06/03/2022
je crois que je suis au bout de mon rôlet, et que j’ai épuisé toutes mes ressources. Chaque animal n’a qu’un certain degré de force, et tous les efforts qu’il fait par delà sont inutiles
... On croirait bien entendre Christiane Taubira, Philippe Mazuel, célèbres ou presque, et l'impressionnante cohorte des inconnus (pas le trio de ceux qui nous font rire ) : Hélène Thouy, Antoine Waechter, Jean-Marc Governatori, Anasse Kazib, Stéphane Tauthui, François Asselineau , Antoine Martinez, Nagib Azergui , Corinne Bekaert , Yvan Benedetti , Marie Cau, Eric Drouet , Clara Egger , Philippe Furlan , Fabrice Grimal , Fadi Kassem , Gaspard Koenig , Georges Kuzmanovic , Luc Laforets , Alexandre Langlois , Gilles Lazzarini , Stéphanie Rivoal , Martin Rocca , Rafik Smati , Serge Tinland , Gildas Vieira , Stéphane Wendlinger , Clément Wittmann : https://www.linternaute.com/actualite/politique/2579114-c...inages/
Trente éliminés d'office ; le poste présidentiel attire vraiment et la recherche de son quart d'heure de gloire est bien attirante, comme la queue du Mickey pour avoir un tour gratuit . Loupé ! Consolation, vous pouvez rire, ils seront treize à vous rejoindre dans le camp des perdants, d'ici peu .
« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental
et à
Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental
3 décembre 1766
Ce drame 1 deviendra bientôt l’habit d’Arlequin. J’envoie à mes anges, tous les ordinaires, de nouveaux morceaux à coudre. Je change toujours quelque chose dès que j’ai dit que je ne changerais plus rien . Mais, après tout, c’est pour plaire à mes anges.
Cependant je crois que je suis au bout de mon rôlet, et que j’ai épuisé toutes mes ressources. Chaque animal n’a qu’un certain degré de force, et tous les efforts qu’il fait par delà sont inutiles. Je suis épuisé, je suis à sec.
M. de Thibouville a mandé d’étranges choses à maman Denis ; il dit que, si par hasard il y avait une pièce nouvelle de la façon de votre créature, la superbe Clairon pourrait s’abaisser jusqu’à rentrer au théâtre, et à se charger du rôle principal de la pièce . Mais ce sont des chimères dont on berce les pauvres provinciaux, les pauvres habitants des déserts de la Scythie.
Quoi qu’il en soit, je cherche toujours à prouver mon alibi , c’est le point principal, et j’ai pour cela les plus fortes raisons.
Je n’ai point entendu Dalainville 2 ; mais tous ceux qui l’ont entendu, et qui s’y connaissent parfaitement, disent qu’il est nécessaire à la Comédie française. Au reste, comme il n’y a, dans Les Scythes, aucun personnage qui crie, excepté Obéide (dans ses imprécations), Molé, s’il est rétabli, pourra jouer un des deux principaux rôles.
Nous venons de la relire pour la quatrième fois, et elle nous a fait la même impression que la première.
Remarquez bien, ô anges , que voici le cinquième paquet de corrections. Vous devez avoir tout reçu, soit par M. le duc de Praslin, soit par M. de Courteilles, soit par M. Marin.
Voilà qui est fait, je ne me mêle plus de rien ; c’est à vous à prendre soin de mon salut.
Point du tout ; il y a encore quelques petits coups de pinceau à donner, quelques mots répétés à varier, et puis maman Denis dit que c’est tout . Mais qu’en disent mes anges ? »
1 Les Scythes.
2 Louis-François Molé, surnommé d'Allainville ou Dalainville est le frère aîné du célèbre comédien François-René Molé . Voir : https://fr-academic.com/dic.nsf/frwiki/486457
et : https://www.classicistranieri.com/fr/articles/f/r/a/Fran%C3%A7ois_Mol%C3%A9_67d3.html
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05/03/2022
quand deux gens qui pensent sont d’accord sans s’être donné le mot, il y a beaucoup à parier qu’ils ont raison
... Et c'est ainsi que lors des élections on retrouve autant de clans persuadés d'être chacun les seuls détenteurs de la vérité . Autant d'avis que de fromages, autant de goûts bons et mauvais .
