12/01/2015
il est des circonstances où un homme qui a eu le malheur d'écrire doit au moins, en qualité de citoyen, réfuter la calomnie
...
« A Pierre ROUSSEAU
au Journal Encyclopédique
[vers le 5 Janvier 1760]. 1
Quelque répugnance, messieurs, qu'on puisse sentir à parler de soi-même au public, et quelque vains que puissent être tous les petits intérêts d'auteurs, vous jugerez peut-être qu'il est des circonstances où un homme qui a eu le malheur d'écrire doit au moins, en qualité de citoyen, réfuter la calomnie. Il n'est pas bien intéressant pour le public que quelques hommes obscurs aient, depuis dix ans, mis leurs ouvrages sous le nom d'un homme obscur tel que moi ; mais il m'est permis d'avertir qu'on m'a souvent apporté, dans ma retraite, des brochures de Paris, qui portaient mon nom avec ce titre : imprimé à Genève.
Je puis protester que non-seulement aucune de ces brochures n'est de moi, mais encore qu'à Genève rien n'est imprimé sans la permission expresse de trois magistrats, et que toutes ces puérilités, pour ne rien dire de pis, sont absolument ignorées dans ce pays, où l'on n'est occupé que de ses devoirs, de son commerce et de l'agriculture, et où les douceurs de la société ne sont jamais aigries par des querelles d'auteurs.
Ceux qui ont voulu troubler ainsi ma vieillesse et mon repos se sont imaginé que je demeurais à Genève. Il est vrai que j'ai pris, depuis longtemps, le parti de la retraite, pour n'être plus en butte aux cabales et aux calomnies qui désolent, à Paris, la littérature ; mais il n'est pas vrai que je me sois retiré à Genève. Mon habitation naturelle est dans des terres que je possède en France, sur la frontière, et auxquelles Sa Majesté a daigné accorder des privilèges et des droits qui me les rendent encore plus précieuses. C'est là que ma principale occupation, assez connue dans le pays, est de cultiver en paix mes campagnes, et de n'être pas inutile à quelques infortunés. Je suis si éloigné d'envoyer à Paris aucun ouvrage que je n'ai aucun commerce, ni direct ni indirect, avec aucun libraire, ni même avec aucun homme de lettres de Paris; et, hors je ne sais quelle tragédie, intitulée l'Orphelin de la Chine, qu'un ami 2 respectable m'arracha il y a cinq à six années, et dont je fis le médiocre présent aux acteurs du Théâtre-Français, je n'ai certainement rien fait imprimer dans cette ville.
J'ai été assez surpris de recevoir, le dernier de décembre, une feuille 3 d'une brochure périodique, intitulée l'Année littéraire, dont j'ignorais absolument l'existence dans ma retraite. Cette feuille était accompagnée d'une petite comédie qui a pour titre la Femme qui a raison, représentée à Karonge, donnée par M. de Voltaire, et imprimée à Genève. Il y a dans ce titre trois faussetés. Cette pièce, telle qu'elle est défigurée par le libraire, n'est assurément pas mon ouvrage ; elle n'a jamais été imprimée à Genève ; il n'y a nul endroit ici qui s'appelle Karonge 4, et j'ajoute que le libraire de Paris qui l'a imprimée sous mon nom, sans mon aveu, est très- répréhensible.
Mais voici une autre réponse aux politesses de l'auteur de l'Année littéraire. La pièce qu'il croit nouvelle fut jouée, il y a douze ans, à Lunéville, dans le palais du roi de Pologne, où j'avais l'honneur de demeurer. Les premières personnes du royaume, pour la naissance, et peut-être pour l'esprit et le goût, la jouèrent en présence de ce monarque. Il suffit de dire que Mme la marquise du Châtelet-Lorraine représenta la Femme qui a raison avec un applaudissement général. On tait par respect le nom des autres personnes illustres qui vivent encore, ou plutôt parla crainte de blesser leur modestie. Une telle assemblée savait, peut-être aussi bien que l'auteur de l'Année littéraire, ce que c'est que la bonne plaisanterie et la bienséance. Les deux tiers de la pièce furent composés par un homme 5 dont j'envierais les talents, si la juste horreur qu'il a pour les tracasseries d'auteur et pour les cabales de théâtre ne l'avait fait renoncer à un art pour lequel il avait beaucoup de génie. Je fis la dernière partie de l'ouvrage ; je remis ensuite le tout en trois actes, avec quelques changements légers que cette forme exigeait. Ce petit divertissement en trois actes, qui n'a jamais été destiné au public, est très-différent de la pièce qu'on a très-mal à propos imprimée sous mon nom.
