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02/01/2009

J'ai résolu de me moquer des gens ...!

"A Jean Le Rond d'Alembert

Mon cher et digne soutien de la raison expirante, je pourrais vous dire : si vous voulez voir un beau tour, faites le . Mais vous êtes nécessaire à la bonne cause, vous êtes dans la fleur de l'âge, vous êtes Secrétaire de quarante gens pleins d'esprit ; je suis inutile, je suis sur le bord de ma fosse, je n'ai rien à risquer, je serai très volontiers le chat qui tirera les marrons du feu . Le non magis m'a tant fait rire,[sujet proposé pour le prix d'éloquence latine par l'Université de Paris :"non magis Deo quam regibus infensa est ista quae vocatur hodie philosophia" = la philosophie "n'est pas plus ennemie de Dieu que des rois", ce qui revient à dire qu'elle n'est l'ennemie ni des uns ni des autres ], tout malingre que je suis, que je n'ai pu en dormir de la nuit, et que j'ai passé les premières vingt-quatre heures de l'année 1773 à me brûler la patte en tirant vos marrons.[ Il écrit Le Discours de maître Belleguier ]

Tout ce que je crains, c'est que les pauvres diables ne se doutent de leur sottise, et ne changent leur non magis en non minus , ce qui rendrait ma nuit blanche absolument inutile.

arlequin.jpg

Mandez moi je vous prie, tout ce que vous savez sur ces belles choses, et tout ce qui peut ranimer ma vieillesse, car j'ai résolu de me moquer des gens jusqu'à mon dernier soupir. Je suis volontiers comme Arlequin condamné à mort, à qui le juge demanda de quel genre de mort il voulait périr. Il choisit fort sensément de mourir de rire.

N'oubliez pas le charmant Savatier [=Sabatier : chassé par d'Alembert pour avoir écrit "des impertinences contre ce que nous avons de plus estimable dans la littérature" ; ce "petit maraud" sera chassé et bastonné pour avoir espionné le comte de Lautrec au profit de la partie adverse dans un procès, après être entré au service du comte ]. Dîtes-moi, si vous le savez, le nom du procureur et de l'avocat, car il s'agit du salut de la république, et il ne faut rien négliger.

Vous ne me parlez point des Lois de Minos que M. de Rochefort doit vous avoir prêtées à vous seul. Je vous avertis en honnête conjuré, que si ces Lois sont sifflées les pattes du chat sont coupées, je n'aurait point le prix de l'Université, et la bonne cause ira à tous les diables.

On m'a envoyé un livre de maître Pompignan, évêque du Puy-en-Velay, contre le théisme, le déisme, l'athéisme et le jansénisme.[La religion vengée de l'incédulité par l'incrédulité elle-même 1772 ]. Cela m'a paru parfait en son genre. C'est, ou je me trompe fort, un chef-d'oeuvre de bavarderie et de bêtise . Dieu nous conserve ce cher homme !

Vous ne m'avez pas répondu sur la correspondance de Luc . [V. a proposé La Harpe comme correspondant littéraire de Frédéric II suite au décès de Thiriot ]

Adieu, mon cher ami ; mes respects à Laurent [valet et espion de l'abbé R* ] et à Tartuffe [abbé de Radonvilliers , académicien protecteur des ennemis des philosophes ], mais mille sincères et tendres amitiés à tous vos amis.

V.

1er janvier 1773."

Mes premières 24 heures de la nouvelle année n'ont pas été aussi studieuses que celles de Voltaire début 1773 ; il a fait l'impasse sur le réveillon, pas moi ( au fait quelqu'un peut-il me dire depuis quand on fête le réveillon ? Merci d'avance ). Réveillon entre amis, sans gueule de bois , mais tout de même petit flirt avec la loi du 0,5g, couché à 3h et journée à vaquer à des occupations de bricolo en plein air, beau soleil mais -1° quand même, neige gelée partout, réchauffé au Ricola, puis pour faire bonne mesure un petit entrainement de 120 flèches en écoutant Hugue Aufray chantant Bob Dylan et Pierrot interpretant ses érotiques : je ne suis pas sectaire, surtout touche à tout ce qui peut rendre la vie plus agréable.

