il y en aura autant qu'il voudra . Je lui envoie le fatras latin . Les livres rares sont rarement de bons livres .
Je le supplie de me mettre aux pieds de Son Excellence, quoique ses pieds ne soient pas trop fermes . On dit qu'il ne peut encore marcher, c'est la statue de Nabuchodonosor, tête d'or et pieds d'argile 1 . Dites-lui , je vous en prie, que je lui serai tendrement dévoué toute ma vie .
Ne m'oubliez pas auprès du chevalier béarnais 2 , aussi vif que Henri IV , mon héros, et qui l'emporte, je crois, sur Henri IV en vigueur de tempérament . Je vous souhaite à tous deux que vous partagiez les filles de Genève cet hiver, attendu que cet amusement vaut mieux que celui de la comédie . La pièce suisse de Guillaume Tell n'a pas trop réussi, quoiqu'elle soit, dit-on, écrite dans la langue du pays .
Je suis dans la joie, mon petit de La Harpe vient de remporter le prix de l'Académie 3.
J'attends une autre joie, celle de lire le discours de M. Thomas.»
1 Daniel, II, 32-33 : https://saintebible.com/daniel/2-32.htm
2 Taulès .
3 Des malheurs de la guerre et des avantages de la paix ; voir : https://data.bnf.fr/fr/documents-by-rdt/11910286/te/page3
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29/03/2022
Je ne perdrai pas patience ... Quiconque désire passe sa vie à attendre
... No comment.
« A Etienne-Noël Damilaville
24 Décembre 1766 1
Voici, mon cher ami, la lettre que m’a écrite M. de Courteilles à votre sujet. Il faudra bien, tôt ou tard, qu’on fasse quelque chose pour vous ; mais il est bien nécessaire que M. de Courteilles vive.
Je ne perdrai pas patience ; j’attendrai le mémoire de M. de Beaumont. Quiconque désire passe sa vie à attendre.
Je suis très fâché de la maladie du pauvre Thieriot. Il est seul ; les dernières années de la vie d’un garçon sont tristes. Il faudrait qu’il fût dans le sein de sa famille.
Il y a, mon cher ami, actuellement à Genève cent pauvres diables qui écrivent beaucoup mieux que M. Totin, et qui ne sont pas plus riches. Tout commerce est cessé. La misère est très grande. Je suis d’ailleurs entouré de pauvres de tous côtés. Si vous voulez pourtant donner un louis pour moi à ce Totin vous êtes bien le maître.
On dit que la tragédie suisse 2 ne vaut rien, quoiqu’on y parle le langage de la nation. Il n’y a, de toutes les histoires de pommes, que celle de Pâris qui ait fait fortune.
Je me doutais bien que Sa Majesté trouverait la convocation des pairs au parlement de Paris, pour un procureur général au parlement de Rennes, extrêmement ridicule. Il y a assurément plus de raison dans sa tête que dans toutes celles des enquêtes.
Je vous embrasse très tendrement. »
1 La copie contemporaine Darmstadt B. omet le premier et le quatrième paragraphe ; l'édition Correspondance littéraire n'indique toujours pas la date .
2 Le Guillaume Tell de Lemierre.
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28/03/2022
ils ont saisi les malles, la voiture et les chevaux
... les yachts, les châteaux, les comptes, etc., etc., mais ça ne fait pas frémir Poutine, pour lui ce sont des babioles , il est maître du plus vaste pays au monde, et peut faire affamer tous les autres . C'est un héritier infernal de Staline , expert es horreurs, en 1932-1933 , qui a déjà orchestré une effarante famine, véritable génocide, en s'en prenant à l'Ukraine, vidée de ses céréales vendues à l'étranger : https://www.geo.fr/histoire/grande-famine-en-ukraine-orch...
Malheureux Ukrainiens, décidément, rien de bon ne vient de Moscou !

Trois des plaies contemporaines
« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental
et à
Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental
23 décembre 1766
Voici, mes anges, une aventure bien cruelle. Cette femme 1 que vous m’avez recommandée fait un petit commerce de livre avec des libraires de Paris. Elle est venue chez moi, comme vous savez ; elle m’a dit qu’elle pourrait me défaire de quelques anciens habits de théâtre, et d’autres trop magnifiques pour moi. Elle en a rempli trois malles ; mais au fond de ces trois malles elle a mis quelques livres en feuilles qu’elle avait achetés à Genève. On dit qu’il y a quatre-vingt petits exemplaires d’un livre intitulé Recueil nécessaire de chansons 2, et d’autres livres pareils. C’est l’usage, comme vous savez, que l’on fasse plomber ses malles au premier bureau, pour être ouvertes ensuite à la douane de Lyon ou de Paris.
