04/04/2016
Il n'y a rien de si dangereux qu'un homme indépendant comme moi, qui aime à rire et qui hait les sots
...
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Adorable et précieuse hulotte (chat huant).
« A monsieur l'abbé [Pierre-Joseph Thoulier] d'Olivet de
L'Académie française rue Saint-
Nicaise
à Paris
Mon cher maître votre grave magistrat a l'air d'avoir la gravité des chats huants . Ils ont la mine sérieuse, et ils craignent que les oiseaux ne leur donnent des coups de bec : il ne veut donc pas qu'on découvre en riant la tête de Midas ; il faut qu'il ait ses raisons . Non l'agriculture n'est point un sujet riant pour des Parisiens 1. Ils ne savent pas la différence d'un sillon à un guéret, mais ils se connaissent en ridicule . Malheur à qui chanterait Cérès au lieu de rire des sots .
Je voudrais que vous lussiez l'Appel aux nations 2 au sujet de notre procès du théâtre de Paris contre le théâtre de Londres . J'ai été malheureusement le premier qui ait fait connaître en France la poésie anglaise . J'en ai dit du bien comme on loue un enfant maussade devant un enfant qu'on aime et à qui on veut donner de l'émulation ; on m'a trop pris à mon mot .
Biaux chires loups, n'écoutez mie
Mère tencahnt son fieux qui crie.3
Laf.*
L'archidiacre 4 est l’agresseur . Il a donc tort . Ne pouvait-il pas louer La Motte et son Œdipe en prose, sans attaquer gens qui ont bec et ongles ? Ce monde-ci est une guerre . J'aime à la faire, cela me ragaillardit . Melliflus non tangere clamo . Flebit et insignis tota cantabitur urbe 5. Il n'y a rien de si dangereux qu'un homme indépendant comme moi, qui aime à rire et qui hait les sots . Mais je ne mets pas l'archidiacre au rang des sots ; et après l'avoir pincé tout doucement, je lui accorde généreusement la paix .
Mon cher maître il y a longtemps que nous sommes dans le siècle du petit esprit ; celui du génie est passé . Tout est devenu brigandage . Sauve qui peut . C'est bien assez qu'il y ait eu un siècle depuis la fondation de la monarchie . Rome n'en a eu qu'un . Il n'y a pas de quoi crier . Buvons gaiement la lie de notre vin .
À propos je suis fâché que nous mourions sans nous revoir .
Urbis amatorem Olivetu salvere jubemus
ruris amatores .6
Au château de Ferney 25 avril [1761]7 »
1 Épître à Mme Denis sur l'agriculture, v. 89 . Midas y représente Omer Joly de Fleury .L’Épître [… ] sur l'agriculture : voir page 194 : https://books.google.fr/books?id=d5wMAQAAMAAJ&pg=PA191&lpg=PA191&dq=L%27Ep%C3%AEtre+sur+l%27agriculture+voltaire&source=bl&ots=ik1Fv4ZThM&sig=4hP-ZR-x9jeecEwmSamat5BiRiI&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiG47GQtsbLAhWH0xQKHdAcDlIQ6AEIMTAG#v=onepage&q=L%27Ep%C3%AEtre%20sur%20l%27agriculture%20voltaire&f=false
2 Voir lettre du 16 décembre 1760 aux d'Argental : http://www.monsieurdevoltaire.com/article-correspondance-annee-1760-partie-49-121110192.html
3 Deux vers en picard tirés des Fables de La Fontaine : Le loup, la Mère et l'Enfant : http://www.la-fontaine-ch-thierry.net/louchevreau.htm
5 Il vaut mieux, je le dis bien haut, me laisser en paix – [celui qui m'aura provoqué] celui-là pleurera, et sera la risée de toute la ville . Horace, Satires, II, I, 45-46 .
6 D'après Horace, Épîtres, I, x, 1-2 ; Nous autres amants de la campagne saluons d'Olivet, amant de la ville .
7 Toutes les éditions placent cette lettre en 1764, mais toutes les allusions indiquent qu'elle est de 1761 .
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03/04/2016
on m'a envoyé des confitures
... Ce qui est infiniment plus agréable que les cris hostiles qu'a reçu M. Fol ministre de l'Agriculture , et qu'il entendra encore sans cesse, jusqu'à ce qu'il passe la main à un successeur qui n'aura pas plus de succès . Monde paysan ! comment peut-on le faire vivre de subventions (qui sont nos impôts) ? pourquoi ?
Ne vaudrait-il pas mieux payer au juste prix les produits indispensables que nous attendons chaque jour ?

Question confitures, je sais aussi bien remplir les pots que les vider .
« A [monsieur le président Germain-Gilles-Richard] de Ruffey
à Dijon
Ferney 24 avril 1761
On m'a traité comme un petit enfant, on m'a envoyé des confitures de Dijon mais je ne sais pas qui m'a fait cette galanterie 1. Je soupçonne monsieur le président de Ruffey , et je le supplie de vouloir bien me dire ce qui en est, ou ce qu'il en sait .