"j'ai résolu de me moquer des gens jusqu'à mon dernier soupir" : malheureusement, contrairement à V*, certains se moquent de nous et ça ne fait rire personne, je songe aux faiseurs de promesses . Il est juste qu'on se moque d'eux autant qu'il est nécessaire et s'ils ne changent pas, ne comprennent pas, qu'ils aillent au diable ! Comme moi aussi je fais des promesses que je n'arrive pas à tenir toujours, je m' "autodérisionne", ça fait moins mal que hara kiri (seppuku pour les puristes !) et le Grand Babu me donnera un coup de main.

31/12/2008

finances en fermentation = gueule de bois de l'épargnant

" A Jean le Rond d'Alembert

Mon cher philosophe,vous ne me dîtes point si vous avez reçu le Tolérance. Je ne sais plus où j'en suis. On a arrêté à la poste, consécutivement deux exemplaires de cet ouvrage, que les Cramer envoyaient à M. de Trudaine et M. de Montigny son fils.Comment accorder cette rigueur avec l'approbation que Mme de P*** et plus d'un ministre d'Etat ont donnée à ce petit livret qui est si honnête ? Deux paquets adressés à M. Damilaville sont restés entre les griffes des vautours. Il faut que le votre n'ait point échappé à leur barbarie, puisque je n'ai aucune nouvelle de vous. Tout cela m'embarasse. Je vois qu'on ne tolère ni la tolérance, ni les tolérants. On a beau se contraindre dans des matières si délicates, jusqu'au point d'être sage, les fanatiques vous trouvent toujours trop hardi ; et peut-être dans ce moment-ci où les finances mettent tous les esprits en fermentation, on ne veut pas qu'ils s'échauffent sur d'autres objets.

On parlait d'un mandement de votre archevêque que le roi a fait, dit-on, supprimer amicalement. Ce mandement n'était pourtant pas tolérant. De quelque côté que vous vous tourniez à Paris, vous avez de quoi exercer votre philosophie. Vous vous contentez de rire des sottises des hommes, ils ne méritent pas que vous les éclairiez ; cependant il est toujours bon de couper de temps en temps quelques têtes de l'hydre, dussent-elles renaître. Ce monstre en se souvenant du couteau, en est moins hardi et moins insolent ; il voit que vous tenez la massue prête à l'écraser, et il tremble.

J'ai été si dégoûté depuis peu de ce qu'on appelle les choses sérieuses, que je me suis mis à faire des contes de ma mère l'Oye. J'en suis un peu honteux à mon âge ; mais ce qui convient à tous les âges, c'est de vous aimer et de vous admirer.

Voltaire

31 décembre 1763."

Problèmes de courrier au XVIIIème siècle: toujours d'actualité ! N'est-ce pas Jean-Louis, toi qui attend depuis 15 jour un colis envoyé en Colissimo le 12 décembre ( de cette année je vous rassure, camarades syndiqués !) : c'est sûr, il faudra aller le rechercher dans les griffes des vautours à casquette bleue du Géant Jaune . Bonne chasse, ami !

"dans ce moment-ci où les finances mettent tous les esprits en fermentation, on ne veut pas qu'ils s'échauffent sur d'autres objets." : terriblement d'actualité, il est, n'est-il pas ? Il s'agissait à l'époque d'une réforme entreprise par le nouveau contrôleur général qui pensait rétablir les finances du royaume en trois ans et qui suite à des abus se trouva obligé d'augmenter les impôts, ce pourquoi on le remerciera l'an suivant ! Rien de neuf sous le soleil du dollar : on reprend les mêmes bobards et vogue la galère ; nous n'avons pas fini de ramer !!

"J'ai été si dégoûté depuis peu de ce qu'on appelle les choses sérieuses" : je ne sais pas si c'est le spleen , ou le trop plein d'infos catastrophiques, mais j'envoie  tout envoyer balader : humains guerriers, politiciens prétendument libres face aux partis ou au fric, bigots et fanatiques de toutes confessions, Madagascar 2 et le Che ! Faute d'avoir le talent d'écrire des contes, je vais écluser quelques ver(re)s en bonne compagnie ! A nos femmes, à nos chevaux, à tous ceux qui ...