Vous voyez, messieurs, que je ne suis pas le seul qui doive des remerciements à l'auteur de l'Année littéraire, pour ces belles imputations de grossièreté tudesque, de bassesse, et d'indécence, qu'il prodigue 6. Le roi de Pologne, les premières dames du royaume, des princes mêmes, peuvent en prendre leur part avec la même reconnaissance ; et le respectable auteur que j'aidai dans cette fête doit partager les mêmes sentiments.
Je me suis informé de ce qu'était cette Année littéraire, et j'ai appris que c'est un ouvrage où les hommes les plus célèbres que nous ayons dans la littérature sont souvent outragés. C'est pour moi un nouveau sujet de remerciement. J'ai parcouru quelques pages de la brochure; j'y ai trouvé quelques injures un peu fortes contre M. Lemierre. On l'y traite d'homme sans génie, de plagiaire, de joueur de gobelets, parce que ce jeune homme estimable a remporté trois 7 prix à notre Académie, et qu'il a réussi dans une tragédie longtemps honorée des suffrages encourageants du public.
Je dois dire en général, et sans avoir personne en vue, qu'il est un peu hardi de s'ériger en juge de tous les ouvrages, et qu'il vaudrait mieux en faire de bons.
La satire en vers, et même en beaux vers, est aujourd'hui décriée ; à plus forte raison la satire en prose, surtout quand on y réussit d'autant plus mal qu'il est plus aisé d'écrire en ce pitoyable genre. Je suis très-éloigné de caractériser ici l'auteur de l'Année littéraire, qui m'est absolument inconnu. On me dit qu'il est depuis longtemps mon ennemi. A la bonne heure ! on a beau me le dire, je vous assure que je n'en sais rien.
Si, dans la crise où est l'Europe, et dans les malheurs qui désolent tant d'États, il est encore quelques amateurs de la littérature qui s'amusent du bien et du mal qu'elle peut produire, je les prie de croire que je méprise la satire, et que je n'en fais point. »
1 Cette lettre a été imprimée dans le Journal encyclopédique, daté du 1er janvier 1760, page 110, comme adressée aux auteurs de ce journal, que rédigeait Pierre Rousseau. Elle a été reproduite dans le Mercure de 1760, tome II de janvier, page 143.
Copie Beaumarchais-Kehl ; « Lettre de M. de Voltaire au sujet de La Femme qui a raison, adressée aux auteurs de ce journal » : Journal encyclopédique, Bouillon,1er janvier 1760, c'est le texte le plus ancien et qui , en conséquence, a té suivi de préférence à celui du Mercure de France de janvier 1760 que reprend la copie Beaumarchais . Malgré la date du 1er janvier que donne l'éditeur, la lettre correspond à celles des 4 et 7 janvier 176 à Thieriot et Mme d'Epinay , d'où la date proposée . Le Journal encyclopédique accompagne la lettre de la note suivante : Lorsque M. de Voltaire nous a fait l'honneur de nous adresser cette lettre, il n'avait pas sans doute encore reçu le volume de notre journal dans lequel nous rendons compte de cette comédie . Si sur la foi du titre, nous l'avons présentée comme étant de cet illustre auteur, du moins avons nous la consolation d'avoir rendu justice à ce qu'il y avait de bon . Pouvait-on, aux traits que nous avons cité, méconnaître sa plume ? Ces beautés nous ont induits en erreur ; nous en convenons de bonne foi ; et d'ailleurs nous ne présumions pas qu'il y eût des hommes assez impudents pour mettre le nom d'un auteur à un ouvrage qu'il n'a point fait . »
2 D'Argental. Voir : http://www.monsieurdevoltaire.com/search/orphelin%20de%20la%20chine/
3Fréron avait commencé la guerre à l'occasion de Candide, puis de la Femme qui a raison. La lettre de Voltaire la décida. Fréron y répondit dans l'Année littéraire, 1700, tome IV, page 7. Il feint de croire que la lettre n'est pas de Voltaire. (Beuchot) . C'est la malsemaine dont Voltaire parle dans la lettre du 15 décembre 1759 à Thieriot : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/12/25/quid-agis-dulcissime-rerum-que-fais-tu-toi-qui-m-est-cher-en-5520053.html
Voir aussi lettre du 4 janvier à Thieriot : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2015/01/11/j-aime-il-est-vrai-tirer-sur-le-jesuite-sur-le-moliniste-sur-5531064.html
4 L'édition de 1759 de la Femme qui a raison ne portait pas sur le titre Karonge, comme le dit Voltaire, mais Caronge, ainsi que Beuchot l'a dit page 573 du tome IV. Le nom du village, aujourd'hui ville de Carouge, près de Genève, étant ainsi défiguré, Voltaire faisait une observation juste, mais sévère, et sur laquelle il savait bien à quoi s'en tenir.
