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16/04/2009

Tranquilles spectateurs, intrépides esprits

Resté en rade face à un "serveur introuvable" pendant des heures (merci SFR + 9, ça c'est du service top niveau ! non ? ), je me contente, ce jour, de vous faire partager ce poême voltairien où l'auteur dit son embarras et son espoir malgré tout devant un désastre qui fit tant de victimes.Personnellement,  je ne pleure pas pour les morts, je suis affligé pour les survivants qui doivent subir les horreurs de la dévastation et les con...ies de Berlusconi.

VOLTAIRE - Poème sur le désastre de Lisbonne (1756)


O malheureux mortels ! ô terre déplorable !
O de tous les mortels assemblage effroyable !
D'inutiles douleurs éternel entretien !
Philosophes trompés qui criez : " Tout est bien " ;
Accourez, contemplez ces ruines affreuses,
Ces débris, ces lambeaux, ces cendres malheureuses.
Ces femmes, ces enfants l'un sur l'autre entassés,
Sous ces marbres rompus ces membres dispersés :
Cent mille infortunés que la terre dévore,
Qui, sanglants, déchirés, et palpitants encore,
Enterrés sous leurs toits, terminent sans secours
Dans l'horreur des tourments leurs lamentables jours !
Aux cris demi-formés de leurs voix expirantes,
Au spectacle effrayant de leurs cendres fumantes,
Direz-vous : " C'est l'effet des éternelles lois
Qui d'un Dieu libre et bon nécessitent le choix " ?
Direz-vous, en voyant cet amas de victimes :
" Dieu s'est vengé, leur mort est le prix de leurs crimes " ?
Quel crime, quelle faute ont commis ces enfants
Sur le sein maternel écrasés et sanglants ?
Lisbonne, qui n'est plus, eut-elle plus de vices
Que Londres, que Paris, plongés dans les délices ?
Lisbonne est abîmée, et l'on danse à Paris.
Tranquilles spectateurs, intrépides esprits,
De vos frères mourants contemplant les naufrages,
Vous recherchez en paix les causes des orages :
Mais du sort ennemi quand vous sentez les coups,
Devenus plus humains, vous pleurez comme nous.
Croyez-moi, quand la terre entrouvre ses abîmes,
Ma plainte est innocente et mes cris légitimes. [...]
Un jour tout sera bien, voilà notre espérance ;
Tout est bien aujourd'hui, voilà l'illusion.
Les sages me trompaient, et Dieu seul a raison.
Humble dans mes soupirs, soumis dans ma souffrance,
Je ne m'élève point contre la Providence.
Sur un ton moins lugubre on me vit autrefois
Chanter des doux plaisirs les séduisantes lois :
D'autres temps, d'autres moeurs : instruit par la vieillesse,
Des humains égarés partageant la faiblesse,
Dans une épaisse nuit cherchant à m'éclairer,
Je ne sais que souffrir, et non pas murmurer.
Un calife autrefois, à son heure dernière,
Au Dieu qu'il adorait dit pour toute prière :
" Je t'apporte, ô seul roi, seul être illimité,
Tout ce que tu n'as pas dans ton immensité,
Les défauts, les regrets, les maux et l'ignorance. "
Mais il pouvait encore ajouter l'espérance.

L'espérance ! yes...

Alors écoutez ça, accros de la bécane , c'est du vécu : http://www.youtube.com/watch?v=QYWvyRCNqMI&feature=re...

14/04/2009

je mépriserai toujours les fanatiques, en quelque genre que ce puisse être

"je mépriserai toujours les fanatiques, en quelque genre que ce puisse être" : les mépriser, parfois ! les détester, toujours ! c'est mon option ferme et définitive (je ne demanderai pas de joker , mon cher Jean-Pierre ! ).

Quelques exemples qui me sont tombés sous le museau du mulot !!

 

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Amis du sport, je vous conseille de garder le sourire comme le spectateur à lunettes, vous pleurerez plus tard !! Je me demande comment les sportifs peuvent recevoir les ovations d'une foule de beaufs comme le canari obèse ci-dessus, et continuer à s'y exposer ? Pour le fric, may be ?!

 

 

 

 

Ce qui me frappe dans la lettre suivante, c'est que Volti est devenu un EUROPEEN et parle de la France et des Français comme d'un peuple et une nation dont il n'est que spectateur désabusé . Que dirait-il aujourd'hui ?

