03/12/2024
Il me semble qu’en diminuant le prix ils auraient eu un plus grand avantage
... Avis à la gauche qui vient de lancer la mention de censure . Que va-t-elle y gagner en fricotant avec le RN ? Rien , elle restera dans les mémoires comme une association de démolisseurs, y compris François Hollande qui n'est qu'un dégonflé, et Marine Le Pen profitera des marrons tirés du feu par son extrême opposé .
https://www.lemonde.fr/politique/live/2024/12/03/en-direc...
« A Joseph Vasselier
Votre bibliothécaire, monsieur, présume que ce paquet contient un A, B, C, et qu’il n’y a nul risque avec ces trois premières lettres de l’alphabet. Il est à croire qu’on a trouvé le paquet trop cher. J’ai toujours été étonné que les intendants des postes n’aient pas mis un taux modéré aux paquets considérables . Il me semble qu’en diminuant le prix ils auraient eu un plus grand avantage.
Je prie le premier courrier qui ira à Rome de demander pour moi la bénédiction à Ganganelli. Ce nom me paraît tiré de la comédie italienne.
N’avez-vous pas reçu d’Amsterdam le Cri des Nations 1? M. Tabareau est-il à sa jolie maison de campagne ? Je m’intéresse plus à vous et à lui qu’à Ganganelli. Je vous embrasse de tout mon cœur.
29è mai 1769. 2»
1 Voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome27.djvu/573
2 L'édition Cayrol date à tort du 28 .
18:11 | Lien permanent | Commentaires (0)
tout le reste paraît accessoire
... C'est fait, deux motions de censure sont déposées, les démolisseurs sont heureux, les ambitions personnelles s'expriment, la carpe-Le Pen et le lapin-Mélenchon publient leurs bans, le bien public est remis à plus tard par les professionnels de la politique qui sont surs, eux, de leurs revenus . Les extrêmes apportent une fois de plus la preuve qu'ils sont nuisibles en actes sous un vernis de promesses de lendemains qui chanteraient grâce à eux .
https://www.lemonde.fr/politique/live/2024/12/03/en-direc...
« A Nicolas-Claude Thieriot Correspondant du roi
de Prusse rue Jacinthe la dernière grande porte
cochère à droite
de l'hôtel d'Ormesson
à Paris
Vous saurez, mon ancien ami, que le jeune magistrat attendait le livre de l’abbé de Châteauneuf 1 pour faire une préface dans laquelle il voulait faire connaître le caractère de la célèbre Ninon, que Préville ne connaît point du tout. Je l’avais flatté que ce petit livre pourrait venir par la poste ; mais comme vous l’avez envoyé par les voitures publiques, il n’arrivera que dans trois semaines. Je n’en suis point fâché ; l’auteur aura tout le temps de limer son ouvrage, qu’il veut intituler Le Dépositaire, et non pas Ninon, parce qu’en effet le dépôt fait par Gourville à un dévot est le principal sujet de sa pièce, et tout le reste paraît accessoire.
Il est vrai que l’ouvrage n’est pas dans le goût moderne, et je craindrais même que la passion de boire, qui était autrefois un goût du bel air, et qui est aujourd’hui hors de mode, ne parût insipide. J’ai pris la liberté de dire à l’auteur qu’un tel rôle ne peut réussir que quand il est supérieurement joué, et je l’ai engagé à livrer sa pièce à l’impression plutôt qu’au théâtre. Il vous l’enverra donc dès qu’il y aura mis la dernière main, et vous en ferez tout ce qu’il vous plaira.
Quoique l’on soit aujourd’hui très sévère, et qu’on s’effarouche de tout ce qui aurait passé sans difficulté du temps de Molière, je crois que vous obtiendrez aisément une permission. Il est plus aisé à présent d’être imprimé que d’être joué.
S’il y a quelques nouvelles dans la littérature, je me flatte que vous m’en donnerez. Je ne crois pas que vous soyez au fait de ce qu’on imprime en Hollande. Marc-Michel Rey a donné une Histoire du Parlement de Paris 2, que les connaisseurs jugent fidèle et impartiale. Connaissez-vous le Cri des Nations 3? Avez-vous entendu parler des aventures d’un Indien et d’une Indienne 4 mis à l’Inquisition à Goa du temps de Léon X, et conduits à Rome pour être jugés ? Il y a dans cet ouvrage une comparaison continuelle de la religion et des mœurs des Brames avec celles de Rome. L’ouvrage m’a paru un peu libre, mais curieux, naïf et intéressant. Il est écrit en forme de lettres, dans le goût de Paméla. Le titre est Lettres d’Amabed et d'Adaté. Mais dans les six tomes de Paméla il n’y a rien : ce n’est qu’une petite fille qui ne veut pas coucher avec son maître à moins qu’il ne l’épouse ; et les Lettres d’Amabed sont le tableau du monde entier, depuis les rives du Gange jusqu’au Vatican 5.
