29/01/2016
tout est perdu dans l’Église de Dieu si les curés ne sont pas maintenus dans le droit de donner des coups de bâton à qui leur plait
... Autre temps, autres moeurs ; ouf ! les curés n'ont plus la main aussi lourde .
Mais quelques autres -imams- tiennent à appliquer quelques sévices inconcevables au nom de la tradition . Je leur souhaite d'être un jour du mauvais côté du fouet . Islamophobe, moi ? et qui peut le dire ?

Rions avec Jeremy Ferrari et grâces soient rendues à son talent et aux religions : https://www.youtube.com/watch?v=PFl3mvD5MAw
à ne manquer sous aucun prétexte !
Hallelujah bordel !
« A Antoine-Jean-Gabriel Le Bault
Monsieur, M . de Ruffey a pris le département d'Apollon, et vous de Bacchus avec moi ; je ne m’étais adressé à M. de Ruffey pour substituer des tonneaux de vin à l'Hippocrène, que parce que vous paraissiez m'abandonner tout à fait 1. Si Tancrède et Pierre vous ont amusé, monsieur, reprenez donc vos nobles fonctions, je me livre à vous pour toute ma vie ; je fais de meilleur vin dans la terre de Tournay, que M. le président de Brosses ne l'imagine ; mais il ne vaut pas le vôtre . Daignez, donc, monsieur, m'envoyer tous les ans deux tonneaux , l'un de vin d'ordinaire, l'autre de nectar qui me fasse longtemps jouir de la terre de Tournay, sans trop déplaire au président . Je les aimerais assez en doubles futailles, le vin se conserve sur sa lie, et s'abonnit .
Le curé de Moens aurait dû mettre un peu d'eau dans son vin ; je ne sais quelle prérogative les pasteurs du pays de Gex croient avoir de donner des coups de bâtons à leurs ouailles .
J'interrogeai hier un paysan qui avait reçu il y a quelques années cent coups de bâton du même curé, à la porte de l'église . Il me dit que c'était l'usage . J'avoue, monsieur, que chaque pays a ses cérémonies . Mais railleries à part, la nouvelle aventure de ce prêtre est très grave 2 et très punissable ; c'est un assassinat prémédité dans toutes les formes . J'ai vu le fils de de Croze à la mort pendant quinze jours ; le curé lui-même alla à une demi-lieue de chez lui à dix heures du soir, armer les assassins . C'est un homme qui fait trembler tout le pays ; il est malheureusement l’intime ami du substitut de monsieur le procureur général, et c'est probablement à cette tendre amitié qu'il doit l'indulgence sont il abuse ; il n'a été assigné que pour être ouï, tandis que ses complices ont été décrétés de prise de corps . Il remue tout le clergé, il court à Annecy remontrer à l'évêque que tout est perdu dans l’Église de Dieu si les curés ne sont pas maintenus dans le droit de donner des coups de bâton à qui leur plait .
Mais voici quelque chose d'un peu plus grave, et de plus ecclésiastique . Une sœur du sieur de Croze, assassiné par le curé de Moens, voyant son frère en danger de mort, s'est avisée de faire une neuvaine, et c'est à cela sans doute qu'on doit la guérison de ce pauvre garçon (qu'il faudra pourtant faire trépaner peut-être dans quelque temps ) . Une neuvaine ne vaut rien si on ne se confesse, et si l'on ne communie ; elle se confessa donc, mais à qui ? à un jésuite nommé Jean Fessy 3, ami du curé de Moens ; Jean Fessy lui dit qu'elle était damnée si elle n'abandonnait pas la cause de son frère, et si elle ne forçait pas son père à se désister de toute poursuite contre le curé, et à trahir le sang de son fils . Il lui refusa l'absolution 4. La pauvre fille effrayée, et toute en larmes vint apprendre cette nouvelle au père ; elle fit serment devant moi que rien n’était plus véritable . Jugez quel effet cette scène fait dans Genève et dans toute la Suisse .
Je vous supplie de vouloir bien me mander, monsieur,si le père n'est pas en droit de faire jurer sa fille en justice, et si le jésuite Jean Fessy ne doit pas subir interrogatoire ; il me semble qu'on en usa ainsi dans l'affaire du bienheureux Girard et de La Cadière ; celle-ci est plus affreuse, parce que l'assassinat y est joint au sacrilège . Ce qu'on appelle la justice de Gex, mériterait bien que la véritable justice de Bourgogne daignât la diriger ; et en vérité, on aurait besoin que quelques conseillers du parlement , vinssent mettre fin au brigandage qui règne dans cette malheureuse petite province .
