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06/05/2015

nous avons bien des affaires avec la république

... Ce qui augure mal des relations avec les Républicains qui sont eux-mêmes, et c'est un comble, en délicatesse avec les lois républicaines, nicht wahr Nicolas ?

Je cite ici Nicolas Sarkozy qui me semble vouloir entrer dans le livre des records des affaires foireuses ( collant au cul) d'un ex/président, sans négliger ses prédécesseurs qui ont eu leurs lots d'imperfections .

 

affaires de la Vè république.jpg

 

 

« A François Tronchin

7 mai [1760]

Mon cher confrère, nous avons bien des affaires avec la république, Mme Denis et moi . Nous vous remercions tendrement de vos bontés . Nous supplions M. le trésorier de la seigneurie de vouloir bien nous envoyer un homme avec une quittance 1 ; nous délivrerons cent écus courant .

Nous prions monsieur le trésorier de vouloir bien spécifier dans le reçu les causes de l'échute 2 et la mainlevée, afin que nous produisions cette quittance à Gex pour opérer la liquidation des fonds vendus par le sieur Choudens, à lui non appartenant .

Autre affaire . M. Moussard a eu la bonté de nous promettre certificat en chancellerie des droits de Genève cédés au roi en 1749 sur l'endroit nommé La Perrière, et les accessoires concernant La Perrière ; affaire assez importante pour vos serviteurs . Nous vous prions de vouloir bien témoigner à M. le syndic Moussard notre reconnaissance, et combien nous comptons sur ses bontés .

À l'égard du stellionnat 3 de Choudens, nous espérons que l'affaire sera renvoyée devant ses juges naturels . Nous aimerions assurément mieux être jugés à Genève qu'à Gex . Mais il est impossible que les descentes sur les lieux se fassent par d'autres juges que ceux de France . Nous serions répréhensibles, si nous portions la cause à un tribunal étranger .

Nous sommes pénétrés de reconnaissance pour vous, oncle et nièce .

V. »

1 Les pièces relatives à cette affaire sont conservées dans « La dispute avec Choudens, mai 1760 » qui comprend le reçu du trésorier et un mémoire de l'affaire « pour noble dame Denis ».

2 L'échute était le « droit accordé aux seigneurs de succéder dans certaines circonstances à leurs mainmortables » Littré .

 

05/05/2015

Je vous dis ce que je pense; je vous donne mon sentiment pour mien , et non pour bon

... A la suite de Montaigne et de Voltaire, je me permets de vivre et dire ce qui m'importe , et au diable ceux qui jouent les fauls-culs !

 bal des faux culs.jpg

 Mieux vaut brûler que danser avec les ânes

 

« A Bernard-Joseph SAURIN,
à Paris.
5 mai [1760]
Je vous remercie de tout mon cœur, monsieur. J'aime beaucoup Spartacus 1 : voilà mon homme ; il aime la liberté, celui-là.
Je ne trouve point du tout Crassus petit. Il me semble qu'on n'est point avili quand on dit toujours ce qu'on doit dire. J'aime fort que Noricus tourne ses armes contre Spartacus pour se venger d'un affront : cela vaut mieux que la lâcheté de Maxime, qui accuse son ami Cinna parce qu'il est amoureux d'Émilie. Cet emportement de Spartacus, et le pardon qu'il demande noblement, sont à l'anglaise ; cela est bien de mon goût. Je vous dis ce que je pense; je vous donne mon sentiment pour mien 2, et non pour bon. Peut-être le parterre de Paris aura désiré un peu plus d'intérêt.
Il y a quelques vers diuruscules 3 . Je ne hais pas qu'un Spartacus soit quelquefois un peu raboteux ; je suis las des amoureux élégants. Ma cabale veut donner malgré moi une pièce toute confite en tendresse ; il y a une espèce d'amoureux qui me paraît un grand benêt 4. Cela a un faux air de Bajazet; cela est bien médiocre. J'en ai averti; ils veulent la jouer : je mets le tout sur leur conscience.
Je vous avertis que je n'aime point du tout votre épître à M. Helvétius 5; quand je vous dis que je ne l'aime point, c'est que je ne connais personne qui l'aime. Tout est dit : non, tout n'est pas dit ; et vous auriez dû dire adroitement bien des choses.
J'ignore si on a joué la farce contre les philosophes ; on ne sait comment s'y prendre pour détruire cette pauvre raison. Me Joly de Fleury braille contre elle en parlement , Tamponet 6 en Sorbonne, Chaumeix dans les rues . On la joue à la Comédie. Lui donnera-t-on bientôt la ciguë ? Vous êtes plus fous que les Athéniens. Jansénistes, molinistes, cafés, bordels, tout se déchaîne contre les philosophes ; et les pauvres diables 7 sont désunis, dispersés, timides. En Angleterre, ils sont unis, et ils subjuguent.
Je viens de recevoir le Discours de Lefranc , et les Quand 8. Il me prend envie de les avoir faits. Ce discours est bien indécent, bien révoltant ; il met en colère. Je m'applaudis tous les jours d'être loin de ces pauvretés. Je méprise les hypocrites, et je hais les persécuteurs ; je brave les uns et les autres.

