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16/05/2021

Portez-vous bien, mon cher frère, et, soit que je vive, soit que je meure, écrasez l’infâme

...

Fichier:Ivoire Voltaire.jpg

Sans fard

 

 

« A Etienne-Noël Damilaville

27 janvier 1766 1

J’ai vu ce buste d’ivoire 2 mon cher ami , le buste est long, et les bras sont coupés. Il y a une draperie à l’antique sur un justaucorps . On a coiffé le visage d’une perruque à trois marteaux, et par-dessus la perruque, d’un bonnet qui a l’air d’un casque de dragon. Cela est tout à fait dans le grand goût et dans le costume. J’espère que ces pauvres sauvages, étant conduits, feront quelque chose de plus honnête.

Il y a un polisson de libraire à Paris, nommé Guillyn 3, qui demeure quai des Augustins ; je vous supplie de vouloir bien ordonner à Merlin de fournir un des six exemplaires complets à ce Guillyn, en fourrant Jeanne d’Arc, que Panckoucke doit fournir. Voici un petit mémorandum pour ce Guillyn, que votre protégé Merlin lui donnera.

J’ai une cruelle fluxion de poitrine . Je ne peux ni parler, ni dormir, ni dicter, ni voir, ni entendre. Voilà un plaisant buste à sculpter ! Portez-vous bien, mon cher frère, et, soit que je vive, soit que je meure, écrasez l’infâme. »

1 Edition Correspondance littéraire ; le manuscrit (Darmstadt B. ) n'est qu'une copie incomplète de l'édition , laquelle n'identifie pas le correspondant .

2 Du sculpteur Joseph Rosset . Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Rosset

et https://www.sothebys.com/en/auctions/ecatalogue/2011/important-mobilier-sculptures-et-objets-dart-pf1111/lot.132.html

et https://www.artcurial.com/fr/lot-ecole-francaise-du-debut-du-xixe-siecle-dapres-joseph-rosset-1706-1786-voltaire-et-rousseau

Un autre buste surmonte le poêle situé dans le salon du château de Voltaire à Ferney .

L'édition Garnier indique curieusement « Ce buste de Voltaire avait été exécuté par un ouvrier du sieur Claude ; Voltaire en reparle dans sa lettre du 21 mai », le « sieur Claude » étant un parfait inconnu est mis incongrûment là pour « Saint Claude » .

3 Pierre Guillyn, que V* orthographie Guislin , né à Nemours, reçu libraire à Paris le 10 janvier 1742, mort à Montlhéry le 9 juin 1781. Voir : https://data.bnf.fr/fr/12355908/pierre_guillyn/

et : http://worldcat.org/identities/lccn-no2010019153/

je vous supplie de m’avertir si jamais il passe quelque idée triste dans la tête de certaines personnes qui peuvent faire du mal. Je connais des gens qui ne manqueraient pas de prendre leur parti sur-le-champ

... Tout juste mon pauvre ami !

Voir l'infiniment regrettable débauche de violence en Israël-Palestine . Les humains sont assez méchants, et franchement cons, pour tuer leurs concitoyens et voisins , véritables virus cinglés dont on ne connait toujours pas de vaccin .

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol , comte d'Argental

et à

Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental

27è Janvier 1766 1

Comme mes anges m’ont paru avoir envie de lire quelques-unes des lettres de MM. Covelle et Baudinet 2, je vous en envoie une que j’ai retrouvée . Je m’imagine, peut-être mal à propos, qu’elle vous amusera. Je suis un franc provincial qui croit qu’on peut s’occuper à Paris de ce qui se passe dans son village. Vous ne serez point surpris que M. Baudinet, qui demeure à Neuchâtel, ait donné quelques louanges adroites à son souverain. Vous saurez, de plus, que ce souverain lui écrit souvent, et que M. Baudinet, qui peut-être n’est pas trop dans les bonnes grâces de la prêtraille, doit se ménager des retraites et des appuis à tout hasard. Le prince qui lui écrit lui mandait 3 que depuis quelques années, il s’est fait une prodigieuse révolution dans les esprits en Allemagne et que l’on commence même à penser en Bohême et en Autriche, ce qui ne s’était jamais vu. Les esprits s’éclairent de jour en jour depuis Moscou jusqu’en Suisse.