« A Jean Le Rond d'Alembert
2 de décembre 1766 1
Mon cher philosophe, vous êtes mon philosophe ; plus je vous lis, plus je vous aime. Que de choses neuves, vraies, et agréables ! Votre idée du livre antiphysique est aussi neuve que plaisante 2. Vous parlez mieux médecine que les médecins 3. Puissent tous les magistrats apprendre par cœur votre page 79 4 ! Il y a un petit Commentaire sur Beccaria, dont l’auteur 5 est entièrement de votre avis. Or, quand deux gens qui pensent sont d’accord sans s’être donné le mot, il y a beaucoup à parier qu’ils ont raison. Chez les Athéniens il fallait, autant qu’il m’en souvient, les deux tiers des voix sur cinq cents, pour condamner un coupable ; je n’en suis pas sûr pourtant. En parlant de Craig 6 , vous marchez sur des charbons ardents, et vous ne vous brûlez point. Pourquoi vous étonnez-vous tant que les Turcs n’aient point rebâti le temple de Jérusalem 7? Il y a une mosquée à la place, et il n’est pas permis de détruire une mosquée.
C’est, je crois, de Sanderson 8 qu’on a dit qu’il jugeait que l’écarlate ressemblait au son d’une trompette, parce ce que l’écarlate est éclatant et le son de la trompette aussi ; mais malheureusement il n’y a point en anglais de mot qui réponde à notre éclatant, et qui puisse signifier à la fois brillant et bruyant ; on dit shining pour les couleurs, sou[n]ding pour les sons.
Bassesse au figuré vient de bas au propre, comme tendresse vient de tendre 9.
Vous donnez de belles ouvertures pour la géométrie. L’idée qu’on peut faire passer une infinité de lignes courbes entre la tangente et le cercle, m’a toujours paru une fanfreluche de Rabelais. Les géomètres qui veulent expliquer cette fadaise avec leur infini du second ordre, sont de grands charlatans. Dieu merci, Euclide, autant que je m’en souviens, ne traite point cette question.
Je vais lire le reste. Je vous remercie du plaisir que je vais avoir, et de celui que vous m’avez donné.
Permettez à présent que je vous parle de la petite affaire de M. Boursier ; il a essayé de trois ou quatre formules pour faire passer les ordonnées de ses courbes ; mais il dit que la géométrie transcendante qui règne aujourd’hui s’y oppose entièrement 10. Il n’y a aucun bon mathématicien à Lyon qui puisse l’aider ; cependant il ne désespère point de son problème, mais il faudra du temps.
Vous allez, je crois, bientôt examiner les discours présentés pour un nouveau prix à l’Académie ; le sujet n’est pas neuf assurément 11, et ne prête guère qu’à la déclamation, puisque je vous recommande une déclamation 12, dont la devise est humanum paucis vivit genus 13; il m’a paru qu’il y avait de bonnes choses. L’écriture n’en est pas agréable aux yeux. Cette négligence fait quelquefois tort. Si vous pouviez vous charger de la lire à la séance, après voir accoutumé vos yeux à ce griffonnage, elle acquerrait un nouveau prix dans votre bouche. Elle est de ce jeune homme à qui vous voulez bien vous intéresser ; mais je ne veux et je ne dois demander que justice.
Quel est le jean-f…. de janséniste qui a dit que c’est tenter Dieu que de mettre à la loterie du roi 14 ?
Quel est le conseiller usurier qui a fait banqueroute ?
Qu’a fait le duc de Mazarin 15? le cardinal de ce nom était un grand fripon.
Vous devriez bien au moins me mettre dans une partie de votre secret, et me dire à qui il faudrait que votre ami La Harpe écrivît une lettre en général. Il me semble que cela serait convenable. »
1 Edition de Kehl ; Renouard et Lettres inédites (1884) ajoutent toute la fin à partir de Quel est le jean-f..., tandis que la dernière édition citée corrige la date de 20 en 2 .