Elle est donc allée faire plomber ses malles au bureau de Collonges 3, à la sortie du pays de Gex. Les commis ont 4 visité ses malles, ils y ont trouvé des imprimés ils ont saisi les malles, la voiture et les chevaux. Cette femme pouvait aisément se tirer d’affaire en disant : « Il n’y a point là de contrebande, rien qui doive payer à la ferme ; je n’ai de vieux papiers imprimés que pour couvrir de vieilles hardes. Vous pouvez , si vous le voulez , ne pas plomber mes hardes5 , mais vous n’êtes pas en droit de saisir ce qui m’appartient. » Elle avait avec elle un homme qu’on croyait intelligent, et qui a manqué de tête. Celle de la femme a tourné. Elle a pris la fuite parmi les glaces et les neiges, dans un pays affreux. On ne sait où elle est. Elle a fait là un bien cruel voyage. Je ne sais point quels autres livres en feuilles elle a achetés à Genève . J’ignore même si les rogatons qu’elle a achetés à Genève ne sont point des maculatures, des feuilles imparfaites qui servent d’enveloppe. En tout cas, je crois que les fermiers-généraux chargés de ce département peuvent aisément faire restituer les effets dans lesquels il n’y a rien de sujet aux droits du roi. Ces fermiers-généraux sont MM. Rougeot, Faventine et Poujaut . Ils peuvent aisément étouffer cette affaire.
A l’égard de la femme, sa fuite la fait croire coupable. Mais de quoi peut-elle l’être ? elle ne sait pas lire ; elle obéissait aux ordres de son mari ; elle ne sait pas si un livre est défendu ou non. Je la plains infiniment ; je la fais chercher partout : j’ai peur qu’elle ne soit en prison, et qu’on ne l’ait prise pour une Genevoise à qui il n’est pas permis d’être sur les terres de France. Tandis que je la fais chercher de tous côtés, je pense bien qu’à la réception de cette lettre, vous parlerez, mes divins anges, à Faventine, à Poujaut , à Rougeot. Il n’y a pas certainement un moment à perdre. Un mot d’un fermier-général au directeur du bureau de Collonges, suffira ; mais ce mot est bien nécessaire . Il faut qu’on écrive sur-le-champ.
Tout ce qui serait à craindre, ce serait que le directeur du bureau de Collonges n’envoyât les papiers à la police de Lyon ou de Paris, et que cela ne fît une affaire criminelle qui pourrait aller loin. »
1 Madame Le Jeune . Voir lettre du 11 décembre 1766 à d'Argental : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2022/03/10/on-envoie-sa-besogne-dans-son-premier-enthousiasme-le-plus-t-6370632.html
2 Beuchot qui avait l'original sous les yeux, note que ces deux derniers mots ont été écrits par V* au dessus de la ligne . Bien entendu il s'agit du fameux Recueil nécessaire, le plus violent des ouvrages antichrétiens de V*, et ce détail établit, s'il en est besoin, la complicité de celui-ci dans l'affaire . Du reste, les « trois malles », la voiture et les chevaux avec lesquels voyage cette femme qui « ne sait pas lire » indiquent qu'il s'agit d'une opération d'importance . Voir lettre du 29 décembre 1766 à d'Argental : http://www.monsieurdevoltaire.com/2015/03/correspondance-annee-1766-partie-56.html
3 Il y a aux environs de Genève plusieurs lieux portant ce nom, mais il s'agit ici de celui qui est frontière avec la France .
4 Selon Beuchot, tout ce qui suit est de la main de V*, preuve de importance qu'il attache à garder le secret .
5 Ce début de phrase a été omis par Beuchot, par saut du même au même » sur hardes . Sa présence dans la copie indique que celle-ci provient aussi de l'original et ne doit rien à Beuchot .
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vous alliez baiser la pantoufle d’un prêtre
...