5 Sans doute Saint-Lambert, selon Clogenson . Mais rien de ce que dit V* ne s'applique à lui , ce qui est bien naturel puisque la pièce est toute de V* lui-même .
6 Le 12 novembre 1759, dans un article de l'Année littéraire, VII, 145-188, à l'occasion d'un compte rendu de la tragédie d'Hypermnestre, Fréon se vengea en publiant dans le numéro de son journal du 26 mai 1760 un compte rendu satirique de la présente lettre .
7 Lemierre, auteur entre autres de Guillaume Tell, obtint au total cinq prix académiques sans être pour autant un plus grand auteur dramatique .
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11/01/2015
Il me semble que le temps présent n'est pas celui d'écrire, mais de se battre,..., et ne devoir la paix qu'à son courage
... No comment !
Ayons ce courage voltairien sans cesse !

http://prixpublicpaix.org/les-24-h-pour-la-paix-2015/
« A François de Chennevières
5 janvier 1760
Je ne peux commencer l'année par de jolis vers comme vous, mon cher monsieur, ma santé un peu altérée influe un peu sur ma pauvre imagination, mais on peut très bien manquer d'esprit sans manquer de reconnaissance ; si vous voulez des vers, Mlle de Bazincour vous en fera ; elle m’en montra ces jours passés de très jolis de sa façon, et dans lesquels il n'y avait qu'une faute très légère ; tout malingre que je suis il m'a fallu pourtant faire un peu de prose . Permettez que je vous l'envoie et que je vous supplie de la faire passer à sa destination , elle ne mérite pas le port immense qu'elle coûterait à ceux qui la recevrait .
Il me semble qu'il y a autant de tracasseries au Parnasse que dans les cours ; on me mande de tous côtés qu'on croit Marmontel auteur d'une détestable parodie contre M. le duc d'Aumont et de M. d'Argental ; on le croit à la Bastille 1, et moi qui crois peu de chose, je ne crois assurément rien de tout cela . Ce ne peut être qu'un laquais de comédien qui ait fait cet impertinent ouvrage ; et si c'était le laquais de Marmontel, il l'aurait sans doute chassé . Il me semble que le temps présent n'est pas celui d'écrire, mais de se battre, et puisque le roi a donné un si grand exemple en se privant de son argenterie, et que la nation l'a suivi; elle doit actuellement employer le fer contre les Anglais et les Hanovriens, et ne devoir la paix qu'à son courage ; on attend beaucoup de M. le maréchal de Broglie ; j'ai ouï dire il y a plus de douze ans à M. le maréchal de Belle-Isle, que s'il y avait quelqu'un qui pût rétablir les affaires de la France ce serait M. de Broglie . Il me semble que cela fait bien de l'honneur à tous deux, car alors M. le maréchal de Belle-Isle n'était pas trop bien avec le père 2 .
Mandez-moi je vous prie quelle est la sœur de votre aimable ministre M. le duc de Choiseul 3. N'y a-t-il rien de nouveau ? Vale et nos ama 4 . Respects à la sœur du pot .
