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29/07/2017

J'espère qu'à force de soins cette pauvre famille obtiendra justice

... Vous le devinez aisément, je parle ici de ces pauvres Balkany : qui d'autre ! Dans la famille Pourris, je voudrais le père : j'ai ! la mère : j'ai aussi ! le fils pour faire bonne mesure : OK toujours ! Effectivement j'attends avec impatience qu'ils obtiennent ce que la justice doit accomplir : une condamnation sans rémission, sans délai . Est-ce trop demander ?

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Pourris en couple

 

 

« A Ami Camp, Banquier

à Lyon

Aux Délices 3 septembre [1762]

Je ne voulais, monsieur, que secourir encore de quelque petite somme l'infortunée veuve Calas . Je me suis adressé à M. Tronchin en conséquence de votre lettre et j'ai adressé à Mme Calas un billet de change de trois cents livres que vous voudrez bien porter en dépense sur mon compte . J'espère qu'à force de soins cette pauvre famille obtiendra justice .

Comme je vous écris vendredi au soir, je ne sais si M. d'Argental vous a fait parvenir le petit bateau 1. Je recevrai peut-être demain samedi une lettre de vous avec mon compte .

Il y a à Lyon un joaillier ou bijoutier ébéniste nommé Franc ou France , qui m'avait déjà fourni quelques petits meubles . Je lui ai écrit et recommandé de m'en fournir de nouveaux . Je vous supplie, monsieur, d'avoir la bonté d'envoyer chez lui, et de lui demander pourquoi il ne m'a pas répondu . Je vous serai très obligé .

Je ne sais aujourd’hui aucune nouvelle positive ni de la guerre ni de la paix . Je vous embrasse de tout mon cœur .

Votre très humble et très obéissant serviteur.

V.

Oserai-je vous supplier, monsieur, de vouloir bien m'envoyer six rames de papier à lettre, trois de grand papier, et trois de petit qu'on appelle je crois bâtard 2? Je vous serai très obligé . »

2 Le bâtard était un papier vendu en feuilles d'environ 35x45 cm ; voir le Tarif des grandeurs et des poids des différentes sortes de papiers qui se fabriquent dans le royaume (arrêt du conseil 18 décembre 1741)

Vous me demanderez pourquoi je me suis chargé de ce procès ; c’est parce que personne ne s’en chargeait, et qu’il m’a paru que les hommes étaient trop indifférents sur les malheurs d’autrui

... Ami Voltaire tu es bien bon de dire "étaient", c'est plutôt "sont" qui convient .

Je viens de regarder "Les routes de l'impossible", reportage passionnant une fois de plus, et une fois de plus me partageant entre l'admiration et la rage . Admiration des exploits de ces humains qui risquent leur vie pour se nourrir et nourrir leurs familles, rage devant l'abyssale gabegie de leurs gouvernements et souvent l'abominable surexploitation de ces pays par des multinationales infernales (le mot étant encore trop faible) . A ceux qui hurlent "dehors" aux émigrés, je dis , "allez chez eux, bandes de dégonflés", vous n'y tiendriez pas deux jours , spectateurs béats des conneries de Cyril Hanouna et des calembredaines d'Arthur .

Bonnes vacances, et bons gros bouchons dans vos voitures climatisées . Roulez au pas, ne roulez plus, gardez le sourire, ne pensez qu'à vous, plaignez-vous , râlez encore , et si jamais (on peut rêver)  vous êtes encore lucides pensez qu'il y a en ce monde des humains sans vacances qui doivent subir trois jours et trois nuits exposés aux intempéries pour faire 300 km !