« Au chevalier Jacques de Rochefort d'Ally
A Ferney, 22 Décembre 1766
Venez, monsieur ; vous alliez baiser la pantoufle d’un prêtre 1, et vous serez embrassé par des profanes qui vous aiment de tout leur cœur. Vous me trouverez dans mon lit, bien languissant ; mais la chair est faible, l’esprit est encore prompt 2, et surtout très prompt à sentir tout ce que vous valez, très touché de votre souvenir, et empressé à vous marquer les plus tendres et les plus respectueux sentiments. »
1 Rochefort allait à Rome. Clément XIII est pape : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cl%C3%A9ment_XIII
2 Evangile selon Matthieu , XXVI, 41 : https://saintebible.com/matthew/26-41.htm
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27/03/2022
tous les ministres, savent assez quelle est la conduite punissable de cet homme. C’est tout ce que je puis vous dire, et je vous prie de le dire
... Eric Zemmour ne se sent plus pisser , L'Heureux-con-quête des voix en perdant la sienne, ce dégonflé n'a pas osé faire taire ceux qui hurlaient "Macron assassin" alors qu'il fait appel et fait applaudir les plus grands guignols de la droite , des fonds de panier avariés . Zemmour , tu ne seras pas même chef de classe, c'est écrit .
« A Alexandre-Frédéric-Jacques Masson, marquis de Pezay
22è décembre 1766 1
L’amitié que vous me témoignâtes, monsieur, dans votre séjour à Ferney, et les sentiments que vous m’inspirâtes, me mettent en droit de me plaindre à vous de M. Dorat 2. Il m’a confondu d’une manière bien désagréable avec Jean-Jacques 3, et il a trop oublié que l’ingratitude de ce malheureux envers M. Hume, son bienfaiteur, et son infâme conduite envers moi, sont des choses très essentielles qui blessent la société, et dans lesquelles le seul agresseur a tort. Ce n’est pas là un objet de plaisanterie. Ce malheureux m’a calomnié pendant un an auprès de M. le prince de Conti et de madame la duchesse de Luxembourg. Il a eu la basse hypocrisie de signer entre les mains d’un cuistre, à Neuchâtel, qu’il écrivait contre M. Helvétius, l’un de ses bienfaiteurs, et il accusait M. Helvétius d’un matérialisme grossier 4. Il m’a de même accusé presque juridiquement ; il a insulté tous ceux qui l’ont nourri.
Encore une fois, monsieur, il n’est point question ici de ses mauvais livres et des querelles de littérature ; il s’agit des procédés les plus lâches et les plus coupables. M. le duc de Choiseul, et tous les ministres, savent assez quelle est la conduite punissable de cet homme. C’est tout ce que je puis vous dire, et je vous prie de le dire à M. Dorat, dont vous savez que je ne vous ai jamais parlé qu’avec la plus grande estime.
J’ai l’honneur d’être, avec tous les sentiments que je vous dois, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire.»
1 Edition Supplément au recueil, II, 66-67. Voir : https://data.bnf.fr/fr/see_all_activities/12568200/page1
et : https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Masson_de_Pezay
2 L’Avis aux sages du siècle, M. Voltaire et Rousseau, par Dorat, se terminait ainsi : Soyez toujours nos bienfaiteurs,/ Et, plus dignes de nos hommages, / Achevez enfin par vos mœurs / Ce qu’ont ébauché vos ouvrages .
Voir page 224 : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5774837n/texteBrut
3Voir lettre du 5 décembre 1766 à Lacombe : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2022/03/06/il-est-detestable-serait-on-assez-sot-pour-qu-il-eut-quelque-6369873.html
4 Voir lettre du 9 septembre 1762 à Damilaville : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/09/08/cela-est-tout-a-fait-jesuitique-c-est-un-tissu-de-sottises-e.html
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Je ne vous demande point pardon de mon importunité, car il s’agit de faire du bien
... D'Emmanuel Macron à Poutine , avant une énième conversation/réclamation/ négociation ?
« De Voltaire, Pierre-Jacques-Claude Dupuits et Marie-Françoise Dupuits
à
Béatrix de Choiseul-Stainville, duchesse de Gramont
A Ferney, 22 décembre 1766 1
Madame,
Permettez que deux personnes qui vous doivent leur bonheur en grande partie, ainsi qu’à M. le duc de Choiseul, vous témoignent au moins une fois par an leur reconnaissance.