J'ai l'honneur d'être avec tout le respect possible
monsieur
votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire
Au château de Ferney pays de Gex
29è janvier 1761 »
1 Voir lettre du 17 janvier 1761 à Cramer : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/01/17/tout-doit-etre-a-sa-place-5744301.html
3 Plus exactement Joseph Fessy, supérieur de la communauté des jésuites d'Ornex .
4 Cette phrase a été ajoutée entre les lignes sur le manuscrit .
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28/01/2016
voyez comme on trouve des jésuites partout, mais aussi ils me trouvent
... Et pas seulement des jésuites ! Voltaire aurait applaudi ce film , et aurait même été producteur à fonds perdus pour faire éclater la terrible vérité ; messieurs les US preachers vous ne pouvez vraiment pas vous dire des modèles, sinon des modèles de faux jetons :
http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19559464&a...
« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental
et à
Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental 1
Mon divin ange et ma divine ange, amusez-vous de cet imprimé, et voyez comme on trouve des jésuites partout, mais aussi ils me trouvent . Je leur ai ôté la vigne de Naboth 2. Il leur en coûte 24 mille livres . Cela apprendra à Berthier qu'il y a des gens qu'on doit ménager . Il s'agit à présent de poursuivre un sacrilège . Je serai aussi terrible dans le spirituel que dans le temporel .
On doit vous envoyer un petit paquet contenant procès-verbal de prétraille . J'ai pris la liberté de mander à mon avocat au conseil nommé Mariette de vous adresser ces papiers qui me sont très nécessaires . Je vous supplie quand vous les aurez reçus de daigner me les faire parvenir par M. de Courteilles .
Eh bien joue-t-on Tancrède ou Le Père de Famille ?
Et Oreste, Oreste, l'abandonnerez-vous 3? Ah cela vaut mieux que Fanime .
V.
28 janvier [1761]»
1 L'édition de Kehl joint le début de cette lettre à celle du 30 janvier 1761 aux mêmes .
3 Oreste fut repris le 8 juillet 1761 .
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27/01/2016
ma mauvaise santé me force d'être court quand l'amitié voudrait me rendre long
... Et ça se soigne !
Sortie du contexte, que ne ferait-on pas dire à une phrase, qui prend un air canaille ; et ne me dites pas que vous n'y avez pas aussi pensé, bande de malotrous .

Revenons à plus de tendresse .
« A Jean-François Marmontel
Au château de Ferney 27 janvier 1761
Après avoir tant applaudi en vers à l'Académie 1, il faut que vous y soyez applaudi en prose , mon cher ami, dans un beau discours de réception . Vous fûtes d'abord mon disciple . Vous êtes devenu mon maître ; il faut que vous soyez mon confrère . Il me semble que cette place vous est due à plus d'un égard . Ce sera une récompense du mérite et une consolation de l'injustice que vous avez essuyée . Je ne regretterai Paris que le jour où je voudrais vous entendre et vous répondre . Je partagerai du moins tous vos succès du fond de mes retraites . Si ma plume pouvait suivre mon cœur, je vous en dirais davantage, mais ma mauvaise santé me force d'être court quand l'amitié voudrait me rendre long . Nous avons ici M. de Chimène votre confrère en poésie . Il me paraît n'avoir nulle envie d'être le Rodrigue de la Chimène que nous possédons . Sous le nom du père de Chimène mes respects à votre voisine 2 . »
1 Les Charmes de l'étude, de Marmontel, étaient le troisième de ses poèmes a être couronné par l'Académie Française ; https://books.google.fr/books?id=X_45AAAAcAAJ&pg=PP1&lpg=PP1&dq=Les+Charmes+de+l%27%C3%A9tude,+de+Marmontel&source=bl&ots=JYsGHsqK3o&sig=_VTcoGfeGMRvWelZjVuKzzgQa4A&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiQttOegMjKAhXBEHIKHbpoCFEQ6AEIOTAG#v=onepage&q=Les%20Charmes%20de%20l%27%C3%A9tude%2C%20de%20Marmontel&f=false
2 Mlle Clairon, qui avait été sa maîtresse et restait son amie . Voir les Mémoires d'un père, de Marmontel, 1827, I, 141-... : http://archive.org/stream/mmoiresdemarmont26531gut/pg26531.txt
P-S. Alors que les taxis se mobilisent -comme disent les journaleux- pour immobiliser leurs concitoyens qui n'ont pas le loisir de travailler selon leur goût et selon des horaires librement choisis, Mme Taubira quitte un gouvernement qui est assez couillon pour se passer d'elle ; à ce rythme, j'en connais un qui se fera démissionner d'office l'an prochain, avec réaction en chaîne .
