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12/10/2019

vous savez combien il est difficile de déranger l'ordre du tableau et d'obtenir des distinctions personnelles que vous méritez

... Ou : quand le piston ne marche plus , circulez, il n'y a rien a voir ! Sport très français pour illustrer le fameux "fraternité égalité" sans doute .

 

 

« [Destinataire inconnu]1

Je me ferai sans doute monsieur un honneur et un plaisir d'envoyer la substance de votre mémoire . J'en parlerai à MM. les ducs de Randan et de Lorges dès que ma mauvaise santé me permettra de leur faire ma cour . Je voudrais vous marquer mon zèle pour vous et pour toute votre famille mais vous savez combien il est difficile de déranger l'ordre du tableau et d'obtenir des distinctions personnelles que vous méritez . Vous savez aussi qu'un vieillard solitaire et inutile au monde a toujours bien peu de crédit . Je ne peux vous répondre que de mes sentiments et du respectueux attachement de votre très humble et très obéissant serviteur .

V.

12 août [1764] »

1 L'original a été donné à Seymour de Ricci par un collectionneur américain inconnu .

11/10/2019

Une malade pleine d'esprit et de raison, est infiniment supérieure à une sotte qui crève de santé

... Je fais des voeux pour que Olga Tokarczuk ne soit pas malade , bien que pleine de raison et d'esprit, elle qui vient de recevoir son prix Nobel avec un an de retard : https://www.huffingtonpost.fr/entry/olga-tokarczuk-a-recu...

Olga Tokarczuk reçoit son Nobel avec un an de retard, mais s'excuse de l'avoir annoncé...

 

 

« A Anne-Marie Cholier, baronne de Verna

11 auguste 1764, à Ferney 1

Nous nous écrivons, madame, d'un bord du Styx à l'autre . Nous sommes deux malades qui nous exhortons mutuellement à la patience . Mais la différence entre vous et moi, c'est que vous êtes jeune et aimable . Vous n'avez pas le petit doigt du pied dans l’eau du Styx, et j'y suis plongé jusqu'au menton . Vous écrivez de votre main, et avec la plus jolie écriture du monde, et moi, je peux dicter à peine . Je vous suis très redevable de votre recette . Il y a longtemps que j'ai épuisé tous les œufs de mes poules, et la couperose, et le nitre, et le sel, et l'eau fraiche, et l'eau de vie . Ayez la bonté de considérer, madame, que des yeux de soixante et onze ans ne sont pas comme les vôtres, et sont fort rebelles à la médecine . J'avoue, madame, qu'on a quelquefois la vie à d'étranges conditions ; mais vous avez une recette dont j'use avec plus de succès que des blancs d’œufs, c'est de savoir souffrir, d'opposer la patience aux maux, de vivre aussi doucement qu'il est possible, et de tenir son âme dans la gaieté quand le corps est dans la souffrance . Je voudrais, madame, pouvoir venir avec mon bâton de quinze-vingts auprès de votre chaise longue . Je vous crois philosophe, puisque vous faites tant que de m'écrire 2. Il faut que vous ayez bien de la force dans l'esprit, puisque la faiblesse du corps en donne très souvent à l'âme . Comptez, madame, que les vraies consolations sont dans la philosophie 3. Une malade pleine d'esprit et de raison, est infiniment supérieure à une sotte qui crève de santé . Vous ne pouvez pas danser, mais vous savez penser ; ainsi je vous félicite encore plus que je ne vous plains . Je souhaite cependant que vos yeux puissent vous voir usant de vos deux jambes . Mme Denis vous dit les mêmes choses, et j'y ajoute mon sincère respect . »

1 Selon l'édition « Trois lettres de Voltaire à Mme la baronne de Verna, à Grenoble », Almanach littéraire, 1786, incomplète comme on verra .

2 L'édition signale ici une omission par deux lignes et demie de points de suspension .

3 Une ligne de points dans l'édition .

10/10/2019

N’est-ce pas Hobbes qui a dit que l’homme était né dans un état de guerre ? Je suis fâché que cet Hobbes ait raison

...Résultat de recherche d'images pour "l'homme est né dans un état de guerre"

L'actualité lui donne malheureusement raison .

