27/06/2015
Un Français qui n'est pas gai est un homme hors de son élément
... Et si tu es gai, ris donc !
Humour vache !
« A Charles PALISSOT de MONTENOY
rue Basse-du-Rempart
à Paris
Aux Délices, 23 juin [1760]
Vous me faites enrager, monsieur; j'avais résolu de rire de tout dans mes douces retraites, et vous me contristez. Vous m'accablez de politesses, d'éloges, d'amitiés; mais vous me faites rougir, quand vous imprimez que je suis supérieur à ceux que vous attaquez. Je crois bien que je fais des vers mieux qu'eux, et même que j'en sais autant qu'eux en fait d'histoire ; mais, sur mon Dieu, sur mon âme, je suis à peine leur écolier dans tout le reste, tout vieux que je suis. Venons à des choses plus sérieuses.
M. d'Argental m'a assuré, dans ses dernières lettres, que M. Diderot n'était point reconnu coupable des faits dont vous l'accusez. Une personne non moins digne de foi m'a envoyé un très-long détail de cette aventure, et il se trouve qu'en effet M. Diderot n'a eu nulle part aux deux lettres condamnables qu'on lui imputait . Encore une fois, je ne le connais point, je ne l'ai jamais vu ; mais il avait entrepris, avec M. d'Alembert, un ouvrage immortel, un ouvrage nécessaire, et que je consulte tous les jours. Cet ouvrage était d'ailleurs un objet de 300 000 écus dans la librairie ; on le traduisait déjà dans trois ou quatre langues ; questa rabbia, detta gelosia,1 s'arme contre ce monument cher à la nation, et auquel plus de cinquante personnes de distinction s'empressaient de mettre la main !
Un Abraham Chaumeix s'avise de donner à M. Joly de Fleury un mémoire contre l'Encyclopédie, dans lequel il fait dire aux auteurs ce qu'ils n'ont point dit, empoisonne ce qu'ils ont dit, et argumente contre ce qu'ils diront. Il cite aussi faussement les Pères de l'Église que le Dictionnaire. M. de Fleury, accablé d'affaires, a eu le malheur de croire maître Abraham ; le parlement croit M. Joly de Fleury; monsieur le chancelier retire le privilège; les souscripteurs en sont pour leurs avances, les libraires sont ruinés; M. Diderot est persécuté. Je me trouve, pour ma part, désigné très-injustement dans le réquisitoire de M. de Fleury; et, quoique le public n'ait pas approuvé le réquisitoire, la persécution subsiste, malgré les cris de la nation indignée.
C'est dans ces circonstances odieuses que vous faites votre comédie contre les philosophes ; vous venez les percer quand ils sont sub gladio. Vous me dites que Molière a joué Potin et Ménage : soit; mais il n'a point dit que Cotin et Ménage enseignaient une morale perverse ; et vous imputez à tous ces messieurs des maximes affreuses dans votre pièce et dans votre préface.
Vous m'assurez que vous n'avez point accusé M. le chevalier de Jaucourt ; cependant c'est lui qui est l'auteur de l'article Gouvernement; son nom est en grosses lettres à la fin de cet article.
Vous en déférez plusieurs traits qui pourraient lui faire grand tort, dépouillés de tout ce qui les précède et qui les suit, mais qui, remis dans leur tout ensemble, sont dignes des Cicéron, des de Thou et des Grotius.
Vous n'ignorez pas d'ailleurs que M. le chevalier de Jaucourt homme d'une très-grande maison, et beaucoup plus respectable par ses mœurs que par sa naissance est dans des circonstances délicates qui exigent de tout honnête homme le plus grand ménagement .2
Vous voulez rendre odieux un passage de l'excellente Préface que M. d'Alembert a mise au devant de l'Encyclopédie; et il n'y a pas un mot de ce passage. Vous imputez à M. Diderot ce qui se trouve dans les Lettres juives 3; il faut que quelque Abraham Chaumeix vous ait fourni des mémoires comme il en a fourni à M. Joly de Fleury, et qu'il vous ait trompé comme il a trompé ce magistrat. Vous faites plus; vous joignez à vos accusations contre les plus honnêtes gens du monde des horreurs tirées de je ne sais quelle brochure intitulée la Vie heureuse, qu'un fou, nommé La Mettrie, composa un jour, étant ivre, à Berlin, il y a plus de douze ans. L’homme-plante est encore de La Mettrie 4. Cette sottise de La Mettrie, oubliée pour jamais, et que vous faites revivre, n'a pas plus de rapport avec la philosophie et l'Encyclopédie que le Portier des Chartreux 5 n'en a avec l'Histoire de l'Église; cependant vous joignez toutes ces accusations ensemble.
