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26/02/2015

il est vrai que je digère mal . Il n'est pas moins vrai que je n'ai pu digérer votre refus de me donner une quittance générale après que je vous en ai donné une

... Est-ce une phrase issue du procès de l'affaire Bettencourt- Banier - de Maistre - Cassina Vejarano - Pascal Wilhelm - Woerth - Sarkozy par ricochet - etc. Affaire où le mensonge est roi, c'est du grand n'importe quoi, qu'on sorte vite l'insecticide le plus puissant pour éliminer les vermines parasites .

 http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/02/25/ce-qu-il-faut-retenir-du-proces-bettencourt_4583063_3224.html

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« A Jean-Louis Labat, baron de Grandcour

Aux Délices, 25 février 1760 1

Monsieur, il est vrai que je digère mal . Il n'est pas moins vrai que je n'ai pu digérer votre refus de me donner une quittance générale après que je vous en ai donné une 2.

Vous croyez que j'ai un papier de vous du mois d'avril, un double d'un ancien compte . Je me souviens qu'en effet vous me promîtes ce double, mais je ne me souviens pas que vous me l'ayez donné . J'ai toujours eu en vous assez de confiance pour n’exiger aucune sureté . Je vous ai rendu tous les papiers que j'ai retrouvés concernant la seule affaire que j'aie jamais eue avec vous 3, et vous ne m'avez rendu aucun des miens . J'ai cherché pendant trois jours ce double et je ne l'ai point trouvé . Il vous est d'ailleurs entièrement inutile, puisqu'il est annulé par une quittance générale .

Vous sentez bien , monsieur, que ma situation est précisément le contraire de la vôtre . Je vous ai rendu des papiers qui ne vous chargent pas, et vous retenez ceux qui me chargent . Je vous ai donné une quittance générale et vous ne m'en avez point donné .

J'ai daté les lettres par lesquelles je vous ai assuré que je ne vous demandais rien, et vous n'avez point daté celles d'hier et d'avant-hier par lesquelles vous convenez que vous n'avez rien à me demander ; ou du moins par lesquelles on peut l'inférer . Vous avez eu mon argent entre vos mains et je n'ai jamais eu le vôtre .

A mesure que vous m'avez rendu mon argent vous m'avez fait signer des reçus, et il y en a de votre main portent que je vous tiendrai compte . J'ai signé ces reçus par la confiance que j'ai toujours eue en vous . Mais malheureusement, il se trouve que ces reçus portant que je vous tiendrai compte sont des billets exigibles . Il paraît par la nature de ces billets que je vous suis redevable quoique je ne le sois pas . Je me vois exposé, moi ou mes héritiers, à payer en cas de malheur un argent que je ne dois point .

Je vous ai supplié de mettre tout en règle, de me rendre mes reçus qui paraissent être des promesses, de me donner votre quittance générale, comme je vous ai donné la mienne . Vous me refusez cette quittance, vous m'écrivez que vous ne me rendrez mes reçus , ni ne me donnerez quittance, que quand vous aurez reçu ce double prétendu du mois d'avril sur lequel vous insistez .

Mais , monsieur, si je n'ai pas ce double, qui vous est inutile, faut-il que vous me reteniez des reçus qui me sont nécessaires ? faut-il que vous me mettiez en péril, quand vous n'y êtes pas ! Votre famille ne peut jamais redemander un écrit double à la mienne ; mais elle peut demander le paiement des billets mal conçus, que vous m'avez fait signer, portant que je tiendrai compte, au lieu d'y mettre j'ai reçu à compte . Un héritier mal instruit peut se prévaloir de cette méprise, et me demander avec bonne foi ce que mes héritiers ne devraient point . Il faut donc que vous me mettiez à l'abri quand vous y êtes .