Je vous demande pardon de l'endosse que je vous donne, de faire cacheter pour moi trois paquets . J'abuse de votre amitié . Mais vous le pardonnerez . »
1 Voir lettre du 4 janvier 1760 à Thieriot : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2015/01/11/j-aime-il-est-vrai-tirer-sur-le-jesuite-sur-le-moliniste-sur-5531064.html
2 C'était pendant les négociations qui devaient aboutir à la paix d'Aix-la-Chapelle en 1748 .
3 Il s'agissait de Béatrix de Choiseul-Stainville, femme d'Antoine-Antonin, duc de Gramont .
4 Porte-toi bien et aime-nous .
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J'aime il est vrai tirer sur le jésuite, sur le moliniste, sur les billets de banque appelé billets de confession, sur toutes les pauvretés de notre siècle
... Cette déclaration de Voltaire n'est que celle de Charlie Hebdo avec deux siècles et demi d'avance .
A-t-on brûlé l'oeuvre de Voltaire ? oui .
A-t-on voulu faire taire Voltaire ? oui .
Voltaire s'est-il tu ? non .
Voltaire a-t-il défendu la liberté de penser jusqu'au bout ? oui .
Alors, Charlie est un de ses successeurs et doit vivre .
Il fait grincer des dents, tant mieux ; il fait peur aux bénis-oui-oui, qu'il continue, ce sont des lâches ; il fait rire, qu'il en soit remercié ; il crie "liberté et tolérance" , qu'on en soit bien conscient toujours .

« A Nicolas-Claude Thieriot
4 janvier [1760]
Quelles misères de tous côtés : quel peuple que mes chers Parisiens qui s'amusent de platitudes et de tracasseries quand l’État souffre dans toutes ses parties, quand la France est épuisée de sang et d'argent ! L'empereur Julien disait 1 qu'il les aimait parce qu'ils étaient sérieux . Ils ont bien changé . Je parierais contre Marmontel lui-même qu'il n'est pas l'auteur de la malheureuse parodie 2 qu'on lui impute . Cela n'est ni de son esprit ni de son cœur .
Quel est le fait d'imprimeur qui s'avise de défigurer si indignement , la femme qui a tort entre ses mains . Et puis voilà cet autre animal de Fréron 3 qui croit que c'est un ouvrage nouveau et qui ne sait pas que cela fut joué il y a douze ans dans une petite fête que l'on donnait au roi Stanislas dans un appartement de Lunéville . Mme du Châtelet y jouait le premier rôle . La pièce n'était pas assurément telle qu'on vient de la donner 4. Ce Fréron saisit la chose comme un dogue affamé qui ronge le premier os qu'on lui présente .
J'aime il est vrai tirer sur le jésuite, sur le moliniste, sur les billets de banque appelé billets de confession, sur toutes les pauvretés de notre siècle mais c'est en grave historien et je ne m’abaisse pas à turlupiner frère Berthier . Je réserve ces messieurs pour l'article de l'histoire où il sera question du roi de Portugal, et du Paraguay . J'ai sur cela de bonnes anecdotes et très sures qui me viennent de Lisbonne . C'est l'amusement de ma vieillesse . Je n'ai, mon ancien ami, ni votre santé, ni la face large dont vous avez fait l'acquisition, mais je suis étonné d'être plus fort que [je] n'étais à paris . C'est la récompense de la retraite .
Connaissez-vous le dictionnaire de santé 5? Si vous en faites cas je le ferai venir . N'y a-t-il pas quelque petit almanach bien amusant ? Indiquez-m'en un je vous prie . J’aime à prendre de vos almanachs . Dites-moi donc ce que vous savez de ces arrangements de nos fortunes . Je suis obligé d'interrompre mes bâtiments . Qu'est devenu M. de Forbonnais 6? Je relis son livre 7. C'est je crois le seul qui fasse connaître l'intérieur du royaume . Où est l'auteur ? Vite que je le remercie , et vale .
V.
