16/09/2015
tout ce qui peut servir à rendre la nation plus gaie, est toujours fort bon
... 2020 : Ne reste disponible pour s'égayer que la radio, la presse écrite et ce qu'on peut glaner sur le Net . Pour le reste : tintin balpeau la ridondaine ! La France arrête de faire la gueule (même sous le masque ça se voit ! ). Rosine Bachelot va faire rouvrir les théâtres, cinémas et cabarets ; si, si , je vous le dis, ou alors on m'a vraiment raconté des bobards .
Tentez le coup : http://youhumourpro.com/liste-humoristes
Mis en ligne le 18/11/2020 pour le 16/9/2015
« A Jean-Robert Tronchin
16 septembre 1760
Ce cher Rigolet, monsieur, ne s'attendait pas à la bonté que vous avez eue de recommander son commerce à M. le lieutenant de police de Lyon . Si la ville n'avait d'autres manufactures que celle des Rigolet, elle ne serait pas, je crois, si florissante ; permettez que je vous affuble encore de cette petite lettre de remerciements pour M. de Seynas 1.
Notre commerce de mer est encore plus chétif que celui de Rigolet ; si les choses vont ainsi il ne nous restera pas dans un an un vaisseau marchand ni un vaisseau de guerre ; j'ai pourtant reçu une lettre de change de 111 livres de Cadix, mais Dieu me pardonne, je crois que je l'ai brûlée, attendu sa légèreté . Ainsi je ne vous l'enverrai pas, il en faudra une autre .
Les Russes passent pour avoir battu une arrière-garde du prince Henri 2, les Autrichiens pourraient bien avoir bientôt Schweidnitz et Leipsik,3 et peut-être encore mieux . Vous savez que monseigneur le dauphin se désennuie, tout ce qui peut servir à rendre la nation plus gaie, est toujours fort bon .
Bonsoir mon cher ami, je vous embrasse .
V. »
1 Voir lettre du même jour à de Seynas : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2020/11/18/nous-manquons-de-laboureurs-au-pays-de-gex-je-fais-bien-plus-6278276.html
2 Le prince Henri avait passé l'Oder pour garder Breslau contre les entreprises de Soltikof ; aucune rencontre d'importance majeure n'avait eu lieu, mais seulement une action secondaire comme le rapporte Waddington, IV, 80-82 .
3 Les Autrichiens ne prirent Leipzig et Schweidnitz qu'un an plus tard .
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Nous manquons de laboureurs au pays de Gex, je fais bien plus de cas d'un bon valet de charrue que d'un colporteur de mauvais livres . Il serait fort bon que les R. et quelques autres encore travaillassent à la terre
... Je serais assez heureux de voir ce que ferait notre ministre de l'agriculture avec une bêche ou une trayeuse .
Mis en ligne le 18/11/2020 pour le 16/9/2015
« A Christophle de Laffrusse de Seynas
16 septembre 1760
Je ressens vivement vos bontés monsieur, vous rendez un très grand service à notre petit canton paisible, en le préservant des guerres littéraire ou antilittéraires . Cette partie du commerce de la librairie ne doit point en effet entrer dans les paiements de Lyon et de Genève ; toutes ces pauvretés sont essentiellement réservées à la bonne ville de Paris , où l'on n'a autre chose à faire qu'à se moquer de tout : Rigolet doit nous laisser en repos : on lui a renvoyé deux ballots de bêtises qu'il avait envoyés à Genève , et la messagerie en a donné son reçu ; Rigolet est très coupable, il ne l'est que parce qu'il est gueux : mais il faut qu'il tâche de gagner son pain à un métier plus honnête . Je suis persuadé monsieur qu'après avoir été averti et réprimandé par vous, il ne s'avisera plus de nous troubler par des impertinentes nouvelles . Nous manquons de laboureurs au pays de Gex, je fais bien plus de cas d'un bon valet de charrue que d'un colporteur de mauvais livres . Il serait fort bon que les R.1 et quelques autres encore travaillassent à la terre . Cette petite affaire ne m'a pas été tout à fait désagréable, elle m'a procuré une de vos lettres, et m'a valu vos bontés . Je vous remercie de tout mon cœur etc. »
1Certains éditeurs proposent les rois ? Personnellement je pense les Rigolet .
