21/09/2022
Je voudrais que les gens qui sont si fiers et si rogues sur leurs paillers voyageassent un peu dans l’Europe, qu’ils entendissent ce que l’on dit d’eux ... ils rougiraient
... Si toutefois ils comprenaient ce que l'on dit . En particulier, ceci s'adresse à nos chefs de partis politiques, débordant d'orgueil et fiers de leurs discours creux et surannés, coqs et poules les pieds dans le fumier .
« A Daniel-Marc-Antoine Chardon 1
5è avril 1767
Monsieur,
Il paraît par la lettre dont vous m’honorez, du 27 de mars, que vous avez vu des choses bien tristes dans les deux hémisphères. Si le pays d’Eldorado avait été cultivable, il y a grande apparence que l’amiral Drack 2 s’en serait emparé, ou que les Hollandais y auraient envoyé quelques colonies de Surinam. On a bien raison de dire de la France : non illi imperium pelagi 3; mais si on ajoute : illa se jactet in aula.4 ce ne sera pas in aula tolosana .5
Je suis persuadé, monsieur, que vous auriez couru toute l’Amérique sans pouvoir trouver, chez les nations nommées sauvages, deux exemples consécutifs d’accusations de parricides, et surtout de parricides commis par amour de la religion. Vous auriez trouvé encore moins, chez des peuples qui n’ont qu’une raison simple et grossière, des pères de famille condamnés à la roue et à la corde, sur les indices les plus frivoles, et contre toutes les probabilités humaines.
Il faut que la raison languedochienne 6 soit d’une autre espèce que celle des autres hommes. Notre jurisprudence a produit d’étranges scènes depuis quelques années ; elles font frémir le reste de l’Europe. Il est bien cruel que, depuis Moscou jusqu’au Rhin, on dise que, n’ayant su nous défendre ni sur mer ni sur terre, nous avons eu le courage de rouer l’innocent Calas ; de pendre en effigie et de ruiner en réalité la famille Sirven ; de disloquer dans les tortures le petit-fils d’un lieutenant-général, un enfant de dix-neuf ans ; de lui couper la main et la langue, de jeter sa tête d’un côté, et son corps de l’autre, dans les flammes, pour avoir chanté deux chansons grivoises, et avoir passé devant une procession de capucins sans ôter son chapeau. Je voudrais que les gens qui sont si fiers et si rogues sur leurs paillers voyageassent un peu dans l’Europe, qu’ils entendissent ce que l’on dit d’eux, qu’ils vissent au moins les lettres que des princes éclairés écrivent sur leur conduite ; ils rougiraient, et la France ne présenterait plus aux autres nations le spectacle inconcevable de l’atrocité fanatique qui règne d’un côté, et de la douceur, de la politesse, des grâces, de l’enjouement et de la philosophie indulgente qui règnent de l’autre ; et tout cela dans une même ville, dans une ville sur laquelle toute l’Europe n’a les yeux que parce que les beaux-arts y ont été cultivés ; car il est très vrai que ce sont nos beaux-arts seuls qui engagent les Russes et les Sarmates à parler notre langue. Ces arts, autrefois si bien cultivés en France, font que les autres nations nous pardonnent nos férocités et nos folies.
Vous me paraissez trop philosophe, monsieur, et vous me marquez trop de bonté, pour que je ne vous parle pas avec toute la vérité qui est dans mon cœur. Je vous plains infiniment de remuer, dans l’horrible château 7 où vous allez tous les jours le cloaque de nos malheurs 8. La brillante fonction de faire valoir le code de la raison et l’innocence des Sirven sera plus consolante pour une âme comme la vôtre. Je suis bien sensiblement touché des dispositions où vous êtes de sacrifier votre temps, et même votre santé, pour rapporter et pour juger l’affaire des Sirven, dans le temps que vous êtes enfoncé dans le labyrinthe de la Cayenne. Nous vous supplions, Sirven et moi, de ne vous point gêner. Nous attendrons votre commodité avec une patience qui ne nous coûtera rien, et qui ne diminuera pas assurément notre reconnaissance. Que cette malheureuse famille soit justifiée à la Saint-Jean ou à la Pentecôte, il n’importe ; elle jouit du moins de la liberté et du soleil, et l’intendant de la Cayenne n’en jouit pas. C’est au plus malheureux que vous donnez bien justement vos premiers soins ; et je suis encore étonné que, dans la multitude de vos affaires, vous ayez trouvé le temps de m’écrire une lettre que j’ai relue plusieurs fois avec autant d’attendrissement que d’admiration 9.
