03/12/2019
On veut persécuter un vieillard
... C'est l'opinion de Bernard Tapie qui garde toujours son côté commerçant / rapace, et que j'ai entendu, -après qu'il ait clamé sa foi chrétienne,- dire qu'il mérite indubitablement une place au paradis en récompense de ses bonnes actions . Nanard toujours intéressé, catholique en peau de lapin, tu ne changeras jamais, pognon ou paradis tu es prêt à tout pour le gagner : faux jeton !
« A Antoine Malvin de Montazet 1
[octobre 1764]
[Désavoue le Dictionnaire philosophique] On veut persécuter un vieillard et mettre une malheureuse famille qui ne peut subsister sans lui dans le cas de désirer d'entrer dans le tombeau où on veut le forcer de descendre [...] 2»
1Voir : https://data.bnf.fr/fr/10745543/antoine_de_malvin_de_montazet/
et : http://www.academie-francaise.fr/les-immortels/antoine-de-malvin-de-montazet
et : http://museedudiocesedelyon.com/MUSEEduDIOCESEdeLYONmalvin.htm
2 Ce fragment de lettre à l'archevêque de Lyon, dont V* fait souvent l'éloge, nous est connu par une lettre de Marie-Louise-Madeleine de Brémond d'Ars, marquise de Verdelin, à JJ Rousseau du 6 novembre 1764 ; voir J.-J. Rousseau, ses amis et ses ennemis, 1865 de G. Streckeisen-Moultou . On peut douter que la citation soit exacte ; outre que la marquise parle d'après une tierce personne, on observera qu'une expression comme mettre […] dans le cas est lourde et que , quoique fréquente à l'époque, elle est évitée par les bons écrivains . Mais le fond de la lettre est certainement authentique .
Voir : http://valmorency.fr/75.html
et : page 517 : https://books.google.fr/books?id=7RcUAAAAQAAJ&printsec=frontcover&hl=nl&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q=6%20novembre&f=false
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02/12/2019
Notre grand intérêt est que les hommes qui existent soient heureux autant que la nature humaine et l’extrême disproportion entre les différents états de la vie le comportent
... Cet intérêt semble bien être le cadet des soucis de bien des gouvernements en ce monde (pour ne pas dire tous), ce qui pourrait expliquer le succès des religions prometteuses de bonheur dans l'au-delà, et des partis politiques extrémistes revanchards .

« A la « Gazette littéraire de l'Europe »
[octobre 1764] 1
Je vois, messieurs, par la Gazette littéraire, tome III, page 80 2, que le gouvernement de la Suède a depuis plus de vingt ans persévéré dans l'entreprise utile de connaître à fond les forces du pays et de commencer par un dénombrement exact . Il est dit qu'on a trouvé dans toute l'étendue de la Suède, sans compter la Poméranie, deux millions trois cent quatre-vingt-trois mille habitants . Ce calcul étonne . La Suède avec la Finlande est deux fois aussi étendu que la France, qui passe pour contenir environ vingt millions de personnes ; il est même certain par le relevé de tous les intendants du royaume en 1698, qu'on trouva à peu près ce nombre, et la Lorraine n’était point encore ajoutée à la France . Comment un pays qui n'est que la moitié d'un autre peut-il avoir environ dix fois plus de citoyens .
À territoire égal il faudrait que le France fût dix fois meilleure que la Suède ; et le territoire n'étant que la moitié, il faut que la France soit vingt fois meilleure .
Considérons d'abord qu'on doit retrancher de la carte de la Suède la mer Baltique, le golfe de Finlande et le golfe de Bothnie, qui remplissent près de la moitié de ce qui constitue la Suède . Otons-en le Lapmerck et la Laponie, que l'on doit compter pour rien ; retranchons encore des lacs immenses, et il se trouvera que le territoire habitable de la France sera plus grand d'un tiers que le terrain habitable de la Suède .
Or ce terrain habitable étant dix fois plus fertile, il n'est pas étonnant qu'il ait dix fois plus de citoyens .
Ce qui me parait mériter beaucoup d'attention, c'est que dans la Gothie, province la plus méridionale et la plus fertile de la Suède, il y a 1248 habitants par chaque lieue carrée de Suède . Or la lieue carrée de Suède, de dix et demi au degré, est à la lieue carrée de France, de vingt-cinq au degré, comme quatre et deux tiers environ est à un .
