13/02/2016
goûtez longtemps les plaisirs de l'esprit, après avoir goûté tous les autres
... Souhaits épicuriens, souhaits bienvenus que l'on peut faire à l'orée de l'année du singe .
De même qu'on peut souhaiter bonne route aux nouveaux ministres, qui, pas plus que leurs prédécesseurs, n'auront le temps de faire avancer le schmilblick, sous la férule du très politique Fanfoué qui fait appel au ban et arrière-ban de possibles alliés en 2017 .

On rit jaune !
« A Alexandre-Jean-Joseph Le Riche de La Popelinière
Au château de Ferney, pays de Gex,
15 février 1761
J'aime autant les romans orientaux, monsieur , que je déteste les romans suisses 1 : recevez mes remerciements, et croyez que mon estime pour vous est égale au plaisir que vous m'avez fait . J'ai dévoré votre Daïra ; je vais la faire lire à Mlle Corneille . Je ne peux mieux commencer son éducation . On dit que vous avez eu le malheur d'être loué par Fréron 2. Cela est triste ; mais le suffrage des honnêtes gens doit vous consoler . S'il est vrai, monsieur, que vous ayez fait imprimer vos comédies 3, je vous prie de ne me point oublier dans la distribution de vos grâces . Vous devez avoir reçu autant de compliments que vous avez donné de Daïra . Continuez, monsieur, à cultiver cette aimable partie de la littérature , et goûtez longtemps les plaisirs de l'esprit, après avoir goûté tous les autres . Vous serez connu par de beaux ouvrages et de belles actions .
J'ai l'honneur d'être, avec une estime et un attachement bien véritables, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur .
Voltaire . »
1 Spécialement La Nouvelle Héloïse, bien entendu .
2 L'éloge avait en effet paru dans L’Année littéraire du 2 janvier 1761 , I, 1, 40 .
3 La Popelinière ne publia jamais que son roman oriental de Daïra dont le titre peut avoir inspiré V* pour un personnage des Lettres d'Amabed, Déra ; voir :https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Lettres_d%E2%80%99Amabed
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12/02/2016
Je ne vois point le bout de nos malheurs, mais je songe actuellement à du sucre
...

"A Jean-Robert Tronchin
Banquier
à Lyon
Un tant soit peu de goutte au poignet droit, mon très cher correspondant, me prive du petit agrément de vous écrire de ma maigre main . Huile et pâté viendront quand ils pourront ; Mme Denis, M. de Chimène et Mlle Corneille vous font mille compliments . Je ne vois point le bout de nos malheurs, mais je songe actuellement à du sucre . J'ai fait venir des épiceries de Hollande par le Rhin ; mais j'ignore s'il vaut mieux tirer le sucre de Hollande que de France ; je soupçonne qu'il doit être très cher chez vous 1. Mandez-moi je vous prie ce qui en est, et conseillez-moi ; c'est une bagatelle , je le sais, mais comme j'aime l'économie dans une grosse maison, cela donne l'air d'un père de famille ; on dit, voilà un homme bien entendu, il fait venir vingt quintaux de sucre de Hollande quand il est trop cher en France, il fera une bonne maison .
Je n'avais pas cru que M. Tourton, qui doit payer au 1er janvier, fût homme à différer jusqu'au milieu de février ; cela n'est pas d'un homme supérieur dans son état tel qu'il devrait l'être ; en tout cas, le délai est médiocre, et j'espère bientôt boucher quelques trous . Je tâcherai, en bâtissant des retraites agréables, de ne me point ruiner . Je vous embrasse tendrement, vous savez à quel point je vous suis dévoué . Mille amitiés à tout ce qui vous entoure .
V.
Aux Délices 14è février 1761. »
1 16 sous tournois la livre à Paris pour le sucre blanc ; voir : https://books.google.fr/books?id=QDwChpY3oxUC&pg=PA491&lpg=PA491&dq=prix+du+sucre+en+france+en+1761&source=bl&ots=pKudZN_akR&sig=dTInJfmAEwZKt0fNDsaMx5DsN70&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjyhOvG8O_KAhXD-Q4KHUuUCoMQ6AEIIDAB#v=onepage&q=prix%20du%20sucre%20en%20france%20en%201761&f=false
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11/02/2016
Chacun se peint dans ses romans
... Mais pour autant on peut opter pour la peinture réaliste, hyperréaliste, ou abstraite .
Quelle est l'option de Nicolas dans son autobiographie qui en cache plus qu'elle n'en révèle ? Je crois bien qu'il correspond au précepteur de La nouvelle Héloïse croqué par Voltaire, se payant sur pièce (ou sur la bête , si j'ose dire), l'un sur son élève, l'autre se gavant de nos impôts .
« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental, envoyé
de Parme etc.
rue de la Sourdière
à Paris
11è février 1761
Voilà le cas de mourir . Tout abandonne V. V. a écrit deux lettres à M. le duc de Choiseul 1: point de réponse . Je lui pardonne, il est surchargé . Petit-fils Prault n'a pas daigné m'envoyer un Tancrède . Je ne lui pardonne pas . Mais que mes anges ne m'instruisent ni de la santé de Mlle Clairon, ni d'aucune particularité du tripot, ni du retour de M. de Richelieu, ni de la façon dont certaine épître dédicatoire a été reçue 2, ni de l'unique représentation de la chevalerie 3, ni du Père de famille 4, c'est là le comble du malheur . À quoi dois-je attribuer ce détestable silence ? Mon cher ange a-t-il toujours mal aux yeux, comme moi à tout mon corps ? Le secrétaire que je préfère à tous les secrétaires d’État serait-il malade ?5 ou serait-elle malade ? Mes anges sont-ils absorbés dans la lecture du roman de Jean-Jacques ou de celui de La Popelinière ? Chacun se peint dans ses romans . Le héros de La Popelinière est un homme auquel il faut un sérail : celui de Jean-Jacques est un précepteur qui prend le pucelage de son écolière pour ses gages . Si jamais M. d'Argental fait un roman,il prendra pour son héros un homme aimable qui saura aimer, mais qui laissera languir son ancien ami dans l'attente d'une de ses lettres . Hélas, j'écris ; mais avec bien de la peine ; ma main pèse deux cents livres, ma tête aussi . Je ne sais ce que j'ai . Vraiment je suis bien loin de faire une tragédie . La vie est trop courte . Puisse la vôtre être bien longue, ô mes divins anges .
V. »
1 Ces deux lettres ne sont pas connues .
2 Dédicace de Tancrède à Mme de Pompadour .
3 Représentation du 26 janvier 1761 ; voir lettre du 25 janvier 1761 à Damilaville et Thieriot : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/01/24/point-de-roman-de-jean-jacques-s-il-vous-plait-je-l-ai-lu-po-5749540.html
4 Ibid .
5 La comtesse d'Argental, que V. appelle couramment Mme Scaliger .
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10/02/2016
Vous ne voudriez pas que je mourusse avec la do[u]leur de [me] plaindre de l'homme du monde que j’estime le plus
... Ce qui n'arrivera évidemment pas, tant que Monsieurdevoltaire vivra sous la main de Mam'zelle Wagnière .
« A George Lyttelton, premier baron Lyttelton
My lord, je ne peux vous remercier de ma main, étant malade, mais je n'en suis pas moins sensible à tout ce que vous me faites l'honneur de mander . Permettez-moi seulement d'observer, que ce n'est point un I say 1, que j'ai fait avoir des passeports à des seigneurs anglais, c'est un It is true 2. J'ai été assez heureux pour faire avoir des passeports au fils de M. Fox, et à toute la famille de M. Campbell 3, aussi bien qu'à trois autres Anglais malades, que M. le médecin Tronchin m'avait recommandés ; c'est pour moi un devoir et un plaisir, de rendre service à tout gentilhomme de votre nation ; c'est le seul droit que j'ai à vos bontés, mais tout homme en a à votre justice . J'ose donc vous supplier de vouloir bien faire imprimer à la fin de votre livre, et dans les papiers publics, le petit billet ci-joint . Vous ne voudriez pas que je mourusse avec la do[u]leur de [me] plaindre de l'homme du monde que j’estime le plus .
J'ai l'honneur d'être, etc.
Du château de Ferney, en Bourgogne,
par Genève, 10 février 1761.
« On s'est trompé , à la page 134 des Dialogues, en disant que M. de Voltaire était banni de France pour ses écrits . Il demeure en France dans le comté de Tournay, dont il est seigneur . C'est un[e] terre libre en Bourgogne dans le voisinage de Genève : il n'a point été exilé . »
1 Je dis .
2 Il est vrai .
3 Choiseul avait adressé aimablement le passeport pour Campbell dans une lettre à V* du 2 août [septembre] 1760 .
15:52 | Lien permanent | Commentaires (0)
des objets tendres et intéressants ; il faudra dessiner une femme blessée à mort, un guerrier qui la regarde avec douleur et avec effroi
... 
Voltaire sait manier l'humour comme personne, un maître .
10 février 1778, Paris avait l'honneur et la joie de recevoir cet immortel .
10 février 2016, le ministère des Affaires étrangères dit adieu à Laurent Fabius qui va pantoufler au Conseil constitutionnel .
A votre avis, qui, dans 238 ans se souviendra de ce nouveau président pistonné ? Pas moi en tout cas !