Bonne année à vous aimables lecteurs ; de toute façon je considère que la nouvelle année pour moi commence à mon jour anniversaire !

26/12/2008

Idiots, imbéciles,écorchés : à Noël on pense encore à vous !

... Notes mises à jour le 10 janvier 2014 .



« A Charles de Brosses , baron de Montfalcon


de brosses charles.jpg

 

        Effugit, evasit, erupit 1 dans le temps qu’on le cherchait partout pour souper, pour lui faire hommage lige, et que toute la famille des Délices voulait demander ses ordres. Mais, Monsieur, je ne vous en tiens pas quitte, et je prétends bien que vous aurez la bonté de venir voir le nouvel appartement que je vais faire à Tournay, dès qu’il ne gèlera plus.

Eh bien ! défendez-vous au sage

De travailler pour le bonheur d’autrui ?

Cela même est un bien que je goûte aujourd’hui.

 

            A propos de bonheur, Monsieur, vous avez entendu dire quelque chose du bonheur éternel que le curé de Moëns veut procurer à cinq familles de Ferney qui sont seules restées dans ce malheureux village, ayant droit de commune.

Il veut les envoyer vite au ciel en les faisant mourir de faim. Ce scélérat, reconnu pour le plus exécrable chicaneur de la province, alla solliciter trois procès à Dijon, et il a fait payer tous les frais de son séjour aux pauvres de Ferney, qui labouraient leurs champs tandis qu’il poursuivait contre eux un procès dont ils n’étaient pas instruits. Le fond de la vexation est une dîme de novailles 2 dont les pauvres de Ferney, nommés pauvres, et pauvres d’effet, sont en possession depuis plus d’un siècle à titre de charité et de dédommagement. M. de Montréal [= Bernard de Budé, comte de Montréal] , aussi processif que ce détestable curé, avait donné un procureur nommé Genot à ces pauvres, et avait avancé cinquante écus qu’il a repris. Le Genot, en digne procureur, a , sucé ce qui restait de sang à ces pauvres, à ces imbéciles [ au sens étymologique = faibles] . Le fonds est trente livres de rente, la forme est le diable, et mes pauvres en sont pour quinze cents livres de frais. La commune n’a pour tout bien qu’un petit pré submergé et quelques enfants que le curé de Moëns pourra faire rôtir , s’il veut, pour lui et pour Pâquette sa servante.3 Pourrait-on, Monsieur, présenter requête à la chambre des enquêtes qui les a condamnés, pour avoir un délai d’une année ? Vos belles chiennes de lois françoises ou françaises,ou gombettes [la loi gombette est le code bourguignon du nom du roi des Burgondes Gondebaud ] ou romaines, permettent-elles que des gens écorchés demandent un répit pendant lequel la peau leur reviendra pour la porter en offrande à M. le curé ? Ayez compassion des malheureux : vous n’êtes pas prêtre . Voyez au nom de l’humanité ce qu’on peut faire pour les idiots 4 de Ferney . Instruisez-moi , je vous en conjure .

Quoi ? M. Le Bault m’envoie du plant de Bourgogne 5, et vous ne m’en envoyez pas , et vous n’avez pas soin de votre vigne ! Allons donc, monsieur, quatre mille petits ceps pour l’amour de Dieu ! Je fais déjà travailler à vos hutins 6. Quelle pitié ! Dans quel état noble ivrogne Chouet [fils de syndic, devenu fermier chez De Brosses,, chassé par Voltaire] a mis votre terre ! Que vous êtes heureux d’avoir fini avec lui ! Venez, venez dans un an, vous trouverez les choses bien changées.

