23/11/2012
Il jette l'argent par les fenêtres; il emprunte à droite et à gauche, à sept, à huit pour cent, il arme sur terre et sur mer. Tant de magnificence rend nos Normands de Genève circonspects
... Avez vous trouvé immédiatement de quoi ou de qui il est question ?
Non, ce n'est pas la Grèce d'hier, avant le tour de vis (d'Archimède ? ) européen !
Ce n'est pas la France républicaine riche de ses chers ( très chers, trop chers ) députés et ministres, ses présidents à la retraite (riches sans rien f...re) , ses partis politiques subventionnés par nos impôts pour pondre des élections de chefaillons .
C'est la France, le royaume de France, vat-en-guerre du XVIIIè siècle, qui s'appauvrit dans tous les domaines, hors , heureusement celui de l'esprit .
En ces jours du XXIè siècle, de savoir que notre pays a vécu de tels déboires et reste un pays avec lequel il faut compter me rend raisonnablement optimiste pour notre avenir . Reste à savoir combien de temps notre patience sera mise à l'épreuve !
Comme le disait un humoriste, "avant de jeter l'argent par les fenêtres, assure toi qu'elles donnent sur ta cour ! "

Le percepteur me dit : "des sous !"
Je réponds : "des clous !!"
Pour recharger mes accus, je ne manquerai pas de regarder le match France-Samoa demain !!
« A Madame Marie-Elisabeth de Dompierre de Fontaine d'Hornoy, et Philippe-Antoine de Claris, marquis de Florian
à Paris
Aux Délices, 18 juillet [1757].
Ma chère nièce, mille amitiés à vous et aux vôtres. Que faites- vous à présent ? Il y a un an que vous étiez bien malade à mes Délices, mais il paraît aujourd'hui que vous vous passez à merveille du docteur. Êtes-vous à Paris ? êtes-vous à la campagne? allez-vous à Hornoi ? vous amusez-vous avec le philosophe 1 du grand conseil? Votre fils n'a-t-il pas déjà six pieds de haut ?2 Mettez-moi au fait, je vous en prie, de votre petit royaume. Quant à celui de France, il me paraît qu'il fait grande chère et beau feu. Il jette l'argent par les fenêtres; il emprunte à droite et à gauche, à sept, à huit pour cent, il arme sur terre et sur mer. Tant de magnificence rend nos Normands de Genève circonspects ils ne veulent pas prêter à de si grands seigneurs et ils disent que le dernier emprunt de quarante millions n'étrenne pas.
Pour vous, monsieur le grand écuyer de Cyrus, je crois que vous avez montré la curiosité, la rareté de la tactique assyrienne et persane à un moderne qui se moque quelquefois du temps présent et du temps passé. Je m'imagine qu'à présent on croit n'avoir pas besoin de machines pour achever la ruine de Luc 3. Mais quand j'écrivis au héros de Mahon qu'il fallait qu'il vît notre char d'Assyrie, on avait alors besoin de tout. Les choses ont changé du 6 de juin au 18; et on croit tout gagné parce qu'on a repoussé Luc à la septième attaque. Les choses peuvent encore éprouver un nouveau changement dans huit jours, et alors le char paraîtra nécessaire; mais jamais aucun général n'osera s'en servir, de peur du ridicule en cas de mauvais succès. Il faudrait un homme absolu, qui ne craignît point les ridicules, qui fût un peu machiniste, et qui aimât l'histoire ancienne. Mandez-moi, je vous prie, quelque chose de l'histoire moderne de vos amusements. Je vous embrasse tous de tout mon cœur.
Valete. »
1 L'abbé Mignot, frère de Marie-Elisabeth et de Mme Denis , qui siège au Grand Conseil du roi .
3 Ce mot, qui désigne le roi de Prusse, n'est, dit-on, qu'un anagramme qui rappelle les goûts du monarque. Wagnière cependant dit que Voltaire donnait le nom de Luc à Frédéric, parce que ce monarque l'avait mordu comme un singe qui s'appelait Luc. (Beuchot.) . Voir lettre du 21 août 1756 à Jean-Robert Tronchin : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2012/08/10/quand-le-dernier-des-autrichiens-aura-tue-le-dernier-des-pru.html
15:58 | Lien permanent | Commentaires (0)
22/11/2012
la gloire qui s'achète par tant de peines est moins rare que le bonheur
... Avis à tous ceux qui choisissent l'une et perdent l'autre .
