07/02/2018
Je n'ai jamais conçu, monsieur, comment vous vous étiez fait esclave, pouvant être libre
...
« A Pierre Rousseau, chez monsieur le
Comte de Turpin
Rue Garancière
à Paris
A Ferney 2è mars 1763 1
Je n'ai jamais conçu, monsieur, comment vous vous étiez fait esclave, pouvant être libre . Votre journal avait une grande réputation . Vous y auriez travaillé dans le château de Tournay, beaucoup plus facilement qu'ailleurs, étant à un pas d'une ville de commerce et pouvant établir toutes vos correspondances sans demander permission à personne . Malheureusement j'ai prêté cette habitation pour une année .
Je ne vous conseille pas d'aigrir M. le duc de Bouillon si [je] peux vous servir auprès de lui , dites-moi précisément ce que vous lui demandez . Prescrivez-moi aussi ce que je dois écrire à M. l'abbé Coyer, vous serez servi sur-le-champ .
Vous me mandâtes il y a quelque temps que je vous avais écrit à Bouillon . Cela m'étonna beaucoup . Il faut que ce soit quelqu'un qui ait pris mon nom, car il me semble qu'il y a plus de quatre mois que je ne vous ai adressé de lettre de ce pays-là . Je suis malade . Je perds la vue, mais je ne perdrai jamais ni l'envie de vous servir, ni l'estime véritable avec laquelle j'ai l'honneur d'être, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur
Volt. »
1 L'édition Lettres inédites ,1822, date à tort du 17 mars 1763 .
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saint Thomas est un sot , Bossuet est de mauvaise foi, donc, il n'y a point de Dieu
... Il neige à Paris, les automobilistes sont bloqués, donc, la Corse doit être aussi bien considérée que la Nouvelle Calédonie , CQFD ! Et par surcroit, NKM quitte la France , calamitas ! Nous sommes vraiment dans une France perturbée , non ?

« A Paul-Claude Moultou
à Genève
Mon très cher et très aimable prêtre 1, vous avez très grande raison de vouloir qu'on fasse sentir que la mauvaise métaphysique jointe à la superstition, ne sert qu'à faire des athées . Les demi-philosophes disent, saint Thomas est un sot , Bossuet est de mauvaise foi, donc, il n'y a point de Dieu . Il faut dire au contraire, donc, il y a un Dieu qui nous apprendra un jour ce que Thomas d'Aquin ne savait point, et ce que Bossuet ne disait pas . Je me suis fort étendu sur cette idée dans un chapitre précédent .
Croiriez-vous que je n'ai plus de pompignades ? Il en faut refaire ; il n'est pas juste que vous en manquiez .
L'affaire des Calas prend le meilleur train qui soit possible ; je me flatte toujours qu'on tirera un très grand bien de cette horrible aventure .
Mme Denis est toujours bien malade . Je finis en vous embrassant avec le plus tendre respect .
V.
2è mars [1763] 2»
1 Le manuscrit portait les mots de Baal, qui ont été biffés .
2 L'édition Gaberel, où manquent quelques mots , date de 1764 .
08:19 | Lien permanent | Commentaires (0)
06/02/2018
C'est la religion qui m'a fait faire ce que j'ai fait
... C'est ce qu'aimerait faire croire le lâche et minable Salah Abdeslam .Qu'on l'enferme à jamais .

Ne nous voilons pas la face , tes Allah mentent !
« A Etienne-Noël Damilaville
Le 2 mars [1763] 1
En réponse à la lettre de mon cher frère du 23 février je lui dirai : Mes frères, il ne faut pas calomnier les malheureux, surtout quand on n'a pas besoin de leur imputer des crimes . Vous devez vous apercevoir que je n'ai pas ménagé les jésuites ; mais je soulèverais la postérité en leur faveur si je les accusais d'un crime dont toute l'Europe et Damiens les ont justifiés . Je ne puis et ne dois dire que ce qui est dans le procès . J’ai rempli le devoir d'historien ; et je ne serais qu'un vil écho des jansénistes , si je parlais autrement .
Comment pouvez-vous dire que l'infâme n'a aucune part au crime de ce scélérat ? Lisez donc sa réponse : C'est la religion qui m'a fait faire ce que j'ai fait 2. Voilà ce qu'il dit dans son interrogatoire . Je ne suis que son greffier .
Mon cher frère, je hais toute tyrannie, et je ne serai jamais ni jésuite, ni janséniste, ni parlementaire .
Il y a bien une autre bouffonnerie de ce Simon : vous savez sans doute l'aventure du garde des sceaux, du secrétaire Carpot et des lettres patentes 3. Cela est délicieux, et l’emporte sur tout le reste . Vive le roi, et Simon Lefranc !