C'est ce coquin de Fréron qui a empêché Lambert de mettre dans Le Siècle de Louis XIV l'article concernant monsieur votre père 9. Il ne voulait pas que Rousseau eût tort . La preuve que Rousseau était un pervers c'est qu'il fit un pèlerinage à Notre Dame de Halle 10 . Je ne connais point de preuve plus complète . Tout cela ne contribue pas à faire aimer les hommes . Il en vient pourtant chez moi beaucoup, et quelques-uns me remercient d'avoir osé être libre, et écrire librement. Pour le peu de temps qu'on a à vivre, que gagne-t-on à être esclave? Je voudrais vous voir, vous et votre ami 11?
Faites-moi le plaisir de me mander le succès de la pièce contre les philosophes, et le nom de cet Aristophane. »

2 Inspirée de Montaigne.

3 Sic, sans doute un lapsus pour duriuscules, mot de la médecine de ce temps et que son emploi dans Le Malade imaginaire a rendu célèbre .

4 Ramire, l'un des personnages de Zulime.

5 A savoir la dédicace de Spartacus, à Helvétius.

6 Tamponet avait pris une part active à la condamnation de l'abbé de Prades ; V* qui le tourna en ridicule dans le Tombeau de la Sorbonne, devait aussi utiliser son nom comme pseudonyme dans Les Questions de Zapata (1767) et le donne encore comme celui du traducteur des Lettres d'Amabed (1769) .

7 V* était alors en train de composer Le Pauvre Diable .

8 Voyez cet écrit : Les Quand étaient sous-titrés : « Notes utiles sur un discours prononcé devant l'Académie Française le 10 mars 1760 » ; ils devaient être suivis des Si et des Pourquoi de Morellet, auxquels succédèrent, à nouveau de V* les Pour, les Que , les Qui, les Quoi, les Oui, les Non et enfin les Car et les Ah ! Ah ![http://www.monsieurdevoltaire.com/article-facetie-les-ah-ah-121590823.html ]

10 La statue de bois miraculeuse de Notre Dame de Halle en Belgique avait retenu dans les plis de sa robe les boulets qui tombaient sur la ville au cours d'un siège ; c'est là une des anecdotes que raconte longuement Julius Lipsius dans ses Diva virgo Hallensis benficia ejus miracula, 1604 . Voir : http://www.mariedenazareth.com/vivre-avec-marie/hal-notre-dame

11 Helvétius.

 

 

04/05/2015

j'ai pris mon parti sur toutes les sottises de ce monde et sur les miennes .

... Surtout sur les miennes qui ne sont pas des moindres . Pour celles de ce monde, vous n'avez qu'à multiplier par 3 milliards et demi (sans compter les femmes et les petits enfants comme dit l'ami Rabelais ) et vous ne serez pas loin du compte ; ça donne le vertige et rend assez humble pour tenter de ne les pas augmenter .

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 C'est clair !

 

« A François de Chennevières

5 mai [1760] aux Délices

Mon cher correspondant, vous faites saigner le cœur par ce que vous dites de Mgr le duc de Bourgogne  1; il paraît qu'on doit s'attendre à le perdre ; on prétend pour comble de malheur que M. le duc de Berry 2 est attaqué de la même maladie ; je ne veux pas le croire ; de telles nouvelles sont trop affligeantes pour tous les bons citoyens . Je pense qu'il y aura des batailles avant que le prétendu congrès de Breda s'assemble . Je pense que si les Anglais nous donnent la paix, ce ne sera qu'à des conditions bien dures . Je pense que l'idée d'une descente en Irlande était très bonne, mais qu'il fallait avoir cinquante vaisseaux de ligne bien commandés 3; à force de penser à tout cela, je ne pense plus .