Il résulte du dénombrement de la France fait par les intendants du royaume en 1698, que la France a six cent trente-six personnes par lieue carrée .
Or la lieue carrés de France, qui est à la lieue carrée de Suède comme un est à quatre et deux tiers environ, a six cent tente-six habitants, et la lieue carrée suédoise en a douze cent quarante-huit . Il est clair que la lieue carrée de Gothie qui devrait avoir quatre fois et deux tiers autant de colons, en nourrit à peine le double ; donc la même étendue de terrain en France a plus de la moitié de colons ou d’habitants que la même étendue n'en a dans la Gothie .
Cette prodigieuse supériorité d'un pays sur un autre peut-elle avec le temps être réduite à l'égalité ? Oui, si les habitants du climat disgracié peuvent trouver le secret de changer la nature de leur sol et de se rapprocher du tropique .
Le pays pourrait-il être peuplé du double, du triple ? Oui, si l'on faisait deux fois, trois fois plus d'enfants ; mais qui les nourrirait si la terre ne rend pas deux ou trois fois davantage ?
Au défaut d'une récolte triple pour nourrir ce triple d'habitants, il faudrait donc avoir un commerce, par le bénéfice duquel on pût acquérir deux et trois fois plus de denrées qu'on n'en consomme aujourd'hui . Mais comment faire de commerce avantageux, si la nature refuse de quoi exporter à l'étranger ?
La commission établie pour rendre compte aux États assemblés de la dépopulation de la Suède affirme dans son mémoire, sur des preuves historique, que le pays était il y a trois cents ans presque trois fois plus peuplé qu'aujourd'hui . Il est de l’intérêt de tous les hommes de connaître les preuves de cette étrange affection . Se pourrait-il que la Suède sans commerce, sans industrie, et plus mal cultivée qu'à présent, eût pu nourrir trois fois plus d'habitants ?
Il paraît que les pays du Nord n'ont jamais été plus peuplés qu'ils ne le sont, parce que la nature a toujours été la même .
César dans ses Commentaires dit que les Helvétiens, désertant leur pays pour aller s'établir vers la Saintonge, partirent tous au nombre de trois cent soixante et huit mille personnes . Je ne crois pas que l’Helvétie en ait aujourd’hui davantage . Et si elle rappelait tous ses citoyens répandus dans les pays étrangers, je doute qu’elle eût de quoi leur fournir des aliments .
On parle beaucoup de population depuis quelques années . J'ose hasarder une réflexion . Notre grand intérêt est que les hommes qui existent soient heureux autant que la nature humaine et l’extrême disproportion entre les différents états de la vie le comportent . Mais si nous n'avons pu encore procurer ce bonheur aux hommes, pourquoi tant souhaiter d'en augmenter le nombre ? Est-ce pour faire de nouveaux malheureux ? La plupart des pères de famille craignent d'avoir trop d'enfants, et les gouvernements désirent l'accroissement des peuples . Mais, si chaque royaume acquiert proportionnellement de nouveaux sujets, nul n'acquerra de supériorité .
Quand un pays a un superflu d'habitants, ce superflu est employé utilement aux colonies de l'Amérique . Malheur aux nations qui sont obligées d'y envoyer les citoyens nécessaires à l’État ! C'est dégarnir la maison paternelle pour meubler une maison étrangère . Les Espagnols ont commencé ; ils ont rendu ce malheur indispensable aux autres nations .
L'Allemagne est une pépinière d'hommes, et n'a point de colonies ; que doit-il en résulter ? Que les Allemands qui sont de trop chez eux peupleront les pays voisins . C'est ainsi que la Prusse et la Poméranie ont réparé la disette des hommes .
Très peu de pays sont dans le cas de l'Allemagne . L'Espagne et le Portugal , par exemple, ne seront jamais fort peuplés; les femmes y sont peu fécondes, les hommes peu laborieux, et le tiers de la contrée est aride .
L’Afrique fournit tous les ans environ quarante mille nègres à l'Amérique, et ne paraît pas épuisée . Il semble que la nature ait favorisé les Noirs d'une fécondité qu’elle a refusée à tant d'autres nations . Le pays le plus peuplé de la terre est la Chine sans qu'on y ait jamais fait de livres ni de règlements pour favoriser la population dont nous parlons sans cesse . La nature fait tout sans se soucier de nos raisonnements.3 »
1 Edition « Lettre aux auteurs de la Gazette littéraire », Gazette littéraire de l'Europe du 4 novembre 1764, Supplément .