 

 

 

« A Jean Le Rond d’Alembert

 

 

                            Mon cher philosophe, auriez-vous jamais lu un chant de la Pucelle, dans lequel tout le monde est devenu fou [chant XVII], et où chacun donne et reçoit sur les oreilles à tort et à travers ? Voilà précisément le cas de vos chers compatriotes les Français. Parlements, évêques, gens de lettres, financiers, antifinanciers [allusion au livre l’Antifinancier], tous donnent et reçoivent des soufflets à tour de bras ; et vous avez bien raison de rire ; mais vous ne rirez pas longtemps, et vous verrez les fanatiques maîtres du champ de bataille. L’aventure de ce cuistre de Crevier [qualifié d’ « âne » par Palissot, Crevier, vieux janséniste avait obtenu l’exil de Palissot et celui de l’archevêque de Paris] fait déjà voir qu’il n’est pas permis de dire d’un janséniste qu’il est un plat auteur . Vous serez les esclaves de l’université avant qu’il soit deux ans. Les Jésuites étaient nécessaires, ils faisaient diversion ; on se moquait d’eux, et on va être écrasé par des pédants qui n’inspireront que l’indignation. Ce que vous écrit un certain goguenard couronné [Frederic II a écrit à d’Alembert qu’il n’est en guerre ni avec « les cagots, ni avec les jésuites » et laisse aux Français le soin de « ferrailler envers et contre tout » ] doit bien faire rougir votre nation belliqueuse.

 

                            Répandez ce bon mot tant que vous pourrez, car il faut que vos gens sachent le cas qu’on fait d’eux en Europe. Pour moi, je gémis sérieusement sur la persécution que les philosophes vont infailliblement essuyer . N’avez-vous pas un souverain mépris pour votre France, quand vous lisez l’histoire grecque et romaine ? trouvez-vous un seul homme persécuté à Rome depuis Romulus jusqu’à Constantin, pour sa manière de penser ? le sénat aurait-il jamais arrêté l’Encyclopédie ? y-a-t-il jamais eu un fanatisme aussi stupide et aussi désespérant que celui de vos pédants ?

 

                            Vraiment oui, j’ai donné une chandelle au diable [expression de d’Alembert quand V* a envoyé son conte Les Trois Manières à Mme du Deffand]; mais vous auriez pu vous apercevoir que cette chandelle devait lui brûler les griffes, et que je lui faisais sentir tout doucement qu’il ne fallait pas manquer à ses anciens amis [lettre du 7 mars à Mme du Deffand].

 

                            A l’égard des hauts lieux dont vous me parlez, sachez que ceux qui habitent ces hauts lieux sont philosophes, sont tolérants, et détestent les intolérants avec les quels ils sont obligés de vivre [allusion aux Choiseul].

 

                            Je ne sais si le Corneille entrera en France, et si on permettra au roi d’avoir ses exemplaires [« … entre les mains d’un cuistre nommé Marin, qui doit décider si le public pourra le lire. » : d’Alembert]. Ce dont je suis bien sûr, c’est que tous ceux qui s’ennuient à Sertorius et à Sophonisbe, etc., trouveront fort mauvais que je m’y ennuie aussi ; mais je suis en possession depuis longtemps de dire hardiment ce que je pense, et je mépriserai toujours les fanatiques, en quelque genre que ce puisse être. Ce qui me déplait dans presque tous les livres de votre nation, c’est que personne n’ose mettre son âme sur le papier, c’est que les auteurs feignent de respecter ce qu’ils méprisent ; vos historiens surtout sont de plates gens, il n’y en a pas un qui ait osé dire la vérité. Adieu, mon cher philosophe ; si vous pouvez écrasez l’Infâme, écrasez-la et aimez-moi, car je vous aime de tout mon cœur.

 

                            Voltaire

                            14 avril 1764. »

11/04/2009

il est bon d’être ferme, mais il ne faut pas être impitoyable

La beauté a de nombreuses formes et ce matin je ne regrette pas mon surf électronique ; je pense que vous partagerez mon émotion (si, si, même moi, je peux être ému ) : cadeau, no comment : http://www.linternaute.com/savoir/magazine/photo/les-plus...