HEU -REUX

« A Sophie-Frédérique-Wilhelmine de Prusse, margravine de Baireuth
Aux Délices près du lac de Genève 15 juillet 1757
Madame, Frère Voltaire sera toujours attaché à Votre Altesse royale . Elle me permettra de me joindre à tous ceux qui regrettent la reine sa mère 1 et qui souhaitent à sa plus digne fille la vie la plus longue et la plus heureuse . Il n'est pas, madame, une petite affaire d'être heureuse . Il est plus aisé encore de faire de grandes choses que d'avoir la paix de l'âme, et la gloire qui s'achète par tant de peines est moins rare que le bonheur .
Votre Altesse royale perd une mère, elle voit tous ses frères exposés aux plus grands dangers, elle voit le feu de la guerre allumé près de ses états . Les jours étaient plus doux madame , quand vous représentiez si bien Roxane sur le théâtre de votre palais et que j'avais l'honneur de balbutier Acomat 2, quand je m'habillais en Chinois, quand j'étais témoin des belles fêtes que vous donniez au roi votre frère .
J'étais alors très heureux . J'approchais tous les jours de Votre Altesse royale, je la voyais, je l'entendais, j'admirais tous ses talents et toutes ses grâces . Je ne sais pas ce qui arrivera, Madame, de toute cette cruelle guerre qui désole l'Allemagne . Mais je sais très bien qu'il n'y aura jamais rien de plus respectable, rien de plus aimable que madame la margrave de Bareith . Amis, ennemis en conviendront, cela est du nombre des principes dont tout le monde est d'accord . Je me flatte que sa santé est raffermie et qu'elle ne regrette point à présent les climats de la Provence et de l'Italie . Bareith doit être un séjour délicieux même dans le voisinage des batailles . Son chambellan voyageur 3 lui aura peut-être dit combien elle est adorée dans le petit ermitage sur les bords du lac Léman . Elle a des autels partout où l'on pense .
Que Votre Altesse royale, et Monseigneur le margrave daignent me conserver leurs bontés . Il y a quelques mois que Sa majesté le roi votre frère eut la bonté de m'écrire . Je n'ose prendre cette liberté avec lui qu'avec votre protection . Votre Altesse royale l'accordera toujours à frère Voltaire et daignera recevoir son profond respect . »
1 Morte le 28 juin 1757 . Voir : http://friedrich.uni-trier.de/de/oeuvres/26/text/
et : http://fr.wikipedia.org/wiki/Sophie-Doroth%C3%A9e_de_Hanovre
2 Le rôle d'Acomat dans Bajazet de Racine .http://fr.wikipedia.org/wiki/Bajazet
3 Louis-Alexandre Riqueti, chevalier de Mirabeau, envoyé à Paris pour discuter discrètement de la paix .Voir page 193 et suiv. : http://books.google.fr/books?id=GiENldoBe9sC&pg=PA193&lpg=PA193&dq=Louis-Alexandre+Riqueti,+chevalier+de+Mirabeau&source=bl&ots=XHU6N145to&sig=H9uqvwuVUh52nn8plXSt6aFhi6g&hl=fr&sa=X&ei=ymeuULCqMci3hAfbw4GYCQ&ved=0CFoQ6AEwCA#v=onepage&q=Louis-Alexandre%20Riqueti%2C%20chevalier%20de%20Mirabeau&f=false
19:34 | Lien permanent | Commentaires (0)
21/11/2012
quand on a tant d'ennemis, et tant d'efforts à soutenir, on ne peut succomber qu'avec gloire
... Ce qui ne sera pas le cas de Coppé qui triomphe sans gloire et de Fillon qui perd, sans se rendre compte qu'il échappe à un rôle imbécile . Heureux celui qui ne mène pas un parti , un semblant de liberté peut lui rester en gage .
Personnellement, succomber simplement à une amie suffit à mon bonheur . Fi de la gloire !
Everyone will be famous for fifteen minutes

« A M. Pierre-Robert le CORNIER de CIDEVILLE.
Aux Délices, près du lac de Genève, 15 juillet [1757].
Mon cher et ancien ami, j'ai l'air bien paresseux; je ne vous ai point remercié de la belle exposition de la tragédie d'Iphigénie en Tauride, que vous m'avez envoyée. De maudites occupations que je me suis faites emportent tout le temps. On sort fatigué de son travail on dit, j'écrirai demain, la mauvaise santé vient encore affaiblir les bonnes résolutions, et on croupit longtemps dans son péché. C'est là la confession de l'ermite des Délices.
Je vous crois à présent dans vos délices de Normandie, vers les bords de votre Seine 1. Vous y jugerez la famille d'Agamemnon à la lecture, vous verrez si les vers sont bien faits, si on les retient aisément, si l'ouvrage se fait relire car c'est là le grand point, sans lequel il n'y a pas de salut.
