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20/10/2019

j'ai rompu, Dieu merci, tout commerce avec les rois

... On croirait entendre Boris Johnson ! Queenexit , en attendant le Johnsexit (vous le lisez comme vous le sentez, "John s'excite" si vous voulez ), qui ne devrait pas  tarder  .

 

 

« A Élie Bertrand, Premier pasteur de l’Église française, membre de plusieurs

académies

à Berne

24 auguste 1764 à Ferney

Mon cher philosophe, j'ai rompu, Dieu merci, tout commerce avec les rois, ainsi je me trouve dans l'impuissance de servir votre parent . C'est la première fois qu'il m'arrive de me repentir de ma philosophie . Heureusement je prévois que vous n'aurez nul besoin de mon secours ; M. de Kat 1 est à portée de vous rendre service , et vous ne manquerez pas d'attestations de vos compatriotes . Un homme de votre nom ne peut être que très bien reçu . Plaignez-moi de vous être inutile, et conservez-moi une amitié qui est très utile à l'agrément de ma vie .

V[oltai]re. »

1 Cart, secrétaire de Frédéric II .

18/10/2019

C’est un titre de charlatan

... Christian Jacob : président des Républicains ! Il n'a pas fini de brasser du vent pour réussir à unifier ce parti . Combien de chefaillons seront capables de mettre leurs poings dans leurs poches pour progresser enfin ?

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

et à

Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental

20 auguste [1764] 1

Mes divins anges, j’ai montré votre lettre et votre savant mémoire au petit défroqué. Je lui ai dit : vous voyez que les anges pensent comme moi. Combien de fois, petit frère, vous ai-je averti qu’il ne fallait pas qu’on envoyât Julie prier Dieu, quand on va assassiner les gens ? Cela seul serait capable de faire tomber une pièce. Je m’en suis bien douté, m’a-t-il répondu, et j’ai eu toujours de violents scrupules. Que n’avez-vous donc supprimé cette sottise ai-je répliqué ? Elle est corrigée, a dit le pauvre enfant, aussi bien que tous les endroits que vos anges reprennent. J’ai pensé absolument comme eux, mais j’ai corrigé trop tard. Je m’étais follement imaginé que la chaleur de la représentation sauverait mes fautes . Je suis jeune, j’ai peu d’expérience, je me suis trompé. J’ose croire que si la pièce, telle qu’elle est aujourd’hui, était bien jouée à Fontainebleau, elle pourrait reprendre faveur.

Je vous avoue, mes anges, que la simplicité, la candeur, et la docilité de ce bon petit frère, m’ont attendri. Je vous envoie son drame, que je crois assez passablement corrigé. Je le mets sous l’enveloppe de M. le duc de Praslin, et je vous en donne avis.

Je n’ai point encore pu voir votre aimable ambassadeur vénitien. Il est malade à Genève, et moi à Ferney. Des pluies horribles inondent la campagne, et interdisent tout voyage. J’envoie savoir tous les jours de ses nouvelles.

Vous ne m’aviez pas dit que vous feriez bientôt un tour à Villars. M. le duc de Praslin a sans doute le plus beau palais qui soit autour de Paris, et dans la plus vilaine situation. On dit que tout est horriblement dégradé.

Je compte bien sur ses bontés pour nos pauvres dîmes. Gare la Saint-Martin !

Respect et tendresse.

J’oubliais de vous dire que ce pauvre ex-jésuite a été très fâché qu’on ait intitulé son drame le Partage du Monde. C’est un titre de charlatan. »

1 Sur le manuscrit, la date est portée en tête de la troisième page .

17/10/2019

J'ai eu le plaisir, pour vous faire enrager, d'avoir trois accès de fièvre, mais le dernier a été si médiocre, que je ne peux pas m'en vanter

... Ou "comment ne pas encombrer le service des urgences" .

 

 

« A Théodore Tronchin

à Genève

Mon cher Esculape, vous allez mettre fin à vos plaisanteries et à vos calomnies, vous ne me direz plus que mon corps de coton est un corps de fer . J'ai eu le plaisir, pour vous faire enrager, d'avoir trois accès de fièvre, mais le dernier a été si médiocre, que je ne peux pas m'en vanter .

Heureusement je suis d'une si grande faiblesse, qu'il ne vous est plus permis de parler de ma force , je vis pourtant du plus grand régime, et je fais ce que je peux pour que vous ayez raison . Je vous demande en grâce, mon cher Esculape, de présenter mes sincères respects à M. Tiepolo ; je le félicite d'être entre vos mains, et j'espère qu'il sera bientôt en état de venir prendre l'air à Ferney , si nous avons de beaux jours . Ayez la charité, je vous en prie, de me renvoyer les folies d’Éon 1.