J'ai annulé, j'annule tous billets, tout écrit à votre charge, faites en autant à mon égard . C'est une justice qu'on n'a jamais refusée , et que sans doute vous ne refuserez pas . J'ai l'honneur d'être

monsieur

votre très humble et très obéissant serviteur

Voltaire . »

1 Manuscrit olographe daté du 26, peut-être parce que V* comptait la faire porter le lendemain avec celle à François Tronchin . V* envoya une copie à François Tronchin .

3 Le prêt au duché de Saxe-Gotha en 1758, voir entre autres, la lettre du 24 juin 1758 à la duchesse de Saxe-Gotha : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2013/09/03/temp-9b757ce11d92a7049bca1e9674b3b4be-5154712.html

 

25/02/2015

On parle d'arrangements de finances qui dérangeront furieusement les particuliers

... Ah ! ce cher Voltaire ! mais comment fait-il pour nous décrire avec 350 ans d'avance ce qui attend la Grèce et ses fils d'evzones ?

http://www.capital.fr/a-la-une/politique-economique/les-concessions-de-la-grece-pour-obtenir-l-aide-des-europeens-1015357

"Lutter contre la fraude, l'évasion fiscale, la contrebande" ! mais de quoi vont-ils vivre désormais ; quels autres métiers connaissent-ils ? comment rééduquer un peuple pour qui la fraude est estimable ? un sevrage avec huile et pain sec ?

Le régime crétois ayant fait fondre la graisse des gros touristes , ne saurait-il pas engraisser les maigres grecs aux maigres revenus, victimes des potentats de la triche ?  

Zorba and C° , vous chantiez (et Mélanchon riait de se voir si beau en votre miroir), j'en suis fort aise , eh  bien ,  dansez maintenant , et sans faux pas s'il vous plait .

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« A Nicolas-Claude THIERIOT.
Aux Délices, 22 février [1760].
On reconnaît ses amis au besoin : il faut que vous me disiez absolument ce que c'était que cette lettre de change du révérend père de Sacy 1, de la compagnie de Jésus et de Judas. Il faut aussi
que vous ayez la bonté de me faire avoir, par le moyen de M. Bouret, les Œuvres du poëte-roi. Je n'entends pas par là les Psaumes de David, mais bien la prose et les vers de Sa Majesté prussienne.
Il n'est plus guère Majesté prussienne, attendu que les Russes lui ont raflé la Prusse ; il est encore électeur de Brandebourg, mais peut-être ne le sera-t-il pas longtemps. Je serai fort flatté d'avoir
mis la main à ses ouvrages, s'ils durent un peu plus que son royaume.
A-t-on joué Spartacus 2, et M. Lefranc de Pompignan a-t-il fait un bel éloge de Maupertuis ?3 A-t-il bien prôné la religion de cet athée? A-t-il fait de belles invectives contre les déistes de nos jours ?
Je vous prie, mon cher ami, de me mettre un peu au fait.
J'ai beau exalter mon âme pour lire dans l'avenir, comme feu Moreau-Maupertuis, je ne peux deviner ce que deviendront nos fortunes. On parle d'arrangements de finances qui dérangeront furieusement les particuliers. Si, avec cela, on peut avoir des flottes contre les Anglais, et des grenadiers contre le prince Ferdinand, il ne faudra pas regretter son argent.
Je n'ai point été surpris de voir qu'il n'y ait que quinze conseillers au parlement qui aient porté leur vaisselle; mais je suis fâché que sur plus de vingt mille hommes qui en ont à Paris, il ne se soit trouvé que quinze cents citoyens qui aient imité Mlle Hus et le roi 4.
On dit que le parlement fera brûler les Œuvres du roi de Prusse : c'est une plaisanterie digne de notre siècle; il vaudrait mieux brûler Magdebourg; mais malheureusement on y rôtirait l'abbé de Prades, qui est dans un cachot de la citadelle, et je n'aime point qu'on brûle les bons chrétiens.
Je vous embrasse de tout mon cœur. »

2 Le Spartacus de Saurin a été joué le 20 février avec succès ; voir aussi lettre du 24 octobre 1759 à d'Argental : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/10/24/on-paye-cher-les-malheurs-de-nos-generaux.html