La tragédie qu'on joue en Bohême n'est pas encore à son dernier acte. La pièce devient très-implexe 2. J'espère que le vainqueur de Mahon 3 y jouera un beau rôle épisodique. Celui des peuples, qui représentent le chœur, sera toujours le même, il payera toujours la guerre et la paix, les belles actions et les sottises.
On a cru d'abord le roi de Prusse perdu par la victoire du comte de Daun, et par la délivrance de Prague; mais il est encore au milieu de la Bohême, et maître du cours de l'Elbe jusqu'en Saxe. On croit qu'enfin il succombera. Tous les chasseurs s'assemblent pour faire une Saint-Hubert à ses dépens. Français, Suédois, Russes, se mêlent aux Autrichiens ; quand on a tant d'ennemis, et tant d'efforts à soutenir, on ne peut succomber qu'avec gloire. C'est une nouveauté dans l'histoire que les plus grandes puissances de l'Europe aient été obligées de se liguer contre un marquis de Brandebourg 4; mais avec cette gloire, il aura un grand malheur, c'est qu'il ne sera plaint de personne.
Il ne savait pas, lorsque je le quittai 5, que mon sort serait préférable au sien. Je lui pardonne tout, hors la barbarie vandale dont on usa avec Mme Denis 6. Adieu, mon cher ami.
V. »
2 Il se disait, dans l'ancienne critique, des Ouvrages dramatiques où il y a reconnaissance ou péripétie, ou l'un et l'autre; il s'emploie surtout en parlant du Théâtre des anciens.
23:07 | Lien permanent | Commentaires (0)
BON 318è ANNIVERSAIRE François-Marie de VOLTAIRE
... Et oui, pour la deuxième fois cette année je souhaite l'anniversaire de cette Lumière entre les lumières,vacillante à sa naissance, mais qui finira par éclairer le monde entier .

Autre lumière dans mon existence , LoveVoltaire, Mam'zelle Wagnière qui fête, de brillante manière, la naissance de notre ami : http://www.monsieurdevoltaire.com/article-bon-anniversair...
http://www.monsieurdevoltaire.com/article-bon-anniversair...
15:03 | Lien permanent | Commentaires (2)
20/11/2012
je souhaite un juste châtiment à ceux qui troublent le repos du monde
... Ils sont nombreux, mais je suis d'accord avec Voltaire qui demande un "juste" châtiment , celui-ci étant mérité . Je crains bien que tous les juges du monde ne suffisent pas .
Il faudra compter sur une justice divine, pour autant qu'elle existe !

« A Gaspard le COMPASSEUR de CREQUY -MONTFORT, marquis de COURTIVRON
Aux Délices le 12 juillet [1757]
Monsieur, vous savez qu'il faut pardonner aux malades ils ne remplissent pas leurs devoirs comme ils voudraient . Il y a longtemps que je vous dois les plus sincères remerciements de votre lettre obligeante et instructive .1
Je commence par vous prier de vouloir bien faire souvenir de moi M. le comte de Lauraguais 2, je ne savais pas qu'il fut aussi chimiste . Le sujet de ses deux mémoires est bien curieux . Non seulement il est physicien mais il est inventeur . On lui devra une opération nouvelle .
A l'égard de Constantin je vous répondrai que si je ne m'étais pas imposé une autre tâche celle-là me plairait beaucoup , mais on serait obligé de dire des vérités bien hardies et de montrer la honte d'une révolution qu'on [a] consacrée par les plus révoltants éloges .
Il est vrai que dans les États Généraux les députés de la noblesse mettaient un moment un genou en terre, il est vrai aussi que les usages ont toujours varié en France . Ce sont des fantômes que le pouvoir absolu a fait disparaître .
Ce que vous me dîtes des chapitres de Bourgogne, de Lorraine et de Lyon fait voir que les usages de l'empire ont plus longtemps subsisté que ceux de la France . La Lorraine, la Comté et tout ce qui borde le Rhône était terre d'empire .
À l'égard de la petite anecdote sur le premier président de Mesmes il est très vrai que l'abbé de Chaulieu le régala de ce petit couplet :3
Juge qui te déplaces
Courtisan berné,
Des grands noms que tu lasses
Jouet obstiné,
Sur notre parnasse
Le laurier d'Horace
T'est donc destiné .
Mais cela n'a rien de commun avec l'affaire de Rousseau 4 qui est un chaos d'iniquités et de misères, et l'opprobre de la littérature .
