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15/02/2025

blâme qui ne pourra retomber que sur moi 

... Et ça serait mérité ! Oui, même quand on est premier ministre, jouer les Tartuffe n'est pas de mise, le mensonge est trop évident : "cachez ces exactions que je ne saurais reconnaître !" C'est lamentable, pitoyable et imbécile .

M. Bayrou, quelle mémoire sélective, comment faire confiance à un amnésique sur commande ? https://www.rtl.fr/actu/justice-faits-divers/agressions-s...

Il est vrai que comme tout bon catho tu comptes sur l'absolution , mais encore faut-il te confesser . Quelle sera ta pénitence ?

 

 

 

« A Louis-Marie-Auguste d'Aumont de La Rochebaron, duc d'Aumont 1

A Ferney 9è auguste 1769 2

Monseigneur, Je n'ai d'autre droit à vos bontés que mon ancien attachement et le malheur que j’éprouve depuis vingt ans d'être dans l’impuissance de vous faire ma cour , quand je songe que mon premier protecteur fut votre bisaïeul 3, et que vous m'avez honoré de la même bienveillance . L'idée de paraître encore une fois devant vous avant de mourir semble consoler ma vieillesse 4, et j’aurais cette espérance si vous m'accordiez la grâce que j'ose vous demander .

Vous allez donner des fêtes à madame la dauphine 5. Vous savez que l'impératrice sa mère, qui est elle-même une très bonne musicienne, l'a élevée dans le goût de la musique italienne. M. de La Borde a fait un opéra qui tient encore plus du génie italien que du français . J'en ai entendu une grande partie dans ma retraite, et si je ne me trompe, vous ne vous repentiriez pas de l'avoir fait exécuter . Il est vrai que malheureusement les paroles sont de moi, mais la faiblesse du poème est bien relevée par l'agrément de la musique . Des connaisseurs qui n'ont aucune partialité croient que ce spectacle ferait un très bel effet .

Vous emploieriez deux hommes qui sont d'ailleurs en quelque façon sous vos ordres , M. de La Borde étant premier valet de chambre du roi, et Sa Majesté m'ayant conservé la charge de gentilhomme ordinaire .

Je sais bien, monseigneur, qu'il ne suffit pas de vous être attaché pour prétendre à votre suffrage, et qu'il faut le mériter . Je ne vous réponds que de M. de La Borde . J'avoue encore qu'en fait de musique et de fêtes le goût est un peu arbitraire, et qu'on est beaucoup plus sûr d'avoir des critiques que des succès ; je conçois que vous pourriez craindre de vous compromettre .

Oserais-je en ce cas vous proposer qu'une dame dont on m’a parlé 6 se chargeât de favoriser auprès de vous M. de La Borde et moi de prendre sur elle le blâme, s'il y en a, blâme qui ne pourra retomber que sur moi ? Et si la chose réussissait , je serais à portée alors d'avoir la consolation et l'honneur de venir vous faire mes remerciements et de recevoir quelques amis que vous aimez . Ce serait à vous seul que je devrais cette consolation . Si ma demande est indiscrète, daignez, monseigneur, la pardonner en faveur de mon zèle .

Daignez surtout agréer le profond respect [de]

votre très humble et très obéissant serviteur . »

2 Copie envoyée à Mme Denis ; V* a porté en tête : « Copie de la lettre à M. le duc d'Aumont. »

3 Le grand-père du duc Louis-Marie-Victor ( 1632-1704 ) a-t-il rendu quelque service au jeune V* par l'intermédiaire de son père ou l'a-t-il rencontré dans le « milieu » du Temple ? Il est impossible de le préciser .

Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis-Marie-Victor_d%27Aumont

4 Telle est la véritable raison pour laquelle V* prend aussi à cœur ce projet ; il espère en profiter pour rentrer à paris, comme il le fit pour Irène avant sa mort .