 

Vous pourrez explorer le reste du diaporama, ça vaut le coup d’œil ! Avec une petite prime cadeau-bonus, non pas envoyé par une cloche de Pâques en rase-motte, mais par un blogger bien intentionné : http://www.linternaute.com/savoir/magazine/photo/

 

Bonne balade (ou ballade, je ne sais plus laquelle se fait sur deux pieds et l’autre sur mille pattes – ou pâtes comme dit mon pâtissier-). Ah ! si ça me revient, petit moyen mnémotechnique (ta mère !! - Oh horreur, je ne résiste pas à la tentation ! Vade retro jeu de mots à la c.. ! Priez pour moi pauvre blogger !! ) :donc : ballade = chanson à danser = pour danser il faut être léger = pour être plus léger, il faut deux ailes = ll ; oui, ça vient de sortir de ma cervelle en ébullition, brut de décoffrage, je livre à domicile …

 

 

 

Pour en revenir à Volti, il prône ce jour les vertus de l’union . Je crois entendre encore le slogan éructé lors d’une campagne publicitaire-présidentielle ou présidentielle-publicitaire :  « tous ensemble, tous ensemble, la, la, la,…. », et que j’ai compris comme : « tous pour moi , tous pour moi, bande de noix !!».

 

 

 

«  A Jean Le Rond d’Alembert

 

 

                            Mon cher philosophe, il est bon d’être ferme, mais il ne faut pas être impitoyable. Ne résistez plus au cri du public, et au mémoire des libraires qui sont à vos genoux. [Mémoire des libraires associés à l’Encyclopédie, sur les motifs de la suspension actuelle de cet ouvrage, Paris 1758]. Faites vous tirer à quatre, et puis donnez grâce [V* alors s’engagerait à corriger les articles redemandés et les ferait publier si Diderot l’en priait]. Mais quand vous aurez repris les rênes empêchez les déclamations. Quelle pitié ! quels plats articles à côté des vôtres !

 

                            Mandez-moi, je vous prie, quel parti vous aurez pris. J’ai à vous remercier de vos deux volumes qu’un libraire de Lausanne m’a donné de votre part [Mélanges de littérature, d’histoire et de philosophie de d’Alembert]. Ce sera l’ornement de mon petit muséum lausannois.

 

                            On dit qu’on vient de faire encore un libelle atroce contre Diderot. C’est une nouvelle raison pour que vous ne l’abandonniez pas pourvu qu’il soit entièrement uni à vous .Faudrait-il d’ailleurs que Duclos vous remplaçât ? et comment vous remplacerait-il ? Enfin mon avis est toujours que les encyclopédistes et consorts soient inséparables, qu’ils quittent tous ensemble, et qu’ils reprennent tous ensemble, et qu’ils terrassent leurs indignes ennemis.

 

                            Voltaire

                            Aux Délices 10 avril 1758. »

10/04/2009

Je me jette à vos gros et grands pieds

Aujourd'hui, vendredi dit saint, je me permets de vous présenter quelques figures remarquables du clergé catholique au XVIIIème siècle, allant des modestes capucins au pape, en passant par un abbé aux fonctions peu courantes !... Dieu reconnaitra les siens ...

  

 

 

 

 

 

Volti, représentant de luxe en bas de soie et montres, n'imaginait pas qu'un jour les frontaliers proches de Genève seraient le réservoir de main-d'oeuvre pour ce commerce de Genève qu'il ambitionnait de ruiner au profit de Ferney. Sic transit gloria mundi ...

montres ferney.jpg

 

«A Louise-Honorine Crozat du Châtel, duchesse de Choiseul

 

 

                            Madame,

 

                            En attendant que vous veniez faire votre entrée dans votre nouvelle ville qu’il est si difficile de fonder [Versoix] ; avant que je vous harangue à la tête des capucins [de Gex ; il en est le père temporel]; capucins.jpgavant que je vous présente le vin de ville, le plus détestable vin qu’on ait jamais bu ; avant que je vous affuble du cordon de saint François que je vous dois [V* a fait accorder 600 livres aux capucins de Gex]; avant que je mette mon vieux cœur à vos pieds, pendant que les tracasseries sifflent à vos oreilles ; pendant que des polissons sont sous les armes dans le trou de Genève [violences du 16 février et 7 mars 1770]; pendant que tout le monde fait son jubilé chez les catholiques apostoliques romains           [avènement du pape Clément XIV];Clement-XIV.jpg pendant que votre ami Moustapha tremble d’être détrôné par une femme [Catherine II], je chante en secret ma bienfaitrice dans le fond de mes déserts et comme on ne peut vous écrire que pour vous louer et vous remercier, je vous remercie de ce que vous avez bien voulu faire pour mon gendre Dupuits Corneille [recommandation à son officier supérieur, Bourcet].