Le dernier maréchal de Tessé 5 est en effet un terme impropre, c'est un anglicisme, the late marschall. J'étais anglais alors, je ne le suis plus depuis qu'ils assassinent nos officiers en Amérique 6 et qu'ils sont pirates sur mer, et je souhaite un juste châtiment à ceux qui troublent le repos du monde .
Ce que je souhaite encore plus, monsieur, c'est la continuation de vos bontés pour votre très humble, etc . »
1 Voir la lettre du 22 juillet 1755 à propos d'un précédent envoi scientifique : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2012/02/23/j...
2 Louis-Léon-Félicité de Brancas, comte de Lauraguais, puis duc de Brancas, est âgé de 24 ans et s'intéresse à la chimie de la porcelaine ; il fut élu à l'Académie des Sciences le 19 mars 1758 comme « adjoint mécanicien » . Voir : http://books.google.fr/books?id=JCRCAAAAcAAJ&pg=PA402...
et : http://racineshistoire.free.fr/LGN/PDF/d_O.pdf
et page 247 et suiv. : http://books.google.fr/books?id=-KYvAAAAMAAJ&pg=PA247...
3 En citant ces vers dans son Histoire des membres de l'Académie française (éloge de Jean-Antoine de Mesmes : voir aussi page 2 : http://www.bibliotheque-institutdefrance.fr/archives/prec...
), d'Alembert les attribue à Jean-Baptiste Rousseau .
4 Jean-Baptiste Rousseau : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Baptiste_Rousseau
5 V* cite le maréchal de Tessé dans son Siècle de Louis XIV, mais on n'y trouve pas l'expression incriminée, elle doit remonter à un texte bien antérieur .
6 Allusion possible à l'affaire dans laquelle fut tué Joseph Coulon de Jumonville surpris sans déclaration de guerre par Washington ; voir aussi lettre du 4 juin à Jean-Robert Tronchin : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2012/11/05/j...
16:58 | Lien permanent | Commentaires (0)
19/11/2012
Je ne sais encore si l'absurdité de ces gens-là doit me faire pouffer de rire ou d'indignation. Rire vaut mieux; mais il y a encore tant de sots que cela met en colère
... Ou : la droite la plus bête du monde , qui , de minoritaire tend à devenir doublement minoritaire , et je m'en fiche ! Explosion des égos, disparition des égaux .
Vieux fou

« A M. Jean le ROND d'ALEMBERT.
Aux Délices, 8 juillet [1757].
Voilà encore de l'érudition orientale de mon prêtre 1 il est infatigable. Vous avez sans doute quelque correcteur hébraïque? Si tous les articles étaient dans ce goût, les libraires n'y trouveraient pas leur compte.
Il faut que je vous dise, mon cher et illustre philosophe, que j'ai fait la recrue d'un jésuite. Il est venu à Genève pour se faire guérir son estomac par Tronchin , il ferait tout aussi bien de se faire guérir de la rage de son fanatisme. Ne vous ai-je pas déjà parlé de ce vieux fou? Il s'appelle Maire 2; il était théologien de l'évêque de Marseille, Belsunce. Je crois vous avoir déjà mandé tout cela. Dieu me pardonne! Vous ai-je dit que ce capelan m'a donné un mandement contre les déistes, composé par lui, Maire, sous le nom de son évêque ? Vous ai-je dit avec quelle fureur il déclame contre tous ceux qui croient un Dieu? Il attaque en cent endroits M. Diderot; il lui reproche de croire en Dieu, avec une amertume, avec un fiel si étrange! Il exhorte tous les Marseillais à n'y point croire. Je ne sais encore si l'absurdité de ces gens-là doit me faire pouffer de rire ou d'indignation. Rire vaut mieux; mais il y a encore tant de sots que cela met en colère.
On prétend les affaires du roi de Prusse pires que jamais. On dit qu'il lève en Silésie ce qu'ils appellent le quatrième homme, et que ce quart des habitants ne veut pas se faire tuer pour lui , que les officiers désertent, qu'il en a fait arquebuser quarante. Quel diable de Salomon! Mais peut-être que tout cela n'est pas vrai. Interim, vale. »
1 Un article de l'Encyclopédie qui doit apparemment beaucoup à dom Calmet .
23:55 | Lien permanent | Commentaires (0)
18/11/2012
Ce n'est point avoir vaincu que de ne pas poursuivre vivement son ennemi et de le pas chasser du pays qu'il usurpe , c'est seulement n'avoir pas été battu
... Les occasions de rire se renouvellent sans cesse pour qui se défie de l'imbécilité .