Vous recevrez mes chiffons pour Versailles, il faut avoir de l'attention . »
1 V* a lu dans la Vie de l'empereur Julien, de La Bléterie, 1751, : « En général, il aima beaucoup les Gaulois et n'en fut pas moins aimé . La simplicité, la franchise et les mœurs austères de ces peuples sympathisaient extrêmement avec son humeur affable, populaire, ennemie du faste et des plaisirs . » Voir : https://books.google.fr/books?id=88xfVEDYHZcC&pg=PA514&lpg=PA514&dq=Vie+de+l%27empereur+Julien,+de+La+Bl%C3%A9terie&source=bl&ots=3czqW1WbE2&sig=Ge0YWz5lM-N4a5DyuBL8y1zFRAU&hl=fr&sa=X&ei=8L6xVKucMdKs7AbcxoCoBA&ved=0CEAQ6AEwBQ#v=onepage&q=Vie%20de%20l%27empereur%20Julien%2C%20de%20La%20Bl%C3%A9terie&f=false
2 V* a vu juste ; la parodie en question, où figurent le duc d'Aumont et d'Argental, et qui avait paru dans la Correspondance littéraire, IV, 184-187, était en fait de Bay de Cury . Thieriot lui avait écrit le 29 novembre 1759: « Le bruit court dans Paris que Marmontel a été mené hier au soir coucher près de mon ermitage . M. le duc d'Aumont le croyait auteur de la parodie de la scène de l'abdication de l'empire dans Cinna . C'est une mauvaise plaisanterie piquante dont M. d'Argental n'a fait que rire, mais que M. le duc d'Aumont n'a pas pris de même […] ce que je trouve de pis, c'est la perte de dix ou douze mille livres que lui rapportait le Mercure dont il est fort menacé . »
3 Fréron avait en effet considéré La Femme qui a raison comme une nouveauté dans L’Année littéraire du 30 novembre 1759 .Voir page 13 et suiv. : http://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=1&cad=rja&uact=8&ved=0CCUQFjAA&url=http%3A%2F%2Fperiodicals.narr.de%2Findex.php%2Foeuvres_et_critiques%2Farticle%2Fdownload%2F541%2F356&ei=CsKxVJqpLYvvaLOhgdgG&usg=AFQjCNGf09OKyWUwbov75i2W9vqpOtpUrA&bvm=bv.83339334,d.d2s
4 Mme du Châtelet parle dans une lettre du 30 novembre 1748 à d'Argental, d'une « comédie en un acte en vers, qui est très jolie et que nous avons jouée pour notre clôture »
5 Histoire de la santé et de l'art de la conserver, traduit de l'anglais , 1759, Jacques [James] Mackenzie
6 Pressenti pour remplacer Silhouette, Véron de Forbonnais avait décliné cette offre mais avait accepté de conseiller éventuellement le ministère . Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_V%C3%A9ron_Duverger_de_Forbonnais
7 Voir lettre du 8 mai 1758 à Thieriot : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2013/08/15/temp-e17f1a4a27109e57869d8c7437cf981f-5141627.html
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10/01/2015
Il faudrait que vous eussiez la bonté de venir coucher chez nous ; une heure de conversation fait plus et mieux que mille lettres
... Voilà ce que François Hollande a dû dire ou aurait dû dire à tous ces chefs d'Etats et de gouvernements qui viendront dimanche soutenir la république française et, du bout des lèvres pour beaucoup d'entre eux, la liberté de la presse .
Je me contrefiche des états d'âme de la Marine et son parti qui n'ont pas manqué d'attaquer à tort Charlie en son temps, ce n'est qu'une vieille peau, comme son père .
Je me réjouis aussi de voir défiler une cohorte de faux culs de toutes obédiences religieuses qui n'ont jamais manqué une occasion de gueuler "au sacrilège", "à l'outrage", "au blasphème" pour couler un journal qui leur mettait la vérité en face .
Ah , le blasphème ! qu'elle invention de cerveaux malades ; je ne peux pas le voir autrement qu'une offense d'un catho envers la religion catholique, d'un muslim envers un soi disant prophète, d'un juif envers je ne sais qui . S'il n'y a pas ce distingo, alors j'accuse tous les religieux de blasphème envers moi laïc non croyant .

