14/11/2017
Si on ne prend pas ce parti , tout sera infailliblement perdu ; c'est l'avis de ...
... pas moins de quinze mille scientifiques dans « Mise en garde des scientifiques à l’humanité : deuxième avertissement. » Les humains ont la tête dure, il peut leur en cuire (au sens propre) dans peu de temps .
http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/11/13/quinze-m...

« A Gabriel Cramer
On a reçu deux feuilles des Éclaircissements 1 qui ne se suivent pas . La page 16 finit par ce mot L'Histoire, et la page 17 commence par ce et déploie . Ce qui est dans la page 15 est répété dans les pages 16, 17, 18 et 19 . L'imprimeur s'est trompé, et a pris sans doute une ancienne feuille a, pour la nouvelle .
Au reste, on imprime à Paris ces Éclaircissements, mais si monsieur Cramer veut les ajouter à l'Histoire générale, il fera très bien de se dépêcher d'achever cette histoire qui est attendue avec quelque impatience . L'Errata est tout prêt . On va en faire un pour les dix volumes qui précèdent ; mais il serait essentiel de réimprimer Mariamne selon la nouvelle leçon, en observant de mettre autant de pages pour la nouvelle Mariamne que pour l'ancienne, ce qui est très aisé, et ce qui ne nuira pas à l'édition .
Quant au Traité sur la tolérance, il paraît que monsieur Cramer pourra y employer la presse qui a servi à l'Histoire du czar, cette histoire étant incessamment finie . En attendant il est prié de renvoyer le manuscrit, auquel il faut ajouter des notes nouvelles .
On a reçu une lettre de M. Marin 2, par laquelle il se plaint de n'avoir pu trouver de libraire qui lui ait pu fournir deux souscriptions pour Mme la princesse de Tallemont 3. Il est absolument nécessaire que monsieur Cramer ait la bonté de presser ses correspondants, et de faire insérer un nouvel avertissement dans les journaux . Mais surtout il faut rafraîchir le mémoire des souscripteurs qui n'ont pas fourni leur contingent . On ne peut s'y prendre que par des lettres circulaires, imprimées, et envoyées à l'adresse des personnes qui ont promis beaucoup, et qui ne donnent rien . Si on ne prend pas ce parti , tout sera infailliblement perdu ; c'est l'avis de M. et Mme d'Argental ; ils sont fort étonnés que M. Philibert ne les ai point vus, et n'ait pris aucune mesure pour ces souscriptions . Cette entreprise ne peut réussir que par beaucoup d'empressement et de soins .
Caro je suis très en peine de votre hydrocèle 4 mais ce n'est surement qu'un peu d'eau extravasée . S'il en faut venir à un petit coup de lancette vous ne serez certainement pas réduit à l'état de Daumart . Je vous prie de me faire donner de vos nouvelles . Je vous embrasse de tout mon cœur, et je salue toute votre famille .
V.
4 janvier au soir [1763]. »
1 Voir lettre du 13 décembre 1762 à Damilaville : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2009/12/13/l-opera-comique-soutient-il-toujours-la-gloire-de-la-france.html
2 François-Louis-Claude Marin , signalé à V* par Thieriot en 1758 ., occupe en 1763 alors une position clé dans les services de la censure et spécialement du commerce des livres ; il rendit à V*des services très importants au mépris des devoirs de sa charge . Pourtant , seule la publication non autorisée des Lois de Minos , en 1773, lui causa quelques ennuis passagers . On le retrouvera aux prises avec Beaumarchais qui fit de lui des portraits féroces . Voir : http://data.bnf.fr/11914585/francois-louis-claude_marin/
et : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois-Louis_Claude_Marin
et : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64976583/f11.image
3 On ne trouve pas le nom de cette princesse dans la liste des souscripteurs .
4 Cramer avait un kyste, voir lettre du 5 décembre 1762 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2017/10/16/s-il-va-a-paris-il-sera-fete-amoureux-aime-paresseux-et-rest-5989903.html
16:21 | Lien permanent | Commentaires (0)
la louable coutume des Français, qui sont riches en paroles et généreux en promesses
... Ami Voltaire, les Français sont encore et toujours comme ça au XXIè siècle, et les plus remarquablement attachés à cette misérable coutume sont nos politiciens . Il est des coutumes plus néfastes me direz-vous, mais il en est de plus louables heureusement , et vous le savez bien .