Pénétré de ces sentiments et d’un sincère respect, j’ai l’honneur d’être, monsieur, votre, etc. »
1 Voir : https://data.bnf.fr/fr/10649904/daniel_marc_antoine_chardon/
et https://brunodumes.pagesperso-orange.fr/andre-articles-t1/intendant-corse-chardon.pdf
et : https://gw.geneanet.org/peter781?lang=fr&n=de+chardon&oc=0&p=daniel+marc+antoine
2 Le corsaire Sir Francis Drake : https://fr.wikipedia.org/wiki/Francis_Drake
3 Virgile , Æneid., liv. I, v. 142 ; l'empire de la mer n'est pas pour lui .
4 Virgile, Æneid., liv. I, v. 144., qu'elle se vante dans cette cour .
5 Dans la cour de Toulouse ; c'est-à-dire le parlement de Toulouse , en rapport à son rôle dans l'affaire Calas .
6 Sur cette formule, voir lettre du 6 mars 1759 à J.-R. Tronchin : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/04/11/j-aime-fort-les-pays-libres-mais-j-aime-encore-mieux-etre-le-5344503.html
7 Le Palais de justice. (G.A.)
8Le manuscrit ajoute ici en Amérique, ce que V* a biffé .
9 Lettre du 27 mars 1767, conservée .
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20/09/2022
Ce sont des vers qui ne sont bons que pour les rois
... et la reine Elisabeth II : https://en.wikipedia.org/wiki/Like_as_the_hart
et https://www.classicfm.com/music-news/queen-funeral-music-...
Pas de rap ! étonnant, n'est-il pas ?
« A Philippe-Antoine de Claris, marquis de Florian
3è avril 1767 1
Mon cher grand-écuyer, parmi toutes mes détresses il y en a une qui m’afflige infiniment, et qui hâtera mon petit voyage à Montbéliard et ailleurs. Plusieurs personnes dans Paris accusent Tronchin d’avoir dit au roi qu’il n’était point mon ami, et qu’il ne pouvait pas l’être, et d’en avoir donné une raison très ridicule, surtout dans la bouche d’un médecin Je le crois fort incapable d’une telle indignité et d’une telle extravagance. Ce qui a donné lieu à la calomnie, c’est que Tronchin a trop laissé voir, trop dit, trop répété, que je prenais le parti des représentants, en quoi il s’est bien trompé. Je ne prends assurément aucun parti dans les tracasseries de Genève, et vous avez bien dû vous en apercevoir par la petite plaisanterie intitulée la Guerre genevoise 2, qu’on a dû vous communiquer de ma part.
Je n’ai d’autre avis sur ces querelles que celui dont le roi sera ; et il ne m’appartient pas d’avoir une opinion quand le roi a nommé des plénipotentiaires. Je dois attendre qu’ils aient prononcé, et m’en rapporter entièrement au jugement de M. le duc de Choiseul.
Voilà à peu près la vingtième niche qu’on me fait depuis trois mois dans mon désert.
Votre cidre n’arrivera pas, et sera gâté. Il arrive la même chose à mon vin de Bourgogne. Vingt ballots envoyés de Paris, avec toutes les formalités requises sont arrêtés, et Dieu sait quand ils pourront venir, et dans quel état ils viendront. J’aurais bien assurément l’honnêteté de vous envoyer des honnêtetés 3 ; mais on est si malhonnête, que je ne puis même vous procurer ce léger amusement.
Je me souviens bien en effet d’avoir envoyé quelques mauvais vers au roi de Danemark 4 ; il faut qu'ils aient fait le voyage de Copenhaguen à Paris, car assurément je n'en ai donné copie à personne , je n'en ai pas seulement gardé une . Ce sont des vers qui ne sont bons que pour les rois . Je ne sais si je vous ai mandé que je suis enchanté de la nouvelle calomnie 5 répandue sur les Calas. Il est heureux que les dévots, qui persécutent cette famille et moi, soient reconnus pour des calomniateurs. Ils font du bien sans le savoir ; ils servent la cause des Sirven. Je recommande bien cette cause à mon cher grand-turc 6. Il y a des gens qui disent qu’on pourrait bien la renvoyer au parlement de Paris. Je compte alors sur la candeur, sur le zèle, sur la justesse d’esprit de mon gros goutteux 7, que j’embrasse de tout mon cœur, aussi bien que sa mère . Vivez tous sainement et gaiement il n’y a que cela de bon.
