18/10/2021
Notre religion est prêchée en France par des bourreaux
... On les débusque petit à petit, enfin . "Notre religion" n'est plus la mienne depuis longtemps et je n'ai pas la lâcheté d'en prendre une autre, Dieu et ses représentants de commerce se passent allègrement de moi , semble-t-il , et moi d'eux .
https://www.dailymotion.com/video/x7wyjn9
« A Louise-Dorothée von Meiningen, duchesse de Saxe-Gotha
A Ferney 22 juillet [1766] 1
Madame,
C’en est trop, votre générosité est trop grande ; mais il faut avouer que Votre Altesse Sérénissime ne pouvait mieux placer ses bienfaits que sur cette famille infortunée. Il n’en a presque rien coûté pour l’opprimer, pour lui ravir les aliments et pour faire expirer la vertueuse mère, presque dans mes bras ; et il en coûte de très fortes sommes avant qu’on se soit mis seulement en état de lui faire obtenir une ombre de justice. On fait même mille chicanes au généreux de Beaumont pour l’empêcher de publier l’excellent mémoire qu’il a composé en faveur de l’innocence. On persécute à la fois par le fer, par la corde et par les flammes, la religion et la philosophie. Cinq jeunes gens ont été condamnés au bûcher pour n’avoir pas ôté leur chapeau en voyant passer une procession à trente pas. Est-il possible, madame, qu’une nation qui passe pour si gaie et si polie soit en effet si barbare ? L’Allemagne n’a jamais vu de pareilles horreurs ; elle sait conserver sa liberté et respecter l’humanité. Notre religion est prêchée en France par des bourreaux. Que ne puis-je venir achever à vos pieds le peu de jours qui me restent à vivre, loin d’une si indigne patrie !
C’est moi qui suis le trésorier de ces pauvres Sirven . On peut tout m’envoyer pour eux. Que votre âme est belle ! Madame , qu’elle me console de toutes les abominations dont je suis témoin ! Mon cœur est pénétré de la bonté du vôtre. Daignez agréer mon admiration, mon attachement, mon respect pour Vos Altesses Sérénissimes. Je n’oublierai jamais la gr[ande] maîtresse des cœurs. »
1 L'édition Baron Henry Brougham and Vaux, Lives of Men of Letters and,Science, who Flourished in the Time of George III, 1845 , date la lettre de 1762 ; voir page 140 : https://books.google.bj/books?id=5V4DAAAAYAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q=saxe%20gotha&f=false
Bavoux et François la donnent à tort de 1760 ; Moland rectifie l'année .
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17/10/2021
L’Italie commence à mériter d’être vue ... on peut y aller aujourd’hui pour y voir des hommes qui pensent, et qui foulent aux pieds la superstition et le fanatisme
... Il y a de quoi rire -jaune-, ami Voltaire , tant l'actualité est biscornue et si peu conforme à ton idéal espéré. Les Italiens étant aussi nases que les Français s'opposent à l'obligation du pass sanitaire et se bagarrent : https://www.20minutes.fr/dossier/italie
Que n'ont-ils pas employé ce temps pour aller plutôt se faire vacciner ?
Il est vrai que la logique et les humains bornés sont incompatibles .
« A Charles-Joseph, prince de Ligne 1
Aux eaux de Rolle en Suisse par Genève 22 juillet 1766 2
Vous voyez bien, mon prince, par le lieu dont je date, que je ne suis pas le plus jeune et le plus vigoureux des mortels, mais, en quelque état que je sois, je ressens vos bontés comme si j’avais votre âge. Votre lettre me fait voir que vous êtes aussi philosophe qu’aimable. Né dans le sein des grandeurs, vous faites peu de cas de celles qui ne sont pas dans vous-même, et qu’on n’obtient que par la faveur d’autrui.
Il ne vous appartient pas d’être courtisan, c’est à vous qu’il faut faire sa cour , et vous pouvez jouir assurément de la vie la plus heureuse et la plus honorée, sans en avoir l’obligation à personne.