« A Claude-Philippe Fyot de La Marche
A Ferney , 3 janvier 1763 1
Mon illustre magistrat, mon respectable ami, j’ai le cœur serré de la lecture de votre second mémoire . Que je vous plains ! Que les derniers pas de votre belle carrière sont pénibles ! Mais enfin vous êtes sage . Tâchez de finir cette affaire à quelque prix que ce soit et ménagez-vous des heures heureuses sur la fin de ce jour d'orages qu'on appelle la vie . Je voudrais voir le mémoire de votre adverse partie ; et quand je songe que cette adverse partie est un fils, un premier président qui vous doit ce qu'il a et ce qu'il est, je suis bien affligé .
Je vous promets de venir vous voir l'année prochaine, si je suis en vie . Vous savez que jusqu'ici je n'ai pas eu un moment dont je pusse disposer .
Je me flatte que votre procès contre monsieur votre fils vaut mieux que celui que vous entreprenez pour votre dessinateur . Vous en appelez à M. de Caylus, c'est précisément , à ce qu'on me mande, M. de Caylus qui l'a condamné . Pour moi je ne le condamne point, il m'est très indifférent que des figures soient grandes ou petites, et même qu'elles soient bien ou mal faites . On n'examine point les estampes des tragédies qu'on ne peut lire ; et les souscripteurs n'ont que trop d'estampes et de papier pour leur argent .
Beaucoup même de souscripteurs n'ont rien donné selon la louable coutume des Français, qui sont riches en paroles et généreux en promesses, tandis que les Anglais sont ordinairement l'un et l'autre en effet .
Venons à présent à notre petite affaire . Le billet que vous m'avez fait à Lyon entre les mains de MM. Tronchin et Camp, ne vaut rien en justice réglée et déréglée, parce que c'est une quittance plutôt qu'un billet, et que certainement monsieur votre fils ne le paierait pas, et que mesdames vos filles seraient en droit de le pas payer à Mlle Corneille ou à mes autres hoirs après que notre corps sera rendu aux quatre éléments .
La procuration que vous avez eu la bonté de m'envoyer ne peut suffire parce qu'elle ne spécifie point le temps où je vous ai prêté la somme de vingt mille livres, et qu'elle ne dit pas même que cet argent vous a été prêté .
De plus vous marquez par un petit billet séparé que la date du prêt est omise pour éviter le contrôle . Mais vous savez que les fermiers du domaine exigent toujours les droits de contrôle en province, soit que le contrat soit en règle, soit qu'il paraisse défectueux, et l'acte nul quand il n'a pas été contrôlé .
Observons encore que la date du prêt étant omise, l'intérêt de la somme hypothéquée ne pourrait courir que du jour du contrat ; et que s'il arrivait ce qu'on appelle un malheur ( par courtoisie ) , à vous et à moi, ce qui peut très bien arriver, quinze ou seize mois d’arrérages seraient infailliblement perdus pour Mlle Corneille ou pour mes héritiers, lesquels ne seront pas riches attendu que je n'ai presque que du viager, et ma terre de Ferney qui est plus agréable qu'utile .
Je soumets toutes ces raisons à votre prudence et à votre amitié, et je vous supplie de vouloir bien faire un acte légal à Paris où l'on ne paie point de droits de contrôle . Je vous envoie le modèle de cet acte qui peut être dressé entre vous et le notaire, sans qu'il soit besoin de ma procuration , et si on en voulait absolument une, je l'enverrais sur le champ à la réception de vos ordres .
