Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06/07/2012

Je recommande à votre grande industrie la porte grillée qui ne ferme point

 ... Tout comme celle du jardin d'un vieux garçon de mon voisinage .

 

porte grillée0505.JPG

 

 

« A M. COLINI.

A Monrion, 15 mai [1756]

La bise nous a retenus; nous ne partons pour Berne que demain dimanche, au matin. Je suis très-sensible à tous vos soins. Je recommande à votre grande industrie la porte grillée qui ne ferme point. Si vous en venez à bout, je vous croirai un grand architecte. Pourriez-vous vous amuser à faire un nouveau plan du jardin des Délices, où il n'y eût que des points en crayon? Nous le remplirons ensemble à mon retour.
Je compte sur les coups de ciseaux des fratelli Cramer; je voudrais aussi qu'ils allassent lentement avec Louis XIV, à qui j'ai encore quelques coups de pinceau à donner 1.
Mme Denis vous a demandé un manteau fourré qui deviendra inutile, il ne le sera pas d'avoir nos lettres. Je crois qu'on pourrait les adresser à Berne, où nous resterons quatre ou cinq jours au moins.
Allez un peu aux nouvelles chez le résident 2. Il faut savoir se i Francesi abbiano battuto, o lo siano stati.
Mme Denis, notre surintendante, approuve beaucoup le marché de la paille.
Addio, caro.

V. »

1 Le Siècle de Louis XIV faisait partie de l'édition de 1756 de l'Essai sur l'Histoire générale devenu Essai sur les Mœurs.

 

Je vous prie d'ordonner qu'on fasse travailler les chevaux, sans les trop fatiguer

... Consigne qui s'applique aussi à ceux qui restent au travail pendant que les autres vont se mettre les doigts de pieds en éventail ?

Et puisque Volti est propriétaire, proche de la cité de Calvin ...

 

calvin sans se fatiguer.jpg


« A M. COLINI.

A Monrion, jeudi au soir, 13 mai [1756]

Mon cher Colini, je vous suis obligé de toutes vos attentions. Mme Denis répondra sur l'article de Palais 1. Pour moi, j'ai à cœur que Loup fasse un marché avec le batelier, et qu'il vous en instruise avant de conclure.
Je crois qu'il faudra que vous changiez de chambre, pendant que l'on mettra en couleur le vestibule de l'escalier. Il faudra aussi que les filles, qui logent en haut, mettent leurs lits dans l'ancienne maison, ou ailleurs. Ce sera l'affaire de peu de jours. J'ai extrêmement à cœur ce petit ouvrage, qui rendra la maison plus propre. Je vous prie d'ordonner qu'on fasse travailler les chevaux, sans les trop fatiguer. Nous ne partons pour Berne que samedi matin.
Je ne puis trop vous remercier de l'attention que vous avez eue de faire observer à MM. Cramer qu'il faut donner un coup de ciseau à tous les cartons. Ayez, je vous prie, le soin de les engager à n'y pas manquer.
Je vous embrasse; j'ai grande envie de vous revoir. »

1 Voltaire entend parler ici d'une provision de paille à prendre probablement à Plain-Palais, quartier voisin des murs de Genève. Loup était un domestique de Voltaire agriculteur. (CL.)

 

05/07/2012

chers électeurs est le mot propre ... et on est trop heureux quand le mot propre devient une plaisanterie

... Surtout quand les "chers" électeurs sont ceux d'un certain Nicolas Sarkozy, premier du nom, en 2007 . Chers, mais pas au point de n'avoir pas de prix, n'est-ce pas Liliane  ? A suivre ...

 

chers electeurs.jpg

 

 

 

« A M. THIERIOT

Aux Délices, 8 mai [1756]