3 Jean-Jacques Lefranc de Pompignan , premier président de la cour des aides à Montauban avait été élu au fauteuil de Maupertuis à l'Académie française . Il prononça l'éloge de ce dernier le 10 mars 1760 ; son discours constituait une attaque courageuse contre les philosophes, qui devait déclencher la longue « campagne des monosyllabes »de V* contre lui . Voir lettre du 25 mars 1760 à Gabriel Cramer : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/03/27/la-lettre-a-laquelle-je-reponds-est-d-un-cuistre-de-ministre.html

 

24/02/2015

Je remercie à deux genoux la philosophe qui met son doigt sur son menton, et qui a un petit air penché

... Quand elle lit Voltaire , c'est Mam'zelle Wagnière .

 

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« A Jean de LINANT. 1
Aux Délices, 22 février 1760
Je remercie à deux genoux la philosophe 2 qui met son doigt sur son menton, et qui a un petit air penché que lui a fait Liotard 3 ; son âme est aussi belle que ses yeux. Elle a donc la bonté de s'intéresser à notre malheureuse petite province de Gex ; elle réussira si elle l'a entrepris ; puisse-t-elle revenir avec M. Linant et le Prophète de Bohême !
J'écris, monsieur, à M. d'Argental, en faveur de Mlle Martin,4 ou Lemoine, ou tout ce qu'il lui plaira ; quelque nom qu'elle ait, je m'intéresse à elle. J'ai entendu parler de deux nouveaux volumes du roi de Prusse, imprimés depuis peu à Paris; il fait autant de vers qu'il a de soldats. La police a défendu ses vers, on dit même qu'on les brûlera : cela paraît plus aisé que de le battre.
Je suis médiocrement curieux de l'éloquente Oraison 5 de M. Poncet de La Rivière 6, mais je voudrais avoir le Spartacus de M. Saurin 7 ; c'est un homme de beaucoup d'esprit, et qui n'est pas à son aise. Je souhaite passionnément qu'il réussisse.
Vous me parlez de terribles impôts ; puissent-ils servir à battre les Anglais et les Prussiens ! Mais j'ai peur que nous n'en soyons pour notre argent.

Je présente mes obéissances très-humbles à toute la famille.
Si Mme d'Épinay veut m'écrire un petit mot, elle comblera de joie un solitaire malade dans son lit. Ce malade a demandé au grand Tronchin s'il fallait s'enduire de poix-résine, comme l'ordonne Maupertuis ; il a répondu qu'il fallait attendre des nouvelles de l'Académie française. »

1 Gouverneur du jeune d'Epinay ; il en est question dans les Mémoires de Mme d'Epinay : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k205323h

2 Mme d'Épinay .

4 Voir lettre du 18 juillet 1760 à Linant : page 467 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6514333b/f483.image.r=linan

5 L’Oraison funèbre de très haute et très puissante princesse, madame Louise-Élisabeth de France, [...] duchesse de Parme […] prononcée dans l'église de Paris, le 12 février 1760 , de Mathias Poncet de La Rivière.

7 Le Spartacus de Saurin a été joué le 20 février avec succès. Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard-Joseph_Saurin

 

23/02/2015

la nécessité indispensable de s'accommoder avec la province pour le sel et pour la suppression des bureaux

... A savoir, nouveau découpage territorial et suppression d'une foule de fonctionnaires qui ne fonctionnent que pour appliquer des règlements amphigouriques . C'est non seulement souhaitable, mais absolument, vitalement nécessaire .

Que l'Alsace ait refusé de s'allier à la Lorraine et Champagne-Ardennes  ne m'étonne qu'à moitié , ils sont encore perturbés là-bas, trop fiers ou plutôt trop orgueilleux, trop favorisés par la zone frontière allemande,  et donc trop riches, surtout  ne voulant pas partager avec une région défavorisée ; en tout cas c'est comme ça que je le ressens, et c'est plus que déplaisant .

