28/05/2015
Mais est-il bien honnête de traiter de fripons publiquement les plus honnêtes gens du monde ?
... Déclare, la main sur le coeur (côté portefeuille) Eric Woerth qui vient de se sortir du mauvais pas de l'affaire Bettencourt ; du coup le petit Nicolas , -Républicain, humoriste au petit pied faute d'être auteur d'un programme politique constructif,- peut lui aussi se sentir un peu moins accusable . Je crois que le terme de fripon est bien doux pour lui , je le traite plus volontiers de chacal .

« A François de Chennevières
Mon cher correspondant, vous sauvez beaucoup de pièces de vingt-quatre sous à notre ami Thieriot . Avez-vous lu la comédie Les Philosophes ? On emploie bien des machines contre eux, il faut qu'ils vaillent quelque chose . Mais est-il bien honnête de traiter de fripons publiquement les plus honnêtes gens du monde ? La comédie autrefois riait du ridicule, aujourd'hui elle dit de grossières injures . Dans quel siècle vivons-nous ?
Voici encore si vous le permettez une lettre pour un philosophe à qui on ne dira point d'injures , car les faiseurs de comédie ne l’entendront pas .
Mille amitiés de la part de toutes les Délices .
V.
29 mai [1760] »
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27/05/2015
Il est impossible que la nécessité où ils m'ont mis de mettre leur erreur au jour n'ait jeté un peu d'aigreur dans les esprits
... Auraient pu dire, elles-aussi, deux femmes réellement admirables, Mesdames Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion, face aux politiques dans leur lutte contre la misère .
Elles ont été le poil à gratter sous la chemise de nos gouvernants, les forçant à ouvrir les yeux en permanence sur l'injustice et y remédier, trop faiblement malheureusement ; le chemin est long encore avant que les Restos du Coeur ne soient plus nécessaires, non plus qu'ATD Quart Monde et tant d'ONG caritatives .
Mesdames Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion, soyez sures que Voltaire vous attend et vous embrasse tendrement, vous êtes selon son coeur .

« A Jean-Philippe FYOT DE LA MARCHE 1
Au château de Tournay, par Genève,
pays de Gex, 28 mai 1760.
Monsieur, ayant acquis pour la vie la terre de Tournay, de M. le président de Brosses, située dans le ressort du parlement au bailliage de Gex, et étant en marché avec lui pour l'acquisition à perpétuité; ayant de plus d'autres terres dans le pays, je compte parmi mes devoirs celui de vous présenter mon respect, et de demander votre protection. Les bontés dont monsieur votre père m'a honoré toute ma vie semblent me donner quelque droit aux vôtres.
Les juges du bailliage de Gex firent, l'année passée au mois d'août, une procédure bien vive contre un Suisse qui demeurait auprès de ma terre de Tournay, et qui défendit ses noix, que lui volait un Savoyard. Ils firent pour six cent livres de frais, comptant que je les payerais.
L'endroit où fut commis le délit s'appelle la Perrière : c'est un fief de Genève, dont la juridiction a été cédée au roi par l'article 2 du traité de 1749, traité que les juges de Gex et le procureur du roi ne devaient pas ignorer.
J'ai l'honneur, monsieur, de vous envoyer la copie de l'acte authentique, tirée des registres de Genève, certifiée par le résident du roi. Vous verrez, monsieur, par cet acte, que la république de Genève avait la juridiction suprême sur cet endroit nommé la Perrière, juridiction dont le roi est en possession depuis 1749.
Ayant ainsi démontré avec un peu de peine et d'embarras la méprise où le bailliage de Gex était tombé, oserai-je prendre la liberté, monsieur, de recourir à vos bontés et vous supplier de daigner me recommander à messieurs du bailliage dans tout ce qui sera d'une exacte justice ? Il est impossible que la nécessité où ils m'ont mis de mettre leur erreur au jour n'ait jeté un peu d'aigreur dans les esprits, quoique je me sois conduit avec tous les égards possibles. Un mot de vous préviendrait tous les petits mécontentements, et maintiendrait la concorde entre messieurs du bailliage et les juges de mes terres. Le repos est le premier bien, et je le devrais à vos bontés.
Je présume trop peut-être, et je devrais me borner à vous prier d'agréer le profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, monsieur, votre, etc.