2 Il s'agit du supplément au numéro du 30 septembre 1764.
3 Ces réflexions de V* montrent l'intérêt qu'il prend depuis quelque temps aux problèmes socio-économiques ; elles tournent court ici après des développements dont la ligne n'est pas très nette . La pensée de V* se sera quelque peu éclaircie quant il composera L'Homme aux quarante écus .Voir : http://www.monsieurdevoltaire.com/article-conte-l-homme-aux-quarante-ecus-partie-1-69199895.html
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01/12/2019
il n’y en ait pas un qui s’empresse à porter au moins un peu d’eau quand il voit la maison de ses voisins en flammes. La sienne sera bientôt embrasée, et alors il ne sera plus temps de chercher du secours
... Voltaire a peut-être inspiré Jacques Chirac quand il disait "La maison brûle et nous regardons ailleurs !", paroles qui doivent être suivies d'effets, et qui ne le sont que rarement .
https://www.dailymotion.com/video/x7lqyto

« A Etienne-Noël Damilaville
15è octobre 1764
J’ai parcouru, mon cher frère, la critique des sept volumes de l’Encyclopédie 1. Je voudrais bien savoir qui sont les gadouards 2 qui se sont efforcés de vider le privé d’un vaste palais dans lequel ils ne peuvent être reçus . Je leur appliquerai ce que l’électeur palatin me faisait l’honneur de m’écrire au sujet de maître Aliboron , Tel qui critique l’église de Saint-Pierre de Rome n’est pas en état de dessiner une église de village 3. Belles paroles, et bien sensées, et qui prouvent que la raison a encore des protecteurs dans ce monde.
Je crois que le public ne se souciera guère qu’une des îles Mariannes s’appelle Agrignon ou Agrigan, ni qu’il faille prononcer Barassa ou Bossera . Mais je crains que les ennemis de la philosophie ne regardent cette critique comme un triomphe pour eux.
Je suis surtout indigné de la manière dont on traite M. d’Alembert, pages 172 et 178 4.
Pour M. Diderot, il est maltraité dans tout l’ouvrage. Ce qu’il y a de pis, c’est que ces misérables sonnent le tocsin. Ils sont bien moins critiques que délateurs ; ils rappellent, à la fin du livre, quatre articles des arrêts du Conseil et du parlement contre l’Encyclopédie . Ils ressemblent à des inquisiteurs qui livrent des philosophes au bras séculier. Voilà donc la persécution visiblement établie ; et si on ne rend pas ces satellites de l’envie aussi odieux et aussi méprisables qu’ils doivent l’être, les pauvres amis de la raison courent grand risque. Je ne conçois pas que, parmi tant de gens de lettres qui ont tous le même intérêt, il n’y en ait pas un qui s’empresse à porter au moins un peu d’eau quand il voit la maison de ses voisins en flammes. La sienne sera bientôt embrasée, et alors il ne sera plus temps de chercher du secours.
Je voudrais bien que M. d’Alembert suspendît pour quelques jours ses autres occupations, et que, sans se faire connaître, sans se compromettre, il fît, selon son usage, quelque ouvrage agréable et utile, dans lequel il daignerait faire voir en passant l’insolence, la mauvaise foi et la petitesse de ces messieurs. Il est comme Achille qui a quitté le camp des Grecs ; mais il est temps qu’il s’arme et qu’il reprenne sa lance, je l’en prie comme le bon homme Phœnix 5, et je vous prie de vous joindre à moi.
Il est assez triste que le Dictionnaire philosophique paraisse dans ce temps-ci, et il est bien essentiel qu’on sache que je n’ai nulle part à cet ouvrage, dont la plupart des articles sont faits par des gens d’une autre religion et d’un autre pays.
Avez-vous à Paris la traduction du plaidoyer de l’empereur Julien contre les Galiléens, par le marquis d’Argens 6? Il serait à souhaiter que tous les fidèles eussent ce bréviaire dans leur poche. Adieu, mon cher frère, recommandez-moi aux prières des fidèles, et surtout écr. l’inf. »
1Par l'abbé Saas , voir :http://enccre.academie-sciences.fr/encyclopedie/documentation/?s=157&
et lettre du 29 septembre 1764 à Damilaville : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2019/11/17/non-seulement-il-faut-crier-mais-il-faut-faire-crier-les-criailleurs-en-fav.html
2Mot en usage dans la région lyonnaise pour vidangeurs .