Il faut que je vous dise tout, pardonnez-moi mon respectable ami . Il me revient de plusieurs endroits que votre terre de La Marche ne suffit pas pour remplir les droits prétendus ou à prétendre de monsieur votre fils et de mesdames vos filles . On affecte de répandre que vous vous êtes fait un peu d'illusion dans vos espérances, et qu'on peut abuser de votre facilité . Je ne peux croire qu’ayant si longtemps et si bien décidé des affaires des autres, vous n'avez pas mis dans les vôtres propres toute la clarté et toute la sûreté qui doivent y être .
Je m'en rapporte mon digne magistrat à votre sagesse, à la connaissance parfaite que vous devez avoir de vos affaires ; à votre intégrité et à votre compassion pour l'héritière de Corneille, qui n'a de fortune que ces vingt mille livres, et l'espérance vague du produit d'une souscription . Pardonnez-moi je vous en conjure la liberté que je prends de vous donner avis des bruits publics ; et n'imputez cette liberté qu'à mon tendre attachement . Je ne peux vous exprimer ma surprise et ma douleur de la conduite de monsieur votre fils envers vous . N'y a-t-il nul accommodement à faire ? Le malheureux billet que vous lui avez donné portant approbation et quittance de toute sa gestion ne vous condamnerait-il pas dans la rigueur de la justice, qui n'examine pas si vous avez été surpris ou non, si vous avez signé ou non votre ruine, si vous avez fait cette reconnaissance à la hâte ou avec mûre délibération ? Quel recours pourrait avoir un homme de votre âge et de votre rang ? Je n’en vois aucun . Legem tibi dixisti 2. Vous mettez en évidence les procédés cruels qu'on a eus avec vous , mais irez-vous plaider contre votre signature ? Encore une fois, il ne m'appartient pas de m'ingérer dans vos affaires, et d'oser vous donner un conseil . Je me borne à des souhaits, au vif intérêt que je prends à tout ce qui vous touche et au tendre et respectueux dévouement que je conserverai pour vous toute ma vie .
Je vous proteste que je ne crois aucun des bruits qu’on sème malignement à Dijon . Mais encor une fois j'ai cru qu'il était du devoir de ma respectueuse et tendre amitié de vous en donner avis . On dit que vous avez mis La Marche en vente et que ces fausses rumeurs ont été répandues exprès pour empêcher l'acquisition . Votre ville de Dijon ne vaut pas grand-chose , à ce que les bonnes gens assurent, mais vous n'en êtes que plus respectable pour moi qui vous adore .
V.
Le diable est dans les parlements d'Aix et de Dijon, mais où n'est-il pas ? »
1 Manuscrit olographe appartenant à feu Armand Godoy, de Lausanne .
2 Tu as dit la loi dans ta propre cause ; c'est-à-dire qu'en donnant sa signature, Fyot a pronnocé contre lui-même dans sa propre cause .
01:22 | Lien permanent | Commentaires (0)
13/11/2017
je crois qu'il y a encore de l'équité et du bon sens dans le monde
... MM. Juppé et Macron le prouvent , c'est heureux .
Emmanuel Macron président de la France et Frank-Walter Steinmeier président de l'Allemagne sont exemplaires dans l'union . Soyons-le également .