Celui-ci est un homme de paix et tolérance selon mon coeur
« A Louis-Gaspard Fabry
4 janvier [1760] 1
J'ai relu, monsieur, avec une nouvelle attention , et un plaisir nouveau, vos deux mémoires sur le pays de Gex . Il m'est venu dans la tête une idée que je soumets à vos lumières .
Ne pourrait-on pas après avoir fait sentir aux fermiers généraux combien le pays de Gex leur est à charge, leur proposer d'accepter une somme de trois cent mille livres au nom du pays, avec la faculté pour tout remboursement, d'acheter le sel au même prix que 2 Genève, et les Grisons, et de le vendre à l'étranger et au pays de Gex, et surtout à Genève ; ceux qui fourniraient les 300 mille livres au nombre desquels vous seriez pour si petite somme qu'il vous plairait, se chargeraient de l'entretien des chemins . Plus de gardes, pas même à Versoy . La liberté et l'abondance seraient le partage du pays de Gex sous votre administration, point d'impôt sous le nom de rachat de gabelles, nulle gêne, rien que du profit .
Vous seriez à la tête de la compagnie qui avancerait les cent mille écus .
Cette compagnie demanderait à fournir le sel au pays de Gex, à Genève, à Versoy, et au pays de Vaud, s’il est possible, à tout l'étranger .
Elle achèterait 12000 minots 3 de sel par an, au moins chaque minot reviendrait à environ 6 livres ou 7 livres 4 . Elle en vendrait au pays de Gex et à l'étranger, le même prix que Genève a fixé .
Elle pourrait faire annuellement un profit de 60000 livres au moins .
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Sur ces 60000 livres on donnerait aux associés environ pour les deniers de leurs avances |
30000 £ |
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L'entretien de tous les cheminements par an ponts et chaussées |
6000 £ |
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Frais de régie ; et gratifications aux associés qui travailleraient |
24000 £ |
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60000 £ |
On pourrait encore exiger des fermiers généraux qu'ils nous vendissent tous les ans une certaine quantité de tabac, au prix coutant .
Par ces opérations on fournirait aux fermiers généraux cent mille écus dans les besoins pressants .
On aurait de ces cent mille écus une rente très considérable ; le pays de Gex serait riche, et l'administration n'y perdrait pas . Vous demanderez où l'on peut trouver 300000 livres, vous en trouverez quatre cent mille dans huit jours .
Je vous prie, monsieur, d’examiner cette idée, et de vouloir bien la rectifier ; il me semble qu'on en peut tirer quelque avantage, et que le plomb peut devenir or, en passant de ma tête dans la vôtre .
Il faudrait que vous eussiez la bonté de venir coucher chez nous ; une heure de conversation fait plus et mieux que mille lettres .
J'ai l'honneur d'être bien sincèrement
monsieur
votre très humble et très obéissant serviteur
V.
Celui qui m'a proposé cette affaire paraît en état de trouver en peu de temps les 300000 . mais il faudrait qu'un homme comme vous, monsieur, qui connait si bien le pays, rédigeât sa proposition, et la rendît praticable . »
1 A la suite de cette lettre, V* rédigea un mémoire, qui est conservé , sur la même affaire . Il y propose, en gros , le rachat de la gabelle par un versement annuel à la ferme de trente mille livres, qui serait récupéré grâce à une imposition de 5 sols par habitant et de 10 sols par tête de bétail .
2 V* a d'abord écrit , puis rayé qu'à .
3 La mine correspondait à environ 78 litres3/4, le minot valant la moitié d'une mine .
4 Ou 7 £ est ajouté par V*.
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09/01/2015
les dieux ne se mêlent pas des affaires des banquiers
... Pour cela il faudrait d'abord qu'ils existent ! bien qu'il y ait un ersatz de preuve : les paradis fiscaux, où les élus adorent le saint Profit .
Un banquier je crois bien savoir à quoi ça ressemble, mais un dieu : mystère et boule de gomme !
Allah, Yaweh, Vichnou ( la paix), la Sainte Trinité sont bien dignes des contes des Mille et une nuits racontés par leurs prophètes qui n'incitent pas vraiment à la fête . Les dits prophètes feraient un super flop dans la plus minable des téléréalités du style "Devine mon secret" ou "Devine qui m'a emporté au ciel" . Et il est encore des cinglés qui tuent en leur nom ! Comme dit si bien Volti : "quel Jupiter les remettra chacun à sa place?"