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« A Louis-Gaspard Fabry

subdélégué, et maire

à Gex

22 février 1760

Monsieur, j'ai l'honneur de vous donner avis que M. d'Epinay fermier général a parlé fortement à ses confrères au sujet du pays de Gex et de la nécessité indispensable de s'accommoder avec la province pour le sel et pour la suppression des bureaux . On me mande que l'affaire est en très bon train ; vous la finirez de la manière que vous jugerez la plus convenable . Peut-être n'est-il pas mal qu'on tienne en haleine la compagnie qui se présente, parce qu'il se pourrait bien faire que monsieur le contrôleur général acceptât les cent mille écus pour le roi, dans la disette où l'on est d'argent, en abandonnant d'ailleurs aux fermiers généraux 15000 livres sur le prix général de leur bail . Il y a cent manières de tourner la chose, mais la plus sûre sera de s'aboucher avec M. d'Epinay, qui probablement viendra traiter avec vous .

Je suis obligé de faire déclarer sous serment, par mes voituriers de Ferney, et par les témoins de Mollis, boucher, et par Soubairan, cabaretier, que les dits voituriers étaient en règle et n'avaient point passé le bureau de Saconnex, quand on nous fit l'avanie, à ma nièce et à moi, de saisir nos blés . Monsieur l'intendant nous a mandé que nos voituriers n'étaient pas en règle . Nous devons prouver qu'ils y étaient, et si monsieur l'intendant, par quelque motif que je ne puis concevoir ne nous rendait pas la justice qui nous est due, malgré la protection de M. le duc de Choiseul et de monsieur le contrôleur général, nous serions obligés de nous adresser au roi . Mais nous espérons que la bonté et l'équité de M. de Fleury ne nous réduira pas à cette nécessité .

J'ai l'honneur d'être avec tous les sentiments que je vous dois

monsieur

votre très humble et très obéissant serviteur

Voltaire. »

 

22/02/2015

Le couvent des Délices fait des prières pendant ce saint carême

... pour que ces saintes mortifications de jeûne (qui, notons le, durent quarante jours contre seulement 28 jours pour le ramadan) laissent à tous les humains le loisir de partager , leur temps, leur argent, leurs surplus . Amen !

Me reviennnent invinciblement au coeur ce chant de Brel : https://www.youtube.com/watch?v=0sIiSosI_Q8

et celui de Brassens : https://www.youtube.com/watch?v=1xTHNXIcOCw

Il n'est guère de plus belles prières que celles de ces anarchistes au coeur ouvert .

Je n'oublie pas Voltaire qui détestant les religions n'en a pas moins écrit l'une des plus belles prières qui soit : https://www.youtube.com/watch?v=vSZcgeyovGQ

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« A François de Chennevières

22 février [1760]

Le couvent des Délices fait des prières pendant ce saint carême pour monsieur de Chennevières , et pour la sœur du pot 1; si on avait de la santé , on serait très heureux dans le couvent ; il est plus agréable que celui de Sans-Souci ; tâchez d'envoyer contre le roi de Prusse autant de soldats qu'il a fait de vers .

Ayez la charité de faire mettre de belles adresses contresignées aux deux incluses, vous obligerez votre très attaché serviteur .

Le malingre . »

 

21/02/2015

Il est triste qu'un parlement ne soit pas le maître de la police, et qu'il soit de droit divin de s'enivrer et de gagner la chaudepisse le jour de Saint-Simon, Saint-Jude et Saint-André

... Et à la Saint Glinglin , le pape autorisera le préservatif comme moyen anticonceptionnel après l'avoir -du bout des lèvres , et du goupillon- , autorisé comme moyen de prévention contre les maladies vénériennes et le SIDA .