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« Au cardinal François-Joachim de Pierre de Bernis

Aux Délices le 3 septembre [1762] 1

Je suis affligé en mon étui, monseigneur ; mes sens me quittent l’un après l’autre, en dépit de Tronchin. La nature est plus forte que lui dans une machine frêle qu’elle mine de tous les côtés. Une fluxion diabolique m’a privé de l’ouïe, et presque de la vue. La famille d’Alexandre s’en est mal trouvée . Je l’ai abandonnée jusqu’à ce que je souffre moins ; mais je n’ai pas abandonné la famille des Calas, qui est aussi malheureuse que celle d’Alexandre. Je prends la liberté d’envoyer à Votre Éminence un petit mémoire assez curieux sur cette cruelle affaire 2; la première partie pourra vous amuser, la seconde pourra vous attendrir et vous indigner. Le conseil enfin est saisi des pièces, et l’on va revoir le jugement de Toulouse. Vous me demanderez pourquoi je me suis chargé de ce procès ; c’est parce que personne ne s’en chargeait, et qu’il m’a paru que les hommes étaient trop indifférents sur les malheurs d’autrui. Si Pierre III n’avait pas été un ivrogne, son aventure serait un beau sujet de tragédie. Deux rivales, une femme près d’être répudiée, une révolution subite ; l’étoffe ne manque pas 3.  L’amour encore a fait assassiner le roi de Portugal  4; et puis qu’on aille dire que nous avons tort de mettre de l’amour dans nos pièces !

En voilà trop pour un sourd presque aveugle. Nous répétons Cassandre. Mademoiselle Corneille ne jouera pas mal Olympie ; mais elle jouera mieux Chimène, comme de raison.

Je vous réitère mes très tendres respects.

V.»

1 Bernis a écrit à V* le 7 août 1762 .

2 Histoire d’Élisabeth Canning . Voir : http://tolosana.univ-toulouse.fr/notice/144379333

3 Le complot est de septembre 1758 ; l'amour y a-t-il joué un rôle ?V* avait-il reçu la lettre que François-Pierre Pictet avait envoyée le 4/15 août 1762, sans doute à l'instigation de Catherine ? Voir page 13 : http://www.archivesfamillepictet.ch/bibliographie/documents/VoltaireetRousseau.pdf

Voir Albert Lortholary : Le Mirage russe en France au XVIIIè siècle, 1931 ; http://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1952_num_7_4_2123_t1_0549_0000_2

28/07/2017

Je suis le surdus loquens , faites-moi s'il vous plait le surdus audiens

...  Mon cher Voltaire tu n'as pas connu ,-et pour cause-, le pouvoir miraculeux de guérison du pèlerinage à Lourdes, mais de nos jours certains y vont sains de corps (pour l'esprit je ne me prononce pas ) et en reviennent malades comme des chiens, tout n'est pas sain(t) à l'ombre de la grotte sacrée .

http://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/hautes-p...

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Cherchez l'intrus, le seul qui vous aime vraiment !

 

 

« A Théodore Tronchin

[vers le 1er septembre 1762] 1

Mon cher Esculape, je sais bien qu'il faut recevoir sans murmure tous les petits agréments que la nature a bien voulu attacher à la vieillesse . Cependant, si on peut les adoucir, et même les prévenir, c'est encore mieux . Il y a plus de six mois que ma tête murmure et bourdonne ; les doctes distinguent entre le bourdonnement et le sifflement, mais le fait est que je deviens sourd de jour en jour, et d'heure en heure . Je suis le surdus loquens 2, faites-moi s'il vous plait le surdus audiens 3, afin qu'on puisse me dire à bon entendeur salut .

N'avez-vous point quelque tour dans votre sac, dont vous puissiez m'aider ? sinon , je suis résigné à être de la confrérie des sourds .

S'il y a obstruction dans le nerf auditif, je crois qu'il n'y a point de salut pour moi à mon âge ; mais si c'est uniquement tension et sécheresse, j'espère dans ce bel axiome Contraria contrariis curantur 4. »

1 L'édition Cayrol place cette lettre à la fin 1757 .

2 Sourd qui parle .

3 Sourd qui entend .

4 Les contraires se guérissent par les contraires .

Je fais des vœux tous les jours pour la liberté du commerce et de la conscience ; ce sont deux choses, à mon avis, qu'il ne faut jamais gêner

... C'est une évidence pour Voltaire, ce n'en est pas une pour une bonne/mauvaise partie du monde ; commençons par la liberté de conscience, ça me semble un bon plan .