3 La citation de cette lettre de l’Électeur palatin, du 1er octobre 1764, est exacte, à la modification du temps des verbes près .
4 Page 172, l'auteur des Lettres sur l'Encyclopédie préfère les Mélanges d'histoire et de littérature de Vigneul-Marville (pseudonyme de Bonaventure d'Argonne) aux Mélanges de d'Alembert ; à la page 178, il accuse d’Alembert d'avoir suggéré que les pasteurs de Genève qui avaient fait brûler Servet méritaient de l'être au même titre que lui .
Voir : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8626481s/f7.image
5 Iliade, IX, 424, d'Homère .Voir Phoinix dans : https://mediterranees.net/mythes/troie/iliade/chant9.html
6 Défense du paganisme par l'empereur Julien, en grec et en français, avec des dissertations et des notes pour servir d'éclaircissement au texte et pour en réfuter les erreurs, par M. le marquis d'Argens. V* publia lui-même une nouvelle édition de ce texte sous le titre plus explicite de Discours de l'empereur Julien contre les chrétiens, 1768.
Voir : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k61992d.texteImage
et : https://fr.wikisource.org/wiki/Discours_de_l%E2%80%99empereur_Julien/%C3%89dition_Garnier
18:10 | Lien permanent | Commentaires (0)
I deserve the praise he was pleas'd to bestow upon me, when he said I am a lover of truth / je mérite l’éloge qu’il a pris plaisir à faire de moi quand il a dit que j’étais amant de la vérité
...
« Au journal « The Monthly Review » 1
I do return the most sincere thanks to the generous author of the Monthly review ; he has told what I would be, rather than what I am .
Yet I must own I deserve the praise he was pleas'd to bestow upon me, when he said I am a lover of truth . My passion for truth and freedom has kindled the benevolence of a free writer who gives letters of naturality to a frenchman.
I am with a due gratitude
his most humble sr
Voltaire. 2
Au château de Ferney, 14 octobre 1764. »
1 V* a noté sur le manuscrit : « Pour faire rendre à M. *** auteur du Monthly Review ». Cette revue a, dans son numéro de mars 1764, publié un long compte-rendu de la traduction anglaise de l'Histoire de l'Empire de Russie […] dont les premiers paragraphes, notamment, sont extrêmement élogieux pour V* historien . Le numéro de mars 1765 accusa réception de la lettre reçue, en assurant que V* n'avait nullement à être reconnaissant pour des éloges dus à son seul mérite .
2 Je retourne au généreux auteur du Monthly Review les plus sincères remerciements ; il a plutôt dit ce que je devrais être que ce que je suis . Pourtant je dois reconnaître que je mérite l’éloge qu’il a pris plaisir à faire de moi quand il a dit que j’étais amant de la vérité . Ma passion de la vérité et de la liberté a excité la bienveillance d'un écrivain libre qui donne des lettres de naturalisation à un Français . Je suis, avec la gratitude que je lui dois, son très humble serviteur . »
« A Paul Vaillant
Ferney, 14 octobre 1764 1
I do entreat mr Vaillant to be so kind as to send this little brief to the author of the Monthly Review, whom I have not the honour to know but to whom I am must oblig'd . I am mr Vaillant's humb. obed. servt. 2
Voltaire. »
1 Le manuscrit fut acheté par Maggs chez Sotheby le 2 avril 1928 .
2 Je supplie M. Vaillant d'être assez aimable pour envoyer cette petite lettre à l'auteur du Monthly review que je n’ai pas l'honneur de connaître, mais auquel je suis très obligé . Je suis de M. Vaillant le très humble et très obéissant serviteur.
16:23 | Lien permanent | Commentaires (0)
Vous êtes au fait de tout
... Et ce n'est pas toujours réjouissant .
https://www.sudouest.fr/2019/11/29/gaz-impots-accidents-d...
Black friday, OK, et maintenant grise mine !
