04/04/2022
Je corrige toujours mes ouvrages et ils n'en sont pas meilleurs pour cela
... En toute fière humilité .
« A Jacques Lacombe
2è janvier 1767 à Ferney
Si vous faites, monsieur, une seconde édition du Triumvirat et des Proscriptions, voici les corrections nécessaires . Je vous enverrai peut-être par le premier ordinaire la tragédie des Scythes qui est de moi , bonne ou mauvaise, mais à laquelle on me reconnaitra aisément par l'épître dédicatoire à M. le duc [de] Choiseul et à M. le duc de Praslin . Je vous prie de n'en tirer que sept cent cinquante exemplaires . Je corrige toujours mes ouvrages et ils n'en sont pas meilleurs pour cela .
Je vous avertis qu'il faut que cette pièce soit imprimée en huit jours, parce que MM. Cramer de Genève vont débiter leur édition dans les pays étrangers, et peut-être dans les provinces de France . Vous n'avez pas un moment à perdre . Je vous enverrai la pièce par la poste, le paquet ne sera pas gros, l'impression est d'un caractère très menu . Je vous prie de faire dire à M. Dorat que j'ai trouvé de très beaux vers dans son poème de la déclamation .
Vous me mandâtes dans votre dernière lettre que Rousseau venait gouverner Genève . Je vous promets qu'il ne sera jamais assez hardi pour oser s'y montrer . Je vous embrasse du meilleur de mon cœur, et je compte sur votre amitié .
ERRATA
pour la tragédie du Triumvirat
Page5, vers 8è : Oserait-il vous faire une pareille injure ?
corrigez
L'ingrat ! Il vous doit tout, et vous fait cette injure !
Page6, vers 47 : goûter la folle ivresse . Corrigez , chercher la folle ivresse
Page 9, après ce vers : Des vainqueur de Pompée et de vos oppresseurs
mettez ainsi
Mais que résolvez-vous ?
FULVIE
De me venger.
AUFIDE
Sans doute.
Vous le devez Fulvie.
FULVIE
Il n'est rien qui me coûte,
Il n'est rien que je craigne, et dans nos factions, etc.
Page 20, vers 7è : Ces funestes édits . Corrigez : ces malheureux édits .
Page 29, vers 6è : J'irai chercher Pompée . Corrigez : J'irais chercher Pompée .
Page 71, vers 7è : Séjour des meurtriers. Corrigez séjour de meurtriers .
Page 83, vers 7è : Les monstres . Corrigez : Ces monstres .
Page 108, ligne 1re : non fu si tanto . Corrigez : non fu si santo .
Page 138, ligne 12 : Ceux de Mintiane . Corrigez : ceux de Minturne .
Page 158, après ces mots : massacrèrent par une piété mal entendue,
ajoutez
Il y a au moins de la piété dans ces meurtres, et cela est bien consolant .
Page 171, ligne 9 : cent cinquante mille . Corrigez ; quatre-vingt mille.
Dans l'histoire des proscriptions mettez à chaque article la proscription dont il s'agit, en titre d'abord, celles des juifs, ensuite celle de Mithridate, celles de Sylla et de Marius, puis celles du triumvirat, celle des juifs sous Trajan, celle de Théodose, etc.1 »
1 Tous les changements demandés seront apportés à l'édition, mais les noms de Choiseul et Praslin figureront sous forme d'anagrammes . Voir : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k312278f.texteImage
18:20 | Lien permanent | Commentaires (0)
quelques hommes ont cru que la barbarie était un de leurs devoirs . On les a vus abuser de leur état jusqu'à se jouer de la vie de leurs semblables, en colorant leur inhumanité du nom de justice
... Et dire que les Russes de Poutine ne sont pas les seuls à agir ainsi : monde effrayant . Et dire que dans le même temps , des extrémistes français , candidats à la présidence, viennent prôner leurs haines superflues !
« A Etienne-Noël Damilaville
2 Janvier 1767 1
Vous devez être actuellement bien instruit, mon cher et vertueux ami, du malheur qui m’est arrivé 2 . C’est une bombe qui m’est tombée sur la tête, mais elle n’écrasera ni mon innocence ni ma constance : je ne peux rien vous dire de nouveau là-dessus, parce que je n’ai encore aucune nouvelle.
J’ai éclairci tout avec le prince Galitzine : il n’y avait point de lettre de lui ; tout est parfaitement en règle ; et, dans quelque endroit que je sois, les Sirven auront de quoi faire leur voyage à Paris, et de quoi suivre leur procès. Vous pourrez, en attendant, envoyer copie du factum à Mme Denis, si M. de Beaumont ne le fait pas imprimer à Paris, mais sans doute M. de Beaumont le fera imprimer . C’est perdre ce procès-là que de ne pas donner au moins communication du factum aux personnes qui peuvent nous protéger .
Voilà pour les affaires de discussion, venons maintenant à celles de littérature 3.
Vous aurez les Scythes incessamment, à condition qu’ils ne seront point joués ; et la raison en est que la pièce est injouable avec les acteurs que nous avons.