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26/01/2016
Messieurs les comédiens ordinaires du roi me feront un sensible plaisir
...
« A la Comédie-Française
Au château de Ferney en Bourgogne
par Genève 26è janvier 1761
Messieurs les comédiens ordinaires du roi me feront un sensible plaisir de vouloir bien accorder l'entrée à M. Mathon 1, soit au parterre, soit à l'amphithéâtre, toutes les fois qu'ils me feront l'honneur de représenter quelqu'un de mes ouvrages . Je mettrai ce plaisir au rang des plus grandes obligations que je leur aie . J'ai l'honneur d'être, avec tous les sentiments que je leur dois, leur très humble et très obéissant serviteur .
Voltaire. »
1 Personnage inconnu ; Mme Denis avait une femme de chambre de ce nom .
18:23 | Lien permanent | Commentaires (0)
le roman de Jean-Jacques ! À mon gré il est sot, bourgeois, impudent , ennuyeux, mais il y a un morceau admirable sur le suicide qui donne appétit de mourir
... Surtout, Parisiens pris dans les bouchons provoqués par les taxis, ne lisez pas JJ Rousseau, vous subiriez la double peine et vous vous endormiriez sans rémission .

Et prudemment , pour être sûrs d'arriver à bon port, nous fimes appel à un VTC , Véritable Tombereau à Cheval .
« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental,
conseiller d'honneur, envoyé
de Parme
rue de la Sourdière
à Paris
Au château de Ferney 26 janvier 1761
Et ces yeux que vous fermez quand vous êtes content, se portent-ils mieux mon cher ange ?
J'ai un besoin très grand d'être fortement recommandé à M. de Villeneuve 1. Est-il possible que je n'aie besoin de personne dans le pays étranger, et que j'aie besoin d'un intendant en France avec mes terres libres ? Je ferai une belle requête pour M. le duc de Choiseul mais je lui ai tant demandé de choses pour les autres que je n'ose plus rien demander pour moi .
J'ai de terribles affaires sur les bras . Je chasse les jésuites d'un domaine usurpé par eux . Je poursuis criminellement un curé . Je convertis une huguenote, et ma besogne la plus difficile est d'enseigner la grammaire à Mlle Corneille qui n'a aucune disposition pour cette sublime science .
Est-il vrai monsieur et madame anges tutélaires, est-il vrai qu'on joue Tancrède 2? Est-il vrai qu'on joue aux Italiens une parade intitulée Le Comte de Boursoufle 3 sous mon nom ? Justice, justice . Puissances célestes, empêchez cette profanation, ne souffrez pas qu'un nom que vous avez toujours daigné aimer soit prostitué dans une affiche de la Comédie-Italienne . J'imagine qu'il est aisé de leur défendre d'imputer dans les carrefours de Paris à un pauvre auteur une pièce dont il n'est pas coupable ?
J'estime mes anges qu'il faut retrancher Lefranc de ce panteodos à Mlle Clairon 4. Nous le retrouverons bien une autre fois . Il ne faut pas souiller par une satire les louanges de Melpomène . En ôtant Lefranc tout va, tout se lie .
Et le roman de Jean-Jacques ! À mon gré il est sot, bourgeois, impudent , ennuyeux, mais il y a un morceau admirable sur le suicide qui donne appétit de mourir 5.
Avez-vous vu celui de La Popelinière ou Pouplinière ?6 Est-ce vous qui avez envoyé à M. de La Marche notre Tancrède ?
Nous avons ici Chimène ! Oui le marquis Chimène 7. Hélas nous ne vous aurons pas . Nous baisons le bout de vos ailes .