Nouvelles tracasseries encore de la part des commis, et point de justice ; et je partirai ; mais gardez-moi le secret, car je crains la rumeur publique. Je vous embrasse tous bien tendrement. »
1 L'édition de Kehl suivant la copie Beaumarchais et suivie des autres éditions, remplace un passage de cette lettre par l'alinéa concernant d'Etallonde dans la lettre du 14 janvier 1767 à Florian, cependant déjà imprimé à sa place ; voir : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2022/05/07/les-choses-dans-ce-monde-prennent-des-faces-bien-differentes-6380671.html
Voir : http://www.monsieurdevoltaire.com/2015/05/correspondance-annee-1767-partie-26.html
2 La Guerre civile de Genève. (Georges.Avenel)
3 Les Honnêtetés littéraires. (G.A.)
4 Voir lettre du 4 février 1767 à Christian VII : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2022/06/06/ceux-qui-font-des-heureux-sont-les-vrais-conquerants-6385977.html
5 On avait répandu le bruit que la servante catholique des Calas était morte, et qu’en mourant elle avait déclaré que Jean Calas était bien l’assassin de son fils. Voyez la Déclaration juridique. (G.A.)
6 Mignot. (G.A.)
7 D’Hornoy. (G.A.)
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19/09/2022
Nous ne savons plus de quel côté nous tourner pour faire venir les choses les plus nécessaires à la vie ; et je mets les bons livres parmi les choses absolument nécessaires
... No comment . Avis à ceux qui perdent des milliers d'heures devant des écrans de jeux abrutissants et de Facebook-TicToc-Twitter-Insta ... etc.
Faites votre choix : https://collectiondelivres.wordpress.com/le-grand-guide-d...

« A Etienne-Noël Damilaville
3è avril 1767 1
Je reçois, mon cher ami, votre lettre du 21è mars par M. Mallet, et je n’ai reçu encore aucun des envois que vous avez bien voulu me faire par Lyon. Tous les mémoires de M. de Beaumont en faveur des Sirven sont encore à la douane . Je ne sais pas quand je pourrai les avoir. Toute communication entre Lyon et Genève est interrompue.
M. Fournier vous avait envoyé l’étui de mathématiques 2 pour M. Lemberta , il y a environ trois semaines, par la même voie que vous aviez vous-même choisie, et par laquelle vous aviez reçu le factum des Sirven signé de toute la famille. Il était à croire que l’étui de mathématiques, qui coûte, comme vous savez, cent écus, vous parviendrait de même. Il faut que quelque grand mathématicien ait mis la main dessus et se le soit approprié ; car il est un des meilleurs ouvriers de l’Europe.
Nous ne savons plus de quel côté nous tourner pour faire venir les choses les plus nécessaires à la vie ; et je mets les bons livres parmi les choses absolument nécessaires .
Je suis actuellement séparé du reste du monde. Je me sais bien bon gré de vous avoir envoyé ma lettre pour M. Linguet 3. Je le croyais de vos amis intimes, puisqu’il m’envoyait son livre 4 par vous, et que M. Thieriot me l’avait vanté comme un des meilleurs ouvrages qu’on eût vus depuis longtemps. Je n’ai pas plus reçu le livre que les autres ballots ; mais je vous en crois sur ce que vous me dites, il est bon de savoir à qui on a à faire. Vous vous êtes conduit très sagement, je vous en loue, et je vous en remercie.
On m’a envoyé la lettre de l’abbé Mauduit 5. Il me semble qu’elle n’est que plaisante, et qu’elle n’a aucune teinture d’impiété. L’auteur s’égaie peut-être un peu aux dépens de quelques docteurs de Sorbonne, mais il paraît respecter beaucoup la religion . C’est, comme nous l’avons dit tant de fois ensemble, le premier devoir d’un bon sujet et d’un bon écrivain. Aussi je ne connais aucun philosophe qui ne soit excellent citoyen et excellent chrétien. Ils n’ont été calomniés que par des misérables qui ne sont ni l’un ni l’autre. Je ne sais point qui est M. de La Ferrière ; mais il paraît que c’est un Burrhus, je souhaite qu’il ne trouve point de Narcisse 6.