 

                            J’ai eu l’insolence d’envoyer à vos pieds et à vos jambes les premiers bas de soie qu’on ait jamais faits dans l’horrible abîme de glaces et de neiges où j’ai eu la sottise de me confiner . J’ai aujourd’hui une insolence beaucoup plus forte. A peine Mgr Atticus Corsicus Pollion [Choiseul, nommé selon la coutume romaine de trois noms] a dit en passant dans son cabinet : « Je consens qu’on reçoive des émigrants », que sur le champ j’ai fait venir des émigrants dans mes chaumières [les Natifs de Genève, pourchassés par les « Bourgeois qui se disent nobles et seigneurs » et qui « assassinèrent quelques Genevois qui ne sont que Natifs. Les confrères des assassinés ne pouvant se réfugier dans la ville [Versoix]…, choisirent mon village de Ferney pour lieu de leur transmigration ; ils se sont répandus aussi dans les villages d’alentour… Ce sont tous d’excellents horlogers… Notre dessein est de ruiner maintenant le commerce de Genève et d’établir celui de Ferney. »], à peine y ont-ils travaillé qu’ils ont fait assez de montres pour en envoyer une petite caisse en Espagne. C’est le commencement d’un très grand commerce (ce qui ne devrait pas déplaire à M. l’abbé Terray) [contrôleur général des finances].abbe terray.jpg J’envoie la caisse à monseigneur le duc par ce courrier afin qu’il voie combien il est aisé de fonder une colonie quand on le veut bien. Nous aurons dans trois mois de quoi remplir sept ou huit autres caisses, nous aurons des montres dignes d’être à votre ceinture, et Homère ne sera pas le seul qui aura parlé de cette ceinture [ceinture de Vénus].

 

                            Je me jette à vos gros et grands pieds [à la demande de V* qui voulait une chaussure pour les mesures de bas de soie, la duchesse avait envoyé un soulier démesuré] pour vous conjurer de favoriser cet envoi, pour que cette petite caisse parte sans délai pour Cadix, soit par l’air soit par la mer, pour que notre protecteur, notre fondateur daigne donner les ordres les plus précis. J’écris passionnément à M. de La Ponce [secrétaire de Choiseul] pour cette affaire, dont dépend absolument un commerce de plus de  cent mille écus par an. Je glisse même dans mon paquet un placet pour le roi. J’en présenterais un à Dieu, au diable, s’il y avait un diable, mais j’aime mieux présenter celui-ci aux Grâces.

 

O Grâces, protégez-nous !

 

C’est à vous qu’il faut s’adresser en vers et en prose.

 

                            Agréez, Madame, le profond respect, la reconnaissance, le zèle, l’impatience, les sentiments excessifs de votre très, humble et très obligé serviteur

 

                            Frère François

                            capucin plus indigne que jamais V…

 

                            9 avril 1770 à Ferney. »                           

08/04/2009

ce n’est pas une impiété que dire la vérité

Aujourd'hui, journée mondiale sur la maladie de Parkinson !

 

parkinsonPDSymbol.jpg

Les Italiens ont mis le paquet, chez eux, même la terre a tremblé : trop fort ces latins !!

Dans le domaine : "il y a de l'énergie qui se perd" : les émeutiers de Moldavie ! Qu'on les envoie vite dégager les victimes prisonnières des ruines des villages dévastés ! J'aimerais savoir s'ils auraient autant de coeur à l'ouvrage pour aider que pour détruire ; ça me rassurerait.  Suis-je un optimiste ? oui, mais réaliste . Alors oublions ma proposition . Peut-être plus tard, beaucoup plus tard ...

 

 

 

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Un réaliste : Volti : "privé de la capacité de travailler, seule ressource d’un homme qui pense"

 

 

 

 

« A Marie-Louise Denis

 

                            Vous voyez l’état où je suis, qui me fait un tourment d’écrire de ma main, qu’il faudrait que je fusse fou, pour me flatter de l’espérance incertaine d’un établissement à Paris dans quatre ou cinq années. Je ne dois songer qu’à un établissement dans la postérité ; c’est pour cela que je vous ai envoyé mes quatre volumes corrigés [pour édition chez Lambert ?] ; c’est pour cela que j’ai retravaillé à mon Histoire universelle, dès l’instant que j’ai reçu de Mgr l’Électeur palatin et de vous mes véritables manuscrits. Il est bien étrange qu’on s’obstine en France à me croire l’auteur de l’édition de Jean Néaulme, dans le temps que le roi de Prusse lui-même m’écrit pour me justifier [Frederic a écrit qu’il a encore le manuscrit et qu’on ne lui a pas pris pour édition].