5 Sur les origines de ce projet, voir lettre du 16 décembre 1768 à Mme Denis : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2024/06/20/je-ne-songe-a-present-qu-a-rebatir.html

6 Mme Du Barry . On ne sait pas comment V* pouvait ainsi disposer d'elle .

Criez bien fort, ameutez les honnêtes gens contre les fripons. C’est un grand plaisir d’avoir un parti, et de diriger un peu les opinions des hommes. Si on n’avait pas eu de courage , jamais Mahomet n’aurait été représenté

... Ce qui est vrai au temps de Voltaire l'est irrémédiablement encore de nos jours . Il me revient en mémoire l'annulation de la représentation de Mahomet en 1993-94 à Genève, sous la pression d'islamistes à la tête desquels était Tarik Ramadan, les Suisses se déballonnant lâchement, et  une autre tentative par les mêmes malfaisants -avortée- dix ans après à Saint Genis : https://carolinefourest.wordpress.com/2007/02/01/tariq-ramadan-et-la-censure-de-voltaire/

et voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Fanatisme_ou_Mahomet_le_Proph%C3%A8te

Curieusement le Chat-j'ai-pété omet ces épisodes de censure lâche quand on lui demande l'historique des censures de cette pièce . Ce sale matou est-il lui aussi islamiste ?

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La parole d'un violeur-menteur est écoutée au pays des coffres des pétroliers

E viva Charlie Hebdo et Salman Rushdie , et tous ceux et toutes celles qui crient pour la liberté .

 

 

 

« A Marie de Vichy de Chamrond, marquise Du Deffand

7è auguste 1769

Vous me dites, madame, que vous perdez un peu la mémoire : mais assurément vous ne perdez pas l’imagination. À l’égard du président, qui a huit ans plus que moi, et qui a été bien plus gourmand, je voudrais bien savoir s’il est fâché de son état, s’il se dépite contre sa faiblesse, si la nature lui donne l’apathie conforme à sa situation : car c’est ainsi qu’elle en use pour l’ordinaire ; elle proportionne nos idées à nos situations.

Vous vous souvenez donc que je vous avais conseillé la casse. Je crois qu’il faut un peu varier ces grands plaisirs-là ; mais il faut toujours tenir le ventre libre, pour que la tête le soit. Notre âme immortelle a besoin de la garde-robe pour bien penser. C’est dommage que La Mettrie ait fait un assez mauvais livre sur l’homme -machine ; le titre était admirable 1.

Nous sommes des victimes condamnées toutes à la mort ; nous ressemblons aux moutons qui bêlent, qui jouent, qui bondissent, en attendant qu’on les égorge. Leur grand avantage sur nous est qu’ils ne se doutent pas qu’ils seront égorgés, et que nous le savons.

Il est vrai, madame, que j’ai quelquefois de petits avertissements ; mais, comme je suis fort dévot, je suis très tranquille.

Je suis très fâché que vous pensiez que Les Guèbres pourraient exciter des clameurs. Je vous demande instamment de ne point penser ainsi. Efforcez-vous, je vous en prie, d’être de mon avis. Pourquoi avertir nos ennemis du mal qu’ils peuvent faire ? Vraiment, si vous dites qu’ils peuvent crier, ils crieront de toute leur force. Il faut dire et redire qu’il n’y a pas un mot dont ces messieurs puissent se plaindre ; que la pièce est l’éloge des bons prêtres, que l’empereur romain est le modèle des bons rois, qu’enfin cet ouvrage ne peut inspirer que la raison et la vertu . C’est le sentiment de plusieurs gens de bien qui sont aussi gens d’esprit. Mettez-vous à leur tête, c’est votre place. Criez bien fort, ameutez les honnêtes gens contre les fripons. C’est un grand plaisir d’avoir un parti, et de diriger un peu les opinions des hommes. Si on n’avait pas eu de courage 2, jamais Mahomet n’aurait été représenté.

Je regarde Les Guèbres comme une pièce sainte, puisqu’elle finit par la modération et par la clémence. Athalie, au contraire, me paraît d’un très mauvais exemple ; c’est un chef-d’œuvre de versification, mais de barbarie sacerdotale. Je voudrais bien savoir de quel droit le prêtre Joad fait assassiner Athalie, âgée de quatre-vingt-dix ans, qui ne voulait et qui ne pouvait élever le petit Joas que comme son héritier ? Le rôle de ce prêtre est abominable.