18è auguste [1764] »

1 Lettres , mémoires et négociations particulières du chevalier d’Éon […] avec MM. les ducs de Praslin, de Nivernais [etc.] : http://natsaw.co/telecharger/B001C9UN32-lettres-memoires-et-negociations-particulieres-du-chevalier-deon-avec-mm-les-ducs-de-praslin-de-nivernois-de-sainte-foy-et-regnier-de-guerchy-etc

Le Catalogue Ferney fait figurer précisément les œuvres de cet auteur sous la rubrique « folies de Déon ».

16/10/2019

soyez bien persuadé que de douze heures j'en souffre treize ... Douleur allonge le temps

... Combien sont-ils ceux qui attendent la conclusion du test sur le cannabis thérapeutique et qui comptent les heures où ils ne souffrent pas sur les doigts d'une main ?

https://www.20minutes.fr/sante/2625055-20191010-cannabis-therapeutique-experimentation-va-permettre-voir-si-efficace-soulager-certains-patients-explique-olivier-veran

 

 

 

« A Théodore Tronchin

[vers le 15 août 1764]

Mon cher Esculape, vous avez deux malades auprès de qui je voudrais être . Je vous supplie instamment de dire à M. l’ambassadeur de Venise et à M. le duc de Lorges combien je regrette de ne leur pas [avoir]1 fait ma cour . J'oublierais volontiers mon âge pour venir jouir chez eux de votre conversation . Mais soyez bien persuadé que de douze heures j'en souffre treize . Vous me direz que le compte n'y est pas . Il y est . Douleur allonge le temps .

V. »

1 Ce mot a été omis, sans doute par hésitation entre faire et avoir fait .

15/10/2019

j'ai fait quelques extraits, mais en très petit nombre, pour l'ouvrage dont vous me parlez ; je n'ai pu refuser cette complaisance au ministre qui le protège, et qui m'honore de ses bontés

...

 

« A Pierre Rousseau, Directeur du « Journal

encyclopédique »

à Bouillon

15è auguste 1764 à Ferney

Il est vrai, monsieur, que j'ai fait quelques extraits, mais en très petit nombre, pour l'ouvrage dont vous me parlez ; je n'ai pu refuser cette complaisance au ministre qui le protège, et qui m'honore de ses bontés ; mais j'ai été absolument hors d'état de continuer ce petit travail . Mon âge, ma mauvaise santé et quelques autres occupations ne me l'ont pas permis ; mais si je découvre quelque chose qui ne soit pas indigne de votre journal, je ne manquerai pas de vous l'envoyer . Vous savez combien les lettres me sont chères, et combien vous augmentez encore mon goût pour elles .

Comptez, monsieur, sur les sentiments de votre très humble et très obéissant serviteur.

V. »

14/10/2019

Plus on retranche en prose, en vers, en tout genre excepté en finance, moins on fait de sottises

...

 

« A Henri-Louis Lekain

[vers le 13 août 1764]1

Mon cher grand acteur, le petit ex-jésuite auteur de ce malheureux drame m'en est venu trouver . Il faut encourager la jeunesse . Je l'ai engagé à retravailler son ouvrage, et il doit vous être remis . Je doute fort que malgré tous ses soins vous trouviez un libraire qui veuille l'imprimer . Il n'y a que les succès qui enhardissent les libraires . Je crois que votre intérêt serait de rejouer la pièce, sans annoncer de corrections, mais en distribuant de nouveaux rôles . Il se pourrait que cette pièce bien représentée plût au moins à quelques amateurs . Je sais que le sujet n'en est pas fort touchant . Je sais même que l'opéra-comique où l'on joue les contes de La Fontaine et où il n'est question que de tétons, de baisers, et de jouissance, inspire beaucoup de froideur pour tout spectacle sérieux, mais il y a un petit nombre de gens qui aiment les sujets tirés de l'histoire romaine, et si ce petit nombre est content, vous tirerez alors quelque parti de l'impression . L'auteur m'a conjuré de vous engager à ne point demander de privilège . Il vous prie encore de supprimer ce titre emphatique de Partage du monde,2 titre qui promet trop, qui ne tient rien, et qui n'est pas le sujet de la pièce . Il prétend que vous pourriez obtenir un ordre des premiers gentilshommes de la chambre pour jouer sa pièce à Fontainebleau . C'est une vraie pièce de ministres . Vous en donneriez quelques représentations à Paris . Cela demanderait peu de travail . Voyez ce que vous pouvez faire, mandez-moi vos idées, afin que je les communique au jeune auteur . Je vous embrasse du meilleur de mon cœur .

N.B. – Si vous voulez absolument imprimer l'ouvrage du petit défroqué, je pense qu'il faudra changer ses a en o . Il a voulu suivre mon orthographe, cela lui ferait tort, on le prendrait pour mon disciple.

N.B. – Si vous prenez ce stérile parti d'imprimer sans jouer, si vous jouez sans imprimer, si vous gardez le manuscrit du prêtre sans imprimer ni jouer ; en un mot quelque chose que vous fassiez, il vous prie de retrancher au 4è acte scène 3 tout ce qui est entre ces deux vers ;

Elle coutera cher ; elle sera fatale

.................................................

Adieu que mon épouse en apprenant mon sort 3.