Qu'arrive-t-il ? Votre délation peut tomber entre les mains d'un prince, d'un ministre, d'un magistrat, occupé d'affaires graves, de la reine même, plus occupée encore à faire du bien, à soulager l'indigence, et à qui d'ailleurs les bienséances de la grandeur laissent peu de loisir. On a bien le temps de lire rapidement votre préface, qui contient une feuille ; mais on n'a pas le temps d'examiner, de confronter les ouvrages immenses auxquels vous imputez ces dogmes abominables. On ne sait point qui est ce La Mettrie; on croit que c'est un des encyclopédistes que vous attaquez, et les innocents peuvent payer pour le criminel, qui n'existe plus. Vous faites donc beaucoup plus de mal que vous ne pensiez et que vous ne vouliez; et certainement, si vous y réfléchissez de sang-froid, vous devez avoir des remords.
Voulez-vous à présent que je vous dise librement ma pensée ?
Voilà votre pièce jouée : elle est bien écrite, elle a réussi ; il y aurait une autre sorte de gloire à acquérir : ce serait d'insérer dans tous les journaux une déclaration bien mesurée, dans laquelle vous avoueriez que, n'ayant pas en votre possession le Dictionnaire encyclopédique, vous avez été trompé par les extraits infidèles qu'on vous en a donnés; que vous vous êtes élevé avec raison contre une morale pernicieuse ; mais que, depuis, ayant vérifié les passages dans lesquels on vous avait dit que cette morale était contenue; ayant lu attentivement cette préface de l'Encyclopédie, qui est un chef-d'œuvre, et plusieurs articles dignes de cette préface, vous vous faites un plaisir et un devoir de rendre au travail immense de leurs auteurs, à la morale sublime répandue dans leurs ouvrages, à la pureté de leurs mœurs, toute la justice qu'ils méritent. Il me semble que cette démarche ne serait point une rétractation (puisque c'est à ceux qui vous ont trompé à se rétracter); elle vous ferait beaucoup d'honneur, et terminerait très-heureusement une très-triste querelle.
Voilà mon avis, bon ou mauvais ; après quoi je ne me mêlerai en aucune façon de cette affaire : elle m'attriste, et je veux finir gaiement ma vie. Je veux rire ; je suis vieux et malade, et je tiens la gaieté un remède plus sûr que les ordonnances de mon cher et estimable Tronchin. Je me moquerai tant que je pourrai des gens qui se sont moqués de moi ; cela me réjouit, et ne fait nul mal. Un Français qui n'est pas gai est un homme hors de son élément. Vous faites des comédies, soyez donc joyeux, et ne faites point de l'amusement du théâtre un procès criminel. Vous êtes actuellement à votre aise; réjouissez-vous, il n'y a que cela de bon.
Si quid novisti rectius istis,
Candidus imperti ; si non, his utere mecum.6
E per fine, sans compliment, votre très-humble et très obéissant serviteur
Le Suisse V. »
1 Cette rage dite jalousie .(italien)
2 J. Lough, dans « Louis, chevalier de Jaucourt », essays presented to C. M. Girdlestone, 1960, émet l'hypothèse que la famille de Jaucourt le pressait de renoncer à collaborer à l'Encyclopédie .
3 Du marquis d'Argens .
4 Cette dernière phrase est ajoutée par V* en marge
5 Cet ouvrage licencieux a été publié vers 1745 sous le titre Histoire de dom B... ; portier des Chartreux, est de J.-C. Gervaise de Latouche .
6 Horace, Épîtres, I, vi, 67-68 : Si tu connais quelque règle de conduite meilleure, fais-m'en part sans détour, sinon, suis avec moi celle que je propose .
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26/06/2015
je veux des gens qui labourent vite et qui se portent bien.