A contrario, modèles de contresens, [si ] Les Républicains élisent M. Wauqiez pour les diriger, grand bien leur fasse, entre ahuris ils pourront se comprendre . Au fait pourquoi ai-je mis "si" ? Ce sont des niais, donc pas de doute, de toutes les options ils choisiront la pire . Une citation de Socrate pour eux :

« A Philippe Debrus
à Genève
3è janvier [1763] 1
J'ai l'honneur, monsieur, de vous renvoyer la lettre de Mme Calas . M. Mariette m'écrit que sa cause sera décidée infailliblement avant la fin du mois . Je ne doute pas du succès, et je n'en ai jamais douté, parce que je crois qu'il y a encore de l'équité et du bon sens dans le monde ; mais si le Conseil n'était pas pour nous, le public ne serait pas pour lui . Le public a porté son arrêt , et les juges de Toulouse seront à jamais en exécration aux honnêtes gens . »
1 Le manuscrit original est endossé « 1764 », l'édition Lettres inédites propose correctement 1763 pour compléter la date .
00:19 | Lien permanent | Commentaires (0)
12/11/2017
le citoyen tolérant qui a mis cette affaire en train sera assez payé de ses peines , s'il réussit, comme il l'espère, à faire rendre justice
...

Les paroles s'envolent ... pourvu que quelques uns les retiennent, et les appliquent .
« A Jean Ribote-Charron etc.
à Montauban
2 janvier 1763
Le benêt qui allait prier sur la tombe de Marc-Antoine 1 n'est pas le seul fou de Toulouse ; mais ceux qui ont poursuivi la mort de Jean, sont des fous bien dangereux . Ceux qui disent que la veuve ne réussira jamais se trompent fort . Ceux qui se fâchent contre un citoyen qui a pris le parti de l'innocence, ne sont pas au bout . Les jeux floraux et la Basoche peuvent amuser , mais il faut s'en tenir là, et ne pas faire rouer un homme de bien .
L'affaire de la Calas sera jugée ce mois-ci , et il y a grande apparence que les juges penseront comme tout Paris, et le citoyen tolérant qui a mis cette affaire en train sera assez payé de ses peines , s'il réussit, comme il l'espère, à faire rendre justice .
On ne manquera pas d'envoyer à Montauban les volumes qu'on demande, mais ils ne pourront être prêts que dans un an .
Jean-Jacques est un grand fou d'avoir écrit contre les philosophes tandis qu'il prétendait l'être ; ce pauvre original est bien malheureux . »
1 Marc-Antoine Calas fut considéré par certains comme un martyr de la foi ; voir Observations pour le sieur Jean Calas, 1762, de La Salle ; voir page 66 : https://books.google.fr/books?id=1TIHAAAAQAAJ&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false
17:33 | Lien permanent | Commentaires (0)
J'ai l'honneur de vous envoyer, monsieur, l'esquisse sur la tolérance, c'est-à-dire, à mon gré, sur un des droits les plus sacrés du genre humain
... La tolérance n'est pas l'acceptation de tout, loin de là, et Voltaire aurait sans doute approuvé Saint Augustin : « À force de tout voir l’on finit par tout supporter… À force de tout supporter l’on finit par tout tolérer… À force de tout tolérer l’on finit par tout accepter… À force de tout accepter l’on finit par tout approuver ! »

« A Paul-Claude Moultou
Ferney , 2è janvier 1763
J'ai l'honneur de vous envoyer, monsieur, l'esquisse sur la tolérance, c'est-à-dire, à mon gré, sur un des droits les plus sacrés du genre humain . Vous devriez bien rendre cet ouvrage supportable en y ajoutant quelques-unes de vos réflexions, que je vous supplierai de mettre sur un papier séparé . Voici bientôt Genève […]1 . Il est essentiel que l'ouvrage paraisse incessamment, parce que l'affaire des Calas va être jugée ce mois-ci ; c'est ce que me mande leur avocat M. Mariette .
Puis-je vous demander ce que c'est qu'un Accord parfait etc.2 composé par un prétendu capitaine de cavalerie cité à la page 474 du détestable livre de ce fripon d'abbé de Caveyrac 3, plus ennemi encore du genre humain que le vôtre ? Je me défie des livres qui annoncent quelque chose de parfait ; cela n'est bon que pour le parfait maréchal, et pour le parfait confiturier ; cependant faites-moi l’amitié de m'envoyer toujours cet Accord parfait .