J'ai lu Spartacus que M. Saurin m'a envoyé ; la pièce n'est pas touchante , mais il y a de belles choses ; on veut à toute force en jouer une de moi où il y a des endroits très touchants, mais qui ne vaut rien ; je ne m'en embarrasse guère, j'ai pris mon parti sur toutes les sottises de ce monde et sur les miennes .

Voulez-vous bien permettre que cette lettre passe par vous, pour aller à M. Saurin ? Spartacus ne lui pas assez valu pour qu'il lui en coûte des ports de lettres de cent lieues .

Les Délices vous embrassent vous et la sœur du pot .

V. »

2 Le futur Louis XVI qui échappera à cette mort prématurée et dont V* saluera les débuts .

 

03/05/2015

Je suis encore obligé de vous importuner

... Résistons !

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Plier, tomber, se redresser, se relever sans cesse, c'est la vie .

 

 

 

 

« A Jean-François Joly de Fleury

Aux Délices 3 mai 1760

Je suis encore obligé de vous importuner 1 pour vous dire que je ne reçois que dans le moment la copie de la lettre à vous écrite par M. de Courteilles le 26 mars 2.

Je trouve qu'il s'est glissé une petite méprise dans cette lettre . Il est dit que le seigneur de Tournay observe que le délit a été commis au lieu de La Perrière qui relève bien de sa terre, mais il n'est point haut justicier . Il faut que cette méprise vienne de mon avocat au conseil . Il est de notoriété publique que je ne suis point seigneur de La Perrière . J'espère que cette petite inadvertance de mon avocat au conseil ne me nuira pas .

Le chapitre de Saint Victor auquel la seigneurie de Genève succéda affectait la souveraineté absolue sur tous ses fiefs, et ne relevait de personne du temps que le pays de Gex appartenait aux ducs de Savoie . Aussi lorsque les auteurs 3 de M. De Brosses achetèrent la juridiction de Tournay, sous les ducs de Savoie, il ne fût fait nulle mention de La Perrière qui ne dépendait pas des ducs de Savoie . Tout droit sur la Perrière comme sur les autres fiefs de Saint Victor a été cédé au roi, en 1749, et non au seigneur de Tournay . J'ai eu l'honneur monsieur de vous en administrer les preuves que j'ai pu avoir .

Le certificat en forme de la république ne peut être délivré que sur un ordre de vous, supposé qu'il en soit besoin . Si vous m'honorez de cet ordre, je requerrai de votre part la délivrance des actes qu'on ne peut donner à un particulier . Mais en attendant, monsieur, permettez-moi d'observer que si jamais les juges de Tournay avaient fait à La Perrière quelque acte de juridiction, quelque descente, quelque procédure (ce que je ne crois pas) ces actes seraient nuls de plein droit, soit avant , soit après 1749 .

Je suis avec beaucoup de respect

monsieur,

votre très humble et très obéissant serviteur

Voltaire »

2 C'est la lettre à laquelle répondra Joly de Fleury le 4 mai 1760 .

3 Ce terme d'ancienne jurisprudence désigne les personnes de qui l'on tient ses titres ou ses droits .

 

 

02/05/2015

Le paquet que j'ai l'honneur de vous envoyer n'est point juridique

... Je ne suis pas Marine Le Pen qui fait agresser des Femen et se paye le luxe de les attaquer en justice .

Pour qui se prend-elle pour autoriser ses nervis à violer une propriété privée ?

Quelle gloire pour ses gros bras à petite quéquette et deux neurones à eux tous ? Marine , garde- les bien, ils ajoutent à ton aura de femme influente, à n'en pas douter , tout comme papy Le Pen qui appelle au secours (les cendres de) Jeanne d'Arc . Ridicule  encore une fois, quand il ne se rend pas ignoble !

Tout cela laisse augurer du bien et du bon  pour toute opposition si jamais le FN venait au pouvoir . Les journalistes du Petit Journal de Canal+ et ceux de France 5 ont déjà pu le tester à corps défendant .

 http://www.leparisien.fr/laparisienne/diaporama/en-images-1er-mai-du-fn-les-femen-delogees-brutalement-par-le-service-d-ordre-frontiste-01-05-2015-4737869.php

courageux service d ordre FN 1 05 2015 _femen1-1.jpg

ça donne vraiment envie de voter FN ! Non ?