... Valls serait-il , lui aussi, vif , voltairien de caractère (faute d'en avoir toutes les qualités) , ce qui expliquerait son recours au fumeux fameux article 49-3 pour faire avancer la machine à lois plus rapidement, et d'autre part , en sous main, peut être soutenir le projet limitant à 70 ans l'âge de ceux qui tiennent les rênes du pouvoir législatif ? point de boeufs malades aux Assemblées ! encore moins de vieux chevaux de retour , d'ailleurs !
http://slideplayer.fr/slide/1747622/

« A François Guillet, baron de Monthoux 1
à Annemasse
recommmandé à M. Mirabaud
à Genève
20 juin 1760
Monsieur, puisque vous me mettez des Monsieur en sentinelle, je vous en mettrai aussi ; mais je vous dirai que j'ai plus besoin d'avoine que de traducteurs. J'obéirai à vos ordres, et les Cramer ne manqueront pas de vous adresser un exemplaire de l'Histoire de Pierre le Grand dès qu'elle sera prête à paraître ; ces détails les regardent uniquement. Je leur ai abandonné sans réserve tout le profit de mes ouvrages : ils font mon amusement; je souhaite qu'ils fassent l'avantage de ceux à qui j'en fais présent. Je leur recommanderai de prendre, pour la traduction, les arrangements que vous ou vos amis, monsieur, vous voudrez bien prescrire ; je ne sais si j'engraisse mes libraires, mais mes chevaux sont bien maigres ; et comme j'ai beaucoup plus de chevaux que d'imprimeurs, je vous demande instamment votre protection pour une vingtaine de coupes d'avoine, en attendant que vos belles récoltes passent dans mes greniers. Si Dieu me prête vie, vous ne débourserez pas un sou pour me payer mes douze mille francs 2. Je me suis brouillé avec les bœufs; ils marchent trop lentement; cela ne convient point à ma vivacité. Ils sont toujours malades ; je veux des gens qui labourent vite et qui se portent bien.
Mille respects à Mme la baronne de Monthoux. Habitez-vous actuellement votre château d'Annemasse ?
J'ai l'honneur d'être avec les sentiments que je vous dois
monsieur
votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire . »
1 Pour les éditeurs, Cayrol et François, le destinataire est le baron de Montrons : « N'est-ce pas Montyon qu'il faut lire ? » notera Georges Avenel .
2 Prêtés par V* ; voir lettre de septembre-octobre 1759 au baron : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/10/20/je-ne-veux-avoir-affaire-a-aucun-creancier-5472430.html
et du 17 octobre 1759 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/11/04/j-ai-heureusement-monsieur-trouve-l-argent-dont-vous-avez-be-5482624.html
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25/06/2015
Pardonnez à un pauvre vieillard bien languissant
... De ne plus se soumettre à vos suffrages électifs , 70 ans ont sonné sur mon bulletin de naissance et la retraite politique devient obligatoire , peut-être !..." va déclarer un certain nombre de candidats potentiels au siège de député ou sénateur .
Pas croulants, pas très nombreux pour l'instant, ces élu(e)s députés et sénateurs, et peut-être aussi tous les élus de tous grades vont être renvoyés à leurs foyers , la pétanque, la pêche à la ligne et le glandage (avec bonne retraite au demeurant ) .
Projet de loi à suivre d'un oeil distrait, car tout ce qui touche aux avantages de ces hommes/femmes politiques n'a quasiment aucune chance d'être adopté, encore moins décrété . Chat échaudé ... (c'est moi)...

« A François de Lassalle-Cézeaux 1
Aux Délices, 20è juin 1760
Mes maladies, monsieur, ne m'ont pas permis de vous remercier plus tôt de vos vers et de votre prose . Pardonnez à un pauvre vieillard bien languissant s'il vous répond si tard et si mal ; mais il est près de sortir de la carrière où vous entrez . Il vous souhaite tous les plaisirs de votre âge et il compte encore la poésie parmi les plaisirs . Elle peut être un amusement pour un officier et le roi de Prusse a fait voir qu'on peut faire des vers et se bien battre .
J'ai l'honneur d'être, monsieur, avec tous les sentiments que je vous dois, votre très humble et très obéissant serviteur .
Voltaire . »
1 Jeune officier- poète , correspondant de V* . Voir page 76 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58430585/f86.image.r=lassalle%20c%C3%A9zeaux.langFR
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24/06/2015
malgré toute sa raison elle est encore femme
... M'a dit Voltaire, parlant de Mam'zelle Wagnière .