 

                            Je compte que vous avez eu la bonté de donner à Lambert les trois volumes en question [Œuvres mêlées, en attendant le 4ème volume à corriger]. Je ne pourrai faire partir le second tome des Annales de l’empire qu’après les fêtes de Pâques ; mon libraire a obtenu un privilège impérial, ainsi il n’appartient pas aux petits critiques ignorants, dont la France fourmille, de trouver mauvais ce que l’Empire trouve bon ; c’est à lui à juger dans sa propre cause. Pour finir cet article de littérature, je vous dirai que j’ai oublié dans ma dernière lettre de vous parler de l’ode au pape, parce que je  ne sais ce que c’est que cette antienne au Saint-Père. Ce pourrait bien être une ode de l’abbé de Bernis [ce n’est sans doute pas de celui-ci] : en ce cas il y aura de belles choses. Je ne suis d’ailleurs pas si mal avec les dévots d’Italie qu’avec les bigots de France. J’ai reçu des lettres de quelques cardinaux qui connaissent les lois de l’histoire, et qui savent qu’il y a eu de très méchants papes, comme il y en a eu de très bons, et que ce n’est pas une impiété que dire la vérité .

 

                            C’est assez vous ennuyer de mes ouvrages, permettez-moi de vous dire un petit mot de ma personne. Je ne pouvais mieux faire que de prévenir Mme de Pompadour du dessein et de la nécessité où je suis de voyager, en cas que ma santé me le permette ; et je n’ai pu mieux faire que de ne prendre aucun engagement avec personne. Voici ce que m’écrit Mme la duchesse de Gotha [30 mars 1754] : Pourquoi me frustrer de ma plus chère espérance, du plaisir charmant de vous revoir ? Faut-il donc absolument que nul plaisir puisse exister sans être accompagné et mêlé d’amertume ? et pourquoi faut-il que j’ignore les raisons qui vous empêchent de revenir ici ? Eh ! de grâce, mon cher ami, dites-les moi, ne me les cachez point : peut-être pourrais-je lever les obstacles, surmonter les difficultés ; vous êtes bien cruel pour être aussi aimable. Le mot de mon cher ami dont se sert Mme la duchesse de Saxe-Gotha est quelquefois dangereux dans les pays du Nord [allusion à Frederic II], comme vous le savez ; mais ce n’est pas dans la bouche d’une princesse aussi vertueuse, et aussi pleine de raison  et de véritable esprit. Je proteste ici contre les louanges qu’elle me donne, et je ne vous envoie l’extrait de sa lettre que pour vous faire voir que je n’ai voulu m’engager à rien. Tout ce que je peux vous assurer, c’est que tous les pays me sont ouverts,[propositions de l’Electorat palatin, Bayreuth, Lausanne, etc…] excepté le mien. Je vous prierai donc toujours de vendre mes meubles et mes gros livres, comme vous le pourrez, en prenant un homme qui vous épargne cette fatigue. Vous aurez depuis Pâques jusqu’à la Saint Jean pour cette besogne sur laquelle vous donnerez vos ordres, comme vous jugerez à propos.

 

                            J’ai dicté cette lettre, mais mon cœur ne s’accommode pas d’une main étrangère quand il faut vous expliquer mes sentiments. Ma seule consolation est de vous aimer. Accablé de maladies et de persécutions, craignant à tout moment de me voir privé de la capacité de travailler, seule ressource d’un homme qui pense, il faudra me borner à sentir, et puis-je rien sentir plus vivement que votre privation ? Je vous embrasse tendrement.

 

 

                            V.

                            Il faut s’attendre à tout de la part des hommes. Voici Jean Néaulme qui fait mettre dans les gazettes un galimatias absurde pour se justifier. Voici ma réponse. Je vous prie de la faire mettre dans le Mercure. Allons courage.