Vous voyez que la philosophie n’est pas une chose si dangereuse, puisque tant de souverains la protègent sous main, ou l’accueillent à bras ouverts. Je vous assure qu’on rirait bien, dans l’étendue de deux ou trois mille lieues où notre langue a pénétré, si on savait qu’il n’est pas permis de dire en France que sainte Geneviève ne se mêle pas de nos affaires. On aurait bien raison alors de penser que les Welches arrivent toujours les derniers. Il faudra bien pourtant qu’ils arrivent à la fin, car l’opinion gouverne le monde, et les philosophes, à la longue, gouvernent l’opinion des hommes.

Il est vrai qu’il y a un certain ordre de personnes auxquelles on donne une éducation bien funeste ; il est vrai qu’on combattra la raison autant qu’on a combattu les découvertes de Newton et l’inoculation de la petite-vérole , mais tôt ou tard il faut que la raison l’emporte. En attendant, mes divins anges, je vous supplie de m’avertir si jamais il passe quelque idée triste dans la tête de certaines personnes qui peuvent faire du mal. Je connais des gens qui ne manqueraient pas de prendre leur parti sur-le-champ.

J’ai grande impatience que vous entreteniez notre docteur Tronchin. Dites-moi donc, je vous en prie, qui vous enverrez à votre place à Genève. Quel qu’il puisse être, Dieu m’est témoin combien je vous regretterai. On dit que c’est M. le chevalier de Beauteville 4 . On ne pouvait, en ne vous nommant pas, faire un meilleur choix . Étant d’ailleurs ambassadeur en Suisse, il est presque sur les lieux, et doit connaître parfaitement le tripot de Genève.

Respect et tendresse. 

V.»

1 Le même jour, Diderot écrit à Sophie Volland : « Mais à propos des bizarreries d'artistes, en voici une qui peint toute la vie de Voltaire et qui lui fait un honneur infini dans mon esprit . On lui fait lire une page effroyable que Rousseau, le citoyen de Genève,venait d’écrire contre lui . Il entre en fureur, il se déchaîne ; il l'appelle infâme ; il écume de rage ; il veut faire assommer ce malheureux-là . « Cependant, lui dit un homme de la compagnie, je sais de bonne part qu'il doit venir vous demander un asile, et cela aujourd'hui, demain, après-demain peut-être . Que lui ferez-vous ? – Ce que je lui ferai, dit de Voltaire en grinçant les dents : ce que je lui ferai ? Je le prendrai par la main, je le mènerai dans ma chambre, et je lui dirai : 'Tiens, voila mon lit , c'est le meilleur de la maison, couche-toi là, couches-y pour le reste de ta vie, et sois heureux ' »

2 La XIVè lettre des Questions sur les miracles .

4Pierre de Buisson, chevalier de Beauteville : https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/032424/2002-04-25/

15/05/2021

J'ai cru devoir m’adresser à un secrétaire d’État de la République

... Hélas je suis tombé sur des "personnalités" de gauche animées d'une colère opportuniste pour dénoncer l'interdiction de manifester pour la Palestine = contre Israël, dont Gnaffron Ier-dit-Mélenchon-la République-c-moi est la marionnette principale . Ces mêmes imbéciles qui s'insurgent contre les voleurs de bicyclettes trouvent tout à fait normal qu'on sème la violence et l'irrespect de la loi . Et que dire des organisateurs de cette manifestation : dé-lin-quants ! De ceux qui ont manifesté : moutons mal faisant ! Rien d'étonnant à l'heure où une palanquée de zozos m'as-tu-vu sur le net ont le glorieux titre d'influenceurs.ceuses . Que ne ferait-on pas pour se faire voir ?

https://www.nouvelobs.com/monde/20210514.OBS44019/decisio...

Plantu: "Les gesticulations de Mélenchon sont une caricature" - L'Express

 

 

 

« A François Tronchin

[25 janvier 1766] 1

Mon cher ami, il me semble très important de détruire les idées aussi absurdes que calomnieuses que Jean-Jacques s’est efforcé de mettre dans la tête de Mgr le prince de Conti et de Mme la maréchale de Luxembourg . Je me flatte que le docteur confondra de telles impostures et fera connaître le misérable qui les a débitées . J'ai cru devoir m’adresser à un secrétaire d’État de la République . Sa déclaration en aura d’autant plus d'authenticité . Je vous adresse la lettre 2. Je me flatte que vous et vos amis vous me seconderez dans une chose si juste . Vous savez d'ailleurs qu’elle vous regarde personnellement . Je sais que vous n'avez pas besoin de cette considération, mais il s'agit de la vérité, et vous l’aimez . Mille tendres respects .