A cette heure, 23h 40, Copéfillon et Filloncopé sont dans un bateau, les rameurs s'engueulent, on tourne en rond, la tricherie , commune chez ces gens-là, est d'actualité , je leur propose en dernier recours de faire des contrôles anti-dopage sur les urnes . Voir : http://www.lexpress.fr/actualite/politique/en-direct-ump-derniere-ligne-droite-du-duel-cope-fillon_1188793.html , c'est édifiant, quand on sait que Sarko sort du même tonneau.
Selon la définition de Voltaire sur la victoire, qui pourra à l'U(n) M(auvais) P(arti) s'en vanter demain ?

« A Jean-Robert TRONCHIN
6 juillet [1757]
Je respecte fort les nouvelles d'Oullins 1 mon cher correspondant mais si le prince Charles avait battu les Prussiens le 20 juin pourquoi m'écrit-on le 24 de Vienne qu'on est très affligé que le prince Charles soit sorti de Prague si tard et si inutilement, qu'il n'ait su que par hasard le décampement du maréchal Keit, qu'il n'ai pu atteindre que quinze chariots de vivandiers ? pourquoi dit-on que l'armée du marquis de Brandebourg et du maréchal Keit se sont rejointes ? qu'elles étaient au beau milieu de la Bohème le 22 ? et qu'on craignait beaucoup une seconde bataille ? Attendons toujours le boiteux 2.
Il y a des gens qui pensent que l'affaire du 18 3 est très peu de chose, que les Prussiens après avoir attaqué huit fois se sont retirés en très bon ordre, qu'ils n'ont pas perdu un gros canon, que les prétendus étendards menés à Vienne en triomphe sont des enseignes de compagnie, chaque compagnie ayant en effet la sienne . Les Autrichiens sont si étonnés de s'être défendus et d'avoir repoussé les Prussiens qu'ils comptent ce premier avantage inouï parmi eux , pour une très grande victoire . Ce n'est point avoir vaincu que de ne pas poursuivre vivement son ennemi et de le pas chasser du pays qu'il usurpe , c'est seulement n'avoir pas été battu . Le temps nous apprendra si le succès du maréchal Daun a les suites qu’il doit avoir . Je ne croirai les Autrichiens pleinement victorieux que quand ils rendront la Saxe à son maître et qu'on fera le procès au marquis de Brandebourg dans Berlin . Je ne doute pas qu'il ne soit condamné selon les lois de l'empire s'il est malheureux et qu'on ne donne l'électorat à son frère . Je tremble cependant pour les vaisseaux du marquis Roux 4: quelque chose qui arrive à ce marquis roux et à celui de Brandebourg , je songe à vous faire manger des pêches à vous et vos hoirs . Je vous fais cinq ou six petits murs de refend dans votre potager mais aussi il faut que vous m'accordiez votre protection auprès du portier des Chartreux 5 dont vous devez être bien connu . J'ai besoin de cent pieds d'arbres du clos de ces bons pères . Voyez je vous prie comment il faut s'y prendre . Il fera beau qu'un huguenot mange des fruits des moines . Il est fort aisé je crois de trouver de la protection auprès du révérend père procureur ou du révérend père jardinier de Paris lequel pour mon argent m’accordera quatre-vingts pêches de plus d'une espèce et quelques autres arbres . Je joins ici le mémoire dont copie peut être présentée au chapitre de Paris .
Mme Denis remercie M. Camp de la bonté qu'il a de se charger de ses petites emplettes et moi, monsieur, je dois vous remercier tous les ordinaires . Quand vous jugerez à propos de prendre pour moi des annuités, à votre loisir et dans le temps le plus convenable à un virement de parties, vous obligerez toujours votre très honoré et obéissant serviteur ,
V.
A l'égard des arbres fruitiers, les Chartreux auront le temps de les préparer pour la fin de l'automne et je veux encore espérer d'en manger quelques fruits avec vous .»
2 Locution proverbiale qui « se dit en matière de nouvelles pour dire qu'il faut attendre la confirmation avant que de croire . », Dictionnaire comique de Leroux : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k113396j.r=Dictionnaire+Comique+Le+Roux+.langFR
3 Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Kolin . Le roi de Prusse, battu par le maréchal Daun, et poursuivi par le prince Charles de Lorraine, recula sur la montagne des Géants, après avoir levé le siège de Prague, essaya vainement de défendre les défilés pour garder ses communications avec la Saxe et la Silésie, et fit sa retraite sur Bautzen et Görlitz.
5 Les vergers du couvent des Chartreux à Paris étaient célèbres et le « portier des Chartreux » a donné matière à des pièces de vers, et roman, parfois grivois ou érotique .Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_Dom_Bougre,_portier_des_Chartreux
23:38 | Lien permanent | Commentaires (0)