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 Voltaire avant Zweig avait déjà dénoncé l'intolérance meurtrière , y compris celle de Calvin : voir impérativement : http://asautsetagambades.hautetfort.com/archive/2010/04/10/conscience-contre-violence.html

 

 

« A Philippe Debrus

Dimanche [août-septembre 1762] aux Délices 1

Il y a trois mois, monsieur, que je répète qu'il faut être tranquille, que l'affaire est indubitable . La famille Calas obtiendra justice .

Je crois que pour les galériens 2 il faudra un peu plus de temps et d'adresse ; il y a des affaires qu'il suffit de présenter à l'équité des hommes ; nous n'avions en vérité besoin que d'avocats, pour obtenir la révision du conseil ; mais pour faire cesser la persécution, il faudra la protection la plus secrète et la plus puissante ; j'ose l'espérer pour l'honneur de la France . Je fais des vœux tous les jours pour la liberté du commerce et de la conscience ; ce sont deux choses, à mon avis, qu'il ne faut jamais gêner .

Faites-moi savoir, je vous prie, des nouvelles de votre santé . Si la mienne était meilleure, je viendrais au coin de votre feu raisonner avec vous . »

1 L'édition Lettres inédites, 1863, place cette lettre entre le 17 octobre et le 25 décembre 1762 . On date ici par référence notamment à la lettre du 3 septembre 1762 à Bernis (« le conseil enfin est saisi des pièces. ») : http://www.monsieurdevoltaire.com/article-correspondance-annee-1762-partie-25-123225377.html

2 Pour obtenir la grâce des protestants condamnés aux galères .

27/07/2017

on est sur le point de voir une seconde révolution ; je ne crois pas cette nouvelle fondée , mais enfin, dans ce monde, il faut s’attendre à tout

... Et même s'attendre à ce que l'humour s'exprime sous des formes inattendues et aimables, comme celle-ci :

https://en.wikipedia.org/wiki/Stubbs_(cat)

Un peu de calme dans ce monde de brutes .

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Pour mémoire, Incitatus, cheval favori de Caligula fut presque mis au rang de consul .

C'est bête ?

Non . Tant d'humains sont plus stupides que nos "concitoyens" [sic] à quatre pattes .

 

 

« A Cosimo Alessandro Collini

Aux Délices 30è auguste 1762

Vous allez donc, mon cher ami, être l’inspecteur des jeux 1; si la trappe réussit, je suis pour la trappe ; je ne me servis de coulisses pour brûler Olympie que parce que je ne pouvais avoir de trappe. Je faisais apporter un autel haut d’environ trois pieds . On portait sur cet autel les offrandes qu’Olympie devait faire . Olympie montait sur un petit gradin derrière cet autel. Les flammes cependant s’élançaient à droite et à gauche fort  au-dessus des deux coulisses fermées, sur lesquelles étaient peints des tisons enflammés. Olympie descendait rapidement de son petit marchepied, elle passait comme un trait, en se baissant un peu, entre les deux coulisses ouvertes, qui se refermaient sur-le-champ ; elle se mettait en sûreté, et alors les flammes redoublaient. 2

Au reste, s’il en est encore temps, vous trouverez ci-joint un petit changement au cinquième acte, qui m’a paru nécessaire. Nous allons jouer aussi Cassandre à Ferney ; mais à peine pourrai-je l’entendre ; car, en vérité, je deviens sourd et aveugle. Le pays de Gex est charmant, mais il est entouré de montagnes de neige que je crois fort malsaines.

On dit que la tragédie de Russie recommence, qu’on est sur le point de voir une seconde révolution ; je ne crois pas cette nouvelle fondée , mais enfin, dans ce monde, il faut s’attendre à tout. Ma fluxion m’empêche de vous écrire de ma main ; je suis dans un état assez désagréable . C’est le partage de la vieillesse. Je vous prie très instamment d’empêcher l’impression de la pièce, de ne la donner au souffleur qu’au moment de la représentation, et de retirer les rôles dès qu’elle aura été jouée. Je vous embrasse de tout mon cœur.

V.

Je me mets aux pieds de Leurs Altesses Electorales . »

1 C’est-à-dire de la représentation d’Olympie à Schwetzingen.

2Détails intéressants sur la mise en scène des tragédies à Ferney .