V. »
1 Voir lettre du 3 janvier 1761 à Fabry : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/01/02/ils-avaient-eu-tant-de-coups-de-batons-sur-la-tete-que-leur-5738934.html
2 Voir lettre du 25 janvier 1761 à Damilaville et Thieriot : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/01/24/point-de-roman-de-jean-jacques-s-il-vous-plait-je-l-ai-lu-po-5749540.html
3 C'est Le Petit Boursoufle, ou L’Échange, ou Quand est-ce qu'on me marie ? jouée sous ce dernier titre au Théâtre Italien le 26 janvier 1761 . Le comte de Boursoufle devait être représenté au public le 28 janvier 1761 ; https://books.google.fr/books?id=6fdDAAAAYAAJ&pg=PA307&lpg=PA307&dq=Le+Petit++Boursoufle,+ou+L%E2%80%99%C3%89change,+ou+Quand+est-ce+qu%27on+me+marie&source=bl&ots=a8RsnvJPHW&sig=xLOAeLtkQVZ6mU8fmMbLnSNBfjc&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwibzPuFmcfKAhVIoA4KHf-2CsEQ6AEIJDAA#v=onepage&q=Le%20Petit%20%20Boursoufle%2C%20ou%20L%E2%80%99%C3%89change%2C%20ou%20Quand%20est-ce%20qu%27on%20me%20marie&f=false
4 L’Épître A Daphné, ou Épître de M. de Voltaire à Mlle Clairon, dont le sous-titre est « Pantaodaï, étrennes à Mlle Clairon » ; voir lettre du 6 juillet 1760 à d'Argental : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2015/12/05/il-faut-qu-ils-sachent-que-je-suis-heureux-et-qu-ils-crevent-5732403.html
; et lettre du 11 janvier 1761 à Thieriot : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/01/09/je-me-moque-de-tout-le-reste-et-meme-assez-violemment-j-ai-s-5742289.html
. La forme panteodos fait difficulté , voir aussi le début de la lettre du 2 février 1761 aux d'Argental : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2011/02/02/on-mourra-volontiers-apres-avoir-tire-sur-les-betes-puantes.html
5 La Nouvelle Héloïse, III, 26.
6 Voir lettre du 25 janvier 1761 à Damilaville et Thieriot : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/01/24/point-de-roman-de-jean-jacques-s-il-vous-plait-je-l-ai-lu-po-5749540.html
7 Ces quatre mots sont ajoutés au-dessus de la ligne .
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25/01/2016
vous allez à la chasse aux prêtres . Dieu vous le rende
...
« A Gabriel Cramer
[vers le 25 janvier 1761]1
Vous êtes un Gabriel 2, un caro ; vous allez à la chasse aux prêtres . Dieu vous le rende . Le b. désertera la province, ou je ne suis pas V.
CORPUS POETARUM3
Memento de m'envoyer nouvelle épreuve du 5è 4 et de l’épître a[l] Senatore bolognese 5.
Memento du carton acte 2 .
Non meministi 4 du petit changement à l'addition . Mais peu importe, où diable trouver l'archevêque Turpin 5? Quoi pas un livre curieux à Genève ! N'avez-vous que le catéchisme de Vernet ?
Vale amice .
V.
Prenez garde 3è vers de l’acte 5 :
à lui seul la gloire
mettez
à lui seul est la gloire. »
1 Lettre datée d'après le cours de l'impression de Tancrède et la lettre à Albergati Capacelli .
2 Donc un ange ; le b. [NDLR :à mon sens le bordel ou le bandit] est Ancian, le curé de Moens .
3 Voir lettres de décembre 1760 et suivantes à Cramer .
4 Tu ne t'es pas souvenu : précédemment memento = souviens-toi .
5 A savoir l'Historia de vita Caroli magni et Rolandi, attribuée à l'archevêque Turpin (XVIIIè siècle), mais en réalité apocryphe, bien que déclarée authentique par le pape Calixte II ; https://books.google.fr/books?id=BGFiAAAAcAAJ&pg=PA1&lpg=PA1&dq=Historia+de+vita+Karoli+magni+et+Rolandi&source=bl&ots=5OCgmHH55e&sig=0QN3rdgOWDAc0JxFalaKW8gDm-A&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiBnOKXqcXKAhUDGA8KHSOSB10Q6AEIOjAD#v=onepage&q=Historia%20de%20vita%20Karoli%20magni%20et%20Rolandi&f=false
16:57 | Lien permanent | Commentaires (0)
Point de roman de Jean-Jacques s'il-vous-plait ; je l'ai lu pour mon malheur
... Ou plus précisément j'ai failli aller au delà de la (et tralala ! ) trentième page de cette fichue Julie ou La Nouvelle Héloïse, mais n'ayant pas une vocation de psychanalyste ni de midinette j'ai préféré jeter ce bouquin dans un fond de carton d'où il ne ressortira sans doute que dans la main d'un de mes héritiers, dans longtemps j'espère . Je n'ose pas en faire don à quelque maison de retraite qui soit, je risque d'être accusé de maltraitance à personnes dépendantes .