 

 

« A Jean-François JOLY DE FLEURY,
intendant de Bourgogne 1
Aux Délices, 2 mai 1760.
Voici, monsieur, l'écrit que MM. les commissaires Moussard 2 et Saladin (délégués de la république de Genève pour signer le traité de 1749 3 avec les commissaires du roi) m'avaient remis, et qu'ils étaient prêts à signer lorsqu'on les a fait apercevoir qu'il fallait une délibération du conseil pour délivrer un acte en chancellerie concernant les traités de la république 4. Le paquet que j'ai l'honneur de vous envoyer n'est point juridique, mais il est de la main du syndic Moussard. Je ne peux avoir un certificat dans les formes que moyennant un ordre signé de vous, qui m'autorise à le demander.
En attendant, monsieur, que je puisse remplir cette formalité, cet écrit de la main de M. Moussard vous convaincra au moins qu'avant la transaction passée en 1749 entre le roi et Genève, cette ville avait la haute justice de tous les fiefs de Saint-Victor, et par conséquent de la Perrière. Le roi est haut justicier de cet endroit depuis 1749, et jamais le seigneur de Tournay n'a pu avoir cette juridiction.
J'attends vos ordres, et suis avec respect, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Voltaire. »

1 Jean-François Joly de Fleury de La Valette, intendant de Bourgogne de 1749 à 1761. Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Fran%C3%A7ois_Joly_de_Fleury

2 Pierre Moussard .

3 Traité concernant le statut du territoire de Gex .

4 Dans le cours de l'année 1758, un Suisse nommé Panchaud, qui habitait la Perrière, près de Prégny, sur la frontière de France et de Genève, donna un coup de sabre à un Savoyard qu'il avait surpris en flagrant délit de vol de noix. Panchaud fut poursuivi devant le bailliage de Gex, qui le condamna au bannissement et à 100 livres d'amende envers le seigneur haut justicier de Prégny et Tournay, c'est-à-dire envers Voltaire. Celui-ci fit d'abord peu d'attention à la sentence, mais lorsqu'on lui présenta la carte à payer, ou en d'autres termes un mémoire de 600 livres de frais occasionnés par la procédure, qui retombaient naturellement à la charge du seigneur sur la terre de qui l'attentat avait été commis, il se récria vivement, et soutint que la Perrière ne dépendait pas de Tournay, mais relevait directement du roi, à qui ce lambeau de terre avait été cédé, selon lui, par la république de Genève en 1749.

 

01/05/2015

j'endoctrinerai les ignorants qui veulent boire en avril ce qu'il faut boire en novembre

... Comme ce fichu Beaujolais nouveau et autres pinards primeurs, venant de vignes qu'on fait pisser à outrance, et qui ont des réveils printaniers acidulés .

 

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« A Ami Camp

à Lyon

Ne soyez en peine de rien, mon cher monsieur . J'aurai l'honneur de vous envoyer pour 18000 livres de lettres de change en mai et en juin et alors je pourrai demander un grouppe 1 après le paiement d'icelles .

Voulez-vous bien avoir la bonté d'envoyer ce chiffon à votre ami 2 dans votre premier paquet ?

Permettrez-vous que je vous supplie de donner vos ordres pour que j'aie

300 livres de savon

un baril de petites câpres

un baril d'olives

trois livres de belle cire à cacheter ?

J'ai reçu le vin, j'endoctrinerai les ignorants qui veulent boire en avril ce qu'il faut boire en novembre . Je vois que vous en savez plus qu'eux . Je vous remercie de vos bontés et de vos instructions de tout mon cœur .

Votre très humble et très obéissant serviteur .

V.

Aux Délices 2 mai [1760] »

1 Un group est un « sac d'argent cacheté qu'on envoie d'une ville à une autre » Littré .

2 Jean-Robert Tronchin, à Paris .

 

30/04/2015

Il court une maladie épidémique dont je suis attaqué, j'écris

... Sans trop de peine sous la dictée de Voltaire , avouons-le .

Par ailleurs je suis un détestable ami de la trempe d'un Thieriot qui n'usait pas trop sa plume, -j'entends celle qui sert à écrire,- pour correspondre . Mea culpa !

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« A Cosimo Alessandro Collini,

secrétaire

Intime de Son Altesse Sérénissime Électorale Mgr l’Électeur

palatin

à Manheim

[avril/mai 1760 ?]

Il court une maladie épidémique dont je suis attaqué, j'écris avec beaucoup de peine . Si vous voyez M. de Caux 1, je vous prie de lui dire mon état , et de m'excuser auprès de lui si je n'ai pu encore lui répondre .

Je vous embrasse de tout mon cœur .

V. »