J’ai fait mon entrée comme Sancho Pança dans son île 7 . Il ne me manquait que son ventre . Votre curé m’a harangué . Chouet m’a donné un repas splendide dans le goût de ceux d’Horace et de Boileau, fait par le traiteur des Patis ou Paquis 8. Les sujets ont effrayé mes chevaux avec de la mousqueterie et des grenades : les filles m’ont apporté des oranges dans des corbeilles garnies de rubans . Le roi de Prusse me mande que je suis plus heureux que lui ; il a raison, si vous me conservez vos bontés, et si je ne suis jamais inquiété dans mon ancien dénombrement . Je vous présente mon respect.

             Madame, je vous demande pardon de ne vous avoir présenté qu’un demi-cent d’épingles [allusion au pot de vin prévu, qu’il veut réduire] ; mais vous êtes la fille de mon intime ami, M . de Crèvecoeur 9. Je n’ai plus le sou ; et vous pardonnerez la liberté grande.

V.

Aux Délices

              Le propre jour de Noël 1758

Cela fait souvenir des Noëls bourguignons . »

1 Cicéron, Catilinaires, II, i : il s’est enfui, il s’est échappé, il a brisé ses chaines.

2 Dîme novale = impôt ecclésiastique prélevé sur une terre nouvellement défrichée ; par une mesure prise le 28 août 1759, elle fut remise en vigueur en faveur des prêtres ; voir Henri Marion , La Dîme ecclésiastique en France et sa suppression au XVIIIè siècle, 1912 .

3 Souvenir de La Fontaine Fables, VII, xi : Le Curé et le mort : http://www.la-fontaine-ch-thierry.net/curemort.htm

4 Dans Un chrétien contre six juifs, 1776, V* écrit : « […] idiot signifiait autrefois isolé, retiré du monde, et ne signifie aujourd'hui que sot » . Le mot grec idiotes qui désignait un simple particulier par opposition au magistrat, avait à l'usage pris le sens d'ignorant, homme du peuple (Littré).

6 Hutin = bois vivant ou mort destiné à supporter la vigne ; Littré au mot hautain .

8 Les Paquis forment maintenant un quartier [chaud !] de Genève .Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_P%C3%A2quis


 

"Vos belles chiennes de lois françoises ou françaises, ou gombettes [bourguignonnes] ou romaines, permettent-elles que des gens écorchés demandent un répit" : question qui reste d'actualité pour ceux dont le logement n'est garanti que jusqu'en mars, date à laquelle,- oh ! joyeux retour du printemps et des huissiers en fleur -, les propriétaires privés ou publics mettront à la rue bon nombre de malchanceux . Comme disait Brel ( que j'ose admirer encore et toujours) :

"Et puis, y a l'autre
Des carottes dans les cheveux
Qu'a jamais vu un peigne
Qu'est méchant comme une teigne
Même qu'il donnerait sa chemise
A des pauvres gens heureux...

mais qui vous flanque dehors pour son que sacro-saint loyer tombe dans son escarcelle sans fond. Tous ne sont pas de cet acabit -bien que j'en aie malheureusement connu que de cette sorte- , il y a quelques exceptions heureusement . Que Dieu les garde !

 

           "Ayez compassion des malheureux : vous n’êtes pas prêtre" : je dois encore avouer une de mes faiblesses ( -la liste n'est pas encore publiable !-) : je viens de voir Ben Oit  x .v. i. doré comme un louis d'or, devant un trône doré, et j'ai du mal à partager les valeurs de cet infaillible guide de la chrétienté...benoit xvi.jpg J'aimerai un discours moins théorique et  des dépenses moins somptuaires.

Vous allez peut-être me dire que je suis injuste, que je n'ai pas compris le message papal . Pourquoi ce bon apôtre n'aime-t-il pas son prochain comme lui-même, à moins qu'il ne s'aime pas, ça expliquerait bien des choses !

- Allez, le psy de comptoir, va te coucher !!!

- Quand je veux !

23/12/2008

bonsoir cher ami !

"A Jean-Robert Tronchin à LYon

Je viens mon cher Monsieur, d'expédier sûrement la lettre de Son Eminence [cardinal de Tencin] à qui je vous supplie de faire agréer mon respect,mon zèle, et mon empressement à lui obéir.