Ni dieu, ni maître
« A Louise-Dorothée von Meiningen, duchesse de Saxe-Gotha
Aux Délices 4 janvier 1760
Madame, le paquet de ce banquier 1 que Votre Altesse sérénissime protège arriva deux heures après que je l'eus informée que je ne l'avais pas reçu. Les affaires qu'il discute avec les créanciers de nos quartiers sont un peu épineuses : je les ai vivement recommandées au syndic de Genève. Comment n'aurais-je pas infiniment à cœur, madame, les choses auxquelles elle s'intéresse? Je ne les entends point ; mais je presse comme si je les entendais. Peut-être le syndic de Genève ne les entend-il guère mieux que moi, car on dit que c'est un chaos, et qu'il faudrait un dieu pour le débrouiller; mais les dieux ne se mêlent pas des affaires des banquiers : puissent-ils finir bientôt, madame, les déplorables affaires de l'Europe ! C'est là qu'est le vrai chaos. Les quatre éléments se combattent et sont confondus ensemble ; quel Jupiter les remettra chacun à sa place?
Je crois qu'Arminius est le nom de baptême du prince héréditaire de Brunswick 2. Homère dit quelque part : Il fit trois pas, et au troisième il fut au bout du monde 3. C'est bien aller. M. le prince de Brunswick voyage à peu près dans ce goût.
Hélas! quand pourrai-je, moi chétif, faire cent mille pas pour me faire introduire à vos pieds, madame, par la grande maîtresse des cœurs, pour renouveler à Votre Altesse sérénissime le respect le plus profond et le plus tendre, ainsi qu'à votre auguste maison ?
V.»
1 Frédéric II, voir lettre du 25 décembre 1759 à la duchesse : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2015/01/04/si-les-hommes-etaient-moins-fous-et-moins-mechants-qu-ils-ne-5525679.html
2 Il s'agit de Charles-Guillaume-Ferdinand de Brunswick-Wolfenbüttel, héritier et successeur du prince Charles ; V* le compare pour ses succès à Arminius, le ce f germain qui vainquit les Romains à la bataille de Teutoburger Wald .Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles-Guillaume-Ferdinand_de_Brunswick-Wolfenb%C3%BCttel
3 Homère, L’Iliade, XIII, 20 ; voir Ulysse au royaume de Poséidon : « Il fait trois enjambées ; à la quatrième, il atteint son but, Ægès, où un palais illustre lui a été construit dans l’abîme marin, étincelant d’or, éternel. » : http://expositions.bnf.fr/homere/arret/10.htm
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Il n'y a que le bonheur de venir vous faire ma cour qui puisse consoler ce pauvre Suisse V.
...
« A Louise-Dorothée von Meiningen, duchesse de SAXE-GOTHA
2 janvier 1760.
Madame, je reçois dans ce moment, à midi, un instant avant que la poste parte, la lettre dont Votre Altesse sérénissime m'honore, en date du 24 décembre ; mais le paquet qu'elle daigna m'envoyer, le samedi 22, ne m'est point parvenu. Votre Altesse sérénissime a la bonté de me dire qu'elle a dépêché ce paquet assez gros sous le couvert connu : est-ce par un banquier de Francfort ? est-ce par M. de Valdener? Enfin, madame, je n'ai point ce paquet, qui contenait les précieux témoignages de vos
bontés. Je vous avoue que je suis au désespoir. Il n'y a que le bonheur de venir vous faire ma cour qui puisse consoler ce pauvre Suisse V., qui vous sera attaché jusqu'au tombeau avec le plus profond respect et l'attachement le plus inviolable. »
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la notoriété publique ne suffit pas pour constater un droit de haute justice
... Et une interprètation abrutissante de l'islam , -et toute autre déviance religieuse,- ne donnent pas le droit de vie et de mort sur le reste des humains .
Tolérance, quand seras-tu une vertu respectée ?

http://blog.voltaire-a-ferney.org/
« A Charles de BROSSES, baron de Montfalcon.