V. »

1 D'après l'édition Bernard Gagnebin « Voltaire a-t-il provoqué l'expulsion de Rousseau de l'île saint-Pierre ? », Annales de la Société Jean-Jacques Rousseau, 1943-1945 .

Le 26 janvier 1766, Hennin écrit à Praslin que V* « prend le chemin de se brouiller avec tous les partis, car il les caresse et les égratigne tour à tour, et ils ne sont pas dans une disposition favorable pour entendre la plaisanterie »

Il y a des impostures qu'on doit mépriser, il y en a d'autres qu'il faut détruire

... Absolument .

Au royaume des imposteurs - L'influx

Quelques exemples : http://www.linflux.com/monde-societe/histoire/au-royaume-des-imposteurs/

 

 

« A Pierre Lullin

Au château de Ferney 25è janvier 1766 1

Monsieur,

Je suis obligé de vous informer de la calomnie que le sieur Rousseau a répandue dans Paris . Il a persuadé aux personnes les plus considérables du royaume que j'avais engagé le Conseil à le condamner, et que la résolution en avait été prise chez moi, et que c’est la première cause des divisions de Genève.

Cette imposture est aussi injurieuse pour le Conseil que pour moi-même . Il serait absurde qu'il eut consulté un étranger . Je n'ai certainement ni parlé, ni fait parler sur cette aventure, à aucun des membres de ce corps respectable . Cette imputation, d'ailleurs, est bien contraire à mon caractère .

Je vous supplie, monsieur, de lire ma lettre au Conseil 2, votre réponse suffira pour confondre une si infâme calomnie , elle dure depuis trop longtemps . Il y a des impostures qu'on doit mépriser, il y en a d'autres qu'il faut détruire . J'attends de vous cette justice .

J'ai l'honneur d'être avec respect

monsieur

votre très humble et très obéissant serviteur

Voltaire. »

1 D'après l'édition « Lettres inédites pur servir à l'histoire religieuse du XVIIIè siècle », La Réformation au XIXè siècle, 26 février 1846 .

2 Ce qui fut fait le jour même ainsi que le notent les archives de l’État de Genève, CCLXVI .

14/05/2021

il est utile même que le peuple soit persuadé que la vie et la mort dépendent du Créateur

... Utile ? Oui, pour ceux qui gouvernent par la trouille et appâtent le troupeau des croyants à grandes portions de paradis mirifiques .

Où en est le Créateur en Israël ces jours-ci ?

Il est confiné ! Il n'est pas vacciné, bien qu'étant prioritaire . Il n'a pas coché la case "Motif familial impérieux, assistance aux personnes vulnérables, garde d’enfants, situation de handicap " ; tout s'explique .

Il passe la main à Poutine, grand défenseur de la paix s'il en est ; nos sénateurs peuvent en témoigner : https://www.senat.fr/rap/r07-416/r07-4165.html

et 

https://www.lefigaro.fr/international/vladimir-poutine-celebre-la-grandeur-russe-et-la-fete-sacree-de-la-victoire-contre-le-nazisme-20210507.

 

 

 

« A Etienne-Noël Damilaville

25 janvier 1766 1

Mon cher frère, vous souvenez-vous d’un certain mandement de l’archevêque de Novogorod, que je reçus de Paris la veille de votre départ ? J’en ignore l’auteur, mais sûrement c’est un prophète. Figurez-vous que la lettre de M. le prince de Galitzin en renfermait une de l’impératrice qui daigne m’apprendre qu’en effet l’archevêque de Novogorod a soutenu hautement le vrai système de la puissance des rois2 contre la chimère absurde des deux puissances. Elle me dit qu’un évêque de Rostow, qui avait prêché les deux puissances, a été condamné par le synode auquel l’archevêque de Novogorod présidait, qu’on lui a ôté son évêché, et qu’il a été mis dans un couvent. Faites sur cela vos réflexions, et voyez combien la raison s’est perfectionnée dans le Nord.

Notre grand Tronchin ne vous apporte rien, parce que je n’ai rien. Les chiffons dont vous me parlez ont été bien vite épuisés. Boursier jure qu’il vous a envoyé les numéros 18 et 19 3. Fauche n’envoie point les ballots ; je ne reçois rien, et je meurs d’inanition.