On m’avait déjà touché quelque chose de ce qu’on imputait à Tronchin 7. Je ne l’en ai jamais cru capable, quoiqu’il me fît l’injustice d’imaginer que je favorisais les représentants de Genève. Je suis bien loin de prendre aucun parti dans ces démêlés . Je n’ai d’autre avis que celui dont le roi sera. Il faudrait que je fusse insensé, pour me mêler d’une affaire pour laquelle le roi a nommé un plénipotentiaire. Je suis auprès de Genève comme si j’en étais à cent lieues, et j’ai assez de mes propres chagrins, sans me mêler des tracasseries des autres. Je suis exactement le conseil de Pythagore : Dans la tempête, adorez l’écho.
Adieu, mon très cher ami. E L.
On reçoit dans ce moment la nouvelle que l'étui de mathématiques est arrivé . Le quart de cercle que vous demandez 8 ne sera pas sitôt prêt . Vous savez que jamais les ouvriers de Genève n'ont été si profonds politiques et si mauvais artisans . On se donne beaucoup dans ce pays-là le passe-temps de se tuer . Voilà quatre suicides en six semaines,mais on n'accuse pas encore les pères de tuer leurs enfants . Il faut espérer que cette mode nous viendra de France .
Adieu, mon digne et vertueux ami . Souvenez-vous de ce que vous m'avez promis de donner à Mme de Florian . Embrassez bien pour moi le très aimable Lamberta . »
1 L'édition de Kehl suivant la copie Beaumarchais omet les trois premiers paragraphes et fait des deux derniers une autre lettre ; Beuchot restitue le début de la lettre, non sans en altérer la continuité .
2 La Lettre au conseiller, de d’Alembert. (Georges.Avenel.)
Voir lettre du 6 mars 1767 à d'Alembert : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2022/08/18/ils-aiment-la-liberte-comme-des-fous-et-moi-aussi-6396756.html
3 Sur cette lettre et sur les circonstances de son expédition, voir lettre du 14 ou 15 mars 1767 à Linguet : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2022/08/25/m-6397882.html
4 Théorie des lois civiles. (G.A.)
5 L’Anecdote sur Bélisaire. (G.A.)
6 Personnage de Britannicus de Racine, symbolisant le premier, le soldat bourru et loyal,le second , le favori intrigant et perfide . Voir : https://www.theatre-classique.fr/pages/pdf/RACINE_BRITANNICUS.pdf
7 Voir lettre suivante premier paragraphe , ainsi que les lettres de Rochefort d'Ally qui dément ces propos, et de Fabry à Chaillou qui semble les confirmer . Voir : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/04/03/d47390cbc2b9a2aca95442bc49979283.html
8 Probablement la « lettre ostensible » reproduite à propos de la lettre du 21 mars 1767 à Damilaville , mais l'allusion au « quart de cercle » n'est pas claire : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2022/09/07/i...
10:39 | Lien permanent | Commentaires (0)
Vous étiez très belle quand vous passâtes par ma cabane, en revenant des palais d’Italie. Vous ne devez avoir changé en rien
... On peut être patriarche et continuer à aimer les femmes en appréciant toutes leurs beautés .
« A Marie-Anne Fiquet du Boccage, etc.
Rue Neuve Saint -Augustin
à Paris
2è avril 1767 au château de Ferney 1
Bion et Moschus, madame, vous ont bien de l’obligation de les avoir embellis, et moi d’avoir bien voulu m’envoyer vos deux très jolies imitations 2. Je m’imagine que votre beauté est tout comme votre esprit. Vous étiez très belle quand vous passâtes par ma cabane, en revenant des palais d’Italie. Vous ne devez avoir changé en rien . Une femme ne s’avise point de faire des vers amoureux sans inspirer de l’amour.
Mon petit La Harpe est enchanté de la bonté que vous avez de le faire normand . Le voilà enrôlé sous vos drapeaux. C’est Sapho qui met Phaon de son académie . Il a plus d’esprit et de génie que Phaon, et peut-être autant de grâces . Cela n’a que vingt-sept ans.
Il semble fait également
Et pour le Pinde et pour Cithère,
Et pourrait être votre amant
Aussi bien que votre confrère.
Mais je vous avertis, madame, qu’il est coupable, comme moi, de préférer Jean Racine à Pierre Corneille. J’ai peur que, dans le fond de l’âme, vous ne tombiez dans le même péché. Je crois que c’est à cause de mon hérésie que Cideville ne m’écrit plus ; il m’a abandonné tout net comme un réprouvé. Faites-moi grâce : il ne faut pas que je sois excommunié partout.