 

                            Je suis curieux de savoir ce que vous a dit M. Bourgeois sur Laubé [ peut-être Béat de la Tour-Châtillon, baron de Zurlauben, officier auteur d’une Histoire militaire des Suisses au service de la France]. Ce n’est pas avec Ericard [= Louis XV] qu’on doive espérer de faire une bonne affaire. C’est un homme d’un bien petit esprit et bien intraitable à ce qu’on me mande.

 

                            J’espère que M. de Laleu vous fera payer de votre rente sur la succession de M. Bernard attendu que ce n’est pas un objet considérable. Je suis dans le même cas avec beaucoup de personnes.

 

                            Du 8 avril 1754. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sauvons le monde , disent-ils !!

 

 

Mon Dieu, pardonnez leur ! 

Tête blanche ou tête repeinte, esprit es-tu là ? Si oui, frappe deux coups !!

berlusconi-pope.jpg

ça ne sera pas trop ...

 

 

06/04/2009

les intentions précises de vos saints et imbéciles martyrs

J'ai commencé la journée en apprenant le tremblement de terre italien : des morts, des blessés, des dégats matériels et, pour tout arranger, un président discutable qui, je l'espère, va consacrer autant d'énergie à réparer son pays qu'à se faire refaire le portrait ; vous le voyez, si celà se fait ainsi, pour une fois les travaux devraient aller bon train !!! Comme je n'ai plus d'illusions sur la nature des entrepreneurs de travaux italiens (mais pas seulement eux, d'ailleurs ) qui sont peu ou prou contrôlés par cette foutue mafia, les délogés ne sont pas près de voir repousser leurs habitations . Ou alors, ça a bien changé en Italie ! Pas trop tôt !!

 

Pour me requinquer, j'ai eu la chance d'écouter James Brown dans "It' a man's man' world ": pour moi, vision immédiate de dancing et slow collé-serré (une des rares danses que je sois capable de danser agréablement, -pour moi et ma partenaire-, soit dit en toute modestie ! ). Flash back "d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre". Heureux temps, temps angoissant, soucis, rires ; que faire et ne pas faire ? A quand le prochain slow ? Avant les rhumatismes, l'arthrite et la calvitie ....

 http://www.lyricsmania.com/lyrics/james_brown_lyrics_846/...

 

 http://www.youtube.com/watch?v=7_M2tp-ZHnM

 

 

 

 

 

En cette période où il n'est pas de jour sans qu'on parle des émigrés clandestins, une lettre de Volti qui échafaude des projets pour le bien de galériens huguenots ... Bonne idée! Fausse bonne idée plutôt !

 

 

 

galeriens protestants.jpg

 

 

 

 

« A Louis Necker, Négociant à Marseille

 

 

                            Il est nécessaire, Monsieur, que je reçoive incessamment les intentions précises de vos saints et imbéciles martyrs [protestants condamnés aux galères]. S’ils peuvent venir à la Cayenne avec chacun environ mille francs en effets convenables à ce pays là, je vous réponds qu’ils seront très bien reçus [projet de Choiseul du 27 novembre 1763, les exilés seraient reçus par Etienne-François Turgot nommé gouverneur de Guyane et « qui connait mieux que personne le prix de la tolérance »]. Ceux qui préfèrent une chaine de galériens à un climat qui est sous la ligne, sont bien les maitres de rester aux galères, où ils resteront certainement jusqu’à la fin de leur vie, mais ceux qui seront assez sages pour s’embarquer trouveront le plus beau climat de la nature, où l’on peut cultiver avec le plus grand succès le coton, la soie, le sucre, le cacao et l’indigo, et faire en peu de temps une fortune considérable. Si quelques familles protestantes veulent se joindre aux sages galériens, elles feront très bien de quitter un pays où elles seront persécutées, pour un pays où elles jouiront d’une liberté entière, et où elles gagneront beaucoup d’argent, ce qui après la liberté et les psaumes de Marot est une fort bonne chose. Je vous prie de m’instruire au plus tôt que vous pourrez de tout ce qu’il faudra représenter au ministre [Choiseul]. Il n’y a pas un moment à perdre si on veut que la chose réussisse [le 17 juin il sera  informé qu’ils « ont préféré les galères à la Guyane »]. Je vous prie de faire mes compliments à M . et à Mme Mallet si vous les voyez, et d’être bien persuadé de tous les sentiments que j’ai pour vous.

 

                            Voltaire

                            6 avril 1764. »

 

 

 

Ref :  Louis Necker :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Necker

 

Ref : Guyane au XVIIIème :

 

http://images.google.fr/imgres?imgurl=http://1a.img.v4.sk...