Je serais bien tenté de vous envoyer un petit écrit sur une aventure horrible, assez semblable à celle des Calas 3; mais j’ai craint que le paquet ne fût un peu trop gros . Il est de deux feuilles d’impression. Je suis persuadé qu’il toucherait votre belle âme ; vous y verriez d’ailleurs des choses très curieuses. Je passe dans ma petite sphère les derniers temps de ma vie, comme vous passez vos beaux jours, à faire le plus de bien dont je suis capable ; c’est par cela seul que je mérite un peu les bontés dont vous daignez m’honorer. Vous en ferez beaucoup dans vos belles et magnifiques terres ; vous y vivrez en souverain ; vous pourrez attirer auprès de vous des hommes dignes de vous plaire . Les plus grands rois n’ont rien au-dessus. On m’a dit que vous iriez faire un tour en Italie . Je ne sais si ce bruit est fondé, mais il me plaît infiniment. Je me flatterais que vous prendriez la route de Genève, que je pourrais avoir l’honneur de vous recevoir dans ma cabane ; vos grâces ranimeraient ma vieillesse. L’Italie commence à mériter d’être vue par un prince qui pense comme vous. On y allait, il y a vingt ans, pour voir des statues antiques, et pour y entendre de nouvelle musique ; on peut y aller aujourd’hui pour y voir des hommes qui pensent, et qui foulent aux pieds la superstition et le fanatisme.
Tes plus grands ennemis, Rome, sont à tes portes. 4
Il s’est fait en Europe une révolution étonnante dans les esprits. J’ai trop peu d’espace pour nous dire ici ce que je pense du vôtre, et pour vous faire connaître toute l’étendue de mon respect et de mon attachement.
V.»
1 Voir : https://www.persee.fr/doc/caief_0571-5865_2002_num_54_1_1450
et : https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles-Joseph_de_Ligne
et : https://www.persee.fr/doc/caief_0571-5865_2002_num_54_1_1451
2 La lettre à laquelle V* répond n'est pas connue .
3 Avis au public sur les parricides imputés aux Calas et aux Sirven : https://tolosana.univ-toulouse.fr/fr/notice/083232508
4 Racine, Mithridate, ; act. III, sc. 1, vers 820 : https://www.theatre-classique.fr/pages/pdf/RACINE_MITHRIDATE.pdf
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16/10/2021
Autant on voit ailleurs de fanatisme et de cruauté, autant il y a de vertu et de générosité dans votre âme
... M. Matthieu Ricard , et vos compagnons d'écriture :

Trois sourires qui font plaisir . A suivre ...
« A Caroline-Louise de Hesse-Darmstadt, margravine de Baden-Durlach 1
A Ferney 22 juillet 1766 2
Madame,
Votre Altesse Sérénissime ne perd aucune occasion de faire du bien . Autant on voit ailleurs de fanatisme et de cruauté, autant il y a de vertu et de générosité dans votre âme . Ma respectueuse admiration pour vos sentiments augmente mon regret de ne pouvoir vous faire ma cour . Mon âge et mes maladies m'ont privé de ce bonheur . Je n'aspire qu’au moment où je pourrais venir à vos pieds vous dire avec quel profond respect et avec quel attachement je serai jusqu'au dernier moment de ma vieillesse
madame
de Votre Altesse Sérénissime
le très humble et très obéissant serviteur
Voltaire. »
2 Edition Erich Schmidt, dans Im neuen Reich, 1879
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Jamais on n’a plus persécuté la raison et la vérité en France
... Que voulez-vous, c'est la grande foire de l'élection présidentielle , la course au trône républicain, coups bas, mensonges et affabulations vont bon train, comme d'habitude à chaque échéance nationale .
« A Caroline-Henriette-Christine de Deux-Ponts, landgravine de Hesse-Darmstadt
A Ferney par Genève 22 juillet 1766 1
Madame,
M. Grimm, qui est attaché à Votre Altesse Sérénissime, enhardit ma timidité . Il me mande que je puis sans crainte m’adresser à elle et implorer ses bontés en faveur d’une famille aussi infortunée que celle des Calas. Je sais, madame, que vous protégez la raison contre la tyrannie de la superstition. Le fanatisme déshonore encore la nation française ; c’est à l’Allemagne à lui donner des leçons et des exemples. Votre Altesse a donné déjà l’exemple de la compassion et de la générosité . Les Calas publient ses bienfaits, et tous les sages vous applaudissent. Ceux qui ont entrepris la défense des Sirven seront bien honorés s’ils peuvent, madame, compter votre nom respectable au premier rang de ceux qui encouragent leur zèle . Ce nom nous sera plus cher que les plus grands secours. Nous vous supplions de borner vos générosités. Si Votre Altesse daigne me faire adresser une marque de ses bontés et de sa pitié pour les Sirven, cette famille cessera d’être malheureuse. Plus le fanatisme fait d’efforts contre la nature humaine, plus celle-ci sera défendue par votre belle âme. Jamais on n’a plus persécuté la raison et la vérité en France ; la superstition emploie les supplices, et vous les bienfaits , c’est le combat des Grâces contre les monstres. Je me tiens heureux de pouvoir vous implorer.