Avez-vous jamais lu, madame, la tragédie de Saül et de David 3 ? On l’a jouée devant un grand roi 4. On y frémissait et on y pâmait de rire, car tout y est pris mot pour mot de la Sainte Écriture.

Votre grand-maman est donc toujours à la campagne ? Je suis bien fâché de tous ces petits tracas ; mais, avec sa mine et son âme douce, je la crois capable de prendre un parti ferme, si elle y était réduite. Son mari, le capitaine de dragons, est l’homme du royaume dont je fais le plus de cas. Je ne crois pas qu’on puisse ni qu’on ose faire de la peine à un si brave officier, qui est aussi aimable qu’utile.

Adieu, madame ; vivez, digérez, pensez ; je vous aime de tout mon cœur . Dites à votre ami que je l’aimerai tant que je vivrai. »

2 Crébillon refusa comme censeur son approbation à la tragédie de Mahomet. D’Alembert eut le courage de donner la sienne ; voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome04.djvu/99

4 Frédéric II, sans doute ; mais on n'a pas d'autre document établissant qu'une repréentation de cette pièce ait été donnée devant lui . V* recommandait déjà la pièce à sa correspondante dans la lettre du 11 octobre 1763 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2018/10/04/les-hommes-sont-bien-betes-et-bien-fous-adieu-madame-prenez-6094327.html

14/02/2025

Venons maintenant aux bagatelles

... Saint Valentin oblige !

 

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« A Marie-Louise Denis

7è auguste 1769 [de Ferney] 1

Je reçois , ma chère amie, votre lettre du 30 juillet, j'y réponds sur le champ, et c'est pour vous dire que tout ce que vous me demandez est fait depuis longtemps . J'ai écrit de tous cotés pour faire réussir les désirs de M. de La Borde . J'ai supplié d'un côté M. le maréchal de Richelieu et de l'autre M. d'Argental . J'ai joint à mes prières les plus fortes raisons que j'ai pu alléguer . C'est à M. de La Borde à faire le reste . S'il n'avait pas eu le malheur de faire représenter à Fontainebleau son opéra de Thétis et de Pélée 2, on aurait meilleure opinion de sa musique, mais il a révolté tous les gens de goût, et l'on craint que sa Pandore ne ressemble à sa Thétis . Il s'agit de détruire le préjugé ; ce n'est pas une petite affaire de prose, en musique, en vers, en quelque genre que ce puisse être . Ce que j'ai entendu de Pandore m'a paru très agréable ; mais on ne donnera pas des fêtes à Madame la dauphine sur la foi de mes deux oreilles . Si on faisait bien on en croirait les vôtres . Je crois même que vous ne feriez pas mal d'écrire à M. le maréchal de Richelieu, il se mêle de cette affaire autant que M. le duc d'Aumont, et vous savez comment il peut s'y prendre 3. Cela entretient toujours commerce, et il aimerait mieux que vous lui parlassiez de musique que d'argent .

À l’égard des douze années que doit la succession de Mme la princesse de Guise, c'est un opéra qui commence à me paraître plus difficile à jouer que celui de La Borde . Je vous en parlerai une autre fois . Tout ce que je puis vous dire à présent, c'est qu'il est bien étrange qu'on ne sache pas quel est le régisseur . Ne pourriez-vous pas le demander à l'abbé Blet, et vous donner même la peine d'aller chez lui ? Je suis dans un cas non moins embarrassant avec le trésorier de Montbéliard, mais je vous réponds que je m'en tirerai, dussé-je moi-même faire le voyage . Croyez-moi, voyez votre régisseur, et sachez à quoi vous en tenir . On pourrait s'arranger avec lui à l'amiable ; c'est peut-être le premier pas qu'il fallait faire, supposé que ce régisseur demeure à Paris comme je le pense.