 

http://www.visites-p.net/dptmt/dptmp_guyane.htm

 

Volti, comme vous le verrez était bigrement optimiste sur les conditions offertes par le climat guyanais .

 

 

 

05/04/2009

La comédie du Bordel

 Les cloches ont sonné à Notre Dame-Saint André, la messe est dite ; il y a déja quelque temps que ça ne manque plus ! Il y a trop de ce qu'un aimable curé des années cinquante appelait des catholiques en peau de lapin ( vous avez sans doute compris l'allusion et le parallèle entre la belle fourrure et l'ersatz). Je suis las du préchi-précha et des chants languissants, du cérémonial immuable, figé comme l'attitude des dirigeants du clergé catholique. Je ne crois plus, ou plutôt je n'ai jamais cru réellement, à la transsubstantiation, ou alors d'une façon très poètique et générale : ostie = farine = blé = matière qui comme toute matière peut avoir été créée par Dieu et tirée de lui-même ! Tenons nous -en aux faits ! C'est déjà assez merveilleux (parfois ) comme ça.Vivons dans le bordel ambiant du mieux que nous pourrons...

 

 

Lettre d'un déiste convaicu, qui narguait le clergé de tout son talent

 

« A Berger

 

                            Si je n’avais que la Henriade à corriger, vous l’auriez déjà, mon cher plénipotentiaire ; mais j’ai bien des occupations et peu de temps. Vous n’aurez la Henriade que vers la fin de ce mois. Je confie avec plaisir aux soins du meilleur critique de Paris le moins mauvais de mes ouvrages. Vous serez le parrain de mon enfant gâté [ édition 1737, Londres, qui sera préfacée par Linant ; Thiriot et Berger s’étant désistés]. M. Thiriot approuve mon choix et partage ma reconnaissance. Pour vous, mon cher correspondant, voulez-vous bien envoyer chez M. Demoulin les livres nouveaux dont vous croyez la lecture digne de la déesse de Cirey ? Vous n’en enverrez guère et cela ne nous ennuiera pas.

 

                            J’ai prié M. Thiriot de chercher le nouveau recueil fait par Saint-Hyacinthe.[Recueil de divers écrits sur l’amour et l’amitié, la politesse, la volupté, les sentiments agréable, l’esprit et le cœur ; 1736]

 

                            On parle d’une ode de Piron sur les miracles [Les Miracles]. Le nom de Piron est heureux pour un sujet où il faut au moins douter. Si le Piron français est aussi bon poète que le Pyrrhon grec était sensé philosophe, son ode doit être brûlée par l’inquisition. Ayez je vous prie, la bonté de me l’envoyer.

 

                            On me mande que Bauche va imprimer Alzire [approbation du 28 mars 1736]. Je lui ai envoyé, il y a quinze jours, Zaïre corrigée pour en faire une nouvelle édition [approbation du 31 mars 1736]. Ce sera peut-être lui que vous choisirez pour l’édition de la Henriade ; mais c’est à condition qu’il imprimera toujours Français avec un a  et non avec un o, il n’y a que l’Académie qui prononce le nom de notre nation comme celui du fondateur des Capucins.

 

                            J’ai trouvé l’opéra de M. de La Bruère [Les Voyages de l’Amour, Leclerc de La Bruère] plein de grâces et d’esprit. Je lui souhaite un musicien aussi aimable que le poète, [musique de Bodin de Boismortier, 3 mai 1736].

 

                            J’ai écrit au gentil Bernard, [Pierre-Joseph Bernard] pour le prier de m’envoyer ce qu’il aura fait de nouveau. Adieu, l'ami des arts et le mien.

 

 

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                            P.-S. – La comédie du Bordel [Le Bordel ou le Jean-Foutre débauché , 1736, publié sous le nom de « M. de F… enc… »,= Charles-François Racot de Grandval ou de Caylus ] est de M. de Caylus. Voulez-vous bien me la faire tenir ? Envoyez – la chez Demoulin. Je ferai le bien que je pourrai au petit La Marre ; mais il faudrait qu’il fût plus sage et plus digne de votre amitié, s’il veut réussir dans le monde.

 

                            Voltaire

                            Cirey 5 avril 1736. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bordel ! quelle saleté la guerre !!

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Plus cool maintenant , Toulouse Lautrec et les "Muses" (pas tout à fait celles de Voltaire !!!)

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