VOLTAIRE,
gentilhomme ordinaire de la chambre du roi ».
1 Jean-Philippe Fyot de La Marche, premier président du parlement de Bourgogne, fils et successeur du condisciple de Voltaire. Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Philippe_Fyot_de_La_Marche
et : http://fr.wikipedia.org/wiki/Claude-Philippe_Fyot_de_La_Marche
Que font ceux qui sont censés travailler au bien public sous les ors de la République ? Ils ne font qu'exprimer leur aigreur . Par exemple, pour rester actuel , un énième projet de loi répressive, obligeant tout usager des transports en commun à présenter une pièce d'identité en cas de contravention pour accroitre les chances de paiement ! Niaiseries ! Je ne suis pas devin, mais je peux vous assurer que ces ministres, députés et sénateurs, et fonctionnaires zélés ne pourront jamais avoir quelque reconnaissance que ce soit, ils pensent petit, ils sont minuscules, dressés sur leurs e(r)go(t)s, volailles engraissées à nos dépens .
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26/05/2015
Attendez patiemment que la destinée de l'Europe soit tirée au clair.
...
« A Marie-Elisabeth de Dompierre de Fontaine
A Hornoy.
Aux Délices, 28 mai [1760].
Je suis toujours affligé, ma chère nièce, que la Picardie 1 soit si loin de mon lac ; mais je vous vois d'ici bâtissant, arrangeant, meublant, et je me console en pensant que vous avez du plaisir.
N'allez pas vous aviser de regretter Paris ; quand vous auriez vu la prétendue comédie des Philosophes, vous n'en seriez pas mieux ; et quand vous auriez été témoin de toutes les sottises qui se font dans ce pays-là, vous n'y gagneriez rien. Attendez patiemment que la destinée de l'Europe soit tirée au clair.
Luc a cent mille hommes sous les armes : c'est presque autant de soldats qu'il a fait de vers. Les Russes en ont autant; la reine de Hongrie, davantage. Les Hanovriens et nous, nous en pouvons compter plus de quatre-vingt mille de chaque côté ; ce qui, joint aux Suédois, fait au delà de cinq cent mille héros à cinq sous par jour, qui vont travailler à nous donner la paix.
Luc, en attendant, fait imprimer ses œuvres. Il a été mécontent de l'édition qu'on avait donnée. On lui a fait apercevoir qu'il pouvait perdre quelques partisans, en laissant subsister une tirade contre le christianisme, qui commence par : Allez, lâches chrétiens, etc. il a fait brûler cette édition par le bourreau, à Berlin, et en a donné une autre où il a mis pauvres chrétiens 2; ce qui a tout réparé, comme vous le voyez bien. C'est un rare mortel ; il m'a confié qu'il ferait durer la guerre encore quatre ans 3; ainsi prenez vos mesures là-dessus.
Le tonnerre a fait des siennes, en attendant le canon ; il est tombé sur le chevalier de La Luzerne, qui était à la tête de sa troupe. Il a brûlé ses habits et sa culotte, sans lui faire beaucoup de mal ; le chevalier est arrivé à cul nu. Si le roi de Prusse avait été là, il aurait cru que c'était une galanterie que le tonnerre lui faisait 4.
Si vous me demandez de mes nouvelles, je vous dirai que j'ai eu trois ou quatre petits procès : l'un avec un prêtre, l'autre avec les fermiers généraux, un troisième contre le parlement de Bourgogne, un quatrième contre la république de Genève. Je les ai tous gagnés, tous finis gaiement, et sans que personne fût de mauvaise humeur.
Nos jardins sont charmants. Nous allons jouer la comédie dès que L'Écluse 5 aura fait des dents à notre première actrice. Le duc de Villars prétend qu'il jouera les rôles de père. Marmontel arrive avec un Gaulard 6, receveur général : voilà l'état des choses ; mais aussi rendez-moi compte des plaisirs d'Hornoy.
Dieu vous donne un jour, monsieur le chevalier 7, les mêmes sujets d'angoisse qu'à monsieur votre père! Il me fait l'honneur de m'écrire ; il consulte Tronchin ; savez-vous bien sur quoi ? sur ce que, à l'âge de quatre-vingt-sept ans, il a le malheur de ne s'endormir qu'à quatre heures du matin, et de dormir jusqu'à dix ; d'ailleurs il est assez content de lui.