Je vous avais répondu monsieur sur une proposition que vous m'aviez faite 2. Je vous adressai un assez gros paquet sous l'enveloppe de M. de Varenne 3. Depuis ce temps nulle nouvelle . On a sans doute changé d'avis . Je n'en changerai jamais sur votre compte ni sur la hardiesse que j'ai de vous attendre au mois d'août dans ma chaumière de Ferney, encore ouverte de tous côtés .
Je vous embrasse de tout mon cœur, philosophiquement et sans cérémonie . »
1 C'était en fait Louis Quarré de Quintin , procureur général au parlement de Dijon , à qui V* avait envoyé de ses ouvrages ; voir page 363 : https://books.google.fr/books?id=ID8EAAAAQAAJ&pg=PA353&lpg=PA353&dq=Louis+Quarr%C3%A9+de+Quintin%C2%A0:+dijon+voltaire&source=bl&ots=Krc4YvvcgL&sig=sELIez-B8FxPuM-e9dUSZRWT1NI&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjbveXUg_HLAhXIVhQKHTiPAIoQ6AEIJzAC#v=onepage&q=Louis%20Quarr%C3%A9%20de%20Quintin%C2%A0%3A%20dijon%20voltaire&f=false
2 L'élection de V* à l'Académie de Dijon ; voir lettre du 29 mars 1761 à Ruffey : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/03/17/le-pauvre-macon-de-ferney-monsieur-travaille-a-force-pour-se-mettre-en-etat.html
3 Voir aussi lettre du 29 mars 1761 à Ruffey .
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02/04/2016
Rien n'est plus commun que de nous prouver que nous avons tort, et rien de plus rare que de nous corriger .
... No comment !
« A Philibert-Charles-Marie Varenne de Fénille,
Commis de Mgr le Contrôleur
général à Paris
Au château de Ferney 22 avril 1761
Vous ne pouvez douter, monsieur, que je ne reçoive avec bien du plaisir la mainlevée de l'anathème prononcé contre mes troupes . Il est bien difficile d'excommunier les soldats, sans que les éclaboussures des foudres sacrés ne frappent un peu les officiers . La contradiction ridicule d'être payé par le roi et de n'être pas enterré par son curé est d'ailleurs une des impertinences des plus dignes de nos lois et de nos mœurs . Si vous parvenez à nous défaire de cette barbarie, vous rendrez service à la nation . J'attends votre livre 1 avec impatience, mais je doute fort qu'il produise un autre effet que celui de nous convaincre de notre sottise . Rien n'est plus commun que de nous prouver que nous avons tort, et rien de plus rare que de nous corriger .
J'ai l'honneur d'être avec toute l'estime que votre projet m'inspire
monsieur
votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire. »
1 Bestermann suggère qu'il peut s'agir du Moyen d'acquitter les dettes de l'Etat dans un temps donné sans recourir au papier monnaie ; voir : http://data.bnf.fr/12443470/philibert-charles-marie_varenne_de_fenille/#allmanifs
. Cependant il nous semble que toute la lettre se réfère à l'excommunication prononcée contre les comédiens, « payés par le roi » mais non « enterrés par [leur] curé » ; voir lettre du même jour à Thieriot : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/04/01/m-damilaville-me-mande-qu-il-y-a-quelque-breche-a-votre-roto-5782839.html
On observera du reste que , dans diverses copies anciennes de cette lettre elle est suivie de l'Epître du pape à Mlle Clairon, faussement attribuée à V* depuis 1762, qui reprend le même sujet ; voir page 232 : https://books.google.fr/books?id=fwFlAAAAcAAJ&pg=PA232&lpg=PA232&dq=Ep%C3%AEtre+du+pape+%C3%A0+Mlle+Clairon&source=bl&ots=b75hPkDfSs&sig=T_wHYhoMfoweyPbpvpMhvip4uKQ&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiD0NPyxO_LAhXMORQKHed1AMEQ6AEIHTAA#v=onepage&q=Ep%C3%AEtre%20du%20pape%20%C3%A0%20Mlle%20Clairon&f=false
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les canons et les baïonnettes seront les vrais négociateurs
... Je le crains bien dans la lutte contre les fanatiques islamistes et tous autres assassins en guerres civiles en quelque coin du monde que ce soit .
"L'hymne à la joie" , il faut le jouer et le chanter plutôt que d'être totalement aigri
https://www.youtube.com/watch?v=tJMFIL0BUy0
et j'aime cette version percutante et tonique .

Le pharaon-sphynx louche un peu, mais bon, il travaille pour la gendarmerie.
http://www.gign.org/groupe-intervention/?p=3382
« A Jean-Robert Tronchin , Banquier
depuis ma lettre écrite j'ai été obligé d'écrire l'incluse à mon procureur, je la recommande franco aux bontés de M. Tronchin
à Lyon
Ferney 22 avril [1761]
Le congrès d'Augsbourg 1 mon cher monsieur, n'empêchera point qu'on ne fasse la guerre cette année, ou je suis bien trompé, et les articles de la paix seront dictés par les succès de la campagne, les canons et les baïonnettes seront les vrais négociateurs . J'ai pris la liberté de vous adresser par la messagerie un petit tableau encaissé pour M. d'Argental, puis-je encore pousser l'abus que je fais de toutes vos bontés jusqu'à vous prier de faire mettre sur cette petite caisse l'adresse de M. d'Argental, et d'ordonner que le port en soit payé à Lyon ? Vous me ferez un sensible plaisir ; je crois que c'est par la diligence qu'il faut envoyer cette petite caisse .