Votre lettre du 27 avril, mon ancien ami, a croisé la mienne. Je ne sais si Lambert a imprimé les sermons en question, mais j'ai toujours sur les remarques les mêmes scrupules. J'en ai aussi beaucoup sur les deux vers qu'on a substitués. Les chers électeurs est le mot propre 1. C'est le terme dont se servent toujours les empereurs en leur écrivant; et on est trop heureux quand le mot propre devient une plaisanterie. Avec ses électeurs est d'une platitude extrême. Le Père Berruyer peut trouver fort bon qu'on le brûle mais je vous demande en grâce qu'on ne me mutile point. Je sais bien que de la grâce ardent à se toucher 2 est une expression un peu hardie; mais elle est plus supportable que le vers qu'on a mis à la place 3, par la raison que mon vers dit quelque chose, et que l'autre ne dit rien. Je vous prie d'avoir égard à toutes mes requêtes, si vous faites imprimer ma rapsodie.
Je voudrais bien avoir les Pensées du citoyen de Montmartre 4; vous êtes à portée de me les envoyer. Je ne sais point encore quand les Cramer mettront en vente leur édition. Je vais passer quelques jours à mon ermitage, au bord du lac. Je vais de retraite en retraite. Vous qui êtes dans le fracas de Paris, au milieu de ce qu'il y a de bon et de mauvais, vous devriez bien me mander ce que vous croyez digne de l'être.
Bonsoir, mon cher ami portez-vous mieux que moi je serais trop heureux si j'avais de la santé 5. »

 

3 Tandis qu'à ce bourreau loin d'oser l'arracher.

5 Ce dernier alinéa est de la main de Voltaire.

 

les plaisirs ne naissent que des besoins

 ... Satisfaits !

 

besoin a satisfaire.jpg

http://reussir-en-famille.com/connaissez-vous-vraiment-les-besoins-de-votre-enfant-1re-partie/

 

 

«  A madame la marquise du DEFFANT.

Aux Délices, 5 mai [1756]

Madame, je suis rempli d'étonnement et de reconnaissance à la lecture de votre lettre, et j'ai, de plus, bien des remords. Comment ai-je pu être si longtemps sans vous écrire 1, moi qui ai encore des yeux? et comment avez-vous fait, vous qui n'en avez plus? Vous avez donc de petites parallèles que vous appliquez sur le papier, et qui conduisent votre main? Vous n'avez plus besoin de secrétaire avec ce secours; il ne vous faut plus qu'un lecteur. Je ne lui ai donné guère d'occupation depuis longtemps; mais je n'en ai pas été moins occupé de vous, moins touché de votre état. Je m'étais interdit presque tout commerce, n'écrivant que de loin en loin des réponses indispensables. Accablé une année entière, sans relâche, de travaux sous lesquels ma santé succombait, et ayant de plus l'occupation d'une maison et d'un jardin, et même de l'agriculture, enseveli dans les Alpes, dans les livres, et dans les ouvrages de la campagne, je me sentais incapable de vous amuser, et encore plus de vous consoler: car, après avoir dit autrefois assez de bien des plaisirs de ce monde,2 je me suis mis à chanter ses peines. J'ai fait comme Salomon, sans être sage j'ai vu que tout était à peu près vanité et affliction 3, et qu'il y a certainement du mal sur la terre.
Vous devez être de mon avis, madame, dans l'état où vous êtes; et je crois qu'il n'y a personne qui n'ait senti quelquefois que j'ai raison. Des deux tonneaux de Jupiter, le plus gros est celui du mal or, pourquoi Jupiter a-t-il fait ce tonneau aussi énorme que celui de Citeaux 4 ? ou comment ce tonneau s'est-il fait tout seul ? Cela vaut bien la peine d'être examiné. J'ai eu cette charité pour le genre humain; car pour moi, si j'osais, je serais assez content de mon partage.
Le plus grand bien auquel on puisse prétendre est de mener une vie conforme à son état et à son goût. Quand on en est venu là, on n'a point à se plaindre et il faut souffrir ses coliques patiemment. Je présume, madame, que vous tirez un bien meilleur parti encore de votre situation que moi de la mienne. Vous êtes faite pour la société, la vôtre doit être recherchée par tous ceux qui sont dignes de vivre avec vous. La privation de la vue vous rend le commerce de vos amis plus nécessaire, et par conséquent plus agréable car les plaisirs ne naissent que des besoins. Il vous fallait absolument Paris, vous auriez péri de chagrin à la campagne et moi, je ne peux plus vivre que dans la retraite où je suis. Nos maux sont différents, et il nous faut de différents remèdes.
Il est vrai qu'il est triste d'achever sa vie loin de vous, et c'est une des choses qui me font conclure que tout n'est pas bien. Tout doit être bien pour M. le président Hénault. S'il y a quelqu'un pour qui le bon tonneau soit ouvert, c'est lui. M. le maréchal de Richelieu en boira sa bonne part, s'il prend les forts de Port-Mahon. Cette île de Minorque s'appelait autrefois l'île de Vénus; il est juste que ce soit à M. de Richelieu qu'elle se rende. Adieu, madame; soyez sûre que le bord du lac Léman n'est pas l'endroit de la terre où vous êtes le moins chérie et respectée. »