Je suis avec le plus profond respect,
madame,
de Votre Altesse Sérénissime
le très-humble et très-obéissant serviteur
Voltaire,
gentilhomme ordinaire de la chambre du roi. »
1 Briefwechsel des Grossen Landgräfin Caroline von Hessen. — Von dr Ph.-A.-F. Walther. — Wien, 1877, tome II, page 419.
Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Caroline_de_Palatinat-Deux-Ponts-Birkenfeld
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15/10/2021
Je me laisse si peu abattre que je prendrai probablement le parti d’aller finir mes jours dans un pays où je pourrai faire du bien. Je ne serai pas le seul
... Qui dit mieux ?
« A Etienne-Noël Damilaville
Aux eaux de Rolle en Suisse, par Genève, 21 juillet 1766 1
Je ne me laisse point abattre, mon cher frère ; mais ma douleur, ma colère, et mon indignation, redoublent à chaque instant. Je me laisse si peu abattre que je prendrai probablement le parti d’aller finir mes jours dans un pays 2 où je pourrai faire du bien. Je ne serai pas le seul. Il se peut faire que le règne de la raison et de la vraie religion s’établisse bientôt, et qu’il fasse taire l’iniquité et la démence. Je suis persuadé que le prince qui favorisera cette entreprise vous ferait un sort agréable si vous vouliez être de la partie. Une lettre de Protagoras pourrait y servir beaucoup. Je sais que vous avez assez de courage pour me suivre ; mais vous avez probablement des liens que vous ne pourrez rompre.
J’ai commencé déjà à prendre des mesures ; si vous me secondez, je ne balancerai pas. En attendant, je vous conjure de prendre au moins, chez M. de Beaumont[2] , le précis de la consultation, avec les noms des juges. Je n’ai vu personne qui ne soit entré en fureur au récit de cette abomination.
Comme je serai encore quelque temps aux eaux de Suisse, je vous prie d’adresser vos lettres à M. Boursier, chez M. Souchay, à Genève, au Lion d’or.
Mon cher frère, que les hommes sont méchants, et que j’ai besoin de vous voir ! »
1 Copie contemporaine Darmstadt B. ; l'édition Correspondance littéraire d'après laquelle est faite la copie, ne porte pas le destinataire, comme chaque fois qu'il s'agit de Damilavile .
2 Le pays de Clèves ; voir la lettre de la mi-juillet 1766 de Frédéric II à V* : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1766/Lettre_6409
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Les cris ne sont pas inutiles, ils effrayent les animaux carnassiers, au moins pour quelque temps
... Aussi ne cessons pas de crier et éliminer ces tueurs, et leurs complices, qui décapitent des professeurs : https://fr.news.yahoo.com/assassinat-samuel-paty-o%C3%B9-...
Honneur à Samuel Paty .
« A Etienne-Noël Damilaville
19 juillet 1766
Ce petit billet ouvert que je vous envoie 1, mon cher frère, pour Protagoras, est pour vous comme pour lui . Il est écrit dans l’amertume de mon cœur. Je crains que Protagoras ne soit trop gai au milieu des horreurs qui nous environnent. Le rôle de Démocrite est fort bon quand il ne s’agit que des folies humaines ; mais les barbaries font des Héraclites. Je ne crois pas que je puisse rire de longtemps. Je vous répète toujours la même chose, je vous fais toujours la même prière. La consultation en faveur de ces malheureux jeunes gens, et le mémoire des Sirven, ce sont là mes deux pôles. On m’assure que celui qui est mort n’avait pas dix-sept ans ; cela redouble encore l’horreur.
