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28/09/2015

La guerre est bien affreuse . Mais la crainte pour un fils l'est mille fois davantage

... Mis en ligne le 8/8/2017 pour le 28/9/2015

 

« A Louise-Dorothée von Meiningen, duchesse de Saxe-Gotha

[28 septembre 1760 ?] 1

Madame, immédiatement après avoir ouvert le paquet de Mme de Bassevits, je vois que Votre Altesse Sérénissime m’honore d'une lettre qui me remplit d'inquiétude . Elle me fait trembler pour le prince Ernest 2, ah qu'il vive madame , et que le duc de Virtemberg mange tout . La guerre est bien affreuse . Mais la crainte pour un fils l'est mille fois davantage, permettez-moi d'oser madame partager tous vos sentiments . Je me jette à vos pieds et à ceux de votre auguste famille avec tout l'attendrissement et le respect que vous m'inspirez . La grande maîtresse des cœurs est bien alarmée . »

1 On ne connait pas la lettre à laquelle réponds ici V*.

2 Le futur Ernest II, qui règna de 1772 à 1804 .

27/09/2015

Je corromps toute la jeunesse de la pédante ville de Genève . Je créée les plaisirs . Les prédicants enragent . Je les écrase – ainsi soit de tous les prêtres insolents . Et de tous cagots

... De nos jours les moyens de corruption voltairiens seraient bien innocents .

Genève est toujours pédante, sa jeunesse suffisamment dissolue, et ses prêtres et pasteurs et popes et imams et gourous de tout poil aussi superflus  que possible à l'image de leurs ouailles moutonnières .

Ecr l'inf .

 

Mis en ligne le 19/11/2020 pour le 27/9/2015

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental Envoyé de

Parme, rue de la Sourdière

à Paris

et

Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental 1

Je vous ai écrit des volumes ô mes anges, tout en jouant Alzire, Mahomet et L'Orphelin . Ah l'étonnante actrice 2 que nous avons trouvée ! Quelle Palmire ! Vingt ans ! Beauté, grâce , ingénuité et des larmes véritables , et des sanglots qui partent du cœur ! Pauvres Parisiens je vous plains ! Vous n'avez que des Hus .

Mme de Pompadour n'est point poule mouillée ni moi non plus . Avez-vous reçu Pierre le Grand, ô anges? Cramer s'en est chargé . Venons à l'essentiel .

Acte second

Aménaïde

Où portais-je mes pas , d'où vient que je frissonne ?

Moi des remords ! Qui ! Moi !.. Le crime seul les donne .

Ma cause est juste … ô cieux 3 protégez mes desseins.

Allons – rassurons-nous –

à Fanie qui avance

Suis-je en tout obéie ?

Aux soldats

Qu'on me rende 4 à la mort où vous m'alliez conduire 5.

Et puis le monologue :

J'ai dicté mon arrêt, je me suis condamnée 6.

etc .

Ce monologue a fait pleurer, mais moi j'ai fait pleurer aussi en disant :

Mais elle était ma fille – et voilà son époux 7.

Il faut que Brizard ait un glaçon dans l'âme . Encore une fois mes divins anges, ôtez-moi cet abominable car tu m'as déjà dit 8. Ôtez-moi ce séjour adoré où habite Aménaïde 9, propos de ruelle sur lequel Aldamon prend son texte pour faire conversation . Cela est intolérable . Vous me tuez quand j'y pense . Laissez ce troisième comme il était … et ce vers qui fait frémir :

Rien n'est changé – je suis encore sous le couteau.

Tremblez moins pour ma gloire 10.

Je vous conjure mes anges protecteurs, de faire apprendre à Catane son récit . Je vous demande – Arrêtez : vous n'êtes point mon père .

Prenez à cœur le long mémoire, les changements que je vous ai envoyés par M. de Courteilles, que je jouisse au moins en idée de deux représentations qui me satisfassent . Les cœurs sont-ils donc faits autrement à Paris que chez moi ? M. le duc de Villars ne s'y connait-il point ? ma nièce est-elle sans goût ? suis-je un chien? que coûte-t-il d'essayer ce qui fait chez nous le plus grand effet ?

Est-il vrai que les décorations ne sont pas belles ? qu'il n'y a pas assez d'assistants au 3 et au 5 ? que Granval néglige trop son rôle parce qu'il n'est pas le premier, que Lekain ne prononce pas, que Mlle Clairon a joué faux quelques endroits ? À qui croire ? La calomnie y règne 11.