Mille remerciements, madame, et mille respects.
V.
Comptez que je vous suis attaché pour le reste de ma vie .»
1 Post scriptum autographe .
2 Il ne s'agit ici ni de La Mort d'Abel, ni du Paradis perdu, imitations respectives de Gessner et de Milton comme le dit Besterman, mais d'une Imitation des Idylles de Bion et de Moschus dont Mme du Boccage a dû envoyer des morceaux manuscrits . Voir : http://remacle.org/bloodwolf/poetes/falc/bion/bionmoschus3.htm
et : https://www.cairn.info/revue-litteratures-classiques1-201...
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18/09/2022
On me siffle actuellement
... de toute part, y compris dans le groupe Renaissance" dit Emmanuel, fort contrit, en voulant accélérer la réforme des retraites : https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualite...
« A Gabriel Cramer
[vers le 1er avril 1767]
M. de Beaumont crie après la lettre qui est, dit-il, d'une nécessité absolue 1. Je suis très fâché, mon cher Caro, que vous l'ayez donnée à Chirol, qui imprime fort mal et qui est fort long . Si je pouvais en avoir quelques exemplaires corrects samedi avant le départ de la poste, vous me rendriez la vie aussi bien qu'à Sirven .
On me siffle actuellement à Paris 2. Bonsoir . Mes respects au prudent 3 Jean-Jacques . »
1La lettre ostensible donnée dans la lettre du 21 mars 1767 à Damilaville : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2022/09/12/j-aime-assez-les-choses-dont-personne-ne-s-est-encore-avise-6400664.html
Elle parut aux environs du 4 avril 1767 .
2 Allusion aux Scythes .
3 Prudent et non imprudent ou impudent ; voir lettre de février 1767 à Jean-André de Luc : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2022/07/01/un-impudent-est-celui-qui-ayant-dit-ecrit-et-fait-tant-de-so-6389823.html
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17/09/2022
J'apprends qu'une horde de barbares a fait beau bruit
... à Kidal, au Mali ; tandis qu'on perd du temps avec une reine défunte -et qui le restera !-, outre-mer des barbares tuent en toute impunité : https://www.youtube.com/watch?v=YaYJuXgYmZI
https://www.youtube.com/watch?v=0czBhpIHwis
« A Etienne-Noël Damilaville
[1er avril 1767] 1
L'aventure de la servante est heureuse 2. Fréron la contait en s'enivrant avec ses garçons empoisonneurs . Nos ennemis amassent des charbons ardents sur leurs têtes 3.
M. de Lavaysse, à qui je fais mille tendres compliments, sait la demeure de M. l'abbé Sabatier . Il faudra absolument le faire appeler en témoignage .
J'apprends qu'une horde de barbares a fait beau bruit aux Scythes 4. Ces gens-là ne respectent point la vieillesse . L'étui de mathématiques fut envoyé à M. de Courteilles il y a plus de quinze jours . Mais je vois que le diable est partout . Interim portez-vous bien, mon cher ami .
1 Copie Wagnière . L'édition de Kehl amalgame cette lettre avec les deux derniers paragraphes de la lettre du 3 avril 1767 en donnant la date du 9 avril 1767 . Wagnière a daté la copie manuscrite d' « avril 1767 », ce qui signifie qu'il n'était pas daté . V* ne sait pas encore si l'étui de mathématiques, c'est-à-dire La Destruction des Jésuites est arrivé à Paris ; il l'apprendra le 3 ; voir lettre du 3 avril à Damilaville .
2 Sur cette servante, lettre du 30 mars 1767 à Élie de Beaumont : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2022/09/13/quelque-experience-que-vous-ayez-de-la-mechancete-humaine-vo-6400966.html
3 Livre des proverbes, XXV, 22 : https://www.aelf.org/bible/Pr/25
4 Les Scythes ont été joués le 26 mars 1767 . le lendemain Mme Du Deffand écrit à Walpole : « On joua hier Les Scythes, nouvelle tragédie de Voltaire ; je n'ai vu personne qui y ait été, mais nous avons su par bricole qu'elle n'a point eu de succès . ». Il y eut pourtant encore 785 spectateurs à la quatrième et dernière représentation ; la pièce ne sera reprise pour quelques représentations qu'en février-mars 1770 .