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Une maison n'eût-elle que soixante et dix pieds de face fait honneur à son maçon quand elle est bâtie avec goût . Sans goût il n'y a rien
... Un peu d'autosatisfaction mon cher Voltaire-maçon !
Mis en ligne le 18/11/2020 pour le 16/9/2015
« A François de Chennevières
Aux Délices 16 septembre [1760] 1
Mon cher confrère, si je n'étais pas aux Délices, j'aurais voulu être à Maisons, c'est vous qui faites admirablement bien les honneurs de ma chambre . Vos vers sont charmants . J'ai ouï dire que M. de Soyecourt est digne de son beau château et de vos vers aimables . J'ai bâti un petit Maisons, mais non pas une petite maison . J'ai fait en miniature à Ferney à peu près ce que Maisons est en grand . Une maison n'eût-elle que soixante et dix pieds de face fait honneur à son maçon quand elle est bâtie avec goût . Sans goût il n'y a rien . Nous jouons demain Alzire à Tournay et puis Tancrède et puis Mahomet et puis Les Ensorcelés 2; nous avons des spectateurs qui ont fait plus de cent lieues pour venir nous voir, entre autres M. le duc de Villars . Tout cela loge aux Délices, sans que personne soit gêné . N'est-il pas vrai que vous viendriez aussi si vous pouviez ? Je tiens Mme Denis infiniment supérieure à Gaussin et presque égale à Clairon . Mlle de Bazincourt est une très bonne confidente, cependant vous ne viendrez pas . Je vous embrasse etc . »
1 La copie par Boissy d'Anglas place la lettre en 1762 , et Cayrol en 1761 ; Georges d'Avenel a le mérite de la remettre à sa place véritable .
2 Les Ensorcelés ou Jeannot et Jeannette, de Favart : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96340967.texteImage
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15/09/2015
Il faut aller à Versailles , il faut être au lever des patronnes et au coucher des patrons
... Et venir, selon l'heure , à scooter avec croissants, ou en voiture officielle avec champagne . Ciao Julie, ciao Fanfoué !
« A Théodore Tronchin
[vers septembre 1760]
Mon cher Esculape est toujours bienfaisant . C'est son essence . Je suis sensiblement touché de ce qu'il fait . Je lui représente seulement qu'il n'est point du tout décent qu'on sorte de chez moi sur une espérance qui après tout peut n'être pas remplie , et qu'on soit dans le cas de me reprocher d'avoir renvoyé une personne à qui on doit des égards, pour la laisser solliciter du pain à Paris .
Si monsieur Tronchin veut écrire pour Mme de Muy, et lui demander ses bons offices auprès de M. l'évêque d'Orléans pour en obtenir une pension sur les économats, qui vaque rarement et qu'on donne plus rarement encore à des catholiques, si monsieur Tronchin dis-je a la bonté de solliciter cette grâce, Mlle Bazincourt sera au nombre des personnes qu'il a favorisées et à qui il a fait du bien . Pour moi je ne peux absolument entrer dans cette affaire, ce n'est point à moi à l'engager à partir . Je ne veux pas encore une fois m'exposer au reproche de lui avoir fait quitter le certain pour l'incertain . Si elle va à Paris elle n'aura pas de quoi courir pour solliciter . Il faut aller à Versailles , il faut être au lever des patronnes et au coucher des patrons .
Elle n'est pas assez riche pour aller demander de l'argent à Paris . Six mois en fiacres seulement , mangeraient les pensions qu'elle espère . En un mot, j’admire la bonté de mon cher Esculape . Mais je me lave les mains du bien qu'on veut faire à Mlle Bazincourt, et je ne lui dirai même pas un mot de tout cela 1. Mais je dis à mon cher Tronch[in] qu'il est adorable .
V. »
1 Tronchin réussit dans son entreprise et Mlle Bazincourt retourna à Paris en novembre 1760, voir letttre du 12 novembre 1760 à Chennevières . On n'entendra plus parler d'elle en relation avec V* .