Plus on retranche en prose, en vers, en tout genre excepté en finance, moins on fait de sottises . »

1 L'édition de Kehl , après plusieurs tentatives pour dater le manuscrit, retient d'abord la date du 30 juin 1764, pour préférer celle de la fin de juillet lors de l'impression . La lettre peut avoir été écrite le même jour que celle destinée à la comtesse d'Argental : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2019/10/12/j-ai-achete-assez-cher-la-liberte-tranquille-dans-laquelle-je-finis-mes-jou.html

2 Ce sous-titre fut effectivement supprimé .

3 Les vers intermédiaires furent supprimés, et les deux vers cités furent modifiés .

13/10/2019

J’ai acheté assez cher la liberté tranquille dans laquelle je finis mes jours, pour n’en pas faire le sacrifice

... J'aimerais en dire autant .

 

 

« A Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental

13è auguste 1764

Votre ami M. Tiepolo, madame, est arrivé très malade. J’ai envoyé tous les jours chez lui. Je lui ai mandé que j’étais à ses ordres. Je n’ai pu aller le voir ; et voici mes raisons. J’ai prêté les Délices à MM. les ducs de Randan et de Lorges. M. le prince Camille 1 arrive . Mme la présidente de Gourgues et Mme la marquise de Jaucourt sont à Genève . C’est une procession qui ne finit point. Je suis à deux lieues de cette ville. Si je faisais une visite, il faudrait que j’en fisse cent . Ma santé ne me le permet pas. Je passerais ma vie à courir, je perdrais tout mon temps, et je ne veux pas en perdre un 2 instant. Les tristes assujettissements auxquels mes maladies continuelles me condamnent me forcent à la vie sédentaire. Tout ce que je puis faire, c’est de bien recevoir ceux qui me font l’honneur de venir dans mon ermitage. J’ai acheté assez cher la liberté tranquille dans laquelle je finis mes jours, pour n’en pas faire le sacrifice. M. l’ambassadeur de Venise m’a promis qu’il viendrait à Ferney ; nous aurons grand soin de l’amuser et de lui plaire . Nous le promènerons . Il verra un pays plus beau que sa Brenta, et nous lui jouerons la comédie . C’est tout ce que je ferais pour un doge.

Je crois que vous recevrez à la fois M. d’Argental et ma lettre . Ainsi, madame, je vais parler à tous deux de mon petit ex-jésuite. Il m’est venu trouver avec une lettre de M. de Chauvelin l’ambassadeur, qui persiste toujours dans son goût pour les Roués. Je lui ai dit que votre avis était qu’ils fussent imprimés, mais qu’il fallait en retrancher des longueurs, et même des scènes qui font languir l’action ; qu’il fallait surtout y semer des beautés frappantes, et faire passer l’atrocité du sujet à la faveur de quelques morceaux saillants, fortifier le dialogue, retrancher, ajouter, corriger. Il n’en a point dormi ; il a réformé des actes entiers . Un peu de dépit peut-être lui a valu du génie. Il a voulu que ses anges en vinssent à leur honneur, et que ce qu’ils ont cru passable devînt digne d’eux. Je suis très content des sentiments de ce pauvre diable, qui paraît vous être infiniment attaché . Cela est tout jeune, et plein de bonne volonté.

Ayez donc la bonté, mes anges, de faire retirer l’exemplaire de Lekain aussi bien que les rôles. Je conseillerais à Lekain de faire imprimer l’ouvrage lui-même, et de le débiter à son profit . Peut-être y gagnerait-il plus qu’avec un libraire. Il y a tant de gens qui font des recueils de toutes les pièces bonnes ou mauvaises, qu’on ne risque presque rien. D’ailleurs le petit prêtre serait très fâché qu’il y eût un privilège . Ces privilèges entraînent toujours des procès. C’est assez que notre grand acteur fasse un profit honnête de cette édition . L’auteur compte vous envoyer l’ouvrage dès qu’il sera au net. Il ne faudra à Lekain qu’une permission tacite. On mettra une petite préface au-devant de l’ouvrage, le tout sous l’approbation des anges, à qui l’ex-jésuite a voué un culte d’hyperdulie pour le moins.

Je n’ai pas la moindre facétie italienne pour fournir à la Gazette. De plus, comment pourrais-je y pourvoir à présent que j’ai les Roués sur les bras ? Un petit jésuite à conduire n’est pas une besogne aisée. Toutefois, divins anges, daignez dire dans l’occasion un mot des dîmes. Je crains la Saint-Martin 3 autant que les buveurs l’aiment 4.

Je suis à vos pieds et au bout de vos ailes.

V. »

1 Le 15 aout 1764, Montpéroux devait informer Praslin de l'arrivée à Genève, la veille, du prince Camille de Rohan, du chevalier de La Tremblaye et du prince Louis de Wurtemberg .

2 Mot ajouté par V* au dessus de la ligne .

3 E poque de la rentrée des tribunaux .

4 On banquetait en famille ce jour-là .