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23/09/2015

Êtes vous bien fâché que les jésuites aient perdu leurs procès contre les apothicaires ?

... Nos apothicaires modernes ne sont pas loin de vendre, eux aussi, de l'eau bénite tant leurs officines sont comme chez Casto : "Y'a tout c'qui faut", jusqu'à des médicaments ! Para-pharmacie = Para-chute de trésorerie .

 

Ludovic tabata mey restaurant les apothicaires - Les Apothicaires

Des Apothicaires selon mon coeur ! https://lesapothicairesrestaurant.com/accueil/ludovic-tabata-mey-restaurant-les-apothicaires/

 

Mis en ligne le 19/11/2020 pour le 23/9/2015

 

 

« A Jean-Robert Tronchin

23 septembre [1760]

Je vous envoie donc , mon cher correspondant, l'approbation authentique que vous ne verrez jamais en bas de mes livres . C'est que mes livres ne sont pas si bons que vos comptes .

Je viens de marier le résident à Ferney . En vérité on ne peut être mieux reçu dans un château où il n'y avait encore ni chapelle ni salle à manger .

Je vous ai prévenu de dix mille livres tournois prêtés à mon voisin Pictet Varambé . J'ai fait les lettres de change au nom de M. Gallatin Rola 1 de 2000 livres, de 1000 livres, à trois jours de vue . N'ai-je point abusé de vos bonté en prenant un temps si court ?

Êtes vous bien fâché que les jésuites aient perdu leurs procès contre les apothicaires ?2 Pour moi je ne veux point acheter ma casse chez frère Berthier .

Mme Denis et moi nous vous embrassons .

V . »

2 Cet épisode fameux dont il est question dans Le Russe à Paris, joue également un rôle dans le Pot Pourri, chap. II . Les apothicaires avaient intenté un procès aux jésuites en les accusant de les concurrencer par la vente de certains médicaments . Voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Pot-pourri

je souhaite que nous autres Français nous cessions d'être brouillés avec le sens commun

... Voeu pieux !

 

Mis en ligne le 19/11/2020 pour le 23/9/2015

 

 

A François de Chennevières

Mon cher ami, le bruit court qu'on vient de nous prendre Marbourg 1 mais j'espère qu'il en sera comme de la défaite du général Beck 2. On dit aussi les Autrichiens brouillés avec les Russes , je ne crois jamais aucune nouvelle de léger, mais je souhaite que nous autres Français nous cessions d'être brouillés avec le sens commun . Oncle, nièce et confidente 3 nous vous embrassons . Daignez épargner 20 sous à l'ami Thieriot 4.

A Ferney 23 septembre [1760] »

1 V* veut dire Magdebourg qui n'était pas impliquée dans le Guerre de Sept Ans ; voir Politische Correspondenz, XIX, 592

3 Mlle de Bazincourt .

4 En lui faisant remettre la lettre jointe , voir lettre du même jour à Thieriot : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2020/11/19/un-de-ces-anes-de-sorbonne-qu-on-appelle-docteurs-6278442.html

un de ces ânes de Sorbonne qu'on appelle docteurs

... J'ai repensé à cette phrase et à bien d'autres, qui ne sont pas à la gloire des Sorbonnards du XVIIIè siècle, lors des obsèques et de l'hommage de la nation pour ce malheureux professeur Samuel Paty, assassiné par un islamiste et dont le cercueil est passé par la cour de la Sorbonne .

J'ai eu une petite grimace en entendant les journalistes présenter la Sorbonne comme un lieu d'excellence depuis sa création ; ils oublient la somme de croyances ineptes qui ont eu cours dans ces murs , de temps lointains jusqu'à nos jours, de la condamnation de l'inoculation anti-variolique du temps de Voltaire jusqu'à la réception et soutenance de thèse pronant l'astrologie d'Elisabeth Teissier (Docteur ! ).

Vérité et charlatanisme se partagent encore les mêmes murs . Qui l'emportera ?

 

Mis en ligne le 19/11/2020 pour le 23/9/2015

 

 

« A Nicolas-Claude Thieriot

chez M. Baron

Couture-Sainte-Catherine

A Ferney 23 septembre 1760

Monsieur l'habitant du Marais, que n'envoyez-vous chercher des billets de loge et d'amphithéâtre chez M. d'Argental ? Pourquoi dans les beaux jours ne vous donnez-vous pas le plaisir honnête de la comédie ? Je trouve un peu extraordinaire que messieurs les comédiens du roi et les miens vous aient ôté votre entrée . Qu'ils vous en privent quand ils jouent Les Philosophes, à la bonne heure, mais il me semble que ceux à qui j'ai fait présent de plusieurs pièces de théâtre et à qui j'abandonne le profit des représentations et de l'impression devraient vous avoir invité au petit festin que je leur donne .