« A Sébastien Dupont
Vous avez dû recevoir, mon cher ami, la lettre de change payable à Lyon au 12 octobre préfix . Nous sommes aujourd’hui à ce 12. M. Jeanmaire m’avait promis en partant de chez moi, le 22 septembre, que j’aurais de ses nouvelles les premiers jours d’octobre, qu’il serait alors à Colmar, et qu’il finirait tout avec vous 1. Je n’entends point parler de lui . Je suppose que les affaires de M. le duc de Virtemberg l’ont arrêté. Vous êtes au fait de tout . Je ne crois pas qu’il y ait le moindre risque à courir . J’ai en main une procuration spéciale de M. le duc de Virtemberg au sieur Jeanmaire, qui suffirait en cas de besoin pour constater tous mes droits. M. Jeanmaire m’a paru le plus honnête homme du monde . Ma créance est établie sur des terres qui sont en France, et qu’on m’assure n’être hypothéquées à personne qu’à moi . Ainsi j’ai tout lieu de croire qu’il ne s’agit que d’une simple formalité que M. Jeanmaire remplira dès qu’il aura conféré un moment avec vous . Je vous assure que je voudrais bien être à sa place, et avoir la consolation de vous revoir encore. Je vous embrasse tendrement, vous et toute votre famille.
Je vous prie de présenter mes respects à M. le premier président.
V.
C’est par Mme Defresney que je vous écris, et c’est par elle que je vous ai envoyé la lettre de change.
12è octobre 1764 à Ferney.»
1 Le contrat a été effectivement signé le 10 ; voir lettre du 10 octobre 1764 au comte de Montmartin : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2019/11/28/je-vous-ai-deja-mande-que-tout-etait-pret-6194269.html
L'appendice D 252 de Besterman reproduit les trois contrats .
09:52 | Lien permanent | Commentaires (0)
30/11/2019
Lisez, je vous prie les questions proposées à qui pourra les résoudre
... Cette invitation voltairienne, je vous la transmet et recommande, elle doit faire du bien à tous ceux qui sont pétris de certitudes et imbus de leur maigre savoir .
![]()
Et un bon Cabrel* : Un samedi soir sur terre : https://www.youtube.com/watch?v=bq--KDSLS90
*pléonasme .
« A Etienne-Noël Damilaville
12è octobre 1764 1
Voici, mon cher frère, un petit mot pour frère Protagoras 2. Je ne sais si je vous ai mandé que l’article Messie, du portatif, était du premier pasteur de l’Église de Lausanne. L’original est encore entre mes mains, et on en avait envoyé une copie, il y a cinq à six ans, aux libraires de l’Encyclopédie. Ce morceau me parut assez bien fait . Vous pouvez voir si on en a fait usage . Il me semble que le même ministre, qui se nomme Polier de Bottens, en avait envoyé plusieurs autres.
L’article Apocalypse est fait par un homme d’un très grand mérite, nommé M. Abauzit ; et l’article Enfer est traduit en grande partie de M. Warburton, évêque de Glocester.
Vous voyez que l’ouvrage est incontestablement de plusieurs mains, et qu’ainsi on a très grand tort de me l’attribuer. C'est une vérité dont vous pourrez vous convaincre, en vous informant 3 de ce qu'est devenu le Messie de Polier . Plus vous verrez la vérité de vos propres yeux plus vous serez en droit de la persuader aux autres . Vous verrez surtout par le détail que je vous fais , qu'il y a dans toute l'Europe d'honnêtes gens très instruits, qui pensent et qui écrivent librement . Chacun de son coté combat le monstre de la superstition fanatique . Les uns lui mordent les oreilles, d'autres le ventre, et quelques-uns aboient de loin . Je vous invite à la curée ; mais il ne faut pas que le tonnerre tombe sur les chasseurs .
Lisez, je vous prie les questions proposées à qui pourra les résoudre 4, page 117, dans le Journal encyclopédique du 15 septembre . L'auteur a mis partout , à la vérité, le mot de bête à la place de celui d'homme ; mais on voit assez qu'il entend toujours les bêtes à deux pieds sans plumes . Il n'y a rien de plus fort que ce petit morceau ; il ne sera remarqué que par les adeptes , mais la vérité n'est pas faite pour tout le monde . Le gros du genre humain en est indigne . Quelle pitié que les philosophes ne puissent pas vivre ensemble .