2 Dans le § VI des Éléments de philosophie, de d’Alembert. (Georges Avenel.) : http://www.corpus-philo.fr/alembert-elements-philosophie.html
Dans ses « Éclaircissements sur différents endroits des éléments de philosophie », Mélanges, V, p. 3 et suiv., d'Alembert propose la publication d'une Antiphysique contre ceux qui prétendent expliquer toute chose, attitude sympathique à V* ; voir : : https://fr.wikisource.org/wiki/D%E2%80%99Alembert/Texte_entier
3 Réflexions philosophiques et mathématiques sur l'application du calcul des probabilités à l'inoculation de la petite vérole », Mélanges, V, p. 305-430.Voir : https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00004289/document
4 Vol. V, p. 79 des Mélanges, où d'Alembert traite de la peine capitale .
5 Voltaire lui-même. (G.A.)
6 John Craig a écrit des Theologiae christianae principia mathematica, 1699, que d'Alembert discute dans son Mélanges, V. Voir : http://www.jehps.net/juin2011/Craig.pdf
Auteur des Principes mathématiques de théologie chrétienne. Voyez encore les Éléments de philosophie, de d’Alembert, même paragraphe. (G.A.)
7 Le 8 décembre 1763, d'Alembert a écrit à V* qu'un envoyé du sultan se trouvait à la cour de Frédéric II ; il ajoutait : « J'écrivais l'autre jour en ce pays-là que si le roi voulait seulement dire un mot, ce serait une belle occasion pour engager le sultan à faire rebâtir le temple de Jérusalem. »
8 Nicholas Saunderson : voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Lettre_sur_les_aveugles_%C3%A0_l%27usage_de_ceux_qui_voient
Célèbre aveugle. (G.A.) Voir lettre du 10 décembre 1766 de d'Alembert : http://dalembert.academie-sciences.fr/Correspondance/oeuvres.php?Datedeb=01-01-1766&Datefin=31-12-1766
9 Voyez le § IX des Éléments de d’Alembert. (G.A.)
10 C’est-à-dire que Voltaire a essayé de quatre moyens pour envoyer à d’Alembert la Lettre à M. ***, mais qu’un redoublement de surveillance l’a empêché de réussir. (G.A.)
11 Sur les malheurs de la guerre et les avantages de la paix. (G.A.) : https://books.google.fr/books?id=_1wGAAAAQAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false
12 C’est le discours de La Harpe, alors à Ferney. Il remporta le prix. (G.A.)
13 Le genre humain vit pour un petit nombre d'hommes : Lucain, Pharsale, V, 343 . C'est la devise sous laquelle La Harpe a présenté le discours Des malheurs de la guerre et des avantages de la paix .
14 Dissertation théologique sur les loteries, Christophe Coudrette, 1742 : https://books.google.fr/books?id=G150L0RKq5cC&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false
15 Louis-Marie-Guy d'Aumont, marquis de Villequier, devenu duc de Mazarin en épousant Charlotte-Antoinette de La Porte-Mazarini ; voir : http://www.histoireeurope.fr/RechercheLocution.php?Locuti... et http://www.chateauversailles-recherche-ressources.fr/jlbw... ; sur l'incident évoqué par V*, voir Croÿ, II, 240-241 :https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2063813/f243.item.texteImage
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04/03/2022
j’en suis réduit là. Je suis comme les habitants de nos colonies *, qui ne savent plus comment faire quand ils attendent de l’Europe des aiguilles et des peignes
... Conclusion temporaire après discussion du président Macron avec le dictateur-menteur Poutine : https://www.bfmtv.com/international/europe/tu-te-racontes...
* Ex-colonies (NDLR).
« A Charles Michel, marquis du Plessis-Villette
J’ai une plaisante grâce à vous demander. Je remarquai, lorsque vous me faisiez l’honneur d’être dans mon taudis, que vous ne soumettiez jamais votre visage à la savonnette et au rasoir d’un valet de chambre qui vient vous pincer le nez et vous échauder le menton. Vous vous serviez de petites pincettes fort commodes, assez larges, ornées d’un petit ciseau qui embrasse la racine du poil sans mordre la peau. J’en use comme vous, quoiqu’il y ait une prodigieuse différence entre votre visage et le mien. Mais il faut que cet art soit bien peu en vogue, puisque je n’ai pu trouver à Genève ni à Lyon une seule pince supportable ; il n’y en a pas plus que de bons livres nouveaux. Je vous demande en grâce de vouloir bien ordonner à un de vos gens de m’acheter une demi-douzaine de pinces semblables aux vôtres. Il n’y aurait qu’à les envoyer à M. Tabareau, en le priant de me les faire parvenir à Genève.