J'ai l'honneur de vous envoyer les livres que vous avez eu la bonté de me prêter .
Je vous souhaite, monsieur, au commencement de cette année, toute la félicité que vous méritez . »
1 Une dizaine de mots ont été ici lourdement biffés sur le manuscrit, apparemment par V* lui-même .
2 Ouvrage du chevalier de Beaumont : L'Accord parfait de la nature et de la raison, de la révélation et de la politique, ou Traité dans lequel on établit que les voies de rigueur, en matière de religion, blessent les droits de l’humanité, [etc.], 1753 . on regarde quelquefois cet ouvrage comme une version adoucie du Patriote français et impartial, du protestant Antoine Court, 1751 . V* s'intéresse à cet ouvrage en raison de son propre Traité sur la tolérance . Voir : https://books.google.fr/books?id=Wq0AAAAAcAAJ&pg=PP1&lpg=PP1&dq=L%27Accord+parfait+de+la+nature+et+de+la+raison,+de+la+r%C3%A9v%C3%A9lation+et+de+la+politique,+ou+Trait%C3%A9+dans+lequel+on+%C3%A9tablit+que+les+voies+de+rigueur,+en+mati%C3%A8re+de+religion,+blessent+les+droits+de+l%27huamnit%C3%A9&source=bl&ots=y62PJnmWky&sig=lJacgy5hXy-qtXUGs-xgA5Xg3zE&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwi83N_nw7fXAhXCC-wKHS6UDR8Q6AEILTAA#v=onepage&q=L%27Accord%20parfait%20de%20la%20nature%20et%20de%20la%20raison%2C%20de%20la%20r%C3%A9v%C3%A9lation%20et%20de%20la%20politique%2C%20ou%20Trait%C3%A9%20dans%20lequel%20on%20%C3%A9tablit%20que%20les%20voies%20de%20rigueur%2C%20en%20mati%C3%A8re%20de%20religion%2C%20blessent%20les%20droits%20de%20l%27huamnit%C3%A9&f=false
et : https://www.museeprotestant.org/notice/antoine-court-1695-1760/
3 Voir lettre du 24 décembre 1758 à Thieriot : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/01/09/nous-serons-plus-heureux-vous-et-moi-dans-notre-sphere-que-d-5267196.html
00:23 | Lien permanent | Commentaires (0)
11/11/2017
Vous acquérez beaucoup d'honneur, monsieur, en prenant la défense de l'innocence
... de ces malheureux poilus qui ont été passés par les armes françaises comme si les balles allemandes ne suffisaient pas à l'horreur de cette "Grande guerre".
Ci-dessous vous voyez un éclat d'obus, sorti du dos d'un mien grand-père , -reçu à Hartmannvillerkopf,(c'est d'actualité depuis hier )-, lequel grand-père refusa de faire partie d'un peloton d'exécution (au risque de se retrouver lui aussi au bout du fusil) et échappa à une condamnation sommaire, "pour l'exemple", grâce à un médecin-capitaine qui le fit "porter pâle" . Devant ces injustices , ce Pépé en devint un anti-pétainiste convaincu .
Pour vous donner l'échelle : photo avec 3,5 morceaux de sucre
« A Pierre Mariette
Au château de Ferney
2è janvier 1763 1
Je ne manquerai pas , monsieur, de faire tout ce qui dépendra de moi , dès que j'aurai lu le mémoire que vous voulez bien m'annoncer, et que sans doute vous me ferez parvenir contresigné .
Je suis attaché à M. Duverney depuis bien longtemps ; je lui ai obligation, je me croirai trop heureux d'engager mes amis à le servir, mais je sais qu'il n'en a pas besoin, et qu'il ne peut avoir un mauvais procès .