Venons maintenant aux bagatelles . Oui, sans doute, j'avais des copies de toutes les lettres moitié prose moitié vers, et il est bien clair que j'avais une copie de la lettre à M. le président De Brosses, car certainement ce n'est pas lui qui l'a donnée . Cette lettre roule uniquement sur un procès très inique dont le président fut obligé de se désister . Il fallait bien que j'eusse une minute de ma lettre ; elle était sur mon bureau avec d'autres papiers lorsqu'on la prit ; et Dupuits vit même qu'on emportait une assez grosse liasse, et il m'en avertit . Mais je vous répète encore que non seulement je n’accuserai personne, mais que je démentirai hautement quiconque accuserait le jeune homme en question, et le perdrait à jamais, ou du moins risquerait de le perdre par le moindre soupçon . Je veux même n'en point avoir, et fermer les yeux sur tout cela . Vous voyez que ma façon de penser s'accorde entièrement avec la vôtre .

On a prévenu encore vos désirs sur deux chapitres dont vous me parlez ; tout est rectifié dans trois éditions nouvelles qui sont, dit-on, achevées au moment que je vous écris . Les gens qui se mêlent de cette petite affaire prétendent qu'on sera content .

On a fait plusieurs éditions du Siècle de Louis XV . On en a envoyé une à M. de La Sourdière pour être présentée à sa cousine, et on a mis des étiquettes aux pages où il est question des choses les plus flatteuses pour les personnes intéressées . C'est une démarche dont qui que ce soit ne peut savoir mauvais gré, et qui peut faire un très bon effet .

J'ai entendu parler comme vous d'une brochure traduite de l'anglais, intitulée La Paix perpétuelle 4. Il paraît tous les huit jours quelque ouvrage dans ce goût en Hollande . On en a imprimé un catalogue que j'ai vu ; il se monte à cent soixante et dix, et il est encore très incomplet . Il n'y a guère actuellement de jeunes gens un peu instruits qui ne veuillent essayer sa 5 plume sur ces matières . Damilaville, Boulanger, celui qui a écrit sous le nom de Fréret, ont fait une infinité de disciples . Pour moi je ne crois pas qu'étant parvenu à ma soixante-seizième année, on me mette au rang de ces jeunes gens . Quand je me suis amusé à écrire au lieu de jouer au wisk 6 et au piquet, je n'ai écrit que pour la gloire de ma patrie . J'ai célébré Henri IV, Louis XIV, Louis XV . J'ai fait quelques pièces de théâtre qui ont eu en leur temps un peu de succès . Les ouvrages qu'on m'impute ne peuvent rien dérober à l'honnêteté qui règne dans les ouvrages que j’ai faits . Je sais bien que tant que je respirerai je serai calomnié . Comme je suis à peu près en pays étranger les Frérons ne manquent pas de m'attribuer tout ce qui est imprimé en Hollande, en Angleterre, en Suisse ; mais j'espère que les gens de bien ne me sacrifieront pas aux Frérons .

Pour juger des injustices qu'on me fait, souvenez-vous du Catéchumène 7 ; tout le monde me l'a imputé ; vous en connaissez l'auteur ; il a fait plusieurs petits enfants dont il m'a fait passer pour le père . Le procédé n'est pas légitime ; cependant je me tais . Vous m'avouerez que j'ai du moins la vertu de la patience .

Cette patience est bien exercée par les maux dont je souffre . J'ai souvent des avertissements qui me disent que je n'ai plus longtemps à vivre . Soyez bien sûre que je mourrai en vous aimant . »

1 Original . Date complétée par Mme Denis, dont la « lettre du 30 juillet » est connue . Mme Denis y évoque le vol des manuscrits de V* ; elle se demande comment on a pu voler à V* ses lettres , à moins qu'il ne garde les doubles de celles qu'il écrit . Elle ajoute une remarque importante : « A l'égard de celles que vous m'écriviez à Berlin, cela est tout simple » Cette question sera discutée dans l'Appendice.