Il est vrai que voilà une commission très ridicule. J’aimerais bien mieux pincer tous les mauvais poètes, tous les calomniateurs, tous les envieux que de me pincer les joues. Mais enfin j’en suis réduit là. Je suis comme les habitants de nos colonies, qui ne savent plus comment faire quand ils attendent de l’Europe des aiguilles et des peignes. Enfin les petits présents entretiennent l’amitié, et je vous serai très obligé de cette bonté.
A Ferney, ce 1er décembre 1766 .1 »
1 Copie contemporaine incomplète de la dernière phrase du dernier paragraphe ; éditions Œuvres du marquis de Villette, 1782 . Cette lettre est placée par erreur , par Beuchot, en date du 8 juillet 1765 : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1765/Lettre_6061
18:59 | Lien permanent | Commentaires (0)
Hélas, mon cher monsieur, que puis-je faire pour vous du fond de mes déserts ?
... Je pense bien avoir gagné mon pari d'hier matin: "Mais avec clarté et engagement j’expliquerai notre projet, notre volonté de continuer à faire avancer notre pays avec chacun d’entre vous." Macron -3/03/2022 à 20h.
« A Jean-Baptiste-Jacques Élie de Beaumont
1er décembre 1766 1
Vous allez être une seconde fois, mon cher Cicéron, le protecteur de l'innocence la plus pure et la plus opprimée ; je pense toujours que vous en aurez beaucoup plus de faveur auprès du Conseil dans l'affaire de Canon, lorsqu’on verra que celui qui plaide pour lui-même a plaidé avec tant d'éloquence, de désintéressement et de noblesse pour les autres .
Hélas, mon cher monsieur, que puis-je faire pour vous du fond de mes déserts ? La mort m'a enlevé presque tous mes amis . M. le maréchal de Richelieu qui aurait pu me donner sa protection est à Bordeaux . Ma faible voix se fera entendre sûrement aux peu de connaissances qui me restent .
Je prend même la liberté d'envoyer par cet ordinaire un mémoire de cinq ou six lignes à M. le duc de Choiseul ; il ne les faut pas plus longs à un ministre chargé de tant d'affaires et de tant de détails .
Vous m’avez fait la grâce de m'envoyer deux mémoires sur l'affaire de Canon . Vous croyez bien que je les ai lus tous deux avec la plus grande attention , et l’intérêt le plus vif .
Vous me demandez le secret sur des choses que vous voulez bien me confier concernant cette affaire ; et moi je vous le demande bien davantage . Il faut vous dire que ce sont précisément MM. Tronchin qu'on a violemment prévenus contre vous , et principalement Tronchin le médecin qui a beaucoup de crédit dans la maison d'Orléans, dans celle de La Rochefoucauld et dans quelques autres . Je pense qu'il est très convenable que Mme de Beaumont aille trouver les deux Tronchins, elle réussira en se montrant et en parlant . Il est nécessaire de les détromper, et de leur faire voir que ce ne sont point des catholiques avides qui veulent dépouiller des protestants à la faveur et à l'appui d'une loi barbare ; que c'est précisément le contraire . Vous pourrez alors avoir dans M. Tronchin le fermier général un solliciteur auprès de M. Bertin, au lieu d'un adversaire . M. d'Argental parlera à M. le duc de Praslin .
Je pense qu’il ne serait pas mal que Mme de Beaumont se fit présenter à Mme la duchesse d'Anville ; qu'elle lui donnât d'abord votre mémoire en faveur des Sirven, qu'ensuite, dans une seconde visite, elle lui confiât le secret de votre affaire, les dispositions de M. de Béranger, etc. Elle se ferait de Mme d'Anville une protectrice très puissante et très vive , qui pourrait déterminer M. de Saint-Florentin en votre faveur . C'est principalement de M. de Saint-Florentin que ces affaires dépendent ; c'est lui qui les rapporte au conseil du roi .
Je voudrais bien savoir quel est l'auteur de l'écrit sur les commissions . Si ce n'est pas vous, il y a donc quelqu'un dans l'ordre des avocats qui a autant d'esprit que vous .
Adieu, mon cher ami, protecteur de l'innocence .
V. »
1 Original ,date et initiale autographes (Mme Jean de Mézerac, château de Canon ) ; édition Lettres inédites, 1897.
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03/03/2022
ils seront fort aises de voir leur créature lécher continuellement son oursin
... Et si la créature était Poutine , et l'oursin sa politique de cinglé assassin ?
« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental
et à
Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental
1er décembre 1766
Je connais mes anges ; ils ne me sauront point mauvais gré de mes corrections ; au contraire, ils seront fort aises de voir leur créature lécher continuellement son oursin 1. Ils sont donc suppliés de faire mettre sur la pièce toutes ces corrections par un brave secrétaire qui ne haïsse pas les vers.
Peut-être le lundi 1er décembre, jour auquel j’écris à mes anges le matin, recevrai-je un mot de leur main bienfaisante ou foudroyante.
Je leur ai déjà mandé que l’exemplaire était parti le 19, adressé à M. le duc de Praslin ; que force corrections avaient suivi de poste en poste ; que j’avais envoyé à M. Jeannel un nouvel exemplaire du Commentaire sur les Délits pour M. le duc de Praslin. Enfin j’ai fait mon devoir à chaque courrier. Hier, je fis lire la pièce au coin de mon feu à Cramer, non pas à Philibert Cramer, le prince, mais à Gabriel Cramer, le marquis ; lequel est très bon acteur, et sent ce qui doit faire effet. Il a pleuré et frémi.
Mais ce qui me fait frémir, moi, c’est que les comédiens de Paris vont jouer Les Suisses 2, et que mes Scythes, venant après, ne paraîtront qu’une copie ; je perds à la fois le piquant de la nouveauté et l’agrément de mon alibi. Voilà probablement bien de la peine inutile.
Au reste, mes anges, vous serez farcis de pièces nouvelles cette année. Vos plaisirs sont assurés ; mais moi misérable, je n’ai d’autre consolation que celle de chercher à mériter votre suffrage.
Enfin donc, nous allons avoir le mémoire pour les Sirven. Je recommande cette véritable tragédie à vos bontés.
Respect et tendresse.
V.»
1 Le mot oursin vient d'être admis dans le Dictionnaire de l'Académie de 1762 pour désigner l'échinoderme, et non l'ourson . On le trouve cependant employé pour désigner un bonnet à poil, comme un doublet d'ourson . Voir : https://www.bertrand-malvaux.com/fr/p/30075/bonnet-a-poils-de-sous-officier-des-grenadiers-a-pied-de-la-garde-imperiale-modele-1808-1815-premier-empire.html
2 Le Guillaume Tell de Le Mierre : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k68345x
. Voir lettre du 22 novembre 1766 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2022/02/24/mais-voici-bien-une-autre-paire-de-manches-6368007.html
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Je ne veux rien avoir de caché pour vous
... Je tiens le pari que ceci figure dans la "lettre" du candidat Macron . Chiche !
« A Etienne-Noël Damilaville
1er décembre [1766]
Mon cher ami, j’ai prié M. d’Argental de vous mettre dans la confidence d’un drame d’une espèce assez nouvelle. Je ne veux rien avoir de caché pour vous. Je crois que cet ouvrage était absolument nécessaire pour confondre la calomnie, cette calomnie dont je vous parlais si souvent en vous disant : « écrasons l’infâme ».
Vous savez avec quel acharnement elle m’impute, presque tous les mois, quelque mauvais livre bien scandaleux que je n’ai jamais lu et que je ne lirai jamais. Les mauvais poètes ne sachant plus comment s’y prendre pour me perdre, après m’avoir immolé à Crébillon, m’ont voulu immoler aux jansénistes ; ils se sont avisés de faire de moi un théologien, et ils prétendent, avec l’abbé Guyon et l’abbé Renoard 1, que je traite continuellement la controverse. Or certainement un homme qui fait une tragédie n’a guère le temps de controverser. Une tragédie 2 demande un homme tout entier, et le demande pour longtemps. Non seulement je me suis remis à faire des pièces de théâtre, mais j’en fais faire. Je m’occupe beaucoup de celle à laquelle La Harpe travaille actuellement sous mes yeux, et j’en ai de grandes espérances. J’ai dans ma vieillesse la consolation de former des élèves : je rends par là tout le service que je puis rendre aux belles-lettres.
Il me semble que je ne mérite pas les cruelles persécutions que j’essuie depuis si longtemps.