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No body rais'd his voice higher than mine in favour of the rights of human-kind . Yet I have not exceeded even on that virtue
...
« A George Lyttelton, premier baron Lyttelton 1
I have read the ingenious Dialogues of the dead 2. I find page 134 that I am an exile 3, and guilty of some excesses in writing . I am oblig'd , (and perhaps for the honour of my country) to say I am not an exile, because I have not committed the excesses the author of the dialogues imputes to me .
No body rais'd his voice higher than mine in favour of the rights of human-kind . Yet I have not exceeded even on that virtue .
I am not settled in Switzerland, as he believes. I live in my own lands in France . Retreat is becoming to old age and more becoming in ones own possessions . If I enjjoy a little country-house near Geneva, my mannors and my castles are in Burgundy and if my King has been pleased to confirm the privileges of my lands which are free from all tributes, I am the more addicted to my King .
If I was an exile, I had no obtain'd from my court many a passeport for english noblemen . The service I renderd to them intitles me to the justice I expect from the noble author .
As to religion, I think, and I hope , he thinks with me, that God is, neither a presbiterian, nor a lutherian, nor of the low church, nor of the high church ; but god is the father of all mankind, the father of the noble author and mine .
I am with respect
his most humble serv
Voltaire
gentleman of the King's chamber .
At my castle of Ferney in Burgundy .[vers septembre 1760] 4»
1 Traduction de Kehl : « Du château de Ferney en Bourgogne .
J'ai lu les ingénieux Dialogues des morts, que vous venez de publier . J'y trouve que je suis exilé, et que je suis coupable de quelques excès dans mes écrits . Je suis obligé peut-être pour l'honneur de ma nation, de dire publiquement que je ne suis point exilé, parce que je n'ai pas commis les fautes que l'auteur des dialogues m'impute à son gré . Personne n'a plus élevé sa voix que moi en faveur des droits de l'humanité , et cependant je n'ai jamais excédé même les bornes de cette vertu . Je ne suis point établi en Suisse, comme cet auteur mal instruit le débite ; je vis dans mes terres en France . La retraite convient aux vieillards qui ont assez vécu dans les cours pour les abhorrer et pour les fuir, et qui goûtent une douceur nouvelle de vivre dans la retraite et dans leurs possessions , avec des amis éclairés et fidèles . Il est bien vrai que j'ai une petite maison de campagne auprès de Genève, mais ma demeure et mes châteaux sont en Bourgogne . La bonté que mon roi a eue de confirmer les privilèges de mes terres, qui sont exemptes de toute imposition, m'a encore attaché à sa personne . Si j'avais été exilé, je n'aurais pas obtenu des passeports de ma cour, pour plusieurs seigneurs anglais ; le service que je leur ai rendu, me donne droit à la justice que j'attends de l'auteur des Dialogues . Quant à la religion, je pense et je crois qu'il pense, comme moi, que Dieu n'est ni presbytérien, ni luthérien, ni de la basse ni de la haute Église ; Dieu est le père de tous les hommes, père de milord et le mien . »
2 Les Dialogues of the dead de Lyttelton avaient été publiés en 1760, et deux traductions venaient de paraître sous le même titre de Dialogues des Morts, l'une par Jean Des Champs, l'autre par le professeur de Joncourt .
3 V* fait référence à la version anglaise : « Voltaire is, I hear, retired from Berlin to the Territory of Geneva . It does great honour to Switzerland, but not much to France, that the finest Wit she left to boast of should chuse a country-house at the foot of the Alps, rather than Paris, or any villa in the neighbouhood of that city, for the retreat of his age . » Plus loin l'auteur dit que V* n'a pas fait preuve de beaucoup de discrétion, et que l'exil ne lui a pas enseigné la sagesse .
Traduction : « Voltaire, à ce que j'entends dire, s'est retiré de Berlin dans le territoire de Genève . C'est un grand honneur pour la Suisse, mais ce n'en est pas un pour la France que le plus grand esprit dont elle puisse encore s'enorgueillir ait choisi une maison de campagne au pied des Alpes plutôt qu'à Paris ou dans une résidence proche de cette cité comme retraite pour ses vieux jours . »
4 Kehl place une traduction de cette lettre en décembre 1760, ce qui paraît un peu tard, mais possible quoique le Journal encyclopédique la cite dès le 15 janvier 1761 .