Écrasez l'infâme . »
1 Voir lettre du 28 février 1763 au même : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2018/02/02/que-de-magistrats-que-d-hommes-en-place-seraient-heureux-de-6023009.html
2 Ces mots ne se trouvent pas dans l'interrogatoire de Damiens mais ils sont conformes à sa pensée ; voir le Précis du siècle de Louis XV, chap. XXXVII : https://fr.wikisource.org/wiki/Pr%C3%A9cis_du_si%C3%A8cle_de_Louis_XV/Chapitre_37
3 V* raconte cette histoire dans la Lettre de Paris du 20 février 1763 : https://books.google.fr/books?id=GW8BZOWHmm0C&pg=PA1&lpg=PA1&dq=voltaire+Lettre+de+Paris+du+20+f%C3%A9vrier+1763%C2%A0&source=bl&ots=7kr_lfEoo7&sig=PykjOrP40T3lYpzcBMYEQX2pWYc&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiJi5C_7pDZAhXM1qQKHZVdANAQ6AEIOzAC#v=onepage&q=voltaire%20Lettre%20de%20Paris%20du%2020%20f%C3%A9vrier%201763%C2%A0&f=false
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05/02/2018
Pourvu que le retardement de l'opération ne soit pas plus dangereux que l'opération même, je suis très content
...
« A Gabriel Cramer
[vers le 1er mars 1763]
Je renvoie F caro . J'ajoute une correction importante aux notes judaïques .
J'attends F, G et E D de la Tolérance . L'ouvrage sera hardi mais sage .
On me demande une douzaine de pompignades .
La requête des Calas est admise . Je suis bien fâché que la nature n'admette pas celle de la maréchale de Villars 1.
Cabanis 2 admet-il la vôtre ? »
1 La maréchale de Villars mourut le 3 mars 1763 . Il semble bien que V* écrive ici alors que la nouvelle était attendue . Voir lettre du 10 février 1763 à Cramer : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2018/01/08/absolument-guerie-j-en-suis-au-comble-de-la-joie-6015309.html
2 Cabanis, « le plus habile chirurgien de Genève » pour soigner l'hydrocèle de Gabriel Cramer .
« A Gabriel Cramer
[vers le 1er mars 1763]
Pourvu que le retardement de l'opération ne soit pas plus dangereux que l'opération même, je suis très content ; il est vrai que la maladie de Mme Denis n'est point inquiétante, mais elle est bien cruelle ; il y a un mois entier qu'elle ne dort ou ne mange, et qu'elle souffre .
Monsieur Cramer voudrait-il bien me faire le plaisir de m'envoyer encore une vingtaine de pompignades ? »
« A Gabriel Cramer
[vers le 1er mars 1763]
J'envoie l’Éveillé avec un âne chercher les cinq volumes languedochiens ; ils m'auraient été bien nécessaires pour vérifier bien des superstition toulousaines .
Je prie monsieur Cramer de vouloir bien envoyer la facture, afin que j'aie l'honneur de la lui rembourser .
Voici une lettre pour monsieur son frère . J'attends des feuilles . Comment vont les parties affligées ? »
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Il est bon de se corriger jusqu'au dernier moment
... Ce dont je ne me priverai pas , autant que possible .
« A Gabriel Cramer
[février -mars 1763]
Je prie instamment monsieur Caro de me faire l'amitié d'imprimer la nouvelle Mariamne à la place de l'ancienne . Il est bon de se corriger jusqu'au dernier moment . Cependant, j'avoue que je trouve toutes les pièces de théâtre mauvaises, si vous en exceptez celles de Racine . Lira qui voudra les feuilles d'Oedipe et de Pertharite, assurément ce ne sera pas moi ; elles m'ennuient trop . Sur ce j'embrasse mon cher Caro . »
« A Gabriel Cramer
[février-mars 1763]
Il ne me faut que la relation et l’hymne dont M. d'Argental demande une douzaine 1. Je prie monsieur Cramer de vouloir bien me les donner pour mercredi avant la poste . »
1 V* a envoyé aux d'Argental un premier exemplaire de l'Hymne le 19 février 1763 : voir lettre : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2018/01/19/on-dit-que-les-aveugles-sont-gais.html
16:33 | Lien permanent | Commentaires (0)
j'ai un besoin pressant d'en savoir la position et les confins
... Mais de quoi , au fait ?
« A Joseph-Marie Balleidier
[février-mars 1763]
Je vous prie, monsieur, de m'envoyer les papiers concernant le petit pré subhasté par le nommé Touches sur Pasteur de Genève lequel nous avons acheté ; j'ai un besoin pressant d'en savoir la position et les confins . À l'égard de l'affaire de Jolivet contre Bétems, Jolivet fera fort bien de subhaster ce verger mais il ne faut pas se presser . Je vous donnerai une réponse plus précise dans quelque temps .
Votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire . »
11:16 | Lien permanent | Commentaires (0)
04/02/2018
C'est surtout dans la conversation qu'on peut faire beaucoup de bien, et je m'en rapporte à vous ; ne manquez pas de convertir toutes les femmes qui vous tomberont sous la main
... Voltaire a fort bien compris le pouvoir de la parole et les immenses capacités de diffusion des idées par les femmes . Féministe sans le savoir, infiniment réaliste assurément .
« [Destinataire inconnu]
[28 février 1763] 1
Je me suis toujours douté,monsieur, que l'expulsion des jésuites ferait le même effet que votre ancienne réforme, on ne secoue une tyrannie que pour être tyran, on se croit obligé d’être austère quand on a combattu une prétendue morale relâchée . Les jésuites étaient bons à quelque chose, parce qu'on pouvait se moquer d'eux impunément . Les pédants qu'on va mettre à leur place, feront une affaire d’État des ridicules qu'on leur donnera , et qu'ils mériteront . Nous avons autant de peine à approcher des Anglais qu'à leur résister . Dieu merci, il nous reste le pape, c'est quelque chose , et [à] la première sottise que fera la cour de Rome, on verra la philosophie d'élever sur ses ruines .
Le malheur jusqu'à présent , de nos philosophes de Paris, est de ne s'y être pas bien pris, et d'avoir paru attaquer la morale plutôt que la superstition . Je voudrais que nous fussions tous comme les rose-croix et quVoltairee nous ne communiquassions 2 qu'aux adeptes . J'ai vu par exemple, des ouvrages édifiants et utiles, comme le Sermon des cinquante, le Testament de Jean Meslier, le drame anglais de Saül et David, circuler entre deux ou trois cents personnes tout au plus, et faire un très bon effet pour la plus grande gloire de Dieu . C'est surtout dans la conversation qu'on peut faire beaucoup de bien, et je m'en rapporte à vous ; ne manquez pas de convertir toutes les femmes qui vous tomberont sous la main .
Je vous remercie tendrement de tout ce que vous avez fait pour notre infortunée Calas, cela est digne de votre âme . Je me flatte qu'elle n'aura été secourue à Paris que par des philosophes ; je ne voudrais pas de l'argent des dévots, je leur dirais que votre aumône périsse avec vous .
Mme Dupuits vous est très obligée de tout ce que vous faites pour augmenter sa dot, heureusement la voilà très bien établie ; et encore mieux traitée par l'amour que par la fortune ; jamais femme n'a été physiquement mieux aimée, son bonheur me réjouit , et me fait rire, il n'en est pas de même de Mme Denis qui est très malade depuis plus d'un mois et qui n'a pu être de la noce . Si je voulais je rirais aussi un peu moins, car je deviens aveugle . Je crois que Pertharite, Agésilas et Suréna, m'ont donné ma fluxion . Savez-vous que l'Académie en corps a signé au contrat de mariage de Mlle Corneille 3? Jamais officier de dragons ne s'est trouvé à pareille fête . Que le contrôleur général donne ce qu'il voudra et comme il voudra, nous attendrons patiemment, nous ne sommes ni pressés, ni pressants . Le roi s'est expliqué, il donnera environ dix mille livres, et la famille Corneille se trouvera très bien de vos soins généreux .
Vous me ferez un plaisir extrême, monsieur, de me mander tout de que vous apprendrez des Calas . J'attends beaucoup de M. de Crosne ; le genre humain est intéressé dans cette affaire ; la plus abominable superstition a fait rouer un père de famille, il est temps d’étouffer ce monstre qui a causé plus de maux que la peste de Marseille .
On dit que les libraires de l'Encyclopédie sont divisés par le principe qui divise tout, par l'intérêt, et que cet intérêt plus funeste qu'Omer de Fleury, arrête absolument l'impression . J'en suis très fâché, cet ouvrage ne devait jamais être imprimé à Paris .
Je vous embrasse de tout mon cœur, et sans cérémonie comme sans date, cela n'est bon à rien . »
1 Date complétée par une main contemporaine sur le manuscrit original . Besterman remarque avec raison que cette lettre ne sonne pas tout à fait juste . On se demande si elle a été réellement dictée par V* . Certes, quelques phrases du quatrième paragraphe nous paraissent de bon aloi, mais le refus de dater est bizarre .
2 La copie porte communiassions, qui n'est satisfaisant ni pour la forme ni pour le sens .
3 Charles Pinot-Duclos a répondu à la demande de V* : « Extrait des registres de l'Académie française ./ Le 19 février 1763 ./ L'Académie a autorisé son secrétaire à signer au contrat de mariage de Mlle Corneille au nom de la compagnie ; bien entendu que si quelque autre académicien signe au contrat,ce sera comme particulier, et non comme membre de l'Académie, tous les académiciens étant compris dans la signature du secrétaire . / Duclos secrétaire ./En conséquence de la délibération ci-dessus j'autorise monsieur de Voltaire à signer à ma place. À Paris le 19 février 1763 ./Duclos secrétaire. [...] »
23:43 | Lien permanent | Commentaires (0)