On m’a envoyé de Paris une pièce très singulière, intitulée le Triumvirat ; mais ce qui m’a paru le plus mériter votre attention dans cet ouvrage, et celle de tous les gens qui pensent, c’est une histoire des proscriptions 4. Elles commencent par celles des Hébreux, et finissent par celles des Cévennes . Ce morceau m’a paru très curieux. Cette histoire finit par ces mots :
« Il est vrai qu'il n’est plus de nos jours de persécutions générales ; mais on voit quelquefois de cruelles atrocités . La société, la politesse, la raison inspirent des mœurs douces ; cependant quelques hommes ont cru que la barbarie était un de leurs devoirs . On les a vus abuser de leur état jusqu'à se jouer de la vie de leurs semblables, en colorant leur inhumanité du nom de justice ; ils ont été sanguinaires sans nécessité ; ce qui n'est pas même le caractère des animaux carnassiers . Toute dureté qui n'est pas nécessaire est un outrage au genre humain . Puissent ces réflexions satisfaire les âmes sensibles et adoucir les autres 5. »
Il me semble que la tragédie n’est faite que pour amener ce petit morceau . La pièce d’ailleurs n’est point convenable à notre théâtre 6, attendu qu’il y a trop peu d’amour.
Adieu, mon cher ami . Vous devinez le triste état dans lequel nous sommes, Mme Denis et moi. Nous attendons de vos nouvelles ; écrivez à Mme Denis, au lieu d’écrire à M. Souchay, et songez, quoi qu’il arrive, à écraser l’infâme »
1 Copie contemporaine Darmstadt B. qui dérive de La Correspondance littéraire ; l'édition de Kehl donne une lettre fortement mutilée ; voir : http://www.monsieurdevoltaire.com/2015/04/correspondance-annee-1767-1.html
2 L’aventure Lejeune et ses suites qui vont jusqu'à provoquer un froid avec d'Argental.
3 Depuis mais sans doute M. de Beaumont, ce passage omis sur la copie Beaumarchais-Kehl manque dans toutes les éditions .
4 L'essai « Des conspirations contre les peuples ou les proscriptions » à la suite d'Octave ; voir : https://fr.m.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome26.djvu/11
5 Depuis Cette affaire finit par ces mots, passage très abrégé puis biffé sur la copie Beaumarchais et manquant dans toutes les éditions .
6 C'est-à-dire au théâtre des « Welches ».
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On dit que le goût du public est entièrement changé
... Il n'est qu'à voir les galipettes des courbes d'intentions de vote pour les candidats à la présidentielle pour s'en convaincre . Ils sont bien les seuls à ne pas l'avouer . Ils nous réservent de bons motifs de rigolade .
« A P. de Valigny
Au château de Ferney [1766-1767]1
Je suis si vieux et si malade, monsieur, que je n'ai pu vous répondre plus tôt . Vous êtes, ce me semble, du pays de Maynard 2 ; vos vers en ont la grâce . Je suis bien loin de mériter tout ce que vous me dites de séduisant 3; je n’y reconnais qu'une chose de vraie : c’est le vif intérêt que je prends aux progrès des jeunes gens dans les lettres .
Vous voulez, monsieur, faire une pièce de théâtre, et Henri IV est votre héros . Je suis très peu propre à décider , dans ma retraite, du succès que doit avoir une pièce de théâtre à Paris . On dit que le goût du public est entièrement changé . Le mien, qui ne l'est pas, est trop suranné et trop hors de mode .
Je suis, etc. »
1 L'édition P. de V[aligny] de Henri IV ou la Réduction de Paris a servi de source à la copie et donc a été suivie, datée approximativement par le fait que la pièce est en projet .
2 François de Maynard est né à Toulouse en 1582 ; voir : https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/francois-maynard
et : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Maynard
et : https://www.google.fr/search?hl=fr&tbo=p&tbm=bks&...:"P.+de+Valigny"
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03/04/2022
dans quelques mois vous aurez de petits passeports secrets pour vos voyageurs
... Les Russes seront alors triés comme les lentilles .
« A Gabriel Cramer
[décembre 1766- janvier 1767] 1
Non, non, on ne fera point la guerre cet hiver – et dans quelques mois vous aurez de petits passeports secrets pour vos voyageurs . Tout vient à point qui sait attendre 2.
En attendant la guerre, la famine est chez nous, et le diable partout .
1 L'édition Gagnebin date la lettre d'octobre 1767, mais alors la famine était terminée depuis longtemps .
2 Phrase ajoutée entre les lignes .
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02/04/2022
On dit que les ambassadeurs sont des espions honorables ... le meilleur ministre est toujours celui qui fait aimer son maître
... Voilà deux corps qui ont des qualités et des défauts, mais quel homme public ne serait-il que qualités ? On fait avec .