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16/09/2022
Venez me fermer la paupière ; Qu’au murmure de vos baisers, Tout doucement mon âme soit éteinte. Finir ainsi dans les bras de l’amour, C’est du trépas ne point sentir l’atteinte, C’est s’endormir sur la fin d’un beau jour.
... Salut à toi Jean-Luc Godard qui a choisi le jour de ta mort . Heureux es-tu d'avoir vécu dans un pays où ce choix est légal, misère sur nous qui dépendons de moult commissions, et d'un président de la république, trouillards à ce sujet . Le droit à l'IVG , droit logiquement accordé depuis bien des années, que n'est-il suivi du droit au suicide assisté quand notre survie devient intenable . Serait-ce donc un luxe que seuls quelques nantis pourraient s'offrir à l'étranger ?
https://fr.wikipedia.org/wiki/Aide_au_suicide

Si !
« A Nicolas-Claude Thieriot
1er Avril 1767 1
M. le marquis de Maugiron 2 vient de mourir. Voici les vers qu’il a faits une heure avant sa mort :
Tout meurt, je m’en aperçois bien.
Tronchin, tant fêté dans le monde
Ne saurait prolonger mes jours d’une seconde,
Ni Daumat 3 en retrancher rien.
Voici donc mon heure dernière :
Venez, bergères et bergers,
Venez me fermer la paupière ;
Qu’au murmure de vos baisers,
Tout doucement mon âme soit éteinte.
Finir ainsi dans les bras de l’amour,
C’est du trépas ne point sentir l’atteinte,
C’est s’endormir sur la fin d’un beau jour.
Vous remarquerez qu’il logeait chez l’évêque de Valence, son parent 4. Tout le clergé s’empressait à lui venir donner son passeport avec la plus grande cérémonie. Pendant qu’on faisait les préparatifs, il se tourna vers son médecin, et lui dit : « Je vais bien les attraper ; ils croient me tenir, et je m’en vais ». Il était mort en effet quand ils arrivèrent avec leur goupillon. Vous pourrez, mon ancien ami, régaler de cette anecdote certain génie 5 à qui vous écrivez quelquefois des nouvelles. Cela sera d’autant mieux placé, qu’il serait homme en pareil cas à imiter M. de Maugiron, et même à faire de meilleurs vers que lui.
Vous avez dû voir la lettre de M. de Mauduit sur Bélisaire 6 ; cela peut encore amuser un philosophe.
Continuez à vivre de régime, afin de vivre longtemps. On me parle dans plusieurs lettres de M. l’évêque de Saint-Brieuc 7 et de son aventure, qu’on me dit fort plaisante. On suppose que je sais cette aventure, et je ne sais rien du tout . Je suis bien aise d’ailleurs qu’un évêque amuse le monde, cela vaut mieux que de l’excommunier.
Ah ! on vient de me conter l’aventure. Voilà une maîtresse femme. Vale
V.»
1 Original avec date et mention « M. Thieriot » en tête, et dernier alinéa autographes . L'édition Pièces inédites date à tort la lettre de 1766 .
2 Louis-François, marquis de Maugiron est mort à Valence le 15 mars 1767 ; sa veuve Marie-Françoise de sassenage se remarie le 15 août 1768 .Voir : https://gw.geneanet.org/pierfit?lang=fr&p=marie+francoise&n=de+sassenage
et : https://gw.geneanet.org/pierfit?lang=fr&p=timoleon+guy+francois&n=de+maugiron
3 Médecin à Valence . On a en note sur le manuscrit : « Daumat était son médecin. ».
4 Alexandre Milon .
5 Le roi de Prusse.
6 Ou plutôt Maudit, pseudonyme employé par V* pour parler de l'Anecdote sur Bélisaire. Voir lettre du 21 mars 1767 à d'Argence : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2022/09/05/beaucoup-d-autres-considerations-me-persuadent-qu-il-faut-at-6399594.html
7 L’évêque avait voulu violer une dame qui lui donna un coup d’épée dans la cuisse. (Georges Avenel.)
L'évêque de Saint-Brieuc était François Bareau de Girac . Selon Beuchot il aurait été « surpris en falagrant délit avec une dame qui, feigant d'être violée, sauta sur l'épée de son mari, et la plongea dans la cuisse du prélat . On parla beaucoup de ce coup d'épée qui avait traversé la cuisse sans endommager la culotte. »
Voir : https://data.bnf.fr/fr/12562016/francois_bareau_de_girac/
et : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Bareau_de_Girac
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