Monsieur le jurisconsulte 8, que faites-vous ? êtes-vous toujours gras comme un moine ? Que dites-vous de Daumart 9, qui ne peut plus marcher depuis quatre mois, même avec des béquilles ? Je soupçonne notre ami Tronchin de s'être fourvoyé en lui appliquant, l'année passée, un cautère pour le fortifier. J'ai peur que ce pauvre garçon ne boite toute sa vie.
Je vous embrasse tous ; je vous aime, je vous regrette. »
1 Hornoy est à huit lieues d'Amiens
2 A Lâches chrétiens Frédéric avait substitué Lâches humains. Des éditions portent : Mortels craintifs. Voir lettre du 2 février 1760 à d'Argental : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2015/02/06/corrigeons-limons-rabotons-polissons-vilain-travail-et-travaille-vilain.html
3 Dans sa lettre du 1er mai 1760, le roi de Prusse dit trois campagnes : « … je ne poserai les armes qu'après avoir encore fait trois campagnes. » ; voir lettre page 374 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6514333b/f388.texte...
4 Moquerie du goût de Frédéric II pour les hommes .
5 Voir lettre du 5 avril 1760 à Hermenches : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2015/04/04/il-y-a-de-grands-hommes-qui-se-consolent-de-la-perte-de-leur-5596743.html
6 Gaulard, fils d'un ancien ami de Voltaire, passe pour avoir été receveur général des fermes à Bordeaux, d'où il revenait alors, avec Marmontel, en retournant à Paris. Cependant sa trace n'a pu être retrouvée actuellement dans les Archives départementales de la Gironde, ni dans les Archives municipales de Bordeaux .
7 Le chevalier de Florian, père du fabuliste.
8 L'abbé Mignot .
9 Voir lettre du 5 mai 1759 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/06/18/je-ne-sais-pas-trop-par-quelle-route-il-pourra-se-tirer-des-5393738.html
06:51 | Lien permanent | Commentaires (0)
25/05/2015
Voici, monsieur, un jeune homme de mérite
... Et c'est mon fils ! c'est tout dire .
La réponse attendue est bien sûr : "Je l'engage" .
C'est malheureusement de la fiction, et la chasse au travail est pire qu'une chasse à courre, le gibier-travail est poursuivi par des meutes de chômeurs et ne se trouve plus qu'en réserves , où les maîtres piqueux de Pôle Emploi ne semblent pas très actifs . Taïauauauaut au taïaut au taïaut !

« A Saverio Bettinelli 1
Jésuite
à Vérone
Aux Délices 28 mai 1760
Voici, monsieur, un jeune homme de mérite et qui pour en avoir davantage, veut avoir l'honneur de vous voir . Je pense comme lui, et si j’étais en âge de faire un tel voyage, je vous assure qu'il ne le ferait pas seul . Je saisis avec le plus vif empressement cette occasion de vous renouveler le respectueux attachement avec lequel je serai toute ma vie
monsieur
votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire
gentilhomme ordinaire
de la chambre du roi »
1 Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Saverio_Bettinelli
et : http://it.wikipedia.org/wiki/Saverio_Bettinelli
et : GRANIERO, Augusto. "L’incontro fra l’abate Bettinelli e Voltaire". Francia (Napoli) 18 (1976), 60-66.
15:07 | Lien permanent | Commentaires (0)
j'en lis deux pages, je m'ennuie
... Comme je l'ai déjà dit à propos des 50 nuances de Grey, qui rejoignent l'ennuyeux discours de la Nouvelle Héloïse de ce balourd de Jean-Jacques Rousseau . Mon avis hostile à JJR n'est sans doute pas le seul en ce bas monde .
Qu'il me soit permis de dédier à Mam'zelle Wagnière ces quelques lignes suivantes, tirées de l'éditorial de Franz-Olivier Giesbert du Point, (titré "Le cucul gnangnan a encore frappé" issu du numéro 2226 "Les nouveaux puritains"):
"Que devient notre "grand roman national"? Notre légende des siècles ? le message de la France au monde ? Victor Hugo et Jules Michelet, réveillez-vous, ils sont devenus fous ! C'est Voltaire qu'on assassine et, dans la foulée, Rousseau aussi -mais c'est moins grave ."