C'est bien la connaitre que d'affirmer celà , raison et féminité, elle en est douée à la perfection, et je peux le confirmer à notre grand ami commun . La raison n'est pas un attribut purement masculin et on peut être "encore" et "toujours" femme sans perdre son bon sens . Longue et heureuse vie à elle .

Tête à tête
« A Charles-Jean-François Hénault
20è juin aux Délices par Genève
Mon illustre et respectable confrère, vos lettres peuvent contribuer à me rendre l'esprit prompt ; mais malgré Tronchin la chair est infirme ; je ne peux guère écrire . Souffrez que je dicte ; je dirai, je dicterai, j'imprimerai toujours que vous êtes le plus aimable homme du siècle ; mais il faudrait qu'il y eût bien des gens comme vous pour faire oublier toutes les sottises de nos jours ; on a besoin d'un Homère qui chante les combats des rats et des grenouilles . Est-il possible qu'on soit parvenu à débiter des satires contre des gens de lettres, dans le sanctuaire de lettres ! À faire jouer des comédies où l'on représente les plus honnêtes gens du monde, enseignant à voler dans la poche ! Il faut lever les mains au ciel pour qu’il lui plaise nous rendre notre argent, nos vaisseaux et autre vaisselle, mais il faut lever les épaules sur tout le reste ; je prends le parti de me moquer de tout, de rire de tout ; ce régime est très bon pour la santé, et j'espère qu’il me guérira . Je m'imagine que Mme du Deffand use de ma recette . Vous ne me parlez point d'elle dans la lettre dont vous m'avez honoré ; je vois bien que malgré toute sa raison elle est encore femme ; elle m'a fait des coquetteries, m'a agacé, m'a tourné la tête, et quand elle a été bien sûre de m'avoir inspiré une passion sérieuse, elle m'a laissé là ; vous êtes plus honnête qu'elle, monsieur, vous faites du moins quelques caresses à vos adorateurs ; je vous assure que j'en sens bien le prix . Nous autres philosophes retirés nous sommes bien plus sensibles que les gens du monde , notre cœur n'a point de distraction ; il est vrai que je me suis fait un chemin bien agréable, et que j'aime mes chaumières de plus en plus ; si la reine savait que je suis très bien avec mes curés, que je marie des filles, que je baptise des enfants 1, et que je me garde bien d'en faire, elle serait vraiment bien édifiée . Je suis tout juste le contraire de M. de Cobinzel 2 qui disait à l'impératrice : Je vous ai fait serment d'obéissance, mais non pas de chasteté .
Enfin , monsieur, je maintiens qu'il n'y a point de seigneur de paroisse, lequel remplisse mieux ses devoirs que moi ; le tout sans préjudice pour les belles-lettres , qui feront jusqu'au dernier moment le charme de ma vie , c'est-à-dire, le même effet que font sur moi vos bontés et votre souvenir ; Mme Denis unit ses sentiments aux miens ; je tiens qu'elle joue beaucoup mieux que la Champmeslé qui chantait, mais il faut avouer que la Champmeslé était plus belle .
Mille tendres respects et portez-vous bien.
V. »
1 Le 23 mai 1760,V* et Mme Denis signaient le registre des baptêmes à l'occasion de la naissance aux Délices d'un fils de Louis Faÿ et Marie-Thérèse Maton (état civil de Prégny) .
2 Le comte Johann Karl Philipp von Cobenzl éait un haut dignitaire de la cour de Vienne à qui V* avait eu recours par l'intermédiaire du libraire Varrentrapp pendant l'affaire de Francfort ; voir une lettre de ce dernier à Cobenzl : voir : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rbph_0035-0818_1925_num_4_2_6345
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23/06/2015
je vous aurais importuné plutôt d'un remerciement
... Si vos services n'avaient pas donné de mauvaises informations , ô URSSAF aux mille bras (ballants trop souvent) et aux têtes d'hydre (moches, très moches ) nourrie de paperasses inutiles et renseignements redondants . Mesdames et messieurs les ronds de cuir , je ne vous salue pas .