 

 

« A Charles Palissot de Montenoy

11 auguste [1764]

Si Paul avait toujours été brouillé avec Pierre et Barnabé, dont il parla si cavalièrement 1, vous m’avouerez, monsieur, que notre sainte religion aurait couru grand risque. La philosophie se trouvera fort mal de la guerre civile. J’ai toujours souhaité, comme vous savez, que les gens qui pensent bien se réunissent contre les sots et les fripons. Je voudrais de tout mon cœur vous raccommoder avec certaines personnes ; mais je crois que je n’y parviendrai que quand j’aurai regagné les bonnes grâces des Fréron et des Pompignan.

N’est-ce pas Hobbes qui a dit que l’homme était né dans un état de guerre ?2 Je suis fâché que cet Hobbes ait raison. On m’a fait voir je ne sais quel poème de l’abbé Trithème, intitulé la Pucelle ; il y a un chant 3 où tout le monde est fou ; chacun des acteurs donne et reçoit cent coups de poing. Voilà l’image de ce monde. Je conclus avec Candide qu’il faut cultiver son jardin. En voilà trop pour un pauvre malade. »

1 Paul ne semble pas avoir parlé cavalièrement de Barnabé, à moins qu'on n’interprète dans ce sens un passage de l’Épître aux Galates, II, 13 : https://www.aelf.org/bible/Ga/2

09/10/2019

J’ai renoncé à toute sorte de vanité pour ce monde et pour l’autre

... En toute franchise, surtout pour l'autre, et même, parfois uniquement pour l'autre .

Ils sont en route pour le Brexit, gonflés d'eux-mêmes , comme toujours .

 

 

« Au marquis Francesco Albergati

Capacelli Senatore di Bologna

à Bologna

10è auguste 1764 à Ferney

Croiriez-vous, monsieur, que j’ai eu toutes les peines du monde à trouver dans Paris un exemplaire du nouveau Corneille commenté ? Il n’y en a plus à Genève ; les libraires n’en avaient point assez imprimé. En un mot, vous en recevrez un de Paris. Mais il faut vous résoudre à ne l’avoir que dans deux mois . Vous savez que les voitures ne font pas une grande diligence.

Nous avons actuellement à Genève un Italien d’un grand mérite ; c’est M. Tiepolo, ambassadeur de Venise à Paris et à Vienne. Il est très malade entre les mains de Tronchin, et je suis assez malheureux pour ne pouvoir aller le voir, étant plus malade que lui à ma campagne.

On voulait, ces jours passés, me faire jouer un rôle de vieillard sur mon petit théâtre ; mais je me suis trouvé en effet si vieux et si faible, que je n’ai pu même représenter un personnage qui m’est si naturel. C’est à vous, monsieur, à vous livrer aux beaux-arts et au plaisir ; tout cela n’est plus pour moi. Le roi de Prusse passe donc pour avoir fait une épitaphe latine à ce pauvre Algarotti 1. Ce monarque est bien digne d’avoir le don des langues ; il n’a jamais appris un mot de latin. Pour moi, monsieur, je ne me soucie point d’épitaphe . J’ai renoncé à toute sorte de vanité pour ce monde et pour l’autre, et je me borne à vous aimer de tout mon cœur. »

1 Albergati la cite dans sa réponse : « Hic jacet Ovidis aemulus, Newtoni discipulus, », c'est-à-dire : Ci-gît un émule d'Ovide, un disciple de Newton .

08/10/2019

Par quelle fureur enragée, quand on veut être satirique, n’exerce-t-on pas ce talent contre les persécuteurs des gens de bien, contre les ennemis de la raison, contre les fanatiques ?

... Je ne connais pas à ce jour la teneur de tous les articles du Canard de demain, aura-t-il un comportement conforme aux voeux de Voltaire ? et Charlie Hebdo ? A voir .

 

 

« A Etienne-Noël Damilaville

9è auguste 1764 1

Mon cher frère, vous fatiguerai-je encore du dépôt de mes lettres, que vous avez la bonté de faire parvenir à leur destination ? En voici une que je vous supplie de faire tenir à M. Blin de Sainmore, à qui vous avez donné un Corneille ; il a fait une petite brochure contre les préjugés de la littérature qui me paraît assez bien, quoiqu’elle ne soit pas assez approfondie. Vous savez qu’il faut encourager tous les ennemis des préjugés. S’il vous restait quelques exemplaires de Corneille, je vous supplierais d’en faire tenir un à M. le marquis Albergati, sénateur de Bologne . Mais comment envoyer à Bologne ? Je crois que tout va par les voitures publiques, et qu’en mettant le paquet à la diligence de Lyon, il arriverait à bon port . Mais je ne veux pas vous causer un tel embarras, et abuser à ce point de votre amitié et de votre activité, deux bonnes qualités que je souhaite à frère Thieriot. Figurez-vous qu'il n'y a pas un seul Corneille chez les Cramer . Il ne m'en reste qu'un seul exemplaire, encore est-il imparfait . Je sens tous les jours la faute que Gabriel a faite en ne rendant pas son édition assez nombreuse .