2 La Borde avait adapté, en vue d'une représentation à Fontainebleau le 10 octobre 1765 la musique de Colasse pour cet opéra dont les paroles sont de Fontenelle  . Voir : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6437919c.texteBrut

3 Depuis , il se mêle de cette affaire, phrase ajoutée en marge du manuscrit .

4 Cette brochure De la paix perpétuelle a été publiée par V* sous le nom de « docteur Goodheart » : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k856010t.texteImag

5 Sic.

6 Le whist, ancêtre du bridge .

7 Sur ce Catéchumène que V* cite toujours lorsqu'il veut donner l'exemple d'un ouvrage qu'on lui attribue à tort, voir la lettre du 1er mars 1768 à d'Argental : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2023/10/11/je-ne-veux-pas-payer-pour-lui-6465393.html

Il ne faut jamais tuer sur le théâtre que des gens que l’on aime passionnément

... C'est bien pour ça que les scénaristes, en accord avec le génial Voltaire, tuent le(s) héros à la fin du film, la mode n'est plus aux fins heureuses des contes enfantins . Au diable la Saint Valentin à l'eau de rose .

 

 

« A Michel-Paul-Guy de Chabanon, de l'Académie des belles-lettres

rue du Doyenné-Saint-Louis-du-Louvre

à Paris

J’aimerais encore mieux, mon cher ami, une bonne tragédie et une bonne comédie que des éloges de Racine et de Molière 1 ; mais enfin il est toujours bon de rendre justice à qui il appartient.

Il me paraît qu’on a rendu justice à l’arlequinade substituée à la dernière scène de l’inimitable tragédie d’Iphigénie 2. Il y avait beaucoup de témérité de mettre le récit d’Ulysse en action. Je ne sais pas quel est le profane qui a osé toucher ainsi aux choses saintes.

Comment ne s’est-on pas aperçu que le spectacle d’Éryphile se sacrifiant elle-même ne pouvait faire aucun effet par 3 la raison qu’Éryphile, n’étant qu’un personnage épisodique et un peu odieux, ne pouvait intéresser ? Il ne faut jamais tuer sur le théâtre que des gens que l’on aime passionnément.

Je m’intéresse plus à l’auteur des Guèbres qu’à celui de la nouvelle scène d’Iphigénie. C’est un jeune homme qui mérite d’être encouragé ; il n’a que de bons sentiments, il veut inspirer la tolérance ; c’est toujours bien fait : il pourra y réussir dans cinquante ou soixante ans. En attendant, je crois que les honnêtes gens doivent le tolérer lui-même, sans quoi il serait exposé à la fureur des jansénistes, qui n’ont d’indulgence pour personne. Tous les philosophes devraient bien élever leur voix en faveur des Guèbres. J’ai vu cette pièce imprimée, dans le pays étranger, sous le nom de La Tolérance ; mais on est bien tiède aujourd’hui à Paris sur l’intérêt public ; on va à l’Opéra-Comique le jour qu’on brûle le chevalier de La Barre, et qu’on coupe la tête à Lally. Ah ! Parisiens, Parisiens ! vous ne savez que danser autour des cadavres de vos frères. Mon cher ami, vous n’êtes pas welche. 

7è auguste 1769.»

1 L’Académie avait proposé en 1768, pour sujet du prix d’éloquence, l’Éloge de Molière. Le prix fut remporté par Chamfort, en 1769 . Ce ne fut qu’en 1771 que L’Académie proposa l’Éloge de Racine, pour sujet du prix qui fut remporté par La Harpe, en 1772. (Beuchot.)

Voir lettre du 27 septembre 1769 à Chamfort : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1769/Lettre_7679

Voir : https://obtic.huma-num.fr/obvil-web/corpus/moliere/critique/taschereau_vie-moliere/chamfort_eloge-moliere_1769

2 On avait parlé chez la duchesse de Villeroi de mettre en action et en spectacle le récit du cinquième acte. Saint-Foix prétendit qu’il n’y avait que quelques vers à changer, et se chargea de la besogne. La représentation de Iphigénie en Aulide avait eu lieu le 31 juillet sur le Théâtre-Français : mais l’exécution fut confuse : raison de plus pour que le public manifestât sa désapprobation. On a tenté de montrer comment Eriphile est substituée à Iphigénie au moment où celle-ci doit être sacrifiée .