Adieu, mon ancien ami, qui êtes mon cadet de plusieurs années ; votre vieil ami vous embrasse.
29è mai 1769. »
1 Dialogue sur la musique des anciens, 1725, in-12 : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96932419/f7.item
Voir lettre du 5 mai 1769 à Thiriot : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2024/11/10/la-cause-est-interessante-pour-un-certain-nombre-d-honnetes-gens.html
2 Qui se trouve aux tomes XV et XVI de la présente édition : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome15.djvu/449
et : https://fr.wikisource.org/wiki/Livre:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome16.djvu
Sur l'Histoire du Parlement de Paris, voir lettre de mars à Cramer : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2024/09/20/on-commence-a-etre-tres-las-de-toutes-les-disputes-sur-l-ori-6515425.html
3 Voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome27.djvu/573
Voir lettre du 10 mai 1769 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2024/11/19/voici-ce-que-le-bibliothecaire-recoit-de-hollande-6523575.html
4 Lettres d’Amabed : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome21.djvu/461
5 Sur la façon dont on peut appliquer cette formule aux Lettres d'Amabed, voir la Notice des Romans et contes, Bibl. De la Pleiade .
10:48 | Lien permanent | Commentaires (0)
02/12/2024
tenir prêt vingt mille francs que je dois
... Paroles du CA de Stellantis . Goutte d'eau pour le riche démissionnaire Carlos Tavares qui va toucher quelques millions . Ecoeurant ! Le prix des voitures n'est pas prêt de baisser , et les salaires des ouvriers augmenté quand on gave de tels individus . Quel impôt va-t-on pouvoir prendre à ce lascar ?
« A Jacob Bouthillier de Beaumont
etc.,
Banquier
à Genève
Je vous prie, monsieur, de vouloir bien tenir prêt vingt mille francs que je dois payer à M. de Laborde le 20 juin préfix. Je lui envoie une lettre de change de cette somme sur vous . Je compte en remettre une plus considérable entre vos mains au mois d'août .
J'ai l’honneur d'être, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire.
A Ferney 29è mai 1769. »
15:21 | Lien permanent | Commentaires (0)
Je ne suis point du métier des meurtriers
... Ne pas me compter parmi les engagés en Syrie contre Bachar al Assad, trop de nos jeunes s'y sont laissé attirer , encore un sale coin de la planète où Poutine sait larguer des bombes et Erdogan canonner :
« A Catherine II, impératrice de Russie
À Ferney, 27è mai 1769 1
La lettre dont Votre Majesté impériale m’honore, en date du 15 avril 2, m’a fait plus de bien que le mois de mai. Le beau temps ranime un peu les vieillards, mais vos succès me donnent des forces. Vous daignez me dire que vous sentez que je vous suis attaché ; oui, madame, je le suis et je dois l’être indépendamment de toutes vos bontés ; il faudrait être bien insensible pour n’être pas touché de tout ce que vous faites de grand et d’utile. Je ne crois pas qu’il y ait dans vos États un seul homme qui s’intéresse plus que moi à l’accomplissement de tous vos desseins.
Permettez-moi de vous dire, sans trop d’audace, qu’ayant pensé comme vous sur toutes les choses qui ont signalé votre règne, je les ai regardées comme des événements qui me devenaient en quelque façon personnels. Les colonies, les arts de toute espèce, les bonnes lois, la tolérance, sont mes passions ; et cela est si vrai qu’ayant, dans mon obscurité et dans mon hameau, quadruplé le petit nombre des habitants, bâti leurs maisons, civilisé des sauvages, et prêché la tolérance, j’ai été sur le point d’être très violemment persécuté par des prêtres. Le supplice abominable du chevalier de La Barre, dont Votre Majesté impériale a sans doute entendu parler, et dont elle a frémi, me fit tant d’horreur que je fus alors sur le point de quitter la France et de retourner auprès du roi de Prusse. Mais aujourd’hui, c’est dans un plus grand empire que je voudrais finir mes jours.