Nous sommes avec un profond respect, madame, vos très humbles, très obéissants, et très obligés serviteur et servante.
Corneille-Dupuits. Dupuits.
Il y en a trois, madame ; je vous ai au moins autant d’obligation que les deux autres ; mais ce n’est pas assez pour votre cœur de faire des heureux, vous pouvez d’un mot tirer une famille entière du plus grand malheur. Vous avez protégé l’innocence des Calas, les Sirven essuient précisément la même horreur, et ils demandent au Conseil la même justice contre les mêmes juges dont le fanatisme se joue de la vie des hommes.
M. de Beaumont, l’avocat des Calas, a fait pour les Sirven un mémoire signé de dix avocats ; on l’imprime actuellement et il ne sera présenté qu’aux juges. M. le duc de Choiseul a eu la bonté de promettre qu’il demanderait M. de Chardon pour rapporteur à M. le vice-chancelier. M. de Chardon s’y attend. Je vous supplie, madame, de vouloir bien en faire souvenir M. le duc votre frère. Je ne vous demande point pardon de mon importunité, car il s’agit de faire du bien, et je vous sers dans votre goût.
J’ai l’honneur d’être avec le plus profond respect et la plus vive reconnaissance, madame, votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire.»
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26/03/2022
Songez bien, encore une fois, que, si nous n’avons pas le bonheur d’obtenir une évocation, nous aurons pour nous le cri de l’Europe, qui est le plus beau de tous les arrêts
... J'espère que c'est ce que pensent les Ukrainiens, n'en déplaise à Jo Biden .
« A Etienne-Noël Damilaville
22 Décembre 1766.
Mon cher ami, l’autre Sémiramis ne valait pas celle-ci 1 . Le Ninus 2 n’était qu’un vilain ivrogne ; j’admire sa veuve, je l’aime à la folie. Les Scythes deviennent nos maîtres en tout . Voilà pourtant ce que fait la philosophie. Des pédants chez nous poursuivent les sages, et des princesses philosophes accablent de biens ceux que nos cuistres voudraient bannir 3.
Que M. de Beaumont fasse comme il voudra, mais je veux avoir son mémoire, je veux donner aux Sirven la consolation de l'imprimer 4. Songez bien, encore une fois, que, si nous n’avons pas le bonheur d’obtenir une évocation, nous aurons pour nous le cri de l’Europe, qui est le plus beau de tous les arrêts. Je compte toujours que M. Chardon sera le rapporteur. Pour moi, si j’étais juge, je condamnerais le bailli de Mazamet à faire amende honorable, à nourrir et à servir les Sirven le reste de sa vie.
Je doute fort que le roi permette la convocation des pairs au parlement de Paris ; ou je me trompe fort, ou il en sait beaucoup plus qu’eux tous . Il apaise toutes les noises en temporisant.
Genève est un peu plus difficile à mener que notre nation, mais à la fin on en viendra à bout.
Je me suis aperçu qu'il y a bien des fautes dans la scène du Scythe ; mais en gros je voulais savoir comment vous et Platon l'avez trouvée 5 .
J’embrasse tendrement le favori de ma Catherine 6. Je vais écrire à ma Catherine, et lui dire tout ce que je pense d’elle.
Mandez-moi des nouvelles de la pomme de Guillaume Tell : vous êtes Normand 7, vous devez vous intéresser aux pommes 8. Oh ! comme je vous embrasse !
Je vous prie, mon cher ami, de m’envoyer une lettre de change sur Lyon, de cinquante louis, dont voici la quittance. L’affaire de Lamberta traîne un peu en longueur ; mais elle se fera, malgré le dérangement où l’on est 9. »
1 Catherine II. V* envoie la copie de sa réponse à Damilaville ( lettre du même jour à Catherine II : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2022/03/24/j... )
2 Pierre III, son mari qu'elle avait fait tuer .
3 D'après la copie Beaumarchais , l'édition de Kehl met brûler .
4 L'édition de Kehl pour éviter de dramatiser, affaiblit le texte en mettant le lire .
5 Ce paragraphe manque dans la copie Darmstadt .
6 Diderot. .
7 Damilaville était né près de Saint-Clair-sur-Epte.
8 Cette phrase manque aussi dans la copie Darmstadt .
9 Tout ce paragraphe est omis dans la copie Darmstadt .
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