J’apprends dans le moment une nouvelle que je ne veux pas croire, parce qu’elle m’afflige trop pour vous. On dit qu’on supprime tous les emplois concernant le vingtième 5. Je ne puis croire qu’on laisse inutile un homme de votre mérite. Mandez-moi, je vous prie, ce qui en est, et comptez, mon cher frère, que je m’intéresse plus encore à votre bien-être qu’à écr. l’inf »
1 L'édition de Kehl pour une fois imprime la lettre presque comme écrite par V*, avec une variante : note 3.
2 Lettre du même jour à d'Alembert : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2019/11/29/une-main-comme-la-votre-doit-servir-a-ecraser-les-monstres-d-6194369.html
3 La copie Beaumarchais-Kehl et les éditions donnent, au lieu de ce début de phrase : On m'a véritablement alarmé sur cet ouvrage, ainsi ne soyez point étonné de la fréquence de mes lettres . Informez vous, ce qui rappelle la lettre du 3 octobre 1764 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2019/11/23/je-suis-si-attache-a-cette-belle-entreprise-que-je-voudrais-que-tout-en-fut.html
4 Ces « Questions proposées à qui pourra les résoudre » sont une apologie du rationalisme, au nom de la difficulté qu'il y a à connaître l’inconnaissable . Voir : http://www.monsieurdevoltaire.com/2014/07/satire-questions-proposees.html
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29/11/2019
Une main comme la vôtre doit servir à écraser les monstres de la superstition et du fanatisme ; et quand on peut rendre ce service aux hommes, sans se compromettre, je crois qu’on y est obligé en conscience
... Nos hommes/femmes politiques ne semblent pas avoir la carrure, l'esprit, ni même la moindre intention de lutter contre ces deux fléaux . Ils/elles ne sont souvent pas indemnes de ces deux tares, ce qui peut expliquer leur incapacité . Sont-ils/elles doué(e)s de conscience ? Oui, à géométrie variable, dirais-je . Me trompè-je ?

https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/quel...
« A Jean Le Rond d'Alembert
[12 d’octobre 1764.]
Mon cher philosophe, on ne peut pas toujours rire ; il faut cette fois-ci que je vous écrive sérieusement. Il est très certain que la persécution s’armerait de ses feux et de ses poignards, si le livre en question lui était déféré. On en a déjà parlé au roi comme d’un livre dangereux, et le roi en a parlé sur ce ton au président Hénault. On me l’attribue, et on peut agir contre moi-même aussi bien que contre le livre. Il est très vrai que cet ouvrage est de plusieurs mains. L’article Apocalypse est tout entier d’un M. Abausit, si vanté par Jean-Jacques 1 : je crois vous l’avoir déjà dit 2. Je crois aussi vous avoir mandé, et que vous savez d’ailleurs que ce M. Abausit est le patriarche des ariens de Genève. Son traité sur l’Apocalypse court depuis longtemps en manuscrit chez tous les adeptes de l’arianisme. En un mot, il est public que l’article Apocalypse est de lui.
Messie est tout entier de M. Polier, premier pasteur de Lausanne. Il envoya ce morceau avec plusieurs autres à Briasson, qui doit avoir encore l’original ; il était destiné à l’Encyclopédie.
Enfer est en partie de l’évêque de Glocester, Warburton 3.
Idolâtrie, doit encore être chez Briasson ou entre les mains de Diderot, et fut envoyé pour l’Encyclopédie.
Il y a des pages entières copiées presque mot pour mot des mélanges de littérature qu’on a imprimés sous mon nom.
Il est donc évident que le Dictionnaire philosophiq est de plusieurs mains. Quelques personnes ont rassemblé ces matériaux, et si je puis y avoir eu quelque part, c’était uniquement dans la vue de tirer une famille nombreuse de la plus affreuse misère . Le père avait une mauvaise imprimerie . Il a imprimé détestablement : mais on fait en Hollande une édition très jolie, qu’on dit fort augmentée, et qu’on espère qui sera correcte 4. Si vous vouliez fournir un ou deux articles, vous embelliriez le recueil, vous le rendriez utile, et on vous garderait un profond secret. Une main comme la vôtre doit servir à écraser les monstres de la superstition et du fanatisme ; et quand on peut rendre ce service aux hommes, sans se compromettre, je crois qu’on y est obligé en conscience. J’ose vous demander ce petit travail comme une grande grâce, et je vous demande le reste comme une justice. Rien n’est plus vrai que tout ce que je vous ai dit sur le Dictionnaire philosophique. Votre voix est écoutée, et quand vous direz que ce recueil est de plusieurs mains différentes, non seulement on vous croira, mais on verra que ce n’est pas un seul homme qui attaque l’hydre du fanatisme, que des philosophes de différents pays et de différentes sectes 5 se réunissent pour le combattre. Cette réflexion même sera utile à la cause de la raison, si indignement persécutée par des Omer et par d'autres fripons ignorants, si lâchement abandonnée par la plupart de ses partisans, mais qui, à la fin, doit triompher.