Allez, JJR, circule, t'oublier ne prête pas à conséquence ! et merci pour ce sommeil !
« A Nicolas - Claude THIERIOT.
A Tournay, et non à Tornet 1,
26 mai [1760]
Je n'ai pas un moment; la poste part. Je reçois la bêtise 2 qu'on a jouée à Paris, j'en lis deux pages, je m'ennuie, et je vous écris.
Vous m'envoyez, mon ancien ami, d'autres bêtises qui ne sont pas de Rességuier 3, mais de Lefranc et de Fréron; et moi, je vous envoie des Que qui m'ont paru plaisants. J'avais déjà retiré ma guenille tragique quand Clairon est tombée malade ; j'ai déclaré que je ne voulais rien donner à un théâtre où l'on a joué la raison et mes amis.
Il m'est d'ailleurs très-égal qu'on joue des pièces de moi, ou qu'on n'en joue pas ; je n'attends nulle gloire de ces performances 4. L'intérêt n'y a point de part, puisque je donne le profit aux comédiens; MM. d'Argental font ce qu'ils veulent pour s'amuser.
D'ailleurs, je me fous de tout bon ou mauvais succès, et de toutes les sottises de Paris, et des réquisitoires, et de maître Abraham Chaumeix, et des Fréron, et des Lefranc, et de tutti quanti. Il faut ne songer qu'à vivre gaiement; c'est à quoi j'ai visé et réussi.
Excepto quod non simul essem, cætera lætus 5.
V.
26 mai
Envoyez-moi donc les quand, les si, les pourquoi, qu'on dit imprimés en couleur de rose 6; les oui, et les non. »
1 Il semble que V* fasse allusion aux Pourquoi, réponse aux Quand de M. le comte de Tornet . Dans un pamphlet de Le Franc de Pompignan, les Réponses aux si, aux quand, aux pourquoi, Voltaire était appelé comte de Tornet. Voilà sans doute pourquoi il emploie ici ce mot; voir : http://theses.univ-lyon2.fr/documents/getpart.php?id=lyon2.1998.oferret&part=4868
2 La comédie Les Philosophes, de Palissot .
3 Clément Ignace, chevalier de Rességuier, auteur d'épigrammes atroces contre Mme de Pompadour ; voir : http://www.worldcat.org/identities/lccn-nr2005030654/
4 Mot anglais, souligné dans le manuscrit, qui signifie représentations.
5 Horace., lib. I, Épîtres. x, v. 50. : à cela près que nous ne sommes pas ensemble, pour le reste je suis heureux .
6 La sixième édition des Quand, augmentée des Si et des Pourquoi, est en effet imprimée en rouge. Les Si ne sont pas de Voltaire, mais de Morellet. (Beuchot.)
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24/05/2015
Je suis plus capable de faire des sottises que des miracles
...Comme dit Rafael Nadal avant de tenter un dixième succès à Roland Garros, tout comme le pense (s'il pense encore ) notre M. Kinder Bueno-Tsonga national .
Pour le miracle, se reporter au dernier en puissance, celui d'une victoire de la France au GP de l'Eurovision avec une chanson cucul-gnangnan, bien chantée par Lisa Angell, mais parfaitement indigeste et franco-française à outrance . Nous ne sommes plus au Siècle des Lumières, mais à celui du clinquant , du rap qui qui me les brise menu et du bling-bling qui m'insupporte, et le Français est désormais bien une langue étrangère pour le reste de l'Europe .
Pour les sottises, la liste est trop longue pour être citée ; voir : journaux, et tous médias, vous n'aurez pas assez de toute une vie pour en espérer voir la disparition .

Ou une petite fin sans plaisir ?
« A François de CHENNEVIÈRES
Aux Délices, 26 mai 1760 1.
Ressusciter est sans doute un grand cas ;
C'est un plaisir que je viens de connaître ;
Mais le plus grand, ce serait d'apparaître
A ses amis; je ne m'en flatte pas.
Pour ce prodige, il est quelques obstacles.
C'en serait trop pour les gens d'ici-bas
Que deux plaisirs, et surtout deux miracles.