Il pleut tous les jours à Genève de nouvelles brochures 4; ce sont des pièces du procès qui ne peuvent être lues que par les plaideurs.

La querelle de Rousseau sur les miracles a produit vingt autres petites querelles, vingt petites feuilles dont la plupart font allusion à des aventures de Genève, dont personne ne se soucie. On m’a fait l’honneur de m’attribuer quelques-unes de ces niaiseries. Je suis accoutumé à la calomnie, comme vous savez.

J'oubliais de vous dire que l'impératrice de Russie est étonnée de la sensibilité que M. d'Alembert passe pour avoir marquée dans l’affaire de sa pension . Il faut qu'elle ait lu de mauvaises gazettes . Je l’ai mise au fait et je l'ai rassurée sur la manière de penser de notre philosophe . Vous auriez bien dû lui dire quelque chose des procédés généreux de M. le duc de Choiseul. 5

Je ne saurais finir sans vous parler de sainte Geneviève. Il est bon d’avoir des saints, mais il est encore mieux de se résigner à Dieu ; il est utile même que le peuple soit persuadé que la vie et la mort dépendent du Créateur, et non pas de la sainte de Nanterre. C’est le sentiment de tous les théologiens raisonnables, et de tous les honnêtes gens éclairés. Écr. l’inf. »

1 Dans l'édition Darmstadt manquent les trois derniers mots .

2 Note de Beuchot (en 1879 ): « Une copie qui m’est parvenue récemment de la lettre de Catherine, du 17-28 novembre 1765 (, contenait, après le second alinéa, le passage inédit que voici :

« Les sujets de l’Église souffrant des vexations souvent tyrannique, auxquelles les fréquents changements de maîtres contribuaient encore beaucoup, se révoltèrent vers la fin du règne de l’impératrice Élisabeth, et ils étaient à mon avènement plus de cent mille en armes. C’est ce qui fit qu’en 1762 j’exécutai le projet de changer entièrement l’administration des biens du clergé, et de fixer ses revenus. Arsène, évêque de Rostou, s’y opposa, poussé par quelques-uns de ses confrères, qui ne trouvèrent pas à propos de se nommer. Il envoya deux mémoires où il voulait établir le principe des deux puissances. Il avait déjà fait cette tentative du temps de l’impératrice Élisabeth. On s’était contenté de lui imposer silence. Mais son insolence et sa folie redoublant, il fut jugé par le métropolitain de Novogorod et par le synode entier, condamné comme fanatique, coupable d’une entreprise contraire à la foi orthodoxe autant qu’au pouvoir souverain, déchu de sa dignité et de la prêtrise, et livré au bras séculier. Je lui fis grâce, et je me contentai de le réduire à la condition de moine. »

Le passage de la lettre de Voltaire à Damilaville prouve, ce me semble, l’authenticité du fragment que je viens de transcrire. (Beuchot.)

L'éditeur Garnier ajoute : « On pourrait croire aussi, d’après l’avant-dernier paragraphe de la lettre 6367 ( 21 juin 1766 ), que ce fragment faisait partie d’un mémoire, distinct de la lettre du 28 novembre 1765 , adressé par Catherine à Voltaire. »

Voir : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2021/05/11/la-tolerance-est-etablie-chez-nous-elle-fait-loi-de-l-etat-et-il-est-defen.html

4 Rivoire en compte une vingtaine pour le mois de janvier 1766 .

5 Ce paragraphe manque dans l'édition Garnier .

13/05/2021

Ou les hommes deviendront entièrement fous, ou ils admireront tout ce que vous faites de grand et d’utile. Cette prédiction même vient un peu, comme les autres, après l’événement

... Si au moins c'était vrai, si au moins il se trouvait quelque gouvernant qui permette ce constat, ce compliment ! On en est encore loin à ce jour . Les humains sont plus prompts à  délirer qu'à admirer . Un peu d'optimisme, tout n'est pas perdu, espérons !

 

 

« A Catherine II, impératrice de Russie

24è janvier 1766 1

Madame,

24 janvier.