Dites-moi, je vous en prie, si ce n’est pas Diderot qui est l’auteur d’un livre singulier intitulé : De la nature 6 ?
Adieu, mon cher philosophe ; défendez la cause de la vérité et celle de votre ami. Quelle plus belle et plus juste pénitence pouvez-vous faire de ces deux cruelles lignes qui vous sont échappées contre père Bayle ? et de qui attendrons-nous quelque consolation, si ce n’est de nos frères ? et d’un frère tel que vous ? »
1 Ce savant, âgé de près de quatre-vingt-dix ans, habitait Genève. Jean-Jacques lui a emprunté des remarques sur la musique des anciens. (Georges Avenel )
2 Il ne semble pas, à notre connaissance que V* ait écrit cela à d'Alembert .
3 V* corrige une erreur qu'il avait faite dans sa correspondance et dans le Dictionnaire philosophique en faisant de Warburton l'évêque de Worcester . On retrouve cette rectification dans un mémoire préparé par lui à cette époque et dont subsistent deux copies par Wagnière, dont la première comporte un paragraphe supplémentaire de la main de V* ; le voici : « Un jeune homme destiné à former une grande bibliothèque, ramassa il y a quelques années en Suisse quelques manuscrits , dont quelques uns étaient pour le dictionnaire des sciences et des arts . Entre autres l'article Messie d'un célèbre pasteur de Lausanne, homme de condition et de beaucoup de mérite, article très savant, et orthodoxe dans toutes les communautés chrétiennes , et qui fut envoyé en 1760 de la part de M. Polier de Bottens, aux libraires de l'Encyclopédie . Un extrait de l’article Apocalypse, manuscrit très connu de M. Abauzit, l'un des plus savants hommes de l'Europe, et des plus connus , malgré sa modestie . L'article Baptême, traduit tout entier des œuvres du docteur Midleton. . Amour, Amitié, Guerre, Gloire, destinés à l’Encyclopédie, mais qui n'avaient pu être envoyés . Christianisme et Enfer, tirés de la Légation de Moïse de Mylord Warburton, évêque de Glocester .enfin plusieurs morceaux imités de Bayle, de Le Clerc, du marquis d'Argens et de plusieurs auteurs . Il en fit un recueil qu'il imprima à Bâle . Ce recueil paraît très informe, et plein de fautes grossières . On y trouve : Warburton, évêque de Worchester, pour Warburton , évêque de Glocester . On y dit que les Juifs eurent des rois huit cents ans après Moïse, et c'est environ cinq cents ans . On y compte 867 ans depuis Moïse à Josias, il faut compter plus de 1100 . Il dit que soixante millions font la deux centième partie de seize cents millions, c'est environ la vingt-sixième . L'ouvrage est d’ailleurs imprimé sur le papier le plus grossier et avec les plus mauvais caractères, ce qui prouve assez qu'il n'a point été mis sous presse par un libraire de profession . On voit assez par cet exposé combien il est injuste d'attribuer cet ouvrage et cette édition aux personnes connues auxquelles la calomnie l'impute . On est prié de communiquer ce mémoire aux personnes bien intentionnées qui peuvent élever leurs voix contre la calomnie. »
Inutile de souligner la faiblesse de l' »exposé » et la naïveté ( ou l'impudence) avec laquelle V* prétend qu’on y ajoute foi .
4Sur cette construction de la proposition relative, qui, avec les années, se raréfie chez V*, voir F. Deloffre : La Phrase française . Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fr%C3%A9d%C3%A9ric_Deloffre
5V* a d'abord écrit différents âges .
6 V* pense-t-il aux Pensées sur l'interprétation de la nature qui sont de 1760 ? Voir note 10 de la lettre du 9 juin 1760 à Thieriot : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2015/06/09/mes-enfants-aimez-vous-les-uns-les-autres-si-vous-pouvez-votre-ennemi-vous.html
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