C’est aujourd’hui le jour où j’attends une de vos lettres. Si je n’en ai point, mon affliction sera bien cruelle ; mais si j’ai la consultation des avocats, je recevrai au moins quelque consolation ; je sais que c’est après la mort le médecin , mais cela peut du moins sauver la vie à d’autres. L’assassinat juridique des Calas a rendu le parlement de Toulouse plus circonspect . Les cris ne sont pas inutiles, ils effrayent les animaux carnassiers, au moins pour quelque temps.
Adieu, mon cher frère ; je vous embrasse toujours avec autant de douleur que de tendresse. »
1 Lettre à d'Alembert du 18 juillet 1766 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2021/10/13/vous-avez-fremi-ce-n-est-plus-le-temps-de-plaisanter-les-bon-6343358.html
10:46 | Lien permanent | Commentaires (0)
C’était bien là le cas au moins de faire des représentations à ceux qui en font tous les jours de si violentes pour des sujets bien moins intéressants
... Poutou vs Darmanin ? Mélenchon vs tous ceux qui ne disent pas comme lui ? Chaque candidat LR contre tout concurrent du même parti ? Etc., etc., etc. Inintéressants, ça oui .
« A Philippe-Charles-François-Joseph de Pavée, marquis de Villevielle
18è juillet 1766
En vérité, monsieur, vous avez adouci mes maux et prolongé ma vie en me gratifiant de ces dix paquets de la poudre des chartreux 1. Je n’ai qu’une seule prise de la poudre des pilules de Prusse 2.
Oui, sans doute, il faut faire une seconde édition de cet ouvrage, et il y en aura plus d’une. L’avant-propos est violent : cet avant-propos est du roi : il n’y a qu’une seule faute, mais elle est grave, et sera relevée par les ennemis de la raison. Il y parle d’une falsification d’un passage dans l’évangile de Jean. L’on prétend que ce n’est point ce passage de l’évangile qui a été falsifié, mais bien deux endroits d’une épître 3. Le corps de l’histoire est de l’abbé de Prades ; il a besoin de beaucoup de corrections et d’additions. On m’a parlé de quelques autres ouvrages qui paraissent. Je remercie ceux qui nous éclairent ; mais je tremble pour eux, à moins qu’ils ne soient des rois de Prusse. La relation 4 que je vous envoie vous fera frémir comme moi : l’inquisition aurait été moins barbare.
La postérité ne concevra pas comment les gentilshommes d’une province ont laissé immoler d’autres gentilshommes par des bourreaux, sur un arrêt de vingt-cinq bourreaux en robe, à la pluralité de quinze voix contre dix. C’était bien là le cas au moins de faire des représentations à ceux qui en font tous les jours de si violentes pour des sujets bien moins intéressants.
Je souhaite passionnément, monsieur, d’avoir l’honneur de vous revoir. Je crois avoir retrouvé en vous un autre marquis de Vauvenargues. Vous me consolerez de sa perte, et des atrocités religieuses qu’on commet encore dans un siècle qui n’était pas digne 5 de lui. Je vous attends, monsieur, avec l’attachement le plus tendre et le plus respectueux. »
1 Le chiffre donné dans d'autres lettres n'est que de six ; voir lettre du 2 juin 1766 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2021/08/28/je-ne-puis-trop-vous-remercier-de-votre-paquet-de-pilules-to-6334308.html
et du 14 juin 1766 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2021/09/07/il-faut-qu-il-soit-devot-il-ne-m-a-point-repondu-6336129.html
2 Les pilules de Prusse sont l’Abrégé de l’Histoire ecclésiastique (voir lettre du 1er février 1766 à Frédéric II : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2021/05/18/sans-justesse-il-n-y-a-ni-esprit-ni-talent-6316581.html).
Quant à la poudre des chartreux (dont il est déjà parlé dans la lettre du 2 juin 1766), je ne sais ce que ce peut être. (Beuchot )
3 Voir lettre du 18 juillet 1766 à d'Alembert : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2021/10/13/vous-avez-fremi-ce-n-est-plus-le-temps-de-plaisanter-les-bon-6343358.html
5 Mot manquant dans la copie et ajouté par l'édition .
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