On a vu dans l'histoire actuelle la valse à l'envers des diplomates "honorables" [sic] . On voit aussi la discrétion des ministres d'Emmanuel Macron, qui ne peut compter que sur lui-même (c'est déjà pas mal ! ) : il vient de faire son one man show , et a encore failli se faire exploser les cordes vocales ( mais personne au buzzer ne s'est retourné ) .
https://www.20minutes.fr/elections/presidentielle/3262783...
« Au prince Dmitri Mikhailovitch Golitsin
31 décembre 1766 à Ferney par Genève
Monsieur,
Je n'ai reçu aucune lettre de Votre Excellence depuis plus de six mois . La dernière lettre dont Sa Majesté impériale m'a honoré est du 9 juillet 1766 . J'ai répondu exactement à M. le général de Betzky 1. J’ai remercié Sa Majesté impériale de toutes ses bontés pour les Sirven . J’ai admiré , j'ai béni sa générosité envers M. Diderot, et tous les grands exemples qu'elle donne à l'Europe . On dit que les ambassadeurs sont des espions honorables . Je sais , monsieur, que vous êtes l'espion du mérite et de l'infortune . Vous les cherchez pour leur procurer des bienfaits . C'est là votre principal ministère . C'est vous, monsieur, qui fournissez à votre auguste impératrice les occasions de signaler sa grandeur d'âme . Louis XIV, en répandant des bienfaits sur les gens de lettres de l'Europe, fit beaucoup moins que votre souveraine . Il se fit indiquer le mérite, mais l'impératrice l'a connu par elle-même ; elle n'a écouté son grand cœur qu'après avoir consulté son esprit . Je lui souhaite un règne aussi long qu’elle le rend glorieux . Où est le temps que je n'avais que soixante et dix ans ? J’aurais couru l'admirer . Où est le temps que j'avais encore de la voix ? Je l'aurais chantée sur tout le chemin du pied des Alpes à la mer d'Archangel .
M. Thomas, vous qui êtes jeune, et qui avez meilleure voix que moi, vous avez déjà célébré Pierre Ier en trois chants ; je vous en demande un quatrième pour Catherine seconde .
Jouissez longtemps, monsieur le prince, de l'honneur que vous avez de la représenter ; vous faites plus, vous lui ressemblez : le meilleur ministre est toujours celui qui fait aimer son maître .
Daignez me mettre aux pieds de cette héroïne, et agréez le profond respect avec lequel j’ai l'honneur d'être, etc.
Voltaire . »
1 Ivan Ivanovitch Betzky , voir : https://www.idref.fr/031461999#
et : Les langues vivantes dans les établissements éducatifs russes au XVIIIè siècle : file:///C:/Users/james/Downloads/dhfles-1057.pdf
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tout ira bien pour votre république
... Telle est l'affirmation des cabinets de conseil à nos ministres et président , si tant est qu'on puisse les croire fiables . Or, McKinsey, pour ne citer que lui, confirme le dicton "les conseilleurs ne sont pas les payeurs", se contentant de toucher le pactole étatique, sans payer un fifrelin au fisc : https://www.france24.com/fr/france/20220331-mckinsey-l-af...
Il est vrai que nous vivons une époque où le recours aux "coachs" explose, humains ou robotiques, conseillers de tout poil en tout domaine, bien dans la lignée des assujettis aux joujoux connectés . On râle quand on impose le pass-vaccinal, et dans le même temps on suit les dictats des applis de son I-phone . Ridicule .
« A Gabriel Cramer
à Genève
[31 décembre 1766]
Voilà qui va bien, mon cher Caro, pour votre édition ; et tout ira bien pour votre république . Monsieur l'ambassadeur couche encore ce soir chez moi 1 .
J'ai beaucoup corrigé aux dernières feuilles . Je vous prie de les revoir avec la plus grande attention, car on ne peut plus les rapporter chez moi . Je compte que vendredi vous pourrez envoyer, vendredi, deux exemplaires couverts de satin cramoisi à M. le duc de Choiseul, et deux à M. le duc de Praslin ; et à moi une douzaine brochés . »
1 Le 30 décembre 1766, Beauteville annonce son retour à Soleure, dans une proclamation commençant par « Le roi mon maître, instruit de la réjection du plan de conciliation » ; il quitte Genève le jour même et passe les deux dernières nuits de l'année à Ferney . Le 30 également, le Conseil de Genève décide « de lui écrire pour le remercier et de lui témoigner la vive sensibilité du Conseil de tous les bons offices qu'il a passés en faveur de la République , et lui en demander la continuation . »
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faites mes compliments au petit nombre de gens qui pensent
... Ce qui exclut automatiquement les aficionados d'Eric Zemmour , décérébrés de première classe .
« A Charles-Frédéric-Gabriel Christin fils, Avocat en
Parlement à Saint-Claude
31è décembre 1766
Je vous souhaite la bonne année, mon cher philosophe, faites mes compliments au petit nombre de gens qui pensent ; venez nous voir quand vous pouvez pour une affaire bien importante ; il doit vous arriver de la part de Fantet une caisse de livres, je vous prie de la garder jusqu'à ce que j'aie eu la satisfaction de vous entretenir.
Je vous embrasse bien tendrement.
V. »
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