Je reçois dans ce moment des nouvelles du roi de Prusse et de Mme la margrave du 12 décembre par un officier principal de la maison de Mme de Bareith en qui elle a une grande confiance. La victoire du roi de Prusse n'est pas aussi décisive qu'on le disait. Il n'a point Breslau. Les Autrichiens sont rassemblés sous Swednitz [Schweidnitz]. Il y aura encore du sang répandu, et celui qui préviendrait tant de calamités par une bonne paix serait le bienfaiteur du genre humain. . Le roi de Prusse écrit à sa soeur qu'il est bien las de tant de carnage et de cette barbare gloire.

Je vous souhaite la bonne année. Il me manque de la santé et des baguettes dorées [pour la maison de Lausanne]. Je vous devrai les baguettes. Si vous les adressez à M. Cathala, ayez la bonté de lui recommander de me les faire parvenir.

Bonsoir mon cher ami.

Voltaire

le 24 décembre 1757 au soir à Lausanne"

 

"Bonsoir mon cher ami" : je dois avouer que je n'ai jamais eu l'occasion ni l'idée même de prononcer ces paroles envers mon banquier. Il faut vraiment avoir l'aisance de Voltaire, qui traite d'égal à égal pour avoir cette familiarité .

"...cher ami", pour moi , je songe plutôt "très cher" ami si vous voyez ce que je veux dire (hello, happy tax payer !).

"Ami..." : peut-être un jour, si Mercure me donne un coup de main (un petit Loto qui sait ?), un banquier sera pendu à son téléphone en me servant du "cher ami" pour s'occuper de ma nouvelle fortune . J'aurais alors le grand plaisir de le faire mariner dans son jus en repensant à son intraitable attitude passée. Qui n'en a pas rêvé ? Qu'il me jette le premier euro !

"Bonsoir..." : comment dire bonsoir à quelqu'un qui ferme régulièrement son agence à 17 heures , alors que tu vas travailler jusqu'à 20 heures ?

"Il y aura encore du sang répandu, et celui qui préviendrait tant de calamités par une bonne paix serait le bienfaiteur du genre humain."  : je connais, et sans doute vous aussi, des abrutis (au sens propre) et des félés (idem) qui eux parlent le plus sérieusement du monde de ce qu'il nous faudrait : "C'qui nous faudrait, c'est une bonne guerre!". Ce à quoi je réponds, bande d'arsouilles, allez la faire sans moi ! Bonne et guerre, ces deux mots ne peuvent être accolés que par des humains de la trempe de l'abbé Pierre, soeur Emmanuelle, soeur Theresa et un bon nombre d'illustres anonymes de bonne volonté qui font la guerre à la misère.

Ce sacré-(nom d'une pipe) Voltaire m'a encore fait sourire quand je le vois en quelques lignes passer des pensées les plus généreuses à celles de baguettes dorées ... Feu follet !...

Amis bloggers et lecteurs, je vous souhaite un bon Noël et des jours de joie, pour vous et ceux qui vous tiennent à coeur .

Tout de bon, comme disent mes voisins suisses ! (oui, on peut être Suisse et avoir un bon fond ! Si! Si !!)

Bisous à Babeth, serrage de louche à Florian.

18/12/2008

Milliard, j’ai dit milliard ? Comme c’est le bazar !

 

Citation toute chaude, sortie du four à fadaises, dans le domaine " je parle et je me comprends, tant pis si vous n’arrivez pas à suivre mes pensées élevées, bandes de nazes !" - : « On ne peut pas continuer à sortir des milliards qui finiront par nous coûter cher » dixit M. de Villepin ce matin sur France Inter .

Plus tristounet pour ceux qui crèvent de faim ou de maladie,  «  les USA ont dépensé plus de cent milliards de dollars pour la guerre d’Irak en pure perte » dixit un journaliste de RSR ce même matin.

Commencer la journée en entendant parler de milliards d’euros ou de dollars voués à l’inutile ou au désastre et la destruction m’incite à sonder le fond de mon porte-monnaie pour voir si quelques miettes de ces pactoles ne s’y trouveraient pas . Et devinez quoi ? Rien, nada, nichts, que pouic, que dalle ! J’ai du louper le jour de distribution, trop occupé à travailler pour pouvoir me trouver sous la bonne goulotte .