Mme de Fontaine a fait une belle action 12. J'aurai bientôt un grand secret à vous confier 13 – nous venons de répéter Fanime – plus de larmes qu'à Tancrède – un Tamire admirable … Je corromps toute la jeunesse de la pédante ville de Genève 14. Je créée les plaisirs . Les prédicants enragent . Je les écrase – ainsi soit de tous les prêtres insolents .

Et de tous cagots .

Ô anges, à l'ombre de vos ailes

V.

27 septembre [1760]

J'apprends qu'on a imprimé la lettre au roi Stanislas – bon . Tant mieux . »

 

1 L'édition de Kehl omet le passage concernant les corrections depuis Avez-vous reçu Pierre le grand jusqu'à – Arrêtez : vous n'êtes point mon père .

2 Lucrèce Angélique (de Normandie) Rilliet ; elle épousa le marquis de Florian après la mort de sa femme, Ex Mme de Fontaine, nièce de V*.

3 V* a d'abord écrit puis rayé ciel approuve .

4 V* a d'abord écrit puis rayé même .

5 Tancrède, II, 1, premiers vers .

6 Ibid sc 7 .

7 Ibid sc 3.

9 Ibid sc 7

11Tancrède, III, 3 .

13 Clogenson suggère que ce « grand secret » serait une révision d'Oreste . Ce serait un grand mot pour une petite chose, car rien n'était plus commun de la part de V* que de remanier ses pièces .

14 Voir la fin de la lettre de J.-J. Rousseau du 17 juin 1760 citée dans la lettre du 23 juin 1760 à d'Alembert : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2015/06/28/je-voudrais-que-vous-ecrasassiez-l-infame-c-est-la-le-grand-5647116.html

 

Adieu, monsieur, daignez, dans le chaos, dans la décadence, dans le temps ridicule où nous sommes, me fortifier contre ce pauvre siècle

...

 

 

« A Louis-Elisabeth de La Vergne, comte de Tressan

Au château de Ferney 27 septembre [1760] 1

Je vous fais mon compliment comme mille autres, mon très aimable gouverneur, et, je crois, plus sincèrement et plus tendrement que les mille autres . Je défie les Menoux même de s'intéresser plus à vous que moi . Vous voilà gouverneur de la Lorraine allemande, vous avez beau faire, vous ne serez jamais allemand . Mais pourquoi n'êtes-vous pas gouverneur de mon petit pays de Gex ? pourquoi Tityre ne fait-il pas paître ses moutons sous un Pollion tel que vous ? J'ai l'honneur de vous envoyer les deux premiers exemplaires d'une partie de l'Histoire de Pierre le Grand ; il y a un an qu’ils sont imprimés, mais je n'ai pu les faire paraître plus tôt parce qu'il a fallu avoir auparavant le consentement de la cour de Pétersbourg . Vous êtes, comme de raison, le premier à qui je présente cet hommage . Vous verrez que j'ai fait usage du témoignage honorable que je vous dois . De ces deux exemplaires, que je fais partir par la messagerie de Genève, il y en a un pour le roi de Pologne . Je manquerais à mon devoir si je priais un autre que vous de mettre à ses pieds cette faible marque de mon respects et de ma reconnaissance . Il est vrai que je lui présente l'histoire de son ennemi ; mais celui qui embellit Nancy rend justice à celui qui a bâti Pétersbourg ; et le cœur de Stanislas n'a point d'ennemis . Permettez donc, mon adorable gouverneur, que je m'adresse à vous pour faire parvenir Pierre le Grand à Stanislas le bienfaisant . Ce dernier titre est le plus beau .

La Lorraine allemande vous fait-elle oublier l'Académie française dont vous seriez l'ornement ? Certainement vous ne feriez pas une harangue dans le goût de notre ami Lefranc de Pompignan . Vous n'auriez pas protégé la pièce des Philosophes, et sans déplaire à l'auguste fille du roi de Pologne, auprès de qui vous êtes, vous auriez concilié tous les esprits . Quoique je n'aime guère la ville de Paris, il me semble que je ferais le voyage pour vous donner ma voix . Je ne sais si deux Genevois ont eu le bonheur après lequel je soupire , celui de vous voir ? Je les avais chargés d'une lettre pour vous 2 : j'avais pris même, la liberté de vous communiquer mon petit remerciement au roi de Pologne, de son livre intitulé : L'Incrédulité combattue par le simple bon sens 3. Il a daigné me remercier de ma lettre par un billet de sa main 4 qui n'a pas été contresigné Menoux .