Ah ! chère Colette Renard, que vous êtes vivante cent fois plus que ce vieil empesé JJ Rousseau :
https://www.youtube.com/watch?v=gvqKCun3yVU

« A Etienne-Noël Damilaville
et à
Nicolas-Claude Thieriot
Mille tendres remerciements à monsieur Damilaville et à monsieur Thieriot . Point de roman de Jean-Jacques s'il-vous-plait 1 ; je l'ai lu pour mon malheur ; et c'eût été pour le sien si j'avais le temps de dire ce que je pense de cet impertinent ouvrage . Mais un cultivateur, un maçon et le précepteur de Mlle Corneille et le vengeur d'une famille accablée par des prêtres n'a pas le temps de parler de romans .
Voici pourtant , mes amis, une petite réponse que j'ai eu le temps de faire à M. Deodati 2. Vous me rendrez un important service en la faisant imprimer, en la donnant à tous les journaux 3. Ni M. de Richelieu, ni le prince de Soubise, ni le maréchal de Broglie, ni M. Diderot n'en seront fâchés . J'estime qu'il conviendrait assez que M. d'Aquin imprimât dans son hebdomadaire 4 cette petite réponse et qu'il en envoyât des exemplaires à tous les intéressés . En voici deux exemplaires, l'un pour M. Deodati, l'autre pour M. d'Aquin .
Mille remerciements encore une fois . Joue-t-on Tancrède 5? Joue-t-on Le Père de famille 6? O mon cher frère Diderot je vous cède la place de tout mon cœur et je voudrais vous couronner de lauriers . Mon ancien ami Thiriot saura que Daumart mon parent n'a point la vérole . J'ai de l'admiration pour M. Bagieu, il a deviné tout ce que Tronchin a vu et tout ce qu'il a dit . N'aurai-je point la feuille 7 contre M. Le Brun, contre Mlle Corneille, et contre moi ?
J’ai envoyé à M. Jannel le Pallade 8 du roi pour M. Capperonnier, bibliothécaire 9. J'ai écrit à l'un et à l'autre .
Ainsi M. Thieriot peut m'envoyer le roman Popelinière 10 qui me fera sans doute plus de plaisir que celui de Jean-Jacques .
Au château de Tournay 25 janvier [1761] »
1 La Nouvelle Héloïse ; voir lettre du 22 janvier 1761 à d'Olivet : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2009/01/23/manu-carole-frere-et-soeur-de-coeur.html
2 Lettre du 24 janvier 1761 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/01/22/si-le-peuple-a-forme-les-langues-les-grands-hommes-les-perfe-5748670.html
3 Elle fut en effet réimprimée dans le Journal encyclopédique, Bouillon, 1er février 1761, I, 3, 89-98 .
4 Voir lettre du 22 décembre 1760 à d'Aquin de Château-Lyon : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/12/22/vous-pretendez-que-j-ai-ecrit-que-tous-les-hommes-sont-nes-a.html
5 La pièce fut représentée le 26 janvier 1761, puis il y eut une série de représentations du 7 mars au 25 avril .
6 Pièce jouée le 18 février 1761, elle n'eut que sept représentations .
7 Voir lettre du 14 janvier 1761 aux d'Argental : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/01/13/vous-m-allez-dire-que-je-deviens-bien-hardi-et-un-peu-mechan-5744250.html
et du 15 janvier 1761 à Thiriot : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/01/24/il-finira-par-s-attirer-de-mechantes-affaires-5749527.html
8 V* veut dire le Palladion de Frédéric II ; https://books.google.fr/books?id=CzIUAAAAQAAJ&pg=PA11&lpg=PA11&dq=Palladion+de+Fr%C3%A9d%C3%A9ric+II&source=bl&ots=0yHWIgg3fq&sig=iILR_4KOil_LV-8qaLYlPNKzc5g&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjspYPc0MLKAhVDKA8KHZI2DkYQ6AEILDAC#v=onepage&q=Palladion%20de%20Fr%C3%A9d%C3%A9ric%20II&f=false
9 Capperonnier était conservateur de la Bibliothèque du roi .
10 Roman de Alexandre-Joseph Le Riche de La Popelinière : Daïra, 1760 : http://books.google.be/books?id=kloGAAAAQAAJ&printsec...
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