J'ai grande envie de ressusciter entièrement, c'est-à-dire de voir M. et Mme de C[hennevières], et votre ami, qui me fait d'aussi jolis compliments ; mais un maçon, un laboureur, un jardinier, un vigneron, tel que j'ai l'honneur de l'être, ne peut quitter ses champs sans faire une sottise. Je suis plus capable de faire des sottises que des miracles.
Bonjour, homme aimable. »
1 Chennevières a écrit le 12 mai 1760 ; cette lettre semble suivre de près celle du 23 avril 1760 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2015/04/21/je-ne-puis-souffrir-les-ricanements-des-etrangers-quand-ils-5607481.html
voir aussi : http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/lot-ventes-aux-encheres.jsp?id=2344784
16:06 | Lien permanent | Commentaires (0)
Mettez-moi un peu au fait des sottises courantes : je tâcherai de les peindre ; cela m'amuse quand je digère mal
... Je digère fort bien, physiologiquement parlant, mais j'ai du mal à faire passer quelques faits de l'état brut en énergie utile comme cela se passe normalement avec mon petit déjeuner ou le moindre sandwich, en voici quelques uns que je vous recommande : http://www.lepoint.fr/medias/palmyre-lavrilleux-diam-s-zahia-le-debriefing-de-la-semaine-par-lewino-23-05-2015-1930576_260.php#xtor=EPR-6-[Newsletter-Mi-journee]-20150523
en vous laissant faire le tri, car honnêtement tout n'est pas mauvais , ni uniquement critiquable .

Parfois ! car il est des certitudes qui font mal
« A Jean Le Rond d'ALEMBERT.
A Tournay, par Genève 26 mai [1760].
Mon cher et grand philosophe, j'ai suivi vos conseils 1 : j'ai retiré ma pièce; je n'ai pas voulu que les comédiens jouassent quelque chose de moi immédiatement après avoir déshonoré la nation. Comme je ne donnais mon très-faible drame 2 ni par vaine gloire, ni par intérêt, et que j'abandonne tout aux comédiens, je ne perds rien à mon sacrifice.
Je n'ai point vu la pièce contre les philosophes ; j'en ignore jusqu'au titre. Il pleut des monosyllabes. On m'a envoyé les Que, on m'a promis les Oui, les Non, les Pour, les Qui, les Quoi 3, les Si 4.
Il est très-bon de rire aux dépens des faquins qui font les importants, et des absurdes faiseurs de réquisitoires ; je crois que chacun aura son tour.
On parle d'une comédie de Hume, à la tête de laquelle on vous appelle par votre nom 5.
Pourriez-vous me rendre un petit service ? J'ai fait jadis des Éléments de Newton ; ils se trouvent dans l'édition des Cramer ; je les ai fait examiner avec soin. On trouve que je ne me suis pas mépris ; pourrais-je les faire approuver par l'Académie des sciences ? Comment faut-il s'y prendre ? Mettez-moi un peu [au]6 fait des sottises courantes : je tâcherai de les peindre ; cela m'amuse quand je digère mal. Vous devriez venir nous voir ; les Cramer imprimeraient tout ce que vous voudriez, et, à l'égard des plats sociniens honteux, vous les recevriez dans votre antichambre, comme de raison.
Je vous embrasse de tout mon cœur; ainsi fait Mme Denis.
V.
J'apprends que demoiselle Clairon est malade : cela concourt à la soustraction de ma pauvreté tragique ; mais je ne veux pas que cela m'en ôte l'honneur. »
1 Le 6 mai 1760 d’Alembert écrivait à V* : « Vous êtes indigné ….. » page 379 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6514333b/f393.image.r=6%20mai
2 Médime; voyez une note sur la lettre du 17 mars 1760 à d'Argental : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2015/03/16/pour-le-roi-je-ne-lui-ferai-point-de-grace-il-aura-affaire-a-5583802.html
4 Les Si sont de Morellet.
5 Dans la préface de l'Écossaise, d'Alembert et Diderot sont appelés, sans être nommés, hommes de génie ; voir : http://www.monsieurdevoltaire.com/2015/03/theatre-l-ecossaise-partie-3.html
6 Mot oublié par V*.
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