Adieu, monsieur, daignez, dans le chaos, dans la décadence, dans le temps ridicule où nous sommes, me fortifier contre ce pauvre siècle, par votre souvenir, par vos bontés, par les charmes de votre esprit qui est du bon temps . Mille tendres respects .

V. »

 

1 Une copie contemporaine est datée par erreur 1761 ; une copie ancienne donne 23 pour le quantième, suivie de toutes les autres éditions .

 

 

Comment a-t-on le front d'inventer tant de circonstances et de détails !

... Tout bonnement pour mieux se vendre ou vendre du papier people !

 

« A Ivan Ivanovitch Schouvalov

Au château de Ferney par Genève

27 septembre 1760 1

Monsieur, Votre Excellence a reçu sans doute la lettre de M. de comte de Golofkin 2. J'ai pris la liberté de lui adresser pour vous un petit ballot contenant quelques exemplaires du premier volume de l'Histoire de Pierre le Grand . Votre Excellence en présentera un à sa Majesté Impériale si elle le juge à propos . Je m'en remets en tout à vos bontés . J'ai amassé de mon côté des matériaux pour le second volume . Ils viennent de M. le comte de Basssevits qui fut longtemps employé à Petersbourg . Le gentilhomme 3 que vous m'aviez annoncé et qui devait me rendre de votre part de nouveaux mémoires n'est point venu . Je l'attends depuis près de deux mois .

Je ne peux m'empêcher de vous conter qu'on m'a remis des anecdotes bien étranges, et qui sont singulièrement romanesques . On prétend que la princesse épouse du csarovits ne mourut point en Russie, qu'elle se fit passer pour morte, qu'on enterra une bûche qu'on mit dans la bière, que la comtesse de Konismark conduisit cette aventure incroyable, qu’elle se sauva avec un domestique de cette comtesse, que ce domestique passa pour son père, qu'elle vint à Paris, qu'elle s'embarqua pour l'Amérique, qu'un officier français qui avait été à Pétersbourg la reconnut en Amérique et l'épousa, que cet officier se nommait d'Aubane, qu'étant revenu d'Amérique, elle fut reconnue par le maréchal de Saxe, que le maréchal se crut obligé de découvrir cet étrange secret au roi de France, que le roi quoique alors en guerre avec la reine de Hongrie lui écrivit de sa main pour l'instruire de la bizarre destinée de sa tante ,

que la reine de Hongrie écrivit à la princesse en la priant de se séparer d'un mari trop en dessous d'elle et de venir à Vienne,

mais que la princesse était déjà retournée en Amérique, qu'elle y resta jusqu'en 1757 temps auquel son mari mourut, et qu'enfin elle est actuellement à Bruxelles où elle vit retirée et subsiste d'une pension de 20 mille florins d'Allemagne que lui fait la reine de Hongrie.

Comment a-t-on le front d'inventer tant de circonstances et de détails ! ne se pourrait-il pas qu'une aventurière ait pris le nom de la princesse épouse du csarovits ?

Je vais écrire à Versailles pour savoir quel peut être le fondement d'une telle histoire, incroyable dans tous les points 4.

Je me flatte que notre histoire de votre grand empereur sera plus vraie . Songez monsieur que je me suis établi votre secrétaire, dictez-moi du palais de l'impératrice, et j'écrirai .

M. de Soltikof passe sa vie à étudier, il se dérobe quelquefois à son travail pour assister à nos petits jeux olympiques . Nous jouons des tragédies nouvelles sur mon petit théâtre de Tournay, nous avons des acteurs et des actrices qui valent mieux que des comédiens de profession . Notre vie est plus agréable que celle qu’on mène actuellement en Silésie . On s'y égorge, et nous nous réjouissons .

J'ignore toujours si vous avez reçu le gros ballot que j'adressai à M. de Keizerling, et la caisse de Coladon . Il y a malheureusement bien loin d'ici à Pétersbourg . Je serai toute ma vie avec le plus sincère et le plus inviolable dévouement de Votre Excellence le très humble obéissant serviteur .