3 L'original porte parce . Wagnière a commencé à écrire parce que et, en modifiant ce texte, a omis de biffer la fin du mot .

 

 

13/02/2025

Vous devez savoir que les lettres voyagent tout ouvertes, et que la vôtre a passé par Paris au lieu de passer par Limoges

.... C'est la version XVIIIè siècle des aléas du courrier qui, devenu immatériel aujourd'hui, transite par une foule de serveurs et est lisible par n'importe qui pour peu qu'il soit équipé d'un logiciel adéquat facilement disponible . Demandez au Chat-j'ai-pété ce qu'il en sait, vous verrez sa conclusion qui est conforme à ce que sait le Patriarche : https://talkai.info/fr/chat/

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« A François Achard Joumard Tison, marquis d'Argence, Brigadier des armées

du roi etc.

À Angoulême

7è auguste 1769

Je reçois, mon cher et vertueux ami, votre lettre du 1er de ce mois. Vous devez savoir que les lettres voyagent tout ouvertes, et que la vôtre a passé par Paris au lieu de passer par Limoges.

Il y a un paquet adressé pour vous, à Limoges, par le coche de Lyon qui va en droiture. Il est à l’adresse du sieur Morand, trafiquant en pelleteries, pour vous être rendu. C’est par ce M. Morand que je vous écris ce petit billet . L’état cruel de ma santé ne me permet pas d’écrire de longues lettres.

Mandez-moi, je vous en prie, si ce billet et ce ballot vous sont parvenus.

Souvenez-vous toujours de votre ami, qui vous sera tendrement attaché tant qu’il respirera. »

Si les intolérants n’étaient que ridicules, ce ne serait qu’un demi-mal ; mais ils sont barbares, et c’est là ce qui est affreux. Si je faisais une religion, je mettrais l’intolérance au rang des sept péchés mortels

... On ne peut dire mieux , et ce triste constat est parfaitement d'actualité en ce bas monde .

 

 

« A Gottlob Louis, comte de Schomberg

4è auguste 1769

Je conçois bien, monsieur, que les guerriers grecs et romains faisaient quelquefois des cent lieues pour aller voir des grammairiens et des raisonneurs en us et en es ; mais qu’un maréchal de camp des armées des Welches 1, très entendu dans l’art de tuer son prochain, vînt visiter dans des déserts un vieux radoteur, moitié rimeur, moitié penseur, c’est à quoi je ne m’attendais pas. L’amitié dont vous m’honorez a été le fruit de ce voyage. Je vous assure qu’à votre camp de Compiègne le roi n’aura pas deux meurtriers plus aimables que vous et M. le marquis de Jaucourt. Vous avez tous deux rendu ma retraite délicieuse. Je vois que vous vous êtes bien aperçus que vous faisiez la consolation de ma vie, puisque vous me flattez d’une seconde visite. Il semble que je ne me sois séquestré entièrement du monde que pour être plus attaché à ceux qui, comme vous, sont si différents du monde ordinaire, qui pensent en philosophes, et qui sentent tous les charmes de l’amitié.

Je ne doute pas, monsieur, que votre suffrage ne contribue beaucoup au succès dont vous me dites que Les Guèbres sont honorés. Je souhaite passionnément qu’on les joue, parce que cet ouvrage me paraît tout propre à adoucir les mœurs de certaines gens qui se croient nés pour être les ennemis du genre humain. L’absurdité de l’intolérance sera un jour reconnue comme celle de l’horreur du vide et toutes les bêtises scolastiques. Si les intolérants n’étaient que ridicules, ce ne serait qu’un demi-mal ; mais ils sont barbares, et c’est là ce qui est affreux. Si je faisais une religion, je mettrais l’intolérance au rang des sept péchés mortels.