1 La dernière lettre de Voltaire à Mme du Deffant était du 2 juillet 1754.

4 Rabelais, dans son Gargantua, livre Ier, chap. xxxviii, parle de la tonne de Citeaux; mais Le Duchat observe qu'il y a méprise, et qu'il fallait citer la tonne de Clairvaux. (Beuchot.) : http://fr.wikisource.org/wiki/%C5%92uvres_de_Rabelais/%C3...

 

04/07/2012

Le grand homme échappe au vulgaire

... Ce qui vaut  pour le président en activité.

"Vous me paraissez bien plus grand,
Puisque vous êtes plus aimable."

Ce fut loin, oh ! bien loin d'être la première qualité de feu Sarko que j'ai trouvé d'une vulgarité crasse ( à nettoyer au Kärcher ! et à la paille de fer )  qui, elle, n'a pas eu besoin de perquisitions pour être mise au jour .

J'ai vu en page titre aujourd'hui que Carla, -oui, LA Carla !-, est atteinte de douleurs effroyables qui l'empêchent même de porter sa petite Giulia , que faire ? En aurait-elle plein le dos, déjà, de son vibrionnant époux déçu*/déchu* (Note * : ce qui est équivalent pour un Auvergnat ! fouchtra !! ) ? Si je puis me permettre, il est un remède facile à trouver : travailler pour gagner son pain, ça fait oublier ses maux  .

 Et comme une "mauvaise" nouvelle ne vient jamais seule, peut-être, je dis bien peut-être , arrivera ceci ?

l echo des savanes.jpg

 

 

« A M. le maréchal duc de RICHELIEU

Aux Délices, 3 mai [1756]

Mon héros, recevez mon petit compliment, il aura du moins le mérite d'être le premier 1. Je n'attends pas que les courriers soient arrivés. Il n'y aurait pas grand mérite à vous envoyer de mauvais vers quand tout le monde vous chantera. Je m'y prends à l'avance; c'est mon droit de vous deviner. Je vous crois à présent dans Port-Mahon, je crois la garnison prisonnière de guerre et si la chose n'est pas faite quand j'ai l'honneur de vous écrire, elle le sera à la réception de mon petit compliment. Une flotte anglaise peut arriver. Eh bien elle sera le témoin de votre triomphe. Enfin pardonnez-moi si je me presse. Vous vous pressez encore plus d'achever votre expédition. Il y a longtemps que je vous ai entendu dire que vous étiez primesautier 2.

Depuis plus de quarante années
Vous avez été mon héros;
J'ai présagé vos destinées.
Ainsi quand Achille à Scyros
Paraissait se livrer en proie
Aux jeux, aux amours, au repos,
Il devait un jour sur les flots
Porter la flamme devant Troie .
Ainsi quand Phryné dans ses bras
Tenait le jeune Alcibiade,
Phryné ne le possédait pas,
Et son nom fut dans les combats
Égal au nom de Miltiade.
Jadis les amants, les époux,
Tremblaient en vous voyant paraître
Près des belles et près du maitre
Vous avez fait plus d'un jaloux;
Enfin c'est aux héros à l'être.
C'est rarement que dans Paris,

Parmi les festins et les ris,
On démêle un grand caractère;
Le préjugé ne conçoit pas
Que celui qui sait l'art de plaire
Sache aussi sauver les États
Le grand homme échappe au vulgaire.
Mais lorsqu'aux champs de Fontenoi
Il sert sa patrie et son roi
Quand sa main des peuples de Gènes
Défend les jours et rompt les chaines;
Lorsque, aussi prompt que les éclairs,
Il chasse les tyrans des mers
Des murs de Minorque opprimée,
Alors ceux qui l'ont méconnu
En parlent comme son armée.
Chacun dit Je l'avais prévu.