Riez, dansez banquiers ! Comme toujours on ne prête qu’aux riches, aux pauvres malheureux qui risquaient sans cela de gagner un peu moins qu’espéré .

Plaignons aussi les firmes automobiles qui voient leurs ventes en chute libre : depuis quand la voiture, d’un prix déraisonnable, fait elle partie des objets à renouveler sans cesse ? Quoi d’étonnant ? Quoique détonant !

Je me consolerai ce soir en partageant un repas dit de Noël (et oui, camarades syndiqués, surfeurs du Net et bloggers impénitents) avec l’équipe du château de Voltaire.

 

Deux lettres non datées de notre SDF adressées à une femme qui défraya un peu la chronique au XVIIIème  siècle .

 

 « A Charlotte –Sophie von Altenburg, comtesse Bentinck

comtesse bentinck.jpg

 

 

 

 On fait courir ici la lettre de Koenig ; elle fait autant de bruit qu’Akakia et peut avoir des suites aussi affreuses. La personne à qui vous l’avez confiée a montré la pièce à Maupertuis. Il n’y a pas un moment à perdre. Il faut en retirer tous les exemplaires ou je suis perdu.

V.

Potsdam , Décembre 1752 »

 

 

On sent le pain grillé mon cher touche à tout !

 

« A Charlotte-Sophie von Altenburg, comtesse Bentinck

 

Il n’est pas question de retirer l’exemplaire des mains du prince Henri [frère de Frédéric II]. Cela n’est pas possible, mais le prince Eugène de Virtemberg peut au nom de son frère [Louis-Eugène prince de Wurtemberg] le conjurer de ne le montrer à personne, et de n’en donner aucune copie. Vous pouvez retirer les copies que vous avez données. Je vous le demande à genoux. Le roi ne veut qu’un prétexte. Il a pris celui-là. Vous sentez bien que Maupertuis n’est pas dans son cœur la raison de cette persécution horrible. J’ai vu hier M. le chevalier de La Touche. Tachez de le voir et lui bien mettre dans la tête l’opprobre de tout ce procédé. Si vous croyez que Mme Marschall [fille de Podewils, amie de la comtesse] puisse engager son père à adoucir le roi en général, ce sera beaucoup.

V.

Potsdam, fin décembre 1752 »

 

« Calimero » (pourquoi tout le monde me persécute ?) fait appel aux femmes pour sa défense . Il sait bien leur pouvoir, il connait aussi son succès auprès d’elles. Heureux persécuté !!

 

Si vous voulez en savoir plus sur la comtesse salvatrice, et croyez -moi elle vaut le détour voir :

 

http://images.google.fr/imgres?imgurl=http://image.evene.fr/img/livres/g/2020662108.jpg&imgrefurl=http://www.evene.fr/livres/livre/hella-s-haasse-madame-bentinck-l-indiscrete-21588.php&usg=__cGB25dRwx3w010hTW_rlhm8ri50=&h=180&w=115&sz=12&hl=fr&start=5&tbnid=_XPCXo9blEwlOM:&tbnh=101&tbnw=65&prev=/images%3Fq%3Dcomtesse%2Bbentinck%26gbv%3D2%26hl%3Dfr

 http://www.amazon.fr/Voltaire-grande-amie-Correspondance-...

17/12/2008

grosse tête, petites pensées

« J’ai changé l’Europe, mais je n’ai pas changé Cohn Bendit » dixit Nicolas imperator (un ami dit : nabot-léon). C’est vrai l’Europe est devenue « E.U. hope » et peut-être « E.U. rope » (pour nous pendre ?). Il a l’impression d’avoir changé, - en mieux bien sûr!. Je trouve personnellement qu’il a toujours la grosse tête. A-t-il changé de chapeau pour une pointure supérieure ? Ce grand « sentimental » m’agace toujours autant, il me laisserait indifférent s’il n’avait pas une telle place. Baste ! je laisse là ce roi de cour de récré !