Aux Délices 2 janvier 1760.
J'ai l'honneur, monsieur, de présenter mes respects à toute votre famille, et à vous surtout, du meilleur de mon cœur au commencement de cette année. J'attends vos ordres pour la conclusion de l'affaire de Tournay 1. Je me flatte que quand vous serez débarrassé des premiers soins qu'exige votre séjour à Dijon, vous voudrez bien instruire le sieur Girod 2 de vos volontés et l'honorer de vos pleins pouvoirs.
Permettez aussi, monsieur, que je vous supplie de me faire communiquer les pièces concernant les droits de la terre. La petite affaire de Panchaud 3 me rend surtout cette communication nécessaire. Vous savez bien, monsieur, que la notoriété publique ne suffit pas pour constater un droit de haute justice. Il faut quelque acte, quelque exemple. Le lieu nommé la Perrière est situé sur un fief de Genève. Il est à présumer dès lors que le seigneur de Tournay n'a pas droit de juridiction dans cet endroit. On dit que, quand il y a eu des catholiques dans ce terrain, ils ont été à la messe à Chambésy. Mais, monsieur, une messe n'établit point une haute justice. Quant à la justice qu'on a rendue au nommé Panchaud, il n'est pas croyable que cet homme ait été condamné à un bannissement perpétuel uniquement pour avoir défendu ses noix. On assure qu'il a été condamné pour des délits commis longtemps auparavant; il est donc de votre équité et de votre intérêt, monsieur, vous qui jouissiez alors de la terre, que les frais ne soient pas exorbitants, et que la haute justice sur la Perrière soit bien constatée. En ce cas, j'y ferai mettre quatre poteaux.
Je suis honteux de vous importuner de ces minuties. Votre Salluste 4 m'intéresse bien davantage, et la lenteur des Cramer m'étonne. J'imagine, monsieur, que vous vous êtes étendu sur de la république, sur le gouvernement de la Mauritanie, sur les changements arrivés dans l'Afrique, sur l'extrême différence des peuples qui l'habitaient alors avec ceux qui la désolent de nos jours, et qui la rendent si barbare. Quelque parti que vous ayez pris, on ne peut attendre de vous que du plaisir et des instructions. Je voudrais pouvoir me rendre digne de votre confiance et de vos ordres ; vous verriez au moins par mon zèle avec quelle estime et quelle amitié respectueuse je vous suis attaché.
V. »
1 V* répond à une lettre envoyée vers le 20 décembre : « Votre première proposition est, je vous offre 140000 livres . La mienne est : j'en demande 155000 livres . Votre seconde proposition est, partageons le différend . Eh bien soit, partageons . Le différend est de 15000 livres . Le partage est 7500 livres chacun . Or donc reste de votre part 147500 livres . Sur quoi vous en avez payé 35000 livres . Reste 112500 livres . Tous les Bernouilli du monde ne feraient pas une équation plus juste . »
2 Voir lettre du 15 novembre 1759 à Girod : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/11/26/il-serait-bien-odieux-que-pour-seule-recompense-du-bien-que-j-ai-fait-et-d.html
3 Voir lettre du 3 décembre 1759 à de Brosses : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/12/10/je-ne-sais-ce-que-je-fais-tant-j-ai-je-n-ose-pas-dire-de-pla-5507498.html
4 De Brosses disait de son livre : « C'est un bâtiment immense dont j'ai recherché les pierres tout l'hiver et que j'ai réédifié de nouveau . Quant à l'autre écrit dont vous parlez, motus : je n'ai point de part à cela ; il ne paraitra jamais de ma façon . Eh que dirait le pieux abbé de La Blétherie ? Que disait le savant comte de Caylus ? Ils brûleraient l'ouvrage en holocauste devant une image du diacre Pâris à califourchon sur un sphinx. » Voir aussi la lettre du 23 septembre 1758 à De Brosses : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2013/11/03/mon-grand-plaisir-serait-de-n-avoir-affaire-de-ma-vie-ni-a-u.html
Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Philippe-Ren%C3%A9_de_La_Bl%C3%A9terie
et : http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_de_Brosses#.C5.92uvres
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