Vous n'auriez point sans doute reçu mon paquet 2 concernant des échanges que je fais avec l’Église, et qui exigent, je crois, une ratification du Conseil . Ce n'est qu'une simple affaire de forme . M. Damilaville vous a sans doute fait parvenir les pièces par la petite poste .
Vous acquérez beaucoup d'honneur, monsieur, en prenant la défense de l'innocence de Calas, et l'honneur dans votre noble profession 3, amène tôt ou tard la fortune .
Je vous supplie de m'envoyer votre nouveau mémoire pour les Calas dès qu'il sera imprimé . Il ne m'appartient point du tout d'écrire sur cette affaire ; c'est assez que j'aie obtenu que vous écriviez ; l'aventure des Calas donnera lieu sans doute à beaucoup d'écrits ; mais pour moi, j'ai rempli tous mes devoirs, en remettant leur cause entre vos mains .
Ne doutez pas , monsieur, que l'on ne vous présente un exemplaire de l'édition de Corneille ; je ne connais point l'édition de mes faibles ouvrages dont vous me parlez ; on en achève une actuellement, que j'aurai l'honneur de vous faire parvenir, si la chambre syndicale de Paris ne la vole pas en chemin .
J'ai l'honneur d'être parfaitement
monsieur
votre très humble et obéissant serviteur
Voltaire. »
1 Manuscrit original avec formule et signature olographes, contresigné « M. Simonnet » .
2 Lettre du 19 décembre 1762 à Mariette : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2017/10/28/on-vous-aura-l-obligation-d-avoir-fait-rendre-justice-a-l-in-5993724.html
3 Mariette est un avocat prestigieux, voir : https://books.google.fr/books?id=3dtyZzKtW_IC&pg=PT62&lpg=PT62&dq=pierre+mariette+affaire+calas&source=bl&ots=aI4CVd4gQz&sig=3-Aak6XgP_9U7VePgYdjH14APnw&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjnwJSQ_bXXAhVR_KQKHd8AAWkQ6AEIMDAB#v=onepage&q=pierre%20mariette%20affaire%20calas&f=false
08:43 | Lien permanent | Commentaires (0)
10/11/2017
Je n'ai point peuplé, et j'en demande pardon à Dieu . Mais aussi la vie est-elle toujours quelque chose de si plaisant qu'il faille se repentir de le l'avoir pas donnée à d'autres ?
...Un petit accent amer avec une pointe d'humour, tel est l'esprit de ce grand homme .
NB.-- Vient de paraitre :
https://www.franceinter.fr/culture/voltaire-amoureux-le-p...
On peut être amoureux, et stérile physiquement parlant, et prolixte et génial intellectuellement, Voltaire nous le prouve .

A suivre ...
Je le lirai dès la semaine prochaine .
« A Etienne-Noël Damilaville
A Ferney, 2 janvier 1763 1
J'ai reçu, mon très cher frère, le petit chapitre concernant l'Encyclopédie 2, et j'ai retranché sur-le-champ le petit article où je combattais les droits du parlement 3, quoique je sois bien persuadé que le parlement n'a aucun droit sur les privilèges du sceau ; mais je ne veux point compromettre mes frères . Je sais fort bien que quand on s'avise de prendre le parti de l'autorité royale contre messieurs, messieurs vous brûlent ; et le roi en rit . D'ailleurs dans le petit chapitre des billets de confession et des querelles parlementaires et épiscopales 4, j'ai dit assez rondement la vérité . J'ai peint les uns et les autres tout aussi ridicules qu'ils étaient, sans pourtant y mettre de caricature .
J'ai lu l’analyse d'Eponine avec plus de plaisir que je n'aurais lu la pièce . Je plains le tripot français qu’on appelle théâtre . Je comptais que la divine Clairon viendrait dans le tripot de Ferney, mais je vois bien qu'elle restera dans celui de Paris .