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d’Argental

 

Il faut que vous me pardonniez, mon cher ange. Je suis un bon Suisse qui avait trop pris les choses à la lettre. Vous me mandiez qu’on [le gouvernement français] a plus de ménagements et plus de jalousie qu’un amant et une maîtresse, et que mes correspondances mettaient obstacle à un retour qu’on pourrait attribuer à ces correspondances mêmes. Daignez considérer que le temps où vous me parliez ainsi, était précisément celui où le bon Suisse n’avait fait aucune difficulté d’avouer à Mme de P.[ompadour] ses liaisons que je crus un peu dangereuses sur votre lettre. Rien n’est assurément plus innocent que ces liaisons ; elles se sont bornées comme je vous l’ai dit, à consoler un roi qui m’avait fait beaucoup de mal, et à recevoir les confidences du désespoir dans lequel il était plongé alors. Je vous avertis que le roi de Prusse et l’impératrice pourraient voir des lettres que j’ai écrites à Versailles, sans que ni l’un ni l’autre  pût m’en savoir le moindre mauvais gré. J’avais cru seulement que le désespoir où je voyais le roi de Prusse pouvait être un acheminement à une paix générale si nécessaire à tout le monde et qu’il faudra faire à la fin. Je ne m’attendais pas alors que nos chers compatriotes se couvriraient d’opprobre, et qu’une armée de cinquante mille hommes fuiraient comme des lièvres devant six bataillons dont les justaucorps viennent à la moitié des fesses ; je ne prévoyais pas que les Hanovriens assiégeraient Harbourg, et qu’ils seraient plus forts que M. de Richelieu. Nous avons grand besoin d’être heureux dans ce pays là, car nous y sommes en horreur pour nos brigandages, et méprisés pour notre lâcheté du 5 novembre. Les Autrichiens disent qu’ils n’ont pris Breslau que parce qu’ils n’avaient pas de Français avec eux. Enfin nous n’avons d’appui en Allemagne que ces mêmes Autrichiens qui se moquent de nous. Il faut espérer que M. de Richelieu rétablira notre crédit et notre gloire, et que les succès de Marie-Thérèse nous piqueront d’honneur…..Vous voyez que je suis aussi bon Français que bon Suisse.

         Tout bon que je suis j’ai toujours sur le cœur les quatre baïonnettes que ma nièce eut dans le ventre. J’aurais voulu que le roi de Prusse eût réparé cette infamie, mais je vois qu’il est difficile de venir à bout de lui, même en lui prenant Breslau.

         Au moment que je griffonne, la nouvelle vient de Francfort que nous avons été malmenés devant Harbourg. Je n’en veux rien croire. Ce sont des hérétiques qui le mandent. Passons vite.

On a joué à Vienne L’Orphelin de la Chine, l’impératrice l’a redemandé pour le lendemain. Voilà des nouvelles de tripot assez agréables. Le tripot de la guerre n’est pas si plaisant. Venons à l’article du portrait. Donnez-moi des dents et des joues et je me fais peindre par Van Loo. En attendant, mon cher ange, envoyez au charnier St Innocent. Mon effigie est là trait pour trait.

 

 

         J’ai actuellement chez moi Mme d’Epinay qui vient demander des nerfs à Tronchin. Il n’y a point là de salmigondis [allusion à Mme de Montferrat = « joli salmigondis de dévotion et de coquetterie »]. Cela est philosophe, bien net, bien décidé, bien ferme. Je la quitte pourtant et je vais au palais Lausanne. Vous verrez, mon cher ange, des Ecossais francisés, des Douglas qui ont des terres dans mon voisinage, qui ont un procès au Conseil, au rapport de M. de Courteille.

         Je baise pour eux le bout de vos ailes. Je demande votre protection. Mais vous ! vous ! vous avez une affaire et point d’audience. Cela est drôle. Pour Dieu expliquez-moi cela. Et vale et ama nos.

 

         Voltaire

         Aux Délices le 17 décembre 1757 »

 

         « au charnier St Innocent. Mon effigie est là trait pour trait. » : terriblement réaliste et humoriste ce sacré gaillard ; il ne sait pas que plus de vingt ans l’attendent encore.