La lettre2 dont Votre Majesté impériale m’honore m’a tourné la tête ; elle m’a donné des patentes de prophète . Je ne me doutais pas que l’archevêque de Novogorod se fût en effet déclaré contre le système absurde des deux puissances. J’avais raison sans le savoir, ce qui est encore un caractère de prophétie. Les incrédules pourront m’objecter que cet archevêque ne s’appelle pas Alexis3, mais Démétri. Je pourrai répondre avec tous les commentateurs qu’il faut de l’obscurité dans les prophéties, et que cette obscurité rend toujours la vérité plus claire. J’ajouterai qu’il n’y a qu’à changer Alex en Démé, et is en tri, pour avoir le véritable nom de l’archevêque. Il n’y aura certainement que les impies qui puissent ne se pas rendre à des preuves si évidentes 4.

Je suis si bon prophète que je prédis hardiment à Votre Majesté la plus grande gloire et le plus grand honneur. Ou les hommes deviendront entièrement fous, ou ils admireront tout ce que vous faites de grand et d’utile. Cette prédiction même vient un peu, comme les autres, après l’événement.

Il me semble que si cet autre grand homme, Pierre Ier, s’était établi dans un climat plus doux que sur le lac Ladoga, s’il avait choisi Kiovie, ou quelque autre terrain plus méridional, je serais actuellement à vos pieds, en dépit de mon âge. Il est triste de mourir sans avoir admiré de près celle qui préfère le nom de Catherine aux noms des divinités de l’ancien temps, et qui le rendra préférable 5. Je n’ai jamais voulu aller à Rome ; j’ai senti toujours de la répugnance à voir des moines dans le Capitole, et les tombeaux des Scipions foulés aux pieds des prêtres ; mais je meurs de regret de ne point voir des déserts changés en villes superbes, et deux mille lieues de pays civilisés par des 6 héroïnes. L’histoire du monde entier n’a rien de semblable ; c’est la plus belle et la plus grande des révolutions : mon cœur est comme l’aimant, il se tourne vers le nord. D’Alembert a bien tort de n’avoir pas fait le voyage, lui qui est encore jeune. Il a été piqué de la petite injustice qu’on lui faisait ; mais l’objet, qui est fort mince, ne troublait point sa philosophie. Tout cela est réparé aujourd’hui. Je crois que l’Encyclopédie est en chemin pour aller demander une place dans la bibliothèque de votre palais 7.

Que Votre Majesté impériale daigne recevoir avec bonté ma reconnaissance, mon admiration, mon profond respect.

Feu l’abbé Bazin. »

1 En tête de la minute, V* a porté « à S.M. L'impéra/tr » complété par Wagnière « à l’impératrice de Russie ».

4 V* a commencé ici un nouveau paragraphe qui a été biffé : « Je jure madame, par les dieux qui m’inspirent, je jure par le nom de Catherine et par tout ce qu'elle fait d'utile et de grand. »

5 Ce qui précède, depuis celle qui préfère [...] , est autographe .

6 Mot ajouté par V* au-dessus de la ligne .

7 Les quelques lignes , depuis D'Alembert a bien tort […] sont autographes .

12/05/2021

« La tolérance est établie chez nous ; elle fait loi de l’État, et il est défendu de persécuter. »

... Devinez où , et quand, et quel chef d'Etat dit cela ?

-- Russie .

-- 1765

-- Catherine II .

Qu'en pense le dictateur Poutine ( exhibitionniste ridicule, qui en cela arrive à battre le Donald Trump de triste mémoire ) "le plus orgueilleux" et "le plus malhonnête homme" qui soit ? J'ajouterai : le plus dangereux .

Poutine super tsar: 60 dessins de presse: Amazon.fr: Collectifs, Chol,Éric:  Livres

Pitoyable !

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

et à

Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental

24è janvier 1766 1

Je vous avoue, mon divin ange, et à vous aussi, ma divine ange, que je trouve vos raisons pour ne pas venir à Genève extrêmement mauvaises. Je penserai toujours qu’un conseiller d’honneur du parlement de Paris peut très bien figurer avec un grand trésorier du pays de Vaud ; je penserai qu’un ministre plénipotentiaire d’un petit-fils du roi de France est fort au-dessus de tous les plénipotentiaires de Zurich et de Berne ; je penserai que l’incompatibilité du ministère de Parme avec celui de France est nulle, et qu’on a donné des lettres de compatibilité 2 en mille occasions moins importantes. Enfin, je croirai toujours que ce voyage ne serait pas inutile auprès de Mme de Grosley ; mais vous ne voulez point venir, il ne me reste que de vous aimer en gémissant.