Que Votre Majesté juge donc combien je suis affligé, quand je vois les Turcs vous forcer à suspendre vos grandes entreprises pacifiques pour une guerre qui, après tout, ne peut être que très dispendieuse, et qui prendra une partie de votre génie et de votre temps.
Quelques jours avant de recevoir la lettre dont je remercie bien sensiblement Votre Majesté, j’écrivis à M. le comte de Shouvalof[2]3, votre chambellan, pour lui demander s’il était vrai qu’Azoph fût entre vos mains. Je me flatte qu’à présent vous êtes aussi maîtresse de Taganrok 4.
Plût à Dieu que Votre Majesté eût une flotte formidable sur la mer Noire ! Vous ne vous bornerez pas sans doute à une guerre défensive ; j’espère bien que Moustapha sera battu par terre et par mer. Je sais bien que les janissaires passent pour de bons soldats ; mais je crois les vôtres supérieurs. Vous avez de bons généraux, de bons officiers, et les Turcs n’en ont point encore : il leur faut du temps pour en former. Ainsi toutes les apparences font croire que vous serez victorieuse. Vos premiers succès décident déjà de la réputation des armes, et cette réputation fait beaucoup. Votre présence ferait encore davantage. Je ne serais point surpris que Votre Majesté fît la revue de son armée sur le chemin d’Andrinople . Cela est digne de vous. La législatrice du Nord n’est pas faite pour les choses ordinaires. Vous avez dans l’esprit un courage qui me fait tout espérer.
J’ai revu l’ancien officier 5 qui proposa des chariots de guerre dans la guerre de 1756. Le comte d’Argenson, ministre de la guerre, en fit faire un essai. Mais comme cette invention ne pouvait réussir que dans de vastes plaines, telles que celles de Lutzen, on ne s’en servit pas. Il prétend toujours qu’une demi-douzaine seulement de ces chars, précédant un corps de cavalerie ou d’infanterie, pourrait déconcerter les janissaires de Moustapha, à moins qu’ils n’eussent des chevaux de frise devant eux. C’est ce que j’ignore. Je ne suis point du métier des meurtriers ; je ne suis point homme à projets ; je prie seulement Votre Majesté de me pardonner mon zèle. D’ailleurs il est dit, dans un livre 6 qui ne ment jamais, que Salomon avait douze mille chars de guerre dans un pays où il n’y eut avant lui que des ânes 7.
Et il est dit encore, dans le beau livre des Juges 8, qu’Adonaï était victorieux dans les montagnes ; mais qu’il fut vaincu dans les vallées, parce que les habitants avaient des chars de guerre.
Je suis bien loin de désirer une ligue contre les Turcs ; les croisades ont été si ridicules qu’il n’y a pas moyen d’y revenir ; mais j’avoue que si j’étais Vénitien, j’opinerais pour envoyer une armée en Candie pendant que Votre Majesté battrait les Turcs vers Yassi ou ailleurs ; si j’étais un jeune empereur des Romains, la Bosnie et la Servie me verraient bientôt, et je viendrais ensuite vous demander à souper à Sophie ou à Philippopolis de Romanie, après quoi nous partagerions à l’amiable.
Je vous supplierais de permettre que le nonce du pape en Pologne, qui a déchaîné si saintement les Turcs contre la tolérance, fût du souper : car je suppose qu’il serait votre prisonnier. Je crois, madame, que Votre Majesté lui en dirait tout doucement de bonnes sur l’horreur et l’infamie d’avoir excité une guerre civile pour ravir aux dissidents les droits de la patrie, et pour les priver d’une liberté que la nature leur donnait, et que vos bienfaits leur avaient rendue ; je ne sais rien de si honteux et de si lâche dans ce siècle. On dit que les jésuites polonais ont eu une grande part aux Saint-Barthélémy continuelles qui désolent ce malheureux pays. Ma seule consolation est d’espérer que ces turpitudes horribles tourneront à votre gloire : ou je me trompe fort, ou vos ennemis ne seront parvenus qu’a faire graver sur vos médailles : Triomphatrice de l’empire ottoman, et pacificatrice de la Pologne.