26/07/2017

A demain la prose

... Vous le dirai-je en vers ?

Demain, je versifie gratis, OK ?

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J'ai le trac !

 

 

« A Gabriel Cramer

[29 août 1762 ?] 1

A demain la prose . Il faudrait que Gabriel parlât avec François 2.

J'ai l'arrêt contre les jésuites . »

1 La date est incertaine car l'arrêt contre les jésuites peut être celui de 1764 ou tout autre .

2 Le conseiller François Tronchin .

il y a bien plus de gens qui se connaissent en méchancetés qu’il n’y en a qui se connaissent en style

... Ainsi pleurniche notre BHL* dans le Point de jeudi passé . Ce pauvre Caliméro en a gros sur la patate depuis que Le Monde diplomatique l'entarte -moralement- tout comme l'a fait -physiquement- à plusieurs reprises, à juste titre, Le Gloupier . Question style, notre gugusse n'en est encore qu'au style vestimentaire, seul moyen pour être reconnu facilement .

 * Bellâtre Hyper Lassant .

https://www.monde-diplomatique.fr/dossier/BHL

https://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2017-07-20-BHL

Oserai-je remuer le couteau dans la plaie ?...

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.... Yesss !!

 

 

« A Etienne-Noël Damilaville

Aux Délices , 29 auguste 1762

Mon cher frère, il y a deux pièces dont je suis fort content : l’une est l’arrêt du parlement 1 qui nous débarrasse des jésuites, l’autre est la requête de M. Mariette contre le parlement de Toulouse. Je me flatte qu’à la fin nous viendrons à bout de faire rendre justice à l’innocence. Mais quelle justice ! elle se bornera à déclarer que Jean Calas a été roué mal à propos. Le sang innocent, dans d’autres pays, obtiendrait une autre vengeance. Je regarde le supplice de Calas comme un assassinat revêtu des formes de la justice. Les assassins devraient bien être condamnés au moins à demander pardon à la famille, et à la nourrir.

Vous ne vous souvenez peut-être pas d’une lettre qui est, je crois, la première que je vous écrivis sur cette affaire, et qui était adressée à M. d’Alembert 2. Je vous l’envoyai, afin que tous les frères fussent instruits de cet horrible exemple de fanatisme. Je ne sais quel exécrable polisson a pris cette lettre pour son texte, et y a ajouté tout ce qu’on peut dire de plus extravagant, de plus offensant, et de plus punissable contre le gouvernement. L’auteur a poussé la sottise jusqu’à dire du mal du roi, et du bien du poème du Balai 3 ; le tout, écrit dans les charniers Saints-Innocents, a été mis dans les papiers publics d’Angleterre.

Il se trouve encore que le Journal encyclopédique, qui est le seul journal que j’aime, est attaqué violemment dans ce bel écrit qu’on m’attribue. Les auteurs de ce journal s’en sont plaints à moi . Enfin j’ai été obligé d’avoir la condescendance de désavouer publiquement cette impertinence 4, par la raison qu’il y a bien plus de gens qui se connaissent en méchancetés qu’il n’y en a qui se connaissent en style. Il faut avouer que la lettre est si insolente, que M. d’Alembert serait presque aussi coupable de l’avoir reçue, que moi de l’avoir écrite. Quand vous verrez M. d’Alembert, je vous prie de l’instruire de tout cela.

Mon frère Thieriot a trouvé ici de la santé, et moi je perds la mienne. Je suis accablé de fluxions, je deviens sourd. Les tempéraments faibles, à mon âge, s’en vont pièce à pièce. Nous allons jouer ici la comédie : je ne pourrai être tout au plus que spectateur . C’est bien dommage, je ne faisais pas mal mes rôles de vieillard.

Ne pensez-vous pas qu’il faut attendre, pour reprendre à Paris le Droit du Seigneur, que la Comédie-Française soit sur un autre pied et sur un autre ton ?

Je crois que vous avez à Paris Goldoni. Vous me ferez plaisir de me dire comment il réussira. Je ne parle pas de ses pièces ; je crois la chose décidée. On dit l’auteur très bon homme et fort naturel.

J’embrasse tendrement mon cher frère.

V. »