Mandez-moi donc à qui on attribue le petit livre savant et éloquent 3 que vous m’avez envoyé avec une note de M. Thieriot. L’auteur de ce livre ne me traite pas comme les Guyon et les Fréron : je voudrais bien connaître cet honnête homme.
Savez-vous quel est le polisson qui a fait le plat ouvrage intitulé la Justification de J .-J., et qui prétend que J.-J. est le seul philosophe dont la conduite soit conforme à ses principes ?
Les affaires de Genève doivent finir bientôt. Ce petit État devra au roi toute sa félicité, outre quatre millions cinq cent mille livres de rente dont les Genevois jouissent en France. M. le chevalier de Beauteville leur a donné un projet qui est la sagesse même. S’ils ne l’acceptaient pas, il faudrait qu’ils fussent plus fous et plus méchants que J.-J.
Je vous embrasse tendrement, mon très cher ami. Remerciez bien pour moi M. Thieriot de son attention, et faites quelquefois mention de moi avec Tonpla 4.
M. Boursier est toujours dans les mêmes sentiments ; il dit qu’il se tiendra toujours prêt 5.
N. B. -- L’avocat de Besançon, auteur du Commentaire sur les lois, concernant les Délits, a beaucoup augmenté son ouvrage 6. L’édition est entièrement épuisée. Pourriez-vous demander à M. Marin si on permettra dans Paris l’entrée d’une nouvelle édition conforme à ce qui a déjà été imprimé, et très circonspecte dans ce qui sera ajouté ? »
1 L’un, Claude-Marie Guyon ,auteur de l’Oracle des philosophes : https://fr.wikisource.org/wiki/Livre:Guyon_-_L%E2%80%99Or... ; l’autre, rédacteur du Journal chrétien.
Beuchot a corrigé ce nom en Dinouard . Joseph-Antoine-Toussaint Dinouard est en effet, avec l'abbé Trublet, le rédacteur du Journal chrétien . Voir : https://data.bnf.fr/fr/documents-by-rdt/12001651/te/page1?
Voir : L'Art de se taire ,principalement en matière de religion : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64999j.image.f30
et Le Triomphe du sexe -Ouvrage dans lequel on démontre que les femmes sont en tout égales aux hommes : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k71935s.image
2 Par « saut du même au même », copie et édition de Kehl omettent n'a plus guère le temps de controverser . Une tragédie […].
3 Comme l'indique une lettre de Thieriot du 2 décembre 1766, ce livre est intitulé Petit Traité sur les commissions en matière criminelle , attribué à Pierre-Louis Chaillou (1740-1806), avocat au parlement de Bretagne , ouvrage en faveur de La Chalotais . Voir note 59 (page 166 -suiv.) sur https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00391106/PDF/AffairedeBretagne.pdf
4 Cette phrase n'est donnée que par la copie et l'édition de Kehl .
5 Le paragraphe n'est donné que par la copie tardive et la Correspondance littéraire .
6 Cet ouvrage est de Voltaire .
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On a besoin de la plus extrême diligence pour des raisons extrêmement pressantes
... On ne peut remettre au lendemain l'accueil de ces malheureux Ukrainiens qui nous rappellent l'exode de nos compatriotes en trente-neuf, avec ces conditions aggravantes qu'ils doivent fuir hors de leur pays . Au passage, il ne faut pas infliger un système discriminatoire en refusant la fuite à ces étudiants africains pris entre le marteau et l'enclume : https://www.france24.com/fr/europe/20220228-exode-%C3%A0-la-fronti%C3%A8re-ukraine-pologne-ils-nous-refoulent-juste-parce-qu-on-est-noirs
« [Voltaire] et Jean-Louis Wagnière
à Gabriel Cramer
[novembre-décembre 1766]
On vous envoie, monsieur, l'épître dédicatoire, et la préface de la tragédie . On a besoin de la plus extrême diligence pour des raisons extrêmement pressantes .
À l'égard de l'ouvrage de M. d'Alembert, on vous conseille de faire revoir les feuilles par un homme intelligent ; car M. de Voltaire est trop malade pour les revoir et pour les bien corriger .
Tout ce qu'il peut faire dans l'état où il est, c'est de revoir les feuilles de la tragédie qu'il connait, ainsi que l'épître dédicatoire, la préface et l'avis du lecteur, que l'on envoie dans ce paquet .
On vous fait mille tendres compliments . »
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