« A Jean-Philippe Fyot de La Marche
Aux Délices, 20 juin 1760
Monsieur, si je n'avais pas été malade, je vous aurais importuné plutôt d'un remerciement . Je vous le dois non seulement pour la lettre que vous avez daigné écrire à Gex 1, mais pour celle dont vous m'avez honoré 2. Moins je mérite les choses flatteuses que vous me dites, plus la manière dont elles sont dites m'en font 3 sentir le prix . Que ne puis-je avant ma mort avoir la consolation de voir encore une fois monsieur votre père ?4 et vous assurer du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, monsieur , votre très humble et très obéissant serviteur .
Voltaire . »
1 Lettre aux officiers du bailliage .
2 Ces lettres qui ne nous sont pas parvenues faisaient suite à la lettre du 28 mai 1760 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2015/05/27/il-est-impossible-que-la-necessite-ou-ils-m-ont-mis-de-mettre-leur-erreur-a.html
3 Accord fautif, mais spontané et très fréquemment attesté, avec le mot qui précède immédiatement .
4 Ami du collège (Louis le Grand ) de V*, voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Claude-Philippe_Fyot_de_La_Marche
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sept ou huit personnes de génie bien unies doivent, à la longue, écraser leurs adversaires, et éclairer leurs contemporains
... Les recherches sont lancées . Voltaire est homme à chercher la qualité, plus que la quantité . Et nous, électeurs ? Sept ou huit personnes de génie, sur plus de 62 millions de Français, ça devrait exister ! A moins que le génie soit parfaitement incompatible avec la politique . Dans ce cas il va falloir se contenter du tout venant de classes partisanes et affairistes .
Pour l'instant on grince des dents à l'écoute d'un soi-disant humoriste, grassement payé pour pondre des super-con... : Super Nico ! qui question "fuite" est bien placé, doué d'une incontinence (verbale seulement ?) hors pair à faire se pâmer un urologue . Si , dans une caricature (nullement prophétique), on représente notre Sarko heureux de coucher avec un top model, je rajouterais volontiers le commentaire de Carla désolée de coucher avec un guignolo, futur ex-candidat bis aux présidentielles .

Sarko-Mario, même combat : gagner le plus de pièces d'or possible en écrasant les petits ! Qui veut être mené par un énergumène pareil ?
« A Charles Pinot Duclos 1
A Tournay, 20 juin 1760.
Je crois, monsieur, devoir vous informer de ce qui s'est passé entre M. Palissot et moi. Il vint aux Délices, il y a plus de deux ans 2; il m'envoya depuis, par le canal d'un jeune prêtre de Genève, sa comédie jouée à Nancy, qui ne ressemblait point à celle qu'il a donnée depuis à Paris. Je l'exhortai à ne point attaquer de très-honnêtes gens qui ne l'avaient point offensé. Le prêtre de Genève, qui est un homme de mérite, lui écrivit en conformité 3.
M. Palissot m'a envoyé sa pièce des Philosophes imprimée. Il a depuis donné au public une lettre pour servir de préface à sa comédie. Dans cette préface, il me fait l'injustice de dire que je suis au-dessus des philosophes qu'il outrage; je ne sens l'intervalle qui me sépare d'eux que par mon impuissance d'atteindre à leurs lumières et à leurs connaissances.
Il vous rend encore moins de justice qu'à moi, en attaquant sur le théâtre votre livre des Mœurs 4. Je lui ai mandé que je regarde ce livre comme un très-bon ouvrage ; que votre personne mérite encore plus d'égards 5; que, si M. Helvétius et tous ceux qu'il offense l'ont outragé publiquement, il fait très-bien de se défendre publiquement ; que, s'il n'a point à se plaindre d'eux, il est inexcusable. Telle est la substance de ma lettre, que j'ai envoyée à cachet volant à M. d'Argental. Voilà, monsieur, les éclaircissements que j'ai cru vous devoir touchant cette aventure, et je vous prie de les faire passer à M. Helvétius.
Quant à la persécution qui s'élève contre les seuls hommes qui fassent aujourd'hui honneur à la nation, je ne vois pas sur quoi elle est fondée. Je soupçonne qu'elle ressemble à celle qui s'éleva contre Pope, Swift, Arbuthnot, Gay 6, et leurs amis. Ils en triomphèrent aisément; je me flatte que vous triompherez de même, persuadé que sept ou huit personnes de génie bien unies doivent, à la longue, écraser leurs adversaires, et éclairer leurs contemporains.