J'ai une envie extrême de lire un mémoire que M. Loyseau fit , il y a quelques années, pour Mlle Alliot de Lorraine 5. J'ai connu cette demoiselle à Lunéville et le style de M. Loyseau augmente ma curiosité . Je demande en grâce à mon frère de m'obtenir cette grâce de M. Loyseau .
J'attends la population de M. de Beaumont . Ce livre sera sans doute ma condamnation 6. Je n'ai point peuplé, et j'en demande pardon à Dieu . Mais aussi la vie est-elle toujours quelque chose de si plaisant qu'il faille se repentir de le l'avoir pas donnée à d'autres ?
Nous touchons, je crois, à la décision du Conseil sur l'affaire des Calas . Est-il vrai qu'il faudra préalablement faire venir les pièces de Toulouse ? Ne sera-ce pas plutôt après la révision ordonnée que le parlement de Toulouse sera obligé d'envoyer la procédure ?
Au reste, mes frères, gardez-vous bien de m'imputer le petit livre sur la tolérance 7, quand il paraîtra . Il ne sera point de moi, et ne doit point en être . Il est de quelque bonne âme qui aime la persécution comme la colique .
Frère Thieriot se tue à écrire ; dites-lui qu'il se ménage . Cependant, raillerie à part, je lui pardonne s'il mange bien, s'il dort bien, et surtout si son frère m’écrit .
J'embrasse tous mes frères . Ma santé est pitoyable . Écrasez l’infâme .
P.S. – Il y a un petit mémoire incendié d'un président au mortier ou à la mortier 8, frère peu sensé de l’insensé d'Argens . Je ne hais pas à voir les classes du parlement se brûler les unes les autres en cérémonie . Cela me paraît fort plaisant, et digne de notre profonde nation . Mais vous me feriez surtout un plaisir extrême de m'envoyer par la première poste, le mémoire du président au mortier . »
1 Dans l'édition de Kehl manque le second paragraphe omis dans la copie Beaumarchais, qui ajoute plus loin la lettre du 10 janvier 1763 à Damilaville, suivie par les autres éditions . Voir : http://www.monsieurdevoltaire.com/2014/05/correspondance-annee-1763-partie-1.html
2 Voir lettre du 13 décembre 1762 au même : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2009/12/13/l-opera-comique-soutient-il-toujours-la-gloire-de-la-france.html
3 Effectivement ce chapitre ne contient rien sur ces matières .
4 Ce chapitre constitue le chapitre XXXVI du Précis du siècle de Louis XV : voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Pr%C3%A9cis_du_si%C3%A8cle_de_Louis_XV/Chapitre_36
5 Mémoire pour la demoiselle Alliot contre le nommé La Ralde soi-disant tuteur de Basile -Amable de Beauvau. , 1761 , d'Alexandre-Jérôme Loyseau de Mauléon .Voir : https://archive.org/stream/barreaufranaisc04clai/barreaufranaisc04clai_djvu.txt
6 Ce livre n'est pas identifié ; tout ce qu'on en sait se réduit à ce qu'on lit dans la lettre du 21 janvier 1763 à Damilaville ; voir : http://www.monsieurdevoltaire.com/2014/06/correspondance-annee-1763-partie-2.html
7 Évidemment Le Traité sur la tolérance .
8 Alexandre-Jean-Baptiste de Boyer, chevalier d'Éguilles, a publié des mémoires contre ses collègues au parlement d'Aix, en faveur des jésuites . Ils ont été édités par Auguste Carayon sous le titre Mémoires du président d'Eguilles sur le parlement d'Aix et les jasuites, adressé à Sa Majesté Louis XV, 1867 . On disait effectivement président au mortier ou à mortier (dictionnaire de Richelet ) .Voir : https://sites.google.com/a/orecer.space/gorgishripat/memoires-du-president-d-eguilles-sur-le-parlement-d-aix-et-les-jesuites-adresses-a-sa-majeste-louis--B002K2R9VE
15:46 | Lien permanent | Commentaires (0)