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« A Charles de BROSSES, baron de Montfalcon
20 février[1760]
Je me hâte, monsieur, de vous remercier de toutes vos bontés et de toutes vos judicieuses réflexions. Ce qui concerne les fêtes, inventées par les cabaretiers et les filles, n'était qu'une consultation à laquelle vous avez très-bien répondu. Il est triste qu'un parlement ne soit pas le maître de la police, et qu'il soit de droit divin de s'enivrer et de gagner la chaudepisse le jour de Saint-Simon, Saint-Jude et Saint-André. Je sais que les curés ont le droit arbitraire de permettre qu'on recueille et qu'on ensemence ; il est bien plaisant que cela dépende de leur volonté. Le curé de Ferney 1 est fâché de n'avoir pu m'enlever encore mes dîmes inféodées. Mes domestiques sont suisses et huguenots ; mon évêque, savoyard 2 : je ferai avec eux tout ce que je pourrai.
Quant à la Perrière, je demande simplement qu'on me signifie un titre, un exemple 3. Je ne fais point de procès : je demande qu'on me mette en possession de cette justice en vertu de laquelle on me demande de l'argent. J'offre l'argent ; je présente seulement requête pour avoir une quittance. Est-il possible qu'on soit seigneur haut-justicier sans titre, et qu'on vienne saisir mes bestiaux sans aucune allégation?
Vous me parlez, monsieur, d'une déclaration d'un nommé Ritener. Hélas ! je n'ai vu ni cette déclaration, ni aucune pièce du procès, ni aucun titre. Encore une fois, Ritener est un Suisse qui ne sait certainement pas si la Perrière est en Savoie ou en France; il sait seulement que c'est un bouge qui sera toujours bouge, et je ne vois pas où est l'avantage de passer pour seigneur haut-justicier d'un bouge qui est dans le fief d'un autre.
Vous pouvez être très-sûr que dès que j'aurai consommé l'achat de Tournay,4 je résignerai ce ridicule honneur.
Il y a, monsieur, un petit embarras pour les lods et ventes de Tournay, et je travaille à le faire lever. Permettez-moi, en attendant, de vous réitérer mes prières pour que Girod me communique tous les titres et tous les droits de la terre ; il est bien étrange qu'on ne m'ait pas encore communiqué un seul papier.
J'ose encore vous prier de m'indiquer un procureur, le moins fripon qu'on puisse trouver au parlement de Dijon, où l'on dit qu'ils le sont moins qu'ailleurs. Je vous serai très-obligé.
Permettez-moi de recourir encore à vos bontés pour une autre affaire qui rend les terres du pays de Gex bien désagréables : c'est celle de la saisie de mes blés de Ferney, le 24 janvier. C'est une avanie de Turc qu'on punit chez les Turcs. C'est un faux procès-verbal antidaté par les commis ; c'est une double déclaration du receveur et du contrôleur du bureau, qui avoue le crime de faux ; c'est une violence et une friponnerie, non pas inouïe, mais intolérable. Je vous avoue que, si je n'en ai pas
raison, je vais affermer Ferney, Tournay, et mes autres domaines comme je pourrai, et que je mourrai dans mes Délices, sans remettre le pied sur la frontière de votre pays. J'ai cherché dans ma vieillesse la liberté et le repos ; on me les ôte. J'aime mieux du pain bis en Suisse que d'être tyrannisé en France.
Si vous daignez vous donner la peine de lire les pièces chez M. Dubut, vous me ferez un grand plaisir.
Vous verrez, par cette aventure, combien le pays de Gex a intérêt à s'accommoder avec les fermiers généraux. Je conçois qu'il y a des difficultés dans le projet de la compagnie qui se présente ; mais ce projet sera aisément accepté et solidement formé, si le contrôleur général le veut. Mon avis, à moi, serait qu'on donnât au roi 300 000 livres, ou même 400 000, au nom de la province, et que la province obtînt arrêt du conseil qui la détachât des cinq grosses fermes, moyennant une petite indemnité par an qu'elle payerait à nos seigneurs. Il y aurait encore beaucoup à gagner pour la province et pour la compagnie. Si monsieur l'intendant prend à cœur cette affaire, elle se fera ;
mais, si elle n'est pas conclue à Pâques, je ne m'en mêle plus.
Vous avez donc lu le roi de Prusse ? S'il s'en était tenu à tenir la balance de l'Allemagne, s'il n'eût point crocheté les coffres de la reine de Pologne, s'il n'eût point pillé tant de vers et tant de villes, vous lui pardonneriez de penser comme Lucrèce, Cicéron et César. C'est à nos faquins de molinistes et de jansénistes qu'il ne faut pas pardonner.
J'aurai l'honneur de vous envoyer incessamment le résultat des sentiments de notre petite compagnie.
Je vous présente mes respects.