Je pourrais me plaindre du Discours de M. Lefranc à l'Académie; il m'a désigné injurieusement. Il ne fallait pas outrager un vieillard retiré du monde, surtout dans l'opinion où il était que ma retraite était forcée ; c'était, en ce cas, insulter au malheur, et cela est bien lâche. Je ne sais comment l'Académie a souffert qu'une harangue de réception fût une satire.
Il est triste que les gens de lettres soient désunis: c'est diviser des rayons de lumière pour qu'ils aient moins de force. Un homme de cour s'avisa d'imaginer que je vous avais refusé ma voix à l'Académie 7; cette calomnie jeta du froid entre nous, mais n'a jamais affaibli mon estime pour vous. Jugez de cette estime par le compte exact que je vous rends de mon procédé; il est franc, et vous me rendrez justice avec la même franchise. »
2 En octobre 1755; voir lettre du 29 octobre 1755 à d'Argental : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2012/04/11/point-de-lieux-communs-sur-la-promesse-de-mourir-sur-des-pri.html
3 Jacob Vernes .
4 Voir : http://lekti.net/liseuse/9782904227134/index.html?r=Charles%20Pinot%20Duclos%20Consid%C3%A9rations%20sur%20les%20m%C5%93urs%20de%20ce%20si%C3%A8cle,%201751
5 Voir lettre du 4 juin 1760 à Palissot : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2015/06/04/il-y-a-des-articles-pitoyables-sans-doute-et-les-miens-pourr-5634190.html
6 Ces quatre hommes étaient effectivement amis, mais John Arbuthnot et John Gray ne furent jamais persécutés .
7 V* fait certainement allusion à l'élection du 22 septembre 1746 dans laquelle Duclos obtint 23 voix sur 24 . Dans les élections intérieures de la même année, V* , de notoriété publique avait soutenu La Ville contre Duclos parce que le premier était le protégé du marquis d'Argenson .
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22/06/2015
Je n'ai pas plus de foi aux dames qui disent qu'elles quitteront Paris qu'à celles qui prétendent quitter l'amour
... Paris, -Voltaire le sait bien,- est le huitième péché capital, que seules les femmes peuvent connaître/commettre .

http://www.mademoisellecaroline.com/2012/08/sortie-...
« A Octavie BELOT
cloître Saint Thomas-du-Louvre
à Paris 1
20è juin 1760 aux Délices .
Je réponds si tard à votre lettre, madame, que vous êtes en droit de me croire coupable de la belle intelligence que vous me supposez avec M. Palissot de Montenoy; je suis cependant très- innocent. Il m'a même outragé dans sa préface ou post-face, en prétendant que je vaux mieux que ceux qu'il offense. Je serais digne de marcher à quatre pattes si je ne sentais pas toute la supériorité des lumières et des profondes connaissances de MM. d'Alembert et Diderot; je les regarde comme les premiers hommes du siècle. Jamais M. Palissot ne m'a envoyé son manuscrit : j'aurais fait l'impossible pour l'empêcher d'être l'Aristophane des Socrates. Il m'a envoyé l'ouvrage imprimé, et je lui ai répondu les mêmes choses que je vous écris. Le style de la pièce est bon; mais le sujet de la pièce est horrible; il représente les plus honnêtes gens du monde enseignant à voler dans la poche. Voilà précisément ce que je lui ai mandé.
Oui, madame, la maison en question est très-près des Délices 2; mais vous en êtes bien loin. Je n'ai pas plus de foi aux dames qui disent qu'elles quitteront Paris qu'à celles qui prétendent quitter l'amour. On ne peut venir dans l'enceinte de nos montagnes que par un coup de la grâce ; je suis converti ; mais je ne me flatte pas de faire des conversions. Il faut avoir furieusement compté avec soi-même pour se vouer à la retraite. Tout ce que je peux faire, madame, c'est de prier Dieu pour vous. Puisse-t-il vous inspirer autant de haine pour les sottises de Paris que vous m'inspirez d'estime pour votre mérite !
V. »
1 Sur l'original, l'adresse est surchargée : « Par Étampes à Morigny » et « Mme Belot chez M. Sibert à Morigny , par Étampes à Morigny »
2 Voir lettre du 16 mai 1760 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2015/05/12/vous-ne-quitterez-point-paris-madame-on-ne-s-arrache-point-a-5620710.html
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