On me mande de Paris que, le jour de Sainte-Geneviève 3, jour auquel sa chapelle autrefois ne désemplissait pas, il ne se trouva personne qui daignât lui rendre visite, et que celle qui donne la pluie et le beau temps gela de froid le jour de sa fête. Je ne me souviens plus si je vous ai mandé que M. Dupuits, et mon jésuite, qui nous dit la messe, s’en allèrent malheureusement à Genève donner des copies de cette guenille : on l’imprima sur-le-champ, le tout sans que j’en susse rien. On l’a imprimée à Paris. Fréron dira que je suis un impie et un mauvais poète . Les honnêtes gens diront que je suis un bon citoyen.

Vous souvenez-vous d’un certain mandement d’un archevêque de Novogorod contre la chimère aussi dangereuse qu’absurde des deux puissances ? L’auteur ne croyait pas si bien dire. Il se trouve en effet que non-seulement cet archevêque, à la tête du synode grec, a réprouvé ce système des deux puissances, mais encore qu’il a destitué l’évêque de Rostou, qui osait le soutenir. L’impératrice de Russie m’a écrit huit grandes pages de sa main, pour me détailler toute cette aventure. J’ai été prophète sans le savoir, comme l’étaient tous les anciens prophètes. Voici d’ailleurs deux lignes bien remarquables de sa lettre 4 : « La tolérance est établie chez nous ; elle fait loi de l’État, et il est défendu de persécuter. »

Pourquoi faut-il que ma Catherine ne règne pas dans des climats plus doux, et que la vérité et la raison nous viennent de la mer glaciale ! Il me semble que, dans mon dépit de ne vous point voir arriver à Genève, je m’en irais à Kiovie finir mes jours, si Catherine y était ; mais malheureusement je ne peux sortir de chez moi ; il y a deux ans que je n’ai fait le voyage de Genève.

Vous me demandez qui sera mon médecin quand je n’aurai plus le grand Tronchin ; je vous répondrai : personne, ou le premier venu ; cela est absolument égal à mon âge ; mon mal n’est que la faiblesse avec laquelle je suis né, et que les ans ont augmentée ; Esculape ne guérirait pas ce mal-là . Il faut savoir se résigner aux ordres de la nature.

Rousseau est un grand fou, et un bien méchant fou, d’avoir voulu faire accroire que j’avais assez de crédit pour le persécuter, et que j’avais abusé de ce prétendu crédit. Il s’est imaginé que je devais lui faire du mal, parce qu’il avait voulu m’en faire, et peut-être parce qu’il lui était revenu que je trouvais son Héloïse pitoyable, son Contrat social très insocial, et que je n’estimais que son Vicaire savoyard dans son Émile ; il n’en faut pas d’avantage dans un auteur pour être attaqué d’un violent accès de rage. Le singulier de toute cette affaire-ci, c’est que les petits troubles de Genève n’ont commencé que par l’opinion inspirée par Jean-Jacques au peuple de Genève que j’avais engagé le conseil de Genève à donner un décret de prise de corps contre Jean-Jacques, et que la résolution en avait été prise chez moi, aux Délices. Parlez, je vous prie, de cette extravagance à Tronchin, il vous mettra au fait ; il vous fera voir que Rousseau est non-seulement le plus orgueilleux de tous les écrivains médiocres, mais qu’il est le plus malhonnête homme.

J’ai été tenté quelquefois d’écrire au conseil de Genève pour démentir solennellement toutes ces horreurs, et peut-être je succomberai à cette tentation 5; mais j’aime bien mieux la déclaration que me donnèrent, il y a quelque temps, les syndics de la noblesse et du tiers état de notre province, les curés et les prêtres de mes terres, lorsqu’ils surent qu’il y avait, je ne sais où, des gens assez malins pour m’accuser de n’être pas bon chrétien. Je conserve précieusement cette pièce authentique, et je m’en servirai, si jamais la tolérance n’est pas établie en France comme en Russie.

J'espère que ma petite famille verra M. de Chabanon avec plus de plaisir que Virginie . On a dit qu'il a beaucoup de talents agréables et des mœurs charmantes ; il a une sœur fort aimable, qui voulait acheter une terre dans mon voisinage.

Adieu, anges cruels, qui ne voulez voir ni les Alpes ni le mont Jura ; je ne m’en mets pas moins à l’ombre de vos ailes. 