 

Le succès fait la renommée.
Homme aimable, illustre guerrier,
En tout temps l'honneur de la France,
Triomphez de l'Anglais altier,
De l'envie, et de l'ignorance.
Je ne sais si dans Port-Mahon
Vous trouverez un statuaire;
Mais vous n'en avez plus affaire
Vous allez graver votre nom
Sur les débris de l'Angleterre;
Il sera béni chez l'Ibère,
Et chéri dans ma nation.
Des deux Richelieu sur la terre
Les exploits seront admirés;
Déjà tous deux sont comparés,
Et l'on ne sait qui l'on préfère.
Le cardinal affermissait
Et partageait le rang suprême
D'un maître qui le haïssait;
Vous vengez un roi qui vous aime.
Le cardinal fut plus puissant,
Et même un peu trop redoutable
Vous me paraissez bien plus grand,
Puisque vous êtes plus aimable.


Pardon, monseigneur, d'un si énorme bavardage vous avez bien autre chose à faire. »

1 Richelieu était entré à Port- Mahon vers le 20 avril; mais il ne parvint à s'emparer du fort Saint-Philippe que le 28 juin suivant.

2 Montaigne, Les Essais livre II, chapitre x  : Des livres : http://www.bribes.org/trismegiste/es2ch10.htm

« ...car j'ay un esprit primesautier …. Je ne fay rien sans gayeté ... »

 

03/07/2012

Il n'y a que le cœur qui soit inépuisable. Je voudrais bien que les talents fussent comme l'amitié, qu'ils augmentassent avec les années.

 ... Et cet homme génial a prouvé jusqu'à son dernier souffle sa fidèlité en amitié et la qualité de ses talents .

Si mes talents sont relatifs, avec ce qu'on peut appeler une bonne marge de croissance, mon amitié affectueuse pour Mam'zelle Wagnière se confirme à chaque rencontre , et je la crois bien inépuisable.

 

amour amitié 7135.JPG


 

 

 

« A M. le comte d'ARGENTAL.

Aux Délices, 3 mai [1756]

Thieriot me mande, mon divin ange, que vous avez été content de l'édition de mes sermons, que ma morale vous a plu, que les Notes ont eu votre approbation mais vous saviez l'affront qu'on venait de faire au père de l'Église des sages, à Bayle 1. On venait de le traiter comme le père Berruyer et comme la Christiade; on l'associait à l'évêque de Troyes. On bullait tout, et Ancien et Nouveau Testament, et mandements, et philosophie. Cette capilotade est assez singulière, et le discours de M. Joly peu courtois pour le philosophe de Rotterdam. Mon mauvais ange voulut que, précisément dans ce temps-là, il se soit glissé au bout de mon Petit Carême une note sur Bayle qui devient tout juste la satire d'un jugement que j'ignorais, et du discours éloquent de M. Joly de Fleury, que je n'avais pu deviner. Je n'ai été informé que par les gazettes de l'arrêt contre l'Écriture sainte et contre Bayle. J'ai écrit aussitôt à Thieriot, l'éditeur; je l'ai prié de réformer ma scandaleuse note faite si innocemment. Je ne veux pas être brûlé avec la Bible; à moi n'appartient tant d'honneur. Il est certain qu'il y a deux ou trois petits mots qui doivent déplaire beaucoup à M. Joly de Fleury « Que ceux qui se déchainent contre Bayle apprennent de lui à raisonner et à être modérés » et, à la fin de la note: « C'est qu'ils sont injustes. » Encore une fois, je ne pouvais deviner que des hommes qui raisonnent, qui sont modérés et justes, traitassent Bayle comme ils l'ont fait; mais je ne dois pas le leur dire. Vous venez toujours à mon secours, mon ange; mais en est-il temps? et Thieriot n'a-t-il pas déjà fait imprimer ma bévue? Je vous supplie aussi de ne pas permettre qu'on gâte ce vers
L'empereur ne peut rien sans ses chers électeurs 2.
Le mot de cher est celui dont il se sert en leur écrivant. Ce sont ces mots propres et caractéristiques qui font le mérite d'un vers. Qu'avec ses électeurs est dur et faible. Je voudrais bien n'être ni brûlé ni mutilé.
Je mérite ces grâces de vous, puisque je vous fais faire deux tragédies à la fois sous mes yeux. La première est ce Botoniate, ce Nicéphore, que le conseiller 3 genevois raccommode, la seconde est Alceste, à laquelle votre très-humble servante, ma nièce, travaille tout doucement. Il ne reste plus que moi mais je vous ai déjà dit qu'il me fallait du temps, de la santé, et flatus divinus 4. J'attends le moment de la grâce. Si mon état continue, je serai un juste à qui la grâce aura manqué. Je ne peux d'ailleurs songer à présent qu'à Port-Mahon. Je me flatte que vous apprendrez bientôt la réduction de toute l'île. Ce sera là un beau coup de théâtre, un beau dénoûment; mais, en vérité, il est plus aisé de prendre Minorque que de faire une bonne tragédie à mon âge. Je ne connais plus les acteurs, je suis loin de vous. Les sujets sont épuisés, et moi aussi. Il n'y a que le cœur qui soit inépuisable. Je voudrais bien que les talents fussent comme l'amitié, qu'ils augmentassent avec les années. Adieu mille tendres respects à tous les anges. »