Vous devez avoir à présent à Lyon M. de Chimène . Il est entièrement des nôtres, il a acheté une grange, de mauvais prés, de mauvais champs avec une mauvaise vigne qui donne de mauvais vin, à Saconnex ; et il va faire jouer à Lyon une tragédie de sa façon 2 que nous souhaitons beaucoup qu'on ne trouve pas mauvaise . S'il avait pour auditeur Jean-Jacques, je crois qu'il serait à plaindre .
À propos de Jean-Jacques, j'ai bien grondé le petit Jean-Louis Wagnière d'avoir eu l'impertinence de vous adresser un paquet de lettres sur le roman de Rousseau . J’espère qu'il ne fera plus de pareille sottise .
On exige le 3è vingtième avec tant de rigueur qu'il faut bien croire que nous serons payés de nos effets royaux .
Mme Denis et Mlle Corneille vous font mille compliments, bonsoir mon cher ami .
V. »
1 Plusieurs des parties en guerre avaient convenu de se rencontrer à Augsbourg ; mais ce congrès n'eut finalement pas lieu .
2 Dom Carlos, représentée à Lyon le 5 mai 1761 ; voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Louis_de_Xim%C3%A9n%C3%A8s
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01/04/2016
J'm'en fish !...
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M. Damilaville me mande qu'il y a quelque brèche à votre rotondité
... Et comme n'a pas osé le dire ce cher Damilaville (militant honteux ), vous avez tout d'un monument historique en ruines M. Hollande .
« A Nicolas-Claude Thieriot, chez M.
Baron, médecin
rue Couture-Sainte Catherine
à Paris
Ferney 22 avril 1761 1
Mon ancien ami, je vous croyais opulent, ou du moins arrondi . M. Damilaville me mande qu'il y a quelque brèche à votre rotondité . Voici une idée qui m'est venue . Un magistrat de Dijon, jeune et de beaucoup d'esprit, a fait une comédie très singulière, et ne voudrait pour rien [au]2 monde être connu . Son idée est de la faire jouer , et de partager les honoraires entre celui qui se chargera du délit, et un secrétaire très affectionné , vieux serviteur de la maison . Ils auront aussi le profit de l'édition . Voyez si vous pouvez vous charger de cette besogne . Je crois que ce n'est pas une mauvaise affaire . L'auteur exige un profond secret ; êtes-vous en état de faire lire cette comédie au tripot, sans vous commettre, et sans commettre personne ? Je remplis la mission dont l’amitié me charge . Mandez-moi votre résolution .
J'ai demandé un almanach où l'on trouve les patriarches grecs . J'en ai besoin, non pas que je prenne un vif intérêt à l'église grecque, mais en qualité de pédant .
On m'a promis un livre contre l'excommunication des comédiens 3. L'auteur doit me l'envoyer .
Du Molard m'a demandé une trève de la part de l'abbé Trublet, il dit qu'il ne compilera plus . Je donne donc l'absolution à l'archidiacre mon confrère . »
1 Date complétée par Thiriot .
2 V* a écrit par erreur autre pour au . Pour le « jeune magistrat », voir lettre du 29 mars 1761 à Mme Belot : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/03/16/ce-que-vous-refuserez-si-la-proposition-offense-votre-honneu-5774879.html
3 François-Charles Huerne de La Mothe : Libertés de la France, contre le pouvoir arbitraire de l’excommunication, ouvrage dont on est spécialement redevable aux sentiments généreux et supérieurs de Mlle Clai**, 1761 . L'ouvrage fut dénoncé au parlement et condamné au feu le 22 avril 1761, et l'auteur chassé du corps des avocats, mais Choiseul lui créa un poste ; voir Barbier, VII, 363-367 .
Voir : http://data.bnf.fr/12087951/francois-charles_huerne_de_la_mothe/#allmanifs
et : http://siefar.org/dictionnaire/fr/Claire-Jos%C3%A8phe-Hyp...
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S'il y a quelque chose à faire de ma part, je suis à vos ordres
...

Ainsi fit Voltaire !
« A Louis-Gaspard Fabry 1
Je vous confie, monsieur, la lettre ci-jointe 2, que le sieur Sédillot fils m'envoie sous l'enveloppe de monsieur le contrôleur général . S'il y a quelque chose à faire de ma part, je suis à vos ordres comme vous savez . Vous ne doutez pas des sentiments avec lesquels j'aurai l'honneur d'être toute ma vie, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire.
22è avril 1761, à Ferney . »
1 L'original signé porte la mention suivante de la main de Fabry : « Lettre de M. de Voltaire 22 avril 1761 : avec copie d'une lettre par lui reçue de M. Sédillot fils du 15 du même mois . »
2 Lettre non connue .
00:13 | Lien permanent | Commentaires (0)