Il faut que je vous conte que Palissot ne s’éloigne pas de vouloir se raccommoder avec les philosophes. Il m’a écrit plusieurs fois 2. Je lui ai répondu que je ne pouvais lui pardonner d’avoir attaqué des gens de mérite qui, pour la plupart, ayant été persécutés, devraient être sacrés pour lui.

J’en reviens toujours à gémir avec vous de voir les philosophes attaqués après ceux mêmes qui devraient l’être ; par ceux qui pensent comme nous, et qui auraient combattu sous les mêmes étendards, s’ils n’avaient pas été possédés du démon de l’envie et de celui de la satire. Par quelle fureur enragée, quand on veut être satirique, n’exerce-t-on pas ce talent contre les persécuteurs des gens de bien, contre les ennemis de la raison, contre les fanatiques ?

Dites-moi, je vous prie, si frère Platon est lié avec le secrétaire de notre Académie ? Je crois que ce secrétaire ne sera jamais l’ennemi de la philosophie ; mais je ne crois pas qu’il veuille se compromettre pour elle. Nous avons des compagnons, mais nous n’avons point de guerriers.

Vous souvenez-vous du petit ouvrage attribué à Saint-Evremond 3 ? On le réimprime en Hollande, revu et corrigé, avec plusieurs autres pièces dans ce goût. On m’en a promis quelques exemplaires, que je ne manquerai pas de faire passer à mon cher frère.

Bonsoir ; je ferme ma lettre, et je vous jure que ce n’est pas pour être oisif. 

Ecr. l’inf. »

1 L'édition de Kehl supprime les trois dernières phrases du premier paragraphe, biffées par l'éditeur sur la copie .

2 Il écrit ce même jour à V* .

3 Analyse de la religion chrétienne , attribué à Saint-Evremond ; voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_de_Saint-%C3%89vremond

Ne me refusez pas, je vous serai très obligé

... Grognent à juste titre les paysans aujourd'hui, eux qui, ne l'oublions pas, nous nourrissent, et qui sont une "espèce menacée" .

https://wikiagri.fr/articles/sauve-ton-paysan-une-mobilisation-en-forme-de-reconquete-de-lopinion/20396

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Un paysan sur terre, et non sous terre, c'est préférable

 

 

 

« A Gabriel Cramer

Eh bien , envoyez-moi, je vous en prie, deux ou trois exemplaires de ce que vous avez 1. On a dépareillé l'exemplaire de Mme Denis, et deux autres qui me restent . On m'en demande, et même avec assez d'indiscrétion . Je ne puis toujours refuser . Ne me refusez pas, je vous serai très obligé .

Bonsoir mon cher voisin.

9è auguste [1764] »

1 Le Corneille commenté .

07/10/2019

pas un seul qui ose imprimer ce qu'il pense . Jugez si dans des matières plus importantes les hommes ne trahissent pas la vérité tous les jours ...inondés de livres en France,je n'en connais pas deux dont les auteurs aient parlé avec une sincérité entière

... Oui, Voltaire, tu dis vrai encore  : 524 romans à la rentrée littéraire de septembre 2019 en France ! auxquels il faut ajouter maintenant les romans/biographies/élucubrations de nos hommes politiques, anciens présidents ou candidats à la présidence, vedettes du show biz, chroniqueurs extrèmistes, ex-ceci ou cela ... ! Mazette ! même Bernard Pivot ne peut ingurgiter cette masse , et encore moins votre serviteur  .