Je ne voudrais mourir que quand M. le duc de Choiseul aura bâti dans mon voisinage la petite ville de Versoix, où j’espère qu’on ne persécutera personne.

Adieu, monsieur ; vous m’avez laissé en partant bien des regrets, et vous me donnez des espérances bien flatteuses. Je vous suis attaché avec le plus tendre respect jusqu’au dernier jour de ma vie. »

12/02/2025

j'ai bien peur que toutes ces idées ne soient les rêves d'un vieillard . Leurs désirs ont la réputation d'être assez inutiles

... Serait-ce la conclusion du président Macron à l'examen des projets de son premier ministre et du président du sénat ? Je n'ose le penser, les investissements pour développer l'IA en France et en Europe étant fermement décidés par tous nos gouvernants : https://www.info.gouv.fr/actualite/ia-une-nouvelle-impuls...

Du même avis, Philippe Caverivière face à Gabriel Attal : https://www.youtube.com/watch?v=kyfvZKOtCp4&ab_channel=RTL

Qu'en dit le jeune Attal : https://www.youtube.com/watch?v=Y5Fge17hXSw&ab_channel=RTL

Blablablabla ...

 

 

« A Antoine Darquier de Pellepoix 1

Au château de Ferney 5 auguste 1769 2

Monsieur, quoique Uranie soit votre favorite 3, il paraît que vous ne négligez pas Melpomène . Votre idée d'ajouter des chœurs à quelques-unes de nos tragédies est aussi noble que difficile à exécuter . Comment introduire un chœur dans Bajazet, à moins que ce ne fut un chœur d'eunuques? Comment mettre de la musique dans Britannicus et dans Mithridate ? Il n'y a que les pièces où il s'agit de l'intérêt des peuples et de ceux de la religion qui pourraient faire supporter un peu de musique dans un ou deux entractes ; et peut-être même les chœurs réussiraient-ils mieux à la fin que dans le cours de la pièce ; parce qu’en interrompant les scènes, ils pourraient nuire à l'intérêt . Quoi qu'il en soit, monsieur, je suis persuadé avec vous qu'il faut essayer de donner cette nouvelle pompe au théâtre français ; mais il faut commencer par avoir de bons acteurs ; c'est là le point principal ; il est bien difficile d'en avoir en province, puisqu'il y en a si peu à Paris : il faudrait les former . J'aime encore le théâtre, tout vieux et tout malade que je suis : ce noble amusement a égayé ma vieillesse et ma retraite ; j'avais construit dans mon château un assez beau théâtre où Mlle Clairon et Lekain ont joué avec des gens du monde qui avaient de grands talents . Je n'ai point perdu ce goût ; il est vrai que je ne puis plus déclamer, mais je pourrai encore être utile aux acteurs . Et si je croyais être en état de contribuer à la perfection de votre spectacle, je ne balancerais pas de passer un hiver à Toulouse, nous pourrions essayer quelques chœurs de tragédie . M. de La Borde , premier valet de chambre du roi, qui est, à mon gré, un des plus agréables musiciens de l'Europe et qui travaille avec la plus grande facilité, ne refuserait pas de composer pour nous . Je me mettrais avec un grand plaisir au nombre des souscripteurs en qualité de Toulousain, car je suis de l'Académie des jeux floraux . Mais j'ai bien peur que toutes ces idées ne soient les rêves d'un vieillard . Leurs désirs ont la réputation d'être assez inutiles : daignez du moins les agréer, monsieur, et soyez très persuadé de l'estime respectueuse avec laquelle j'ai l'honneur d'être votre

Voltaire. »

2 Copie (archives La Beaumelle ) ; éd. Lauriol . L'identification du destinataire est faite par la référence à Uranie, muse de l'astronomie ; voir aussi la lettre du 10 août 1769 à Audra : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1769/Lettre_7627

3 Darquier de Pellepoix va publier les Observations astronomiques, faites à Toulouse, 1777 : https://books.google.nl/books?id=wE0OAAAAQAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false