Je viens à mon jeune Gallatin pour lequel je me jette aux pieds de Votre Majesté, en vous faisant les remerciements les plus sincères . Je veux qu'il apprenne le russe et l’allemand dans vos États, et non pas en Saxe . Je voudrais pouvoir multiplier le nombre de vos sujets . Il a trop d'esprit pour vouloir rien apprendre du fatras des universités allemandes, qui sont encore plus ridicules que les nôtres : des écoles dont le première est la théologie, sont les petites-maisons de Paris, ou le Bedlam de Londres . Je ne sais pas comment on appelle les petites-maisons de Moscou , mais je sais bien qu'il aurait fallu y renfermer tous vos théologiens, si vos lois et votre puissance n'avaient fait pénétrer la raison dans les repaires de la démence .
La mère du jeune Gallatin m'écrit dans ce moment que son fils qui s'est fait inoculer a eu deux grains de petite vérole dans les yeux . Je ne voudrais pas présenter à Votre Majesté un borgne . J'attendrai qu'il soit guéri de cet accident qui est assez considérable . Que votre Majesté Impériale daigne agréer les sincères remerciements, l'attachement et le profond respect du solitaire de Ferney.»
1 Minute partiellement autographe ; copie contemporaine, seule à comporter les deux derniers paragraphes ; éd. Kehl ; Liublinski .
2 C'est-à-dire 26 avril nouveau style ; lettre donnée à l'occasion de celle du 1er avril 1769 à Catherine : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2024/10/02/sa-memoire-est-prodigieuse-son-esprit-est-digne-de-sa-memoir-6517180.html
et : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2024/08/27/j...
3 Cette lettre manque.
4 C’est dans cette ville que l’empereur Alexandre, petit-fils de Catherine, est mort le 1er décembre 1825. (Beuchot.)
5V* lui-même ; voir une note de la lettre : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2011/02/26/je-ne-sais-pas-ce-qui-est-arrive-a-notre-nation-qui-donnait.html
6 La Bible ; III, Rois ; et II, Paralip. .
7 Sur les mille quatre-cents chars de guerre de Salomon, voir le Premier Livre des Rois, X, 26
8 Adonaï est dans la Bible un des noms du Seigneur ; V* commet-il ici une inadvertance ? Voir en tout cas un autre emploi du nom Adonaï dans la lettre du 11 septembre 1769 à d'Argental : http://www.monsieurdevoltaire.com/2015/09/correspondance-annee-1769-partie-31.html
00:05 | Lien permanent | Commentaires (0)
01/12/2024
Je suis persuadé qu'en y consacrant à votre loisir quelques matinées, vous en ferez un ouvrage qui restera
... La loi sur le budget , bien sûr . Et non pas la mention de censure désespérante et ruineuse réclamée par des bas de plafond .
« A Michel-Paul-Guy de Chabanon
26è mai 1769
Vraiment , mon cher ami, cette scène était nécessaire, elle doit faire un grand effet, elle justifie l'impératrice . Peut-être quand il s’agira de la faire jouer ajouterez-vous encore quelque nuances dans les caractères d'Eudoxie, de Maxime, et de l'ambassadeur. Ce sont ces nuances délicates qui assurent le succès . Vous joindrez de nouveaux détails à ceux qui font déjà le mérite de la pièce . Je suis persuadé qu'en y consacrant à votre loisir quelques matinées, vous en ferez un ouvrage qui restera au théâtre .
Votre divertissement pour les écoles gratuites 1 est non seulement d'un bon citoyen, mais d'un très aimable poète .
La petite et honnête correction 2 est très justement adressée à l'abbé Foucher . Plût à Dieu que je n'eusse à combattre que des antiquaires ! Les dévots sont plus à craindre . Il y a des Troyens qui forcent quelquefois les Grecs à jouer le rôle de Sinon 3 . Vive memor mei 4.
V. »
1 Ce divertissement destiner à collecter des fonds pour les écoles de dessin gratuites fut représenté le 22 novembre 1769 ; voir les Mémoires secrets en date du 19 et 24 novembre 1769 ; voir : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6531621s/f25.item....
et : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6531621s/f29.item.r=24%20novembre%201769
2 Lettre du 30 avril 1769 à Foucher : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2024/10/30/j-espere-que-vous-serez-content-de-ma-politesse-6520988.html
3 Sinon est le traître qui fit introduire le fameux cheval de bois à l'intérieur de Troie .
4 Vis en te souvenant de moi .
00:05 | Lien permanent | Commentaires (0)
30/11/2024
vingt personnes ... en parlant toutes ensemble, selon la coutume, criaient : « Nous sommes à Corte
... Sauf énorme erreur de trajet François n'ira pas à Corte et pourra dire : "Simu in Aiacciu è trionfarà di tuttu ! "
« A Louise-Honorine Crozat du Châtel, duchesse de Choiseul
Madame,
Aujourd’hui il est venu vingt personnes dans ma boutique, qui, en parlant toutes ensemble, selon la coutume, criaient : « Nous sommes à Corte 1, et il triomphera de tout ! » Je leur dis : « Je ne sais pas ce que c’est que Corte. »
Ma benche fossi guardian degli orti,
Vidi è connobbi pur l’inique corti.2
« Je vous dis, me répliquèrent-ils, qu’il sera appelé Corsicus 3, en dépit de l’envie. » Je n’entends rien à tout cela, madame ; mais j’ai cru devoir vous en donner avis, à cause de la grande joie dont j’ai été témoin, et à cause que j’ai l’honneur d’être par hasard votre typographe, me signant avec un profond respect,
madame,
de votre très humble et très obéissant serviteur.
Guillemet.
À Lyon, ce 24 mai 1769, en ma boutique. »
1 Ville de Corse, siège du gouvernement de Paoli depuis 1755, venait d’être prise par les troupes françaises.
2 D'après Le Tasse, La Jérusalem délivrée, VII, 95-96 : Mais bien que je fusse intendant des jardins, / Pourtant j'ai connu l'iniquité des cours .
3 « Le Corse » comme Scipion avait été surnommé « l »Africain » après avoir vaincu Carthage .
00:05 | Lien permanent | Commentaires (0)
29/11/2024
On dit que nous aurons bientôt des choses très curieuses qui pourront faire beaucoup de bien
... La visite du pape en Corse ? Le bon exemple du président Macron qui laisse à l'archevêque Laurent Ulrich l'honneur de le précéder en entrant à Notre-Dame ?
« A Jean Le Rond d'Alembert
24 de mai [1769] 1
Il y a longtemps que le vieux solitaire n’a écrit à son grand et très cher philosophe. On lui a mandé que vous vous chargiez d’embellir une nouvelle édition de l’Encyclopédie 2: voilà un travail de trois ou quatre ans. Carpent ea poma nepotes 3
Il est bon, mon aimable sage, que vous sachiez qu’un M. de La Bastide, l’un des enfants perdus de la philosophie, a fait à Genève le petit livre ci-joint 4, dans lequel il y a une lettre à vous adressée 5, lettre qui n’est pas peut-être un chef-d’œuvre d’éloquence, mais qui est un monument de liberté 6. On débite hardiment ce livre dans Genève, et les prêtres de Baal n’osent parler. Il n’en est pas ainsi des prêtres savoyards. Le petit-fils de mon maçon, devenu évêque d’Annecy, n’a pas, comme vous savez, le mortier liant ; c’est un drôle qui joint aux fureurs du fanatisme une friponnerie consommée, avec l’imbécillité d’un théologien né pour faire des cheminées ou pour les ramoner. Il a été porte-Dieu à Paris, décrété de prise de corps, ensuite vicaire, puis évêque. Ce scélérat a mis dans sa tête de faire de moi un martyr. Vous savez qu’il écrivit contre moi au roi l’année passée ; mais ce que vous ne savez pas, c’est qu’il écrivit aussi au Pantalon-Rezzonico, et qu’il employa en même temps la plume d’un ex-jésuite nommé Nonnotte. Il y eut un bref du pape dans lequel je suis très clairement désigné, de sorte que je fus à la fois exposé à une lettre de cachet et à une excommunication majeure : mais que peut la calomnie contre l’innocence ? La faire brûler quelquefois, me direz-vous ; oui, il y en a des exemples dans notre sainte et raisonnable religion : mais n’ayant pas la vocation du martyre, j’ai pris le parti de m’en tenir au rôle de confesseur, après avoir été fort singulièrement confessé.
Or voyez, je vous prie, ce que c’est que les fraudes pieuses. Je reçois dans mon lit le saint viatique, que m’apporte mon curé devant tous les coqs de ma paroisse ; je déclare, ayant Dieu dans ma bouche , que l’évêque d’Annecy est un calomniateur, et j’en passe acte par-devant notaire : voilà mon maçon d’Annecy furieux, désespéré comme un damné, menaçant mon bon curé, mon pieux confesseur, et mon notaire. Que font-ils ? ils s’assemblent secrètement au bout de quinze jours, et ils dressent un acte dans lequel ils assurent par serment qu’ils m’ont entendu faire une profession de foi 7, non pas celle du vicaire savoyard, mais celle de tous les curés de Savoie (elle est en effet du style d’un ramoneur). Ils envoient cet acte au maçon sans m’en rien dire, et viennent ensuite me conjurer de ne les point désavouer. Ils conviennent qu’ils ont fait un faux serment pour tirer leur épingle du jeu. Je leur remontre qu’ils se damnent, je leur donne pour boire, et ils sont contents.
Cependant ce polisson d’évêque, à qui je n’ai pas donné pour boire, jure toujours comme un diable qu’il me fera brûler dans ce monde-ci et dans l’autre. Je mets tout cela aux pieds de mon crucifix ; et, pour n’être point brûlé, je fais provision d’eau bénite. Il prétend m’accuser juridiquement d’avoir écrit deux livres brûlables, l’un qui est publiquement reconnu en Angleterre pour être de milord Bolingbroke ; l’autre, la Théologie portative 8, que vous connaissez, ouvrage, à mon gré, très plaisant, auquel je n’ai assurément nulle part, ouvrage que je serais très fâché d’avoir fait, et que je voudrais bien avoir été capable de faire 9.
Quoique cet énergumène soit Savoyard et moi Français, cependant il peut me nuire beaucoup, et je ne puis que le rendre odieux et ridicule : ce n’est pas jouer à un jeu égal. Toutefois j’espère que je ne perdrai pas la partie, car heureusement nous sommes au XVIIIe siècle, et le maroufle croit être au XIVe. Vous avez encore à Paris des gens de ce temps-là ; c’est sur quoi nous gémissons. Il est dur d’être borné aux gémissements ; mais il faut au moins qu’ils se fassent entendre, et que les bœufs-tigres 10 frémissent. On ne peut élever trop haut sa voix en faveur de l’innocence opprimée.
On dit que nous aurons bientôt des choses très curieuses qui pourront faire beaucoup de bien, et auxquelles il faudra que tous les gens de lettres s’intéressent ; j’entends les gens de lettres qui méritent ce nom. Vous, qui êtes à leur tête, mon cher ami, priez Dieu que le diable soit écrasé, et mettez, autant que la prudence le permet, votre puissante main à ce très saint œuvre.
Je vous embrasse bien tendrement, et je ne me console point de finir ma vie sans vous revoir. »
1Édition Kehl qui supprime la référence à Biord ; Renouard donne la version présente .
2 L'édition Panckoucke .
3 Mes arrières-neveux cueilleront ces fruits . Virgile., Églogues, IX, 50 : https://www.france-pittoresque.com/spip.php?article13503
4 Réflexions philosophiques sur la marche de nos idées : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t53786837/f5.item
On les trouve dans le tome VIII de l’Évangile du jour : https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27%C3%89vangile_du_jour
L’édition dont parle Voltaire doit être une édition séparée. (Beuchot.)
Voir lettre du 4 juin 1769 à d'Alembert : http://www.monsieurdevoltaire.com/2015/08/correspondance-avec-d-alembert-partie-53.html
5 Lettre d’un avocat genevois à M. d’Alembert ; elle est aussi dans le tome VIII de l’Évangile du jour.
6 D'après l'édition Renouard qui est certainement fidèle, V* a ajouté ici en note : « Elle est d’un avocat nommé Mallet. Cela va faire un beau bruit dans le tripot de Genève. ».
7 Voltaire reparle de cette profession de foi, en patois savoyard, dans sa lettre du 21 octobre 1772 (https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1772/Lettre_8651), et aussi dans son Épître à Horace ; https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome10.djvu/45
8 La Théologie portative passe pour être du baron d’Holbach : https://fr.wikisource.org/wiki/Th%C3%A9ologie_portative,_ou_Dictionnaire_abr%C3%A9g%C3%A9_de_la_religion_chr%C3%A9tienne/Discours_pr%C3%A9liminaire
et voir l’Examen important de milord Bolingbroke : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome26.djvu/205
Voir lettre du 4 septembre 1767 à d'Alembert : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2023/04/18/foudroyez-moi-ces-marauds-la-je-vous-en-prie-quand-ils-passe-6438957.html
9 Pourtant sur la page de titre de cet ouvrage V* a porté « livre dangereux », et cela correspond certainement à son opinion, au moins un peu plus tard .
10 Denis-Louis Pasquier .
00:05 | Lien permanent | Commentaires (0)