Je vous supplie d’avoir la bonté de me mander si cette dame Belot que M. de Meynières vient d’épouser, est la dame Belot traductrice de Hume, et qui voulait venir à Ferney .

V.»

1 L'édition de Kehl, suivant la copie Beaumarchais et suivie des éditions omet le dernier paragraphe ainsi que celui qui commence par « J'espère … voisinage. »

2 Littré ne donne pas d'exemple de ce mot, qui existe pourtant dans le langage juridique dès le XVIIè siècle .

3 Le 3 janvier .

4 V* se montre un peu trop optimiste . Voir la lettre , qui occupe deux folios, donc quatre pages dans l'original conservé à Moscou : «De Catherine II, impératrice de Russie II,

« À Pétersbourg, ce 28 novembre 1765 [9 décembre nouveau style].

« Monsieur, ma tête est aussi dure que mon nom est peu harmonieux ; je répondrai par de la mauvaise prose à vos jolis vers . Je n’en ai jamais fait, mais je n’en admire pas moins pour cela les vôtres. Ils m’ont si bien gâtée, que je ne puis presque plus en souffrir d’autres. Je me renferme dans ma grande ruche ; on ne saurait faire différents métiers à la fois. Le mien prend beaucoup de temps , et je trouve ma tête, malgré ce que vous me dîtes de mon bau nom , si peu docile, si peu flexible, que le nom de Catherine m'est très justement donné . Il harmonie avec l'harmonie de mon génie . C'est feu l'impératrice Élisabeth à laquelle je dois beaucoup qui m'appela ainsi par tendresse et par respect pour sa mère .

Jamais je n’aurais cru que l’achat d’une bibliothèque m’attirerait tant de compliments : tout le monde m’en fait sur celle de M. Diderot. Mais avouez, vous à qui l’humanité en doit pour le soutien que vous avez donné à l’innocence et à la vertu dans la personne des Calas, qu’il aurait été cruel et injuste de séparer un savant d’avec ses livres, et empêchez je vous prie M. d'Alembert d'être aussi sensible au refus de la pension qui lui est due . C'est une inconséquence qu'il doit mépriser, il a fait des sacrifices bien au-delà de cette très modique pension . L'effet de ce refus retombe sur ceux qui le persécutent, ils en souffrent plus que lui ..

Dmitri, métropolite de Novogorod, n’est ni persécuteur, ni fanatique. Il n’y a pas un principe dans le Mandement d’Alexis qu’il n’avouerait, ne prêcherait, ne publierait, dès que cela était utile ou nécessaire . Il abhorre la proposition des deux puissances, plus d’une fois il en a donné des exemples que je pourrais vous citer si je ne craignais de vous ennuyer . Je les mettrai sur une feuille séparée, afin de la brûler si vous ne voulez pas la lire.

La tolérance est établie chez nous : elle fait loi de l’État, et il est défendu de persécuter. Nous avons, il est vrai, des fanatiques qui, faute de persécution, se brûlent eux-mêmes ; mais si ceux des autres pays en faisaient autant, il n’y aurait pas grand mal ; le monde n’en serait que plus tranquille, et Calas n’aurait pas été roué. Voilà, monsieur, les sentiments que nous devons au fondateur de cette ville, que nous admirons tous deux.

Je suis bien fâchée que votre santé ne soit pas aussi brillante que votre esprit : celui-ci en donne aux autres. Ne vous plaignez point de votre âge, et vivez les années de Metusalem, dussiez-vous tenir dans le calendrier la place que vous trouvez à propos de me refuser. Comme je ne me crois point en droit d’être chantée, je ne changerai point mon nom contre celui de l’envieuse et jalouse Junon . Je n’ai pas assez de présomption pour prendre celui de Minerve ; je ne veux point du nom de Vénus, il y en a trop sur le compte de cette belle dame. Je ne suis pas Cérès non plus ; la récolte a été très-mauvaise en Russie cette année . Le mien au moins me fait espérer l’intercession de ma patronne là où elle est  et à tout prendre, je le crois le meilleur pour moi ; mais en vous assurant de la part que je prends à ce qui vous regarde, je vous en éviterai l’inutile répétition.

Le mandement m'a fait ressouvenir de l'honnête Antoine Vadé et de son discours. » ***

*** En rouge les sections manquantes dans l'édition selon Beuchot . Voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire...

5 Ce qu'il fait le jour suivant, voir lettre du 25 janvier 1766 à Pierre Lullin .