 

V. »

 

1 Ancian , curé de Moëns .

 

 

3 On voulait faire payer à Voltaire, comme seigneur haut-justicier de la Perrière, les frais d'un procès fait à un paysan nommé Panchaud.Voir lettre du 2 janvier 1760 à de Brosses : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2015/01/08/la-notoriete-publique-ne-suffit-pas-pour-constater-un-droit-5529502.html

 

4 Voltaire avait la jouissance viagère de Tournay, et il songeait alors à se rendre propriétaire du domaine.

 

 

les princesses portaient des bas ; pour les autres dames, j'ai peur que bientôt elles ne portent point de chemise, si la guerre dure encore un an

... Et c'est ainsi qu'on les retrouve , dans un monde sans paix,

révolutionnaires du XIXè siècle

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et femen du XXIè, 

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 même combat !

 

« A Louise-Dorothée von Meiningen, duchesse de SAXE-GOTHA
Au château de Tournay, 19 février [1760], partira le 22 ou le 23.
Madame, je n'ai rien de nouveau touchant le mariage de la coquette. Il est plaisant que Votre Altesse sérénissime ait pris un moment cette belle épithète de coquette pour elle ; non, madame, vous n'avez de votre sexe que la beauté. Je m'imagine que la charmante et respectable Alzire, de Thuringe, vous ressemble.
Ah ! madame, qu'elle mette des bas de soie ou des bottines, ou qu'elle soit nu-jambes si elle veut, tout sera bon si elle tient de sa mère, comme je le crois. Je n'aime point les bottines ; j'ai vu tout le monde botté à Berlin, mais les princesses portaient des bas ; pour les autres dames, j'ai peur que bientôt elles ne portent point de chemise, si la guerre dure encore un an.
Le Brandebourg doit être dans un état pitoyable par la cessation du commerce, par le nombre énorme de recrues, par la dévastation des pays voisins. Voilà, madame, à la longue, tout le fruit de la guerre, et les suites en peuvent être encore cent fois plus affreuses. Il est désagréable qu'un livre de poésies du roi de Prusse paraisse dans ce temps-ci. La police en a fait saisir les exemplaires à Paris. Il me semble que le nom d'un homme tel que le roi de Prusse devrait être respecté partout. C'est étrangement le profaner que de voir ses ouvrages un gibier de police. On ne s'accoutume point à voir un héros traité comme Fréron et comme les autres gredins de Paris. Le meilleur ouvrage qu'il
pourrait faire serait un traité de paix, car bientôt on n'aura pas plus de chemises à Paris qu'à Berlin. On nous fait vendre les nôtres avec notre vaisselle pour faire la campagne. On dit que nous renonçons à la marine pour porter le ravage sur terre.
J'ignore si votre nouveau voisin, le landgrave catholique 1, est toujours prisonnier gouverneur à Magdebourg. C'est encore là un nouveau sujet de noise. Mais, madame, ce n'est pas à moi de me mêler des affaires de vous autres princes ; je ne dois penser qu'à Mlle Pertriset et à son mariage. J'eus l'honneur de lui écrire, il y a huit ou dix jours 2, et je lui demandai sa protection auprès de Votre Altesse sérénissime. 

 

V.»

 

1 Frédéric de Hesse-Cassel qui converti au catholicisme venait de succéder à Guillaume VIII .