A ceux qui ont vandalisé la librairie où Jean-Marie Le Pen devait signer son dernier livre (Dieu veuille que ce soit bien le dernier ) je dis qu'ils sont encore plus détestables que lui, et plus idiots encore en lui faisant une publicité de martyr . Casser le thermomètre n'a jamais fait baisser la fièvre .

https://francais.rt.com/france/66518-nouvelle-librairie-vandalisee-avant-venue-de-jean-marie-le-pen

 

 

« A Adrien-Michel-Hyacinthe Blin de Sainmore

à Paris

9è auguste 1764 à Ferney

Vous avez montré, monsieur, autant de courage que de raison et de goût 1. Ce qui est assez singulier c'est que de tous les gens de lettres qui m'ont écrit sur l'édition de Corneille, il n'y en a pas un seul qui ne pense comme vous, et pas un seul qui ose imprimer ce qu'il pense . Jugez si dans des matières plus importantes les hommes ne trahissent pas la vérité tous les jours . Nous sommes inondés de livres en France, je n'en connais pas deux dont les auteurs aient parlé avec une sincérité entière . Quand une fois un préjugé est établi, il est respecté en public de ceux qui s'en moquent en secret . J'avoue qu'il n'appartient pas à tout le monde de déchirer le bandeau de l'erreur et de l'ignorance : mais vous avez commencé d’une main si ferme, et d'une manière si raisonnable, que vous êtes digne d'achever seul l'ouvrage .

Je n'ai peut-être pas remarqué le quart des fautes dont les meilleurs pièces de Corneille fourmillent ; le texte aurait disparu sous les remarques . J'ouvre, par exemple , le 3è acte de Cinna :

Vous êtes son rival, oui j'aime sa maîtresse,

Et l'ai caché toujours avec assez d'adresse …

En ces occasions ennuyé de supplice …

Nous disputons en vain, et ce n'est que folie .

Ce n'est pas le moyen de plaire à ses beaux yeux.

Pour moi j'estime peu qu'Auguste me la donne .

Je veux gagner son cœur plutôt que sa personne.

Je ne fais point d’état de sa possession.

J'espère toutefois qu'à force d'y rêver

Tous ces vers sont de la première scène de cet acte ; ils sont tous ou bas ou comiques, ou mal écrits 2. On ferait après mes remarques une moisson beaucoup plus abondante que la mienne ; et si les hommes étaient justes, ils ne m'accuseraient que de trop de retenue .

Vous pourriez très aisément faire un petit volume sur ce canevas . Comptez que la raison triomphe à la fin de toutes les chicanes, quand elle est exposée avec candeur .

J'ai beaucoup d'envie de lire votre héroïde des Calas 3, le sujet est bien intéressant, et je ne doute pas qu'il ne le devienne encore davantage sous votre plume .

Continuez, monsieur, à aimer les lettres et la vérité, ce sont les deux objets les plus dignes d'un être pensant . Comptez, monsieur, sur l’estime bien véritable que j'ai pour vous, j'y ajoute aujourd'hui la reconnaissance ; c'est avec ces sentiments que j'ai l'honneur d'être, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur

Voltaire. »

1 Blin de Sainmore a publié (anonymement) une Lettre sur la nouvelle édition de Corneille par M. de Voltaire, 1764, dont l'original olographe, daté du 1er août 1764, est conservé à la Bibliothèque nationale , et dans laquelle il n'a pas fait plus que Voltaire preuve de compréhension historique à l'égard de l’œuvre dramatique de Corneille . Voir : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5530882n

Et : https://www.revuedesdeuxmondes.fr/wp-content/uploads/2016/11/2879b220932eff741dc05174d5803a45.pdf

2 V* juge cette scène , comme le reste de l’œuvre de Corneille, d'après une esthétique à la fois très personnelle et très liée au goût d'une époque qui n'a rien à voir avec celle de Corneille:il suffit à cet égard de comparer le mobilier Louis XIII et le mobilier de la fin du règne de Louis XV . En outre, V* accumule des vers séparés de leur contexte . Enfin , il semble ne pas comprendre que le français a évolué depuis 1639 , et il se moque d’une expression comme ennuyé de supplices, qui , dans le texte a beaucoup de force et n'a rien de bas :

Auguste s'est lassé d'être si rigoureux ;

En ces occasions, ennuyé de supplices,

Ayant puni les chefs, il pardonne aux complices.

3 Le genre des « héroïdes » vient d'être mis en vogue par Daurat qui a fait des Lettres portugaises des héroïdes en vers au goût du jour ( voir : https://www.persee.fr/doc/caief_0571-5865_1968_num_20_1_896 ) . Blin de Sainmore a composé la sienne : Jean Calas à sa femme et à ses enfants, héroïde, 1763 : http://terment.ru/fr8/?q=Jean+Calas+%C3%A0+sa+femme+et+%C3%A0+ses+enfans%2C+h%C3%A9ro%C3%AFde

et voir : https://www.academia.edu/37962286/Jean_Calas_un_mythe_dans_le_theatre_francais_fin_XVIII