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Défendez-moi du spadassin, je me charge de l'écorcheur
... L'un et l'autre vont sentir ce qu'est le pouvoir d'une plume .
« Etienne-François de Choiseul-Stainville, duc de Choiseul
[vers septembre 1760] 1
Monsieur le duc, je ne sais ce que mes oreilles ont fait à MM. de Pompignan, l'un mes les écorche depuis longtemps, l'autre veut me les couper . Défendez-moi du spadassin, je me charge de l'écorcheur ; j'ai besoin de mes oreilles pour entendre tout ce que la renommée dit de vous . »
1 Copie par Wyatt, secrétaire de Mme du Deffand, envoyée à Walpole ; c'est le texte suivi .
Il existe aussi trois éditions qui ont toutes un texte différend . La première est celle des Lettres curieuses, qui donne le texte suivant :
« Je ne sais , monsieur le duc, ce que j'ai fait à MM. Le Franc ; l'un m'écorche tous les jours les oreilles ; l'autre menace de me les couper , je me charge du rimailleur, je vous abandonne le spadassin ; car j'ai besoin de mes oreilles pour entendre tout ce que la renommée publie de vous . »
La seconde est celle de Kehl :
« J'ignore ce que mes oreilles ont pu faire aux Pompignan . L'un mes les fatigue par ses mandements, l'autre me les écorche par ses vers, et le troisième me menace de les couper . Je vous prie de me garantir du spadassin ; je me charge des deux écrivains . Si quelque chose, monseigneur , me faisait regretter la perte de mes deux oreilles, ce serait de ne pas entendre tout le bien que l'on dit de vous à Paris . »
La troisième est constituée par les Mémoires d'un voyageur qui se repose , 1806, de Louis Dutens, à qui la lettre de V* avait été montrée à Chanteloup par la duchesse de Choiseul :
« Je ne sais pas ce que j'ai fait aux frères de Pompignan ; l'un m'écorche les oreilles, et l'autre veut me les couper . Protégez moi, monseigneur, contre l'assassin, je me charge de l'écorcheur , car j'ai besoin de mes oreille pour entendre le bruit de votre renommée , etc. »
Les circonstances à propos desquelles V* écrivit cette lettre sont précisées par Mme du Deffand, dans une lettre à Walpole du 7 janvier 1767 : « Elle n'est pas nouvelle, mais elle l'a été pour moi, car ce n'est que d'avant-hier que j'en ai connaissance . Il l'écrivit sur ce qu'il apprit qu'un capitaine, frère de M. Pompignan, était à Genève, et disait qu'il lui donnerait des coups de bâtons et lui couperait les oreilles »
La première édition ne date pas cette lettre ; la seconde la place avec une autre à Choiseul ( en fait plus tardive) en avril 1763, suivie par les éditions modernes ; une lettre de Formey à Algarotti du 17 septembre 1760 relate l'incident d'où la date ici proposée .
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Vous autres hérétiques, vous êtes rétifs, incommunicatifs . Dites à vos prêtres de Genève qu'ils se défassent de ce raide et de ce sec qu'on leur reproche
...
« A monsieur le ministre Jacob Vernes
à Genève
[septembre 1760]
Mon cher prêtre de Baal, moi israélite de Juda, je ne connais la Mayer que parce que son mari m'a bu 800 livres, et vous ne connaissez point la Mayer . Je donne une rente à votre hôpital, qui doit avoir soin de vos Mayer . Cependant mon cher prêtre, dès que vous parlez nous sommes tous deux de la même religion .
Vous n'avez pas voulu ou vous n'avez pu m'amener votre prêtre aryen 1. Vous autres hérétiques, vous êtes rétifs, incommunicatifs 2. Dites à vos prêtres de Genève qu'ils se défassent de ce raide et de ce sec qu'on leur reproche, et qu'ils prennent vos mœurs agréables .
V. »
1 Abauzit .
2 Ce mot est un anglicisme notable .
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