« A Gabriel Cramer
à Genève
10 février 1761
Monsieur Gabriel saura que ce n'est plus une chaine de galériens qu'il faut graver ; on substitue à cette plaisanterie des objets tendres et intéressants ; il faudra dessiner une femme blessée à mort, un guerrier qui la regarde avec douleur et avec effroi, et un autre guerrier désespéré posant son épée la garde en terre, la pointe appuyée sur son ventre, et prêt à se percer . Il n’y aurait donc qu'à prier Gravelot de subs[ti]tuer 1 cette estampe à l'autre .
Monsieur Cramer est prié d'envoyer deux exemplaires reliés du nouveau volume, et quatre brochés ; s'il peut trouver le Corpus poetarum il fera grand plaisir . »
1 La copie ancienne du manuscrit donne substuer .
14:41 | Lien permanent | Commentaires (0)
Votre livre m'a paru très bien fait, très commode et très utile
... Ah ! vil flatteur, tais-toi ! me dis-je .
Il aura la fin qu'il mérite , au mieux dans la poubelle jaune, peut-être ailleurs pour des cas d'urgence de fesses endurcies en manque de papier de soie .

« A Cosimo Alessandro Collini
Mon cher Collini, vous voilà agrégé au nombre des bons auteurs . Votre livre 1 m'a paru très bien fait, très commode et très utile . Je vous en fais mes compliments et mes remerciements . Je donnerai volontiers les mains à ce que vous me proposez, et à tout ce qui pourra vous être agréable 2.
Vous m'avez envoyé une traduction d'opéra 3, et je vous envoie une tragédie . Il est vrai que je ne prends pas souvent la liberté d'écrire à votre adorable maître ; mais je suis vieux, infirme, et inutile ; je ne dois songer qu'à mourir tout doucement comme font force honnêtes gens, qui ne sont pas plus nécessaires que moi au tripot de ce monde ; je n'ai guère de quoi amuser un grand prince du fond de mes retraites entre le mont Jura et les Alpes ; mais je lui serai attaché jusqu'au tombeau, et je vous aimerai toujours .
V.
Au château de Ferney par Genève
9è février 1761 4. »
1 Voir lettre du 11 juillet 1760 à Collini : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2015/07/11/e-vi-auguro-ogni-felicita-5732434.html
2 Il s'agit d'un projet d'édition des oeuvres de V* dont on verra la suite à propos de la lettre du 4 avril 1761 à Collini : voir : http://www.monsieurdevoltaire.com/article-correspondance-annee-1761-partie-16-121758412.html
3 Voir lettre du 12 novembre 1760 à Collini : http://www.monsieurdevoltaire.com/article-correspondance-annee-1760-partie-43-121012788.html
4 V* avait d'abord noté 10è février .
02:05 | Lien permanent | Commentaires (0)
cet homme si trompé dans tous les évènements qui arrivent depuis quatre ans
... Est-il plus à plaindre que les trompeurs professionnels , dites-moi Dr Freud ?
A priori, oui . A seconde vue, oui encore .
Le cocu n'a plus qu'une solution, casser la gueule au cocufieur et lui rendre la monnaie de sa pièce , ce qui peut se traduire par : mettre une raclée électorale à quelques gugusses ambitieux/ses dont le meilleur des mondes possibles ne manque pas en permanence et dont on peut se passer aisément .

Hello Ass face !
« A Charles-Philippe-Théodore von Sulzbach, électeur palatin
Au château de Ferney, 9 février 1761 1
Ce pauvre vieillard suisse, cet homme si trompé dans tous les évènements qui arrivent depuis quatre ans, ce solitaire si attaché à Votre altesse Électorale, qui voudrait être à vos pieds et qui n'y est pas ; cet amateur du théâtre qui aurait pu entendre les beaux opéras représentés dans le palais de Manheim, et qui peut à peine représenter le rôle du vieillard dans Tancrède, chez les Allobroges calvinistes, prend la liberté de mettre aux pieds de Votre Altesse Électorale une nouvelle édition de ce Tancrède, dont il eut l'honneur de lui envoyer les prémices . La tragédie présente de l'Europe me fait verser plus de larmes que Tancrède n'en a fait répandre à Paris . On pleure les malheurs publics et les particuliers, et voilà à quoi l'on passe son temps dans le meilleur des mondes possibles . La Jérusalem céleste, où j’aurai l'honneur d'aller tenir mon coin incessamment, nous dédommagera de tout cela, et ce sera un vrai plaisir . Ma vraie Jérusalem serait à Schwetzingen ; je me mets à vos pieds, monseigneur, avec le plus profond respect .
Le petit Suisse V. »
1 Collini dit que cette lettre doit dater de 1759, or toutes les allusions la placent en 1761 .
00:44 | Lien permanent | Commentaires (0)