 

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         Mme d’Epinay, « Cela est philosophe, bien net, bien décidé, bien ferme. Je la quitte pourtant » : le manque de nerfs de cette dame a dû être cette fois un vice rédhibitoire et l’attrait de la chaleur de sa résidence lausannoise supérieur aux qualités de « cela ». La description tient en quatre épithètes, et si Mme d’Epinay en avait eu connaissance aurait-elle apprécié ? Ou alors aurait-elle été outrée d’être « cela » ? Féministes de tous pays qu’en dîtes-vous ?

 

16/12/2008

tir au 44 : deux coups ! zut, loupé!

« A François-Louis Allamand

Pasteur de l’église à Bex [1709-1784 pasteur à Ormont, professeur de grec]

 

         Je suis venu , Monsieur, me faire marmotte à Montriond pour l’hiver, après avoir essuyé mon petit tremblement de terre tout comme un autre [le 9 décembre]. Le meilleur des mondes possibles me parait une mine. Je plains comme vous, les Portugais ; mais les hommes se font encore plus de mal sur leur petite taupinière que ne leur en fait la nature. Nos guerres égorgent plus d’hommes que les tremblements de terre n’en engloutissent. Si on n’avait à craindre dans ce monde que l’aventure de Lisbonne[tremblement de terre du 1er novembre 1755], on se trouverait encore passablement bien. Au reste on dit que la moitié de cette ville est encore sur pied. On commence toujours par faire le mal ou le bien plus grand qu’il n’est. Je crois que Lisbonne a encore moins l’apparence du bouleversement que les abîmes et les rochers où vous êtes. Si vous pouviez quitter votre antre pour venir dans mon trou de marmotte, nous raisonnerions ensemble du mal physique et du mal moral dans le temps de relâche que mes maux physiques peuvent me donner. Je serais charmé de voir comment une imagination aussi brillante que la vôtre a pu conserver son feu dans le pays des frimas. Vous me paraissez ressembler au vin de Champagne qui n’en est que mieux quand il est à la glace.

Je vous embrasse en philosophe sans cérémonie à mon ordinaire.

        

         Voltaire à Montriond près de Lausanne

         16 décembre 1755 »

 

« les hommes se font encore plus de mal sur leur petite taupinière que ne leur en fait la nature. Nos guerres égorgent plus d’hommes que les tremblements de terre n’en engloutissent » c’est ce qui a sans doute passé dans la tête du journaliste lanceur de chaussures qui a mon grand regret a manqué sa cible (manque d’entrainement sans doute !). Il y a quelques décennies le rondelet Nikita Kroutchev s’était contenté de frapper son bureau à l’ONU avec son 42 fillette , « gross skandal » (mais pas petite sandale), grosse trouille pour certains, petits résultats en définitive ; Nikita, c’est vrai, il n’y a pas de mal à s’offrir ce plaisir quand on a suffisamment de bombes nucléaires pour rayer l’adversaire de la carte et à tout prendre les dégâts sont pour le moral U.S.. GWB , malgré sa coquetterie dans le regard , a esquivé. Double vue !? Aurait-il été alerté par une senteur suspecte ? Une prescience de l’attentat ? Je n’aimerais pas en ce moment faire partie de ses gardes du corps, les coups de pied au c..  doivent pleuvoir, et le chômage en étrennes programmées.

Qu’on fiche la paix à l’homme aux pieds nus, sa colère est légitime ;  le poids des mots ne suffit pas toujours, le choc des godasses est souvent nécessaire pour des têtes à claques dirigeant des pays soit disant développés et modèles.

         Je peux vous confirmer que depuis 1755 le  « pays des frimas » est toujours fidèle à sa réputation, mais que certains de ses habitants –comme Babeth, pour ne pas la nommer - ont le cœur généreux et offrent un agréable moment à un collègue (im)méritant. La lutte contre le froid chez moi prend une tournure spéciale : laissons pousser la barbe ! Je ne suis pas encore plausible en père Noël, ni en Robert Hue, mais plutôt nain de jardin ascendant Simplet !