 

2 La Loi naturelle, seconde partie, v. 19, page 378, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k80005b/f384.tableDesMatieres

3 François Tronchin

4 Souffle divin

 

" ... les hommes sont inconséquents, c'est qu'ils sont injustes. » Ces mots étaient une prophétie; supprimons-la

 ... Et coupons toutes les têtes qui dépassent !

"Les hommes, lorsqu'ils ne sont plus que l'ombre d'humains résonnent comme des cruches et raisonnent comme leurs pieds !" : paroles de pigeon voyageur  .

 tête perdue 7674.JPG

 En attendant le TGV, le 30/6/2012

 

« A M. THIERIOT.

Aux Délices, 30 avril [1756]

Je viens de lire la gazette, et, en conséquence, je vous prie, mon ancien ami, de faire corriger la note 1 sur Bayle, s'il en est temps. Je ne veux point me brouiller avec gens qui traitent si durement Pierre Bayle. Le parlement de Toulouse honora un peu plus sa mémoire; mais altri tempi, altre cure. L'auteur des Notes sur le Sermon de Lisbonne ne pouvait prévoir qu'on ferait une Saint-Barthélemy de Bayle, du pauvre jésuite Berruyer 2, de l'évêque de Troyes 3, et de je ne sais quelle Christiade 4. Il faut retrancher tout ce passage « Je crois devoir adoucir ici, etc. » (page 20), et mettre tout simplement: « Tout sceptique qu'est le philosophe Bayle il n'a jamais nié la Providence, etc. » et, à la fin de la note, il faut retrancher ces mots: « C'est que les hommes sont inconséquents, c'est qu'ils sont injustes. » Ces mots étaient une prophétie; supprimons-la. Les prophètes n'ont jamais eu beau jeu dans ce monde. Mettons à la place « C'est apparemment pour d'autres raisons qui n'intéressent point ces principes fondamentaux, mais qui regardent d'autres dogmes non moins respectables. » Je vous prie, mon ancien ami, de ne pas négliger cette besogne; elle est nécessaire. Il se trouve, par un malheureux hasard, que la note, telle qu'elle est, deviendrait la satire du discours d'un avocat
général 5 et d'un arrêt du parlement; on pourrait inquiéter le libraire, et savoir mauvais gré à l'éditeur le pauvre père Berruyer sera de mon avis. Tâchez donc, mon ancien ami, de raccommoder par votre prudence la sottise du hasard.
Je crois actuellement M. de Richelieu dans Port-Mahon, il n'est pas allé là par la cheminée 6.
Je vous embrasse de tout mon cœur. »

 

 1 Voir la lettre du 3 mai à d'Argental . L'arrêt de la cour de parlement du 9 avril 1756, sur le réquisitoire d'Omer Joly de Fleury, condamnait à être supprimés ou lacérés et brulés, non le Dictionnaire de Bayle, mais son Analyse raisonnée (par le jésuite de Marsy), 1755, 4 vol. in-12 (auxquels Robinet en ajouta quatre en 1773); la Christiade, dont il est parlé tome XX, page 32; les première et seconde parties de l'Histoire du peuple de Dieu, par Berruyer.

3 Mathias Poncet de La Rivière, évêque de Troyes en 1742, Voir tome XVI, note 6, page 88.

6 Richelieu s'introduisait chez Mme de La Popelinière par une cheminée tournante.