Voltaire. »

 

1 Manuscrit olographe . L'édition de Kehl suivie des autres éditions donne 21 pour quantième .

2 Il s'agit de la lettre du 26 août, de La Haye, par laquelle Golovkin rendait compte de ses démarches pour éviter que le libraire de Hondt n'imprimât l'Histoire de Pierre le Grand ; voir un extrait de cette lettre en note de la lettre du 2 août 1760 à Schouvalov : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/01/22/mon-zele-ne-se-ralentira-point-vous-m-avez-fait-russe-5748380.html

3 Pouchkine .

4 Voir sur toute cette histoire la lettre à la comtesse Bassewitz du 22 janvier 1761 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/01/22/d-aubant-fut-amoureux-d-elle-et-de-sa-principaute-ils-se-mar-5748378.html

26/09/2015

faute horrible, inadvertance affreuse dont les faiseurs de feuilles feraient retentir l'Europe

...  Vetos hongrois et polonais ! Coup de bluff, selon moi . Balles dans les pieds selon d'autres ( balles respectivement à 5 milliards et à 23 milliards ! ) .

https://www.francetvinfo.fr/economie/plan-de-relance/covid-19-quatre-questions-sur-le-blocage-du-plan-de-relance-europeen-apres-le-veto-de-la-hongrie-et-la-pologne_4187309.html

 

Mise en ligne le 19/11/2020 pour le 26/9/2015

 

 

« A Gabriel Cramer

à Genève

[vers le 25 septembre 1760]

Voici bien une autre faute, page 105, ligne vingt, à douze lieues de Petersbourg . C'est douze lieues de Moscou, faute horrible, inadvertance affreuse dont les faiseurs de feuilles feraient retentir l'Europe . J'aime encore mieux un carton à ce feuillet qu'à la préface . On peut trouver La Lande un mauvais écrivain, mais il ne faut pas se tromper . »

25/09/2015

Prenez vos mesures là-dessus

... "Chacune et chacun doit respecter toutes les mesures pour éviter à tout prix que le virus passe le seuil de l'EHPAD, etc., etc.", voici ce que j'entends à cette heure au milieu d'une avalanche de chiffres  statistiques concernant l'étendue des dégats du Covid-19 . Les mesures sont bien prises ô ministres intègres ! La crainte actuelle est que le stress ne déglingue les Français plus qu'en temps ordinaire et que nous autres, pauvres petites choses fragiles, ne puissions pas fêter à notre gré Noël et le réveillon de nouvel an .

Nos élus, rompus à l'art du copinage, grenouillent à qui mieux mieux pour obtenir des dérogations adaptées à leur majorité électorale . La machine à passe-droits n'a ps le temps de refroidir .

 

Mis en ligne le 19/11/2020 pour le 25/9/2015

 

 

« A Gabriel Cramer

[vers le 25 septembre 1760]

Vous êtes un caro, un vrai caro Gabriele et moi je n'étais qu'un impatient .

Or souvenez-vous caro que le beau-frère de La Lande arrive, qu'il a fait Charles VI, et qu'il ne faut pas qu'il l'ait fait . Prenez vos mesures là-dessus . Le contretemps est bien désagréable . Un petit carton pour Genève de grâce .

Pourriez-vous par votre crédit, me faire avoir le 24 numéro du tendre Fréron 1? »

1 Ce numéro de L'Année littéraire du 4 août 1760 contient un article sur L'Ecossaise .

Avez-vous la Perpétuité de la foi ?

... Si oui, vous êtes sur courant continu , courant alternatif, courant faible ou haute tension , toujours à la merci d'un court-circuit . Personnellement je n'ai foi qu'en deux et deux font quatre et qu'il faut bien regarder à droite et à gauche avant de traverser la rue .

 

Mis en ligne le 19/11/2020 pour le 25/9/2015

 

 

« A Gabriel Cramer

à Genève

[vers le 25 septembre 1760]

Je ne pouvais deviner que l'auteur de l'Histoire de l'empereur Charles VI s'appelait La Lande 1, que ce La Lande était frère de Mme de Montpérou, qu'il amènerait ici sa sœur, qu'il viendrait diner chez moi , et que le premier imprimé qu'il verrait ici serait notre Pierre Ier .

Voulez-vous caro Gabriele, me faire le plaisir d'ôter ces mots page 8 de la préface, telles sont l'histoire de 2 l'empereur Charles VI et du prince Eugène 3.

Voulez-vous mettre à la place :

tels 4 sont les mémoires du maréchal de Barvik , du comte de Bonneval, et tant d'autres .

Avez-vous la Perpétuité de la foi ?

Et réponse de Claude 5?

Tuus V. »

1 Histoire de l'empereur Charles VI, 1743 de P. A. de La Lande .

2 Mot suivi de Charles d rayé .

3 Ces ouvrages étaient cités comme exemples de « mensonges historiques », d'où l'embarras de V* .

4 V* a d'abord écrit telles rayé ensuite .