Je vous prie mon cher amateur des arts de vouloir bien ajouter à tous vos envois, la traduction du Père de famille ou du Vero amico de Goldoni 1 par Diderot avec la préface et l'épître à Me de La Marck .

Si L’Écosseuse 2 est plaisante comme on me le mande, ayez la charité de la mettre dans le paquet car il faut rire . C'est aussi pour rire que je voudrais savoir positivement si c'est l'ami Gauchat qui est l'auteur de l'oracle des philosophes 3 et si ce Gauchat n'est pas un de ces ânes de Sorbonne qu'on appelle docteurs .

On me dit qu'il n'y a pas trop de quoi rire à nos affaires de terre et de mer . Il faut s’égayer avec les lettres humaines et inhumaines pour ne pas se chagriner des affaires publiques . Nous avons aux Délices M. le duc de Villars et un marquis d'Argence, grands amateurs de le science gaie . Ce marquis d'Argence vaut un peu mieux que les d'Argens des Lettres juives . Nous jouons la comédie, nous faisons des noces ; Mme Denis joue à peu près comme Mlle Clairon, excepté qu'elle a dans la voix un attendrissement que Clairon voudrait bien avoir . Mlle de Bazincourt, excellente confidente, et vous un grand nigaud, mon cher ami, de n'être pas aux Délices ou à Ferney .

Et vale .

V.

23 septembre . »

1 Il vero amico de Goldoni fut traduit sous le titre Le Véritable Ami, 1758 . on suppose que le traducteur fut Alexandre Deleyre ; mais selon Diderot, ce serait l’œuvre de Francis Veron de Forbonnais ; la publication à laquelle V* songeait était Il Padre di famiglia, traduite elle aussi par Deleyre sous le titre Le Père de famille, 1758 ; la préface comme la dédicace sont de Grimm ; la confusion s’explique par le fait que la pièce de Diderot intitulée elle aussi Le Père de famille, 1758, fut publiée la même année .

2 L'Ecosseuse est une parodie de L’Écossaise , œuvre non pas de Poinsinet cadet et d'Avesne, comme l'affirme d'Avenel, mais de Charles-François Pannard et Louis Anseaume ; elle fut représentée à la foire Saint-Laurent le 4 septembre 1760 ; Avenel fut trompé pat les initiales P. et A., sous lesquelles fut publié l'opéra-comique en 1761 .

Voir : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52502871d.image

22/09/2015

Vous daignez donner aux petits un ouvrage fait que pour les grands

... Comme le Candide de Yoann Sfar ?

Candide: Amazon.fr: Voltaire, Sfar, Joann: Livres

Première lecture donnée à mon fils pour découvrir Voltaire, et quitter sa PS quelques heures

 

Mis en ligne le 19/11/2020 pour le 22/9/2015

 

« [destinataire inconnu] 1

Au château de Ferney 22 septembre 1760

[Il prie son correspondant de recevoir ses très humbles remerciements]

Vous daignez donner aux petits un ouvrage fait que pour les grands […]

Voltaire

gentilhomme ordinaire du roi . »

1 Le manuscrit est passé à la vente Lucas de Montigny le 30 avril 1860 à Paris .

21/09/2015

il faudrait hardiment donner La Femme qui a raison [v]. Car qu'elle ait raison ou non elle est gaie. Et la morale est bonne. Il y a beaucoup de coucherie, mais c'est en tout bien tout honneur

... Pour cela il faut attendre la levée d'écrou du théâtre, on ne sait encore quand, seule Roselyne (Bachelot, oui, oui, notre pharmacienne ) l'éclectique "Femme qui a raison" moderne, peut le supputer, si mister Covid-19 veut bien nous lâcher les basques . Le divin vaccin existe en trois versions ( la Sainte Trinité en seringue ), reste à savoir l'efficacité et les effets secondaires, et le monde est sauvé (ou presque, les pays fortunés d'abord, comme d'hab ) . A suivre ...

 

Mis en ligne le 19/11/2020 pour le 21/9/2015

 

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

envoyé de Parme, rue de la Sourdière à Paris

et à

Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental

20 septembre 1760

Madame Scaliger, vous êtes divine, vous nous avez donc secourus dans la guerre, vous avez payé de votre personne. Vous avez pansé des blessés et mis les morts à quartier. C'est à vous que la dédicace devrait appartenir.[i]

Mes divins anges,nous jouâmes hier Alzire, nous allons rejouer Tancrède. Nous sommes à l'abri des cabales. C'est beaucoup. Nos plaisirs sont purs. M. le duc de Villars, grand connaisseur, nous encourage. Notre théâtre commence à être en réputation. Brioché n'avait pas si bien réussi chez les Suisses [ii]. Envoyez nous donc la pièce telle qu'on la joue à Paris. Vous donnez L'Indiscret [iii]. La pièce n'est-elle pas un peu froide ?

Le comique écrit noblement

Fait bailler ordinairement .[iv]

Si Tancrède avait un plein succès, il faudrait hardiment donner La Femme qui a raison [v]. Car qu'elle ait raison ou non elle est gaie. Et la morale est bonne. Il y a beaucoup de coucherie, mais c'est en tout bien tout honneur.

Il faudrait que Mme de Pompadour fût une grande poule mouillée pour craindre ma fière dédicace.[vi] Pardon , divins anges, de mon laconisme. Il faut marier demain notre résident de France [vii] dans mon petit château de Ferney. Nous sommes occupés à imaginer une façon nouvelle de dire la messe. Et je vais répéter deux rôles, Argire et Zopire [viii]. La tête me tournera si je n'y prends garde.

Je baise le bout de vos ailes humblement. »

i Cf. lettre du 8 septembre pour la « bataille » de Tancrède et dédicace à Mme de Pompadour.

ii Cf. le Pot pourri que V* commence à composer (voir lettre du 5 septembre 1760 ) . Brioché qui avait montré ses marionnettes à Soleure avait été accusé de magie par les paysans et emprisonné.

iii Pièce pour accompagner Tancrède à sa dernière représentation du 2 octobre.

iv Extrait de L'Impromptu de la folie, 1726, de Marc-Antoine Le Grand.

v Jamais jouée en public à Paris.

vi Cf. lettre du 8 septembre ; Mme de Pompadour fit supprimer quelques lignes de l'Épitre dédicatoire , elle fera demander par Choiseul que V* n'ajoute pas de préface pour ne pas être compromise.

vii M. de Montpéroux ; V* a entrepris la construction d'une nouvelle église à Ferney, et vient juste de finir les travaux de son château de Ferney.

viii Dans Tancrède et dans Mahomet.

20/09/2015

en vérité, monsieur, vous concluerez qu'il n'y a pas plus de vertu dans les républiques que dans les monarchies ... Comptez que le monde est un grand naufrage, et que la devise des hommes est Sauve qui peut

... Vrai à 100% .

 

Mis en ligne le 19/11/2020 pour le 20/9/2015

 

 

« Au chevalier de R...x 1

Aux Délices près de Genève

ce 20 septembre 1760

Monsieur, je ne me porte pas assez bien pour avoir autant d'esprit que vous . Vous me prenez trop à votre avantage , comme disait Waller à Saint-Evremond 2. Vous êtes bien bon de lire des choses dont je ne me souviens plus guère, mais vous avez trop d'esprit pour ne pas voir que la Réception de M. de Montesquieu à l'Académie française pour s'être moqué d'elle 3, n'est qu'un trait plaisant et rien de plus . Faites comme l'Académie , monsieur, entrez dans la plaisanterie et surtout ne lisez jamais les discours de M. Malet 4, à moins que vous n'ayez une insomnie .

Vous expliquez très bien, monsieur, ce que M. de Montesquieu pouvait entendre par le mot de vertu dans une république 5; mais si vous vous souvenez que les Hollandais ont mangé sur le gril le cœur des deux frères de Wit 6, si vous songez que les bons Suisses nos voisins ont vendu le duc Louis Sforce, pour de l'argent comptant 7, si vous songez que le républicain Jean Calvin, ce digne théologien, après avoir écrit qu'il ne fallait persécuter personne, pas même ceux qui niaient la Trinité, fit brûler tout vif et avec des fagots verts un espagnol qui s'exprimait sur la Trinité autrement que lui 8, en vérité, monsieur, vous concluerez qu'il n'y a pas plus de vertu dans les républiques que dans les monarchies . Ubicumque calculum ponas, ibi naufragium invenies 9. Comptez que le monde est un grand naufrage, et que la devise des hommes est Sauve qui peut .

Je suis très fâché d'avoir dit que Guillaume le Conquérant disposait de la vie et des biens de ses nouveaux sujets comme un monarque de l'Orient 10; vous faites très bien de me le reprocher, je devais dire seulement qu'il abusait de sa victoire, comme on fait toujours en Orient et en Occident ; car il est très certain qu'aucun monarque du monde n'a le droit de s'amuser à voler et à tuer ses sujets selon son bon plaisir . Nos pauvres historiens nous en ont trop fait accroire, et le plus mauvais service qu'on puisse rendre au genre humain est de dire, comme ils font, que les princes orientaux sont très bien venus à couper toutes les têtes qui leur déplaisent . Il pourrait très bien arriver que les princes occidentaux et leurs confesseurs s'imagineraient que cette belle prérogative est de droit divin . J'ai vu beaucoup de voyageurs qui ont parcouru l'Asie, tous levaient les épaules quand on leur parlait de ce prétendu despotisme indépendant de toutes les lois . Il est vrai que dans les temps de trouble, les monarques et les ministres d'Orient sont aussi méchants que nos Louis XI et nos Alexandre VI . Il est vrai que les hommes sont partout également portés à violer les lois quand ils sont en colère et que du Japon jusqu'à l'Irlande nous ne valons pas grand-chose . Il y a pourtant d'honnêtes gens et la vertu, quand elle est éclairée, change en paradis l'enfer de ce monde .

Il paraît par votre lettre, monsieur, que votre vertu est de ce genre et que l'illustre M. le président de Montesquieu aurait eu en vous un ami digne de lui .

Un homme dont les terres ne sont pas, je crois, éloignées de chez vous, est venu passer quelque temps dans ma retraite, c'est M. le marquis d'Argence 11. Il me fait éprouver qu'il n'y a rien de plus aimable qu'un homme vertueux qui a de l'esprit . Je voudrais être assez heureux pour que vous me fissiez le même honneur qu'il m'a fait . J'ai celui d'être avec la plus respectueuse estime que vous m'inspirez monsieur, votre etc.

P.-S. – Pardon monsieur, si je n'ai pas écrit de ma main . »

1 Cette lettre suit la copie Beaumarchais qui décrit le destinataire comme vivant « à Toulouse »

2 Sur cette anecdote, voir lettre du 16 août 1759 à François Allamand : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/09/20/je-serais-fort-aise-d-entendre-votre-parole-quoique-ni-vous-5451443.html . V* a corrigé son erreur .

3Citation de mémoire d'un passage ajouté en 1756 à la première section de ce qui est maintenant l'article « Contradictions » du Dictionnaire philosophique.

4 V* pense à Jean-Roland Mallet, dans le discours qu'il prononça en recevant Montesquieu à l'Académie française .

5 De l'esprit des lois, III, 5 .

7 Dans l'Essai sur les mœurs, chapitre CX, V* avait parlé de Louis le Maure, livré par les Suisses . Il modifia ensuite ce passage .

8 Servet .

9Où que tu poses un caillou, tu trouveras un naufrage . Pétrone, Satyricon, CXV .

10 V* dit cela dans l'Essai sur les mœurs, chapitre XLII .

11 Le marquis d'Argence était seigneur de Dirac, près d'Angoulême .

l'infâme . Il faut lui fermer la porte des honnêtes gens et la laisser dans la rue où elle est fort bien

... Mis en ligne le 19/11/2020 pour le 20/9/2015

 

 

« A Louise-Florence-Pétronille de Tardieu d'Esclavelles d'Epinay

Madame de La Live

d'Epinay

rue Saint H[o]noré

[à Pa]ris

20 septembre [1760] 1

Mille actions de grâces à ma belle philosophe . Nous marions demain Montpéroux à Ferney, et nous avons imaginé une excellente façon de dire la messe . Nous jouâmes avant-hier Alzire, nous jouons demain Tancrède . Mme Denis est devenue Clairon . Le duc de Villars forme nos acteurs . Il nous est venu un philosophe très aimable 2 qui a fait cent cinquante lieues pour venir se mettre au fait . Nous l'avons ferré à glace . Il en ferrera d'autres quand il sera de retour . Ma chère philosophe je vous recommande l'infâme . Il faut lui fermer la porte des honnêtes gens et la laisser dans la rue où elle est fort bien . Ma chère philosophe, mille respects à tous vos amis . Ah Épinay pourquoi êtes-vous loin des Délices ?

V. »

1 La feuille du manuscrit portant l'adresse est endommagée, d